Réponse à Matrix97121 : Merci beaucoup pour ton commentaire, j'en ai apprécié la longueur (et ça fait chaud au cœur). Je suis contente que le suspense se ressente, c'était mon but premier et c'est aussi un entraînement pour mon roman (je voudrais y en mettre plus). Ensuite je te dois une petite explication. C'est vrai que je ne l'ai pas dit et j'aurais peut-être dû l'ajouter avant pour éviter tant de confusion (je m'excuse, c'est ma faute). Dans cette histoire, Yumi ne connait pas encore Ulrich et les autres. Il n'y a pas de Xana non plus. J'ai repris tous les personnages et leur personnalité mais pour le coup ils n'ont pas vécu la même histoire. J'espère que tu n'es pas trop déçu par une telle révélation et que tu vas quand même suivre l'histoire. La suite est tout aussi intéressante bien que je pense que ce sera encore mieux à partir du chapitre 3 parce qu'on va y apprendre plus de choses.
Bon, je parle, je parle, mais encore une fois on n'avance pas.
Bonne lecture ! (j'ai réussi à m'enlever le clavier des mains ! Oh miracle !)
Chapitre 2 : Disparition
Debout sur la plage, les bras croisés sur sa poitrine, elle regardait l'horizon. Elle espérait y trouver du réconfort, mais après des heures à rester là, ses pensées tournaient en rond pour arriver toujours à la même conclusion. Elle poussa un soupir. Lentement, elle fit demi-tour sur la plage. Elle marchait le long du chemin en planches de bois qui menait aux villas de la plage quand elle avisa les lampadaires. Pour on ne sait quel raison, peut-être de la colère, elle prit des galets dans le sable et se mit à viser les ampoules. Elle brisa la première des deux du premier coup. Il lui en fallut deux autres pour briser la seconde. Sa tâche apparemment terminée, elle partit au trop vers la villa. William n'allait pas tarder à revenir de la ville, il n'apprécierait pas qu'elle ne soit pas là à son retour.
Elle était assise sur le canapé, l'attendant, le visage sombre. Il fit son entrée et vint derrière elle, lui offrant des fleurs.
-Elles sont magnifiques, dit-elle avec un sourire délicat.
Elle les avait à peine regardé, mais elle lui tournait le dos et William était incapable de distinguer son expression. Il fit le tour du canapé pour se présenter devant elle avec un autre cadeau. Un paquet, emballé dans du papier bleu.
-Je suis désolé pour mes mots de tout à l'heure, dit-il.
Elle se saisit du paquet sans un mot et le déballa. Elle en sorti du bout des doigts une fine robe rouge à bretelle.
-Tu n'es as obligé de la porter si tu ne l'aime pas, dit-il.
-Non, répondit-elle, le coupant presque, je l'aime beaucoup, merci.
Il vint vers elle et lui saisissant la main la fit se lever. Il passa une main dans ses cheveux avant de l'embrasser. Il l'enlaça tandis qu'elle passait ses bras autour de son cou. Alors qu'il humait son parfum de cerisier, il glissa ses doigts au niveau de la fermeture éclair de la robe blanche qu'elle portait. Il ne vit pas la tension sur le visage de Yumi alors que, lentement, il descendait la fermeture éclair. Il la déshabilla. La robe blanche glissa sur le sol. Il se redressa avec un sourire auquel elle répondit timidement. Prenant la robe rouge qu'il avait dans ses mains, il la vêtit, lui faisant lever les bras alors que le tissus rouge caressait sa peau. Elle ne prononça pas un mot. Elle le connaissait suffisamment pour savoir la suite.
Encore une fois, le Cinquième mouvement de la Symphonie fantastique retentit dans toute la maison alors qu'il lui faisait l'amour. Encore vêtu de la robe rouge, elle était étendu sur les draps tandis qu'il la prenait avec brutalité. Ses mouvements suivaient le rythme de la musique. Yumi avait le visage torturait par de sombres pensées.
« Courage » semblait-elle se dire. « Tu peux encore tenir, il n'y en a plus pour longtemps »
Lorsqu'il eut fini et qu'il se redressa, elle arbora un sourire. Il était faux, comme tous les sourires qu'elle lui avait adressé ces derniers mois, mais il ne s'en rendit pas compte. Il quitta le lit conjugale la laissant seule. Elle se retourna dans le lit, son regard plongeant par la fenêtre, loin, très loin au-delà de l'horizon.
Plus tard cette journée-là, alors qu'elle apportait les plats du repas, elle le rejoignit sur la terrasse. Elle s'assit en face de lui.
-Tu veux quelque chose, dit-il avec une pointe de malice alors qu'il servait le vin. Je connais ma princesse. Vas-y, je t'écoute.
Prenant son courage à deux mains, Yumi ouvrit la bouche.
-Il y a Emilie Leduc, qui veut que je travaille à temps plein à la bibliothèque.
-Tu travaille déjà trois matins par semaine et je te soutiens, dit-il. Je sais que tu aime les livres. Mais la maison. N'aime tu pas notre maison ? Qui s'en occupera si tu n'es pas là ?
-Est-ce que ton dîner a été servi en retard ne serait-ce qu'une seule fois ? Osa t'elle répliquer avec douceur.
-Oh mais oui, je m'en souviens, ce n'était pas il y a si longtemps de ça, commenta t'il avec fermeté, c'était il y a deux jours.
-C'était il y a six mois, répliqua t'elle.
On sentait dans sa voix l'envie de se défendre, elle était également fatiguée de devoir se justifier.
-Mon frère était tout ce que j'avais, expliqua t'elle encore, je m'en serais voulu toute ma vie, si je n'avais pas pu y aller. Je regrette déjà assez.
-Tu lui as toujours apporté ton amour, insista William, souhaitant avoir le dernier mot.
-Il est mort seul et j'aurais du ne pas aller à ses funérailles ? Dit-elle sans hausser le ton.
On pouvait cependant une note de mépris dans sa voix. Envers lui ou envers elle-même ?
-Si tu ma l'avais dit je t'y aurais emmené moi-même, me laissant ainsi une chance de lui donner moi aussi mes derniers respects. Tu t'es juste tiré en douce sans explication, ajouta t'il avec nonchalance.
-Je ne me suis pas tiré en douce, répliqua t'elle avec un peu plus de fermeté, ne pouvant plus contenir son agacement.
-Dois-je te rappeler à quel point j'étais inquiet ? Demanda t'il en prenant cette fois un ton un peu moins indifférent.
-Oh non, dit-elle son corps se redressant avec confiance, tu me l'as déjà assez rappelé quand je suis rentrée.
Il lui adressa un regard sombre, il savait pertinemment de quoi elle parlait. Son regard se fit triste.
-Es-tu en train de suggérer que ça m'a amusé ?
-Oh mon dieu non, dit-elle le ton calme et ferme, ses yeux droits et fiers fixés dans les siens. Ça ferait de toi un monstre.
Ils échangèrent un long regard. Au bout d'un moment, un fin sourire apparut sur les lèvres de William.
-Si je ne te connaissais pas mieux que ça, je dirais que tu essais d'engendrer une dispute pour éviter la sortie en mer de ce soir, dit-il.
Elle ne répondit pas, son regard le fuyant.
-Ceci est-une discussion intéressante mais nous la reprendrons après ce soir, tu es d'accord ?
Yumi acquiesça avec lenteur. William eut un plus grand sourire, sûr de sa victoire. Il lui tendit son assiette et sans un mot Yumi le servit. Le repas s'écoula dans le silence.
Plus tard, Yumi caressait une statuette de Bouddha en pierre noire.
-Tu repense à notre lune de miel ? Demanda William en l'observant.
Il vint lui mettre son anorak sur les épaules en continuant :
-Tu te souviens quand je t'ai donné ça, puis je t'ai invité à danser.
-C'était les plus beaux jours de toute ma vie, dit-elle comme si elle pensait fortement ses mots.
Il la tourna vers lui en douceur.
-On sera toujours ensemble, dit-il en lui baisant la main, je ne te laisserai jamais partir.
Il sourit et ne lâchant pas sa main, l'entraîna avec lui.
-Il est temps d'y aller.
Sur le bateau, Jim Moralès guidaient son voilier avec aisance. Pensant que la pratique ne faisait jamais de mal, il avait laissé William s'occuper de la voile tandis qu'il restait au gouvernail. Yumi, assise à l'arrière ne pouvait cacher sa tension. Le remarquant du coin de l'œil, Jim essaya de remotiver ses troupes :
-Allons ce n'est rien, dit-il alors qu'ils constataient que la lune se voilait derrière des nuages rendus noirs par la nuit. Tout va bien aller ma petite, elle va revenir, ajouta t'il en parlant de l'astre nacrée.
Yumi lui rendit un faible sourire tandis que William l'observait de son regard perçant. Malheureusement pour lui, Jim avait tort. A peine quelques minutes après ses mots rassurant, il se mit à pleuvoir drues et le vent se leva. La vitesse avec laquelle la tempête tomba sur eux, les surpris tous.
-Je pensais que vous aviez dit que le temps serait beau ce soir, accusa William.
-C'est vrai, répliqua Jim, je ne sais pas d'où ça vient. On ferait mieux de rentrer.
Sur ces dernières paroles, il tourna le gouvernail et fit faire demi-tour au navire.
-Ne t'inquiète pas princesse, tout ira bien, lança William sans même regarder sa femme.
-La première bouée est là, ajouta Jim en apercevant la dite bouée à bâbord, on y est bientôt.
La foudre se mêla alors à la pluie. Jim voyant l'une de ses voiles s'agiter sous le vent, cria à William de la retendre. William s'en occupa immédiatement. Il tourna le winch* avec vigueur. Mais comble de malchance, l'écoute* lâcha. D'un claquement sec, le foc* se libéra de toute entrave.
-Récupère-la, hurla Jim dans le vent, oubliant le vouvoiement dans l'urgence de l'instant.
William glissa plus qu'il ne grimpa jusqu'au mât. Voyant qu'il était en difficulté, Jim lâcha la barre et vint l'aider. Alors que le vent rabattait le foc sur eux, William s'en saisit et agrippa fermement la corde. Une bourrasque plus vive que les précédentes fit gonfler le foc, entraînant dangereusement William par-dessus bord. Jim arriva juste à temps, il s'empara à son tour de l'écoute. Les deux hommes, glissant sous la force du vent et sur le revêtement dégoulinant d'eau du bateau, réussirent à rattacher le foc. Mais c'était sans compter l'absence du capitaine à la barre. Sans contrôle sur sa direction, le voilier était balloté par les vagues. Alors que le foc était enfin rattaché avec succès, une vague frappa la coque à bâbord, suivant ce nouveau mouvement d'inertie la bôme* se retourna et frappa un William debout sur le bastingage sans méfiance. Lâchant un cri de surprise, William perdit l'équilibre et tomba à l'eau.
-J'arrive, hurla Jim en se penchant immédiatement au dessus de l'eau.
Il lui attrapa les mains et avec une force qu'il ne se soupçonnait pas avoir il le remonta à bord. Fatigués, les deux hommes restèrent une seconde ainsi, allongés sur le ventre, profitant de ce bref répit dans leurs aventures. Mais cela ne dura pas longtemps. Dès que le regard de William se porta sur la place vide de Yumi, la peur et la panique refirent surface. Se redressant soudain, son voisin le regarda sans comprendre jusqu'à qu'il l'entende hurler le nom de sa femme. Jim regarda alentour et ne put que constater avec horreur la disparition de la jeune femme.
-Oh mon dieu, souffla t'il alors que William continuait de hurler le prénom de Yumi dans le vent à s'en décrocher les poumons.
Une heure plus tard, alors que les garde-côtes faisaient des recherches, la mer encore agitée, William, une couverture sur les épaules entra dans la cabine.
-On devrait demander d'autres bateaux, insista t'il son inquiétude lui faisant prendre un ton rageur. Elle doit être là quelque part, il faut agir plus vite. Reprenez la radio et appelez du monde.
A peine avait-il dit cela que l'un des matelots s'exclama :
-On a trouvé quelque chose !
William se précipita sur le pont, tandis que deux des garde-côtes remontaient quelque chose le long d'une perche. Pour William, le temps se figea. Le silence fit place sur le bateau alors que tous regardait l'objet repêché. L'espoir qui avait naquit dans le cœur de William mourut à l'instant où ses yeux se posèrent sur le gilet de sauvetage de Yumi. Ce fut tout ce qu'ils retrouvèrent d'elle ce soir-là
Lorsqu'il rentra chez lui, tout lui rappelait la présence ou plutôt l'absence de sa femme. Un mélange de plusieurs émotions plus diverses et plus vicieuses les unes que les autres se bousculaient en son for intérieur. D'abord le chagrin, un trou énorme semblait s'être formé en son être, lui causant une douleur atroce et impossible à oublier. S'ajoutait à cela le manque. Un besoin d'elle irrépressible et impossible à combler. Il n'avait eu qu'elle et elle seule dans sa vie. Qu'allait-il devenir sans Yumi ? Ensuite venait la colère. Contre lui-même, pour ne pas avoir su la protéger. Dire que tout cela avait été son idée.
Ses yeux se posèrent sur la statue de Bouddha. Le dernier objet qu'elle avait touché. Une poignée de souvenirs le submergèrent à la vue de cet objet. Leur lune de miel, Yumi dans sa robe de mariée, son sourire. Avec délicatesse, il posa les mains sur la statue. Il la souleva entre ses doigts, la tournant au fil des images que la sculpture lui rappelait. Comme voulant soudain rompre ce rêve hypnotique, il lâcha des yeux la statue et rencontra son reflet dans la baie vitrée.
La colère revint alors, tandis qu'il fixait des yeux le coupable de son malheur. Lui-même. Avec un cri de rage, il jeta l'idole sur la vitre. Le verre explosa en mille morceaux. A l'image de son cœur, pensa-t-il. Son regard se porta au loin dans la pénombre de la nuit, vers la mer, dont il entendait les vagues se fendre sur la plage avec fracas, comme un écho à sa fureur. Il s'avança parmi les débris et s'appuya au rebord de la terrasse. Un hurlement de rage monta dans sa gorge et franchit ses lèvres.
-YUMI !
Aucun écho ne lui répondit cette fois-ci.
Lexique de ce chapitre :
Bôme : support horizontale de la grand-voile.
Ecoute : élément de cordage permettant de régler l'angle d'une voile par rapport au vent.
Foc : Voile située à l'avant du bateau.
Winch : petit treuil manuel destiné à faciliter la tension des écoutes.
A bientôt pour la suite, n'oublié pas les commentaires. Je sais, on a souvent la flemme, mais ça fait bien plaisir à l'auteur.
