Découvrir (réécrit en décembre 2014)
Le petit manoir était plongé dans le silence le plus total, Severus et Remus s'étaient servi une tasse de thé et bien que la nuit soit déjà très avancée, ni l'un ni l'autre ne pouvaient se résoudre à aller rejoindre leurs nouveaux lits.
Remus se tenait debout et ne parvenait pas à tenir en place tant il était inquiet, alors que le maitre des potions scrutait les flammes, si immobile que sa respiration semblait s'être arrêtée.
« Arrête de t'agiter comme ça Lupin, je n'arrive pas à penser. » Grogna-t-il.
« Lupin ? » S'arrêta-t-il brusquement « Je croyais que nous avions décidé de renoncer à ce genre de formalité Severus. »
Le professeur de potion releva la tête et croisa le regard du lycanthrope. Le noir rencontra le gris. Devant lui se tenait un homme presque devenu animal, rongé par l'inquiétude.
« Remus. » murmura-t-il en reportant son regard sur les flammes qui dansaient devant lui. « Tu sembles tourmenté par quelque chose.»
« Severus… » Dit-il en se rapprochant de la fenêtre et en lui tournant le dos. « Nous avons négligé un détail important. »
Dehors il faisait nuit, il n'y avait pas un seul nuage et grâce à la lumière de la lune, le paysage se détachait clairement, fantomatique. Les arbres étaient agités par la brise nocturne et l'eau du petit étang scintillait.
Son regard fut attiré par un mouvement à l'orée de la forêt et il scruta l'obscurité attentivement. Non il devait avoir rêvé. Après tout il était bien fatigué.
« Quoi donc ? » insista son collègue, agacé devant le silence qui lui répondait. « Crache le morceau, je ne suis pas d'humeur à jouer aux devinettes le loup.»
« Justement. Ma condition…. Severus, nous sommes dans une maison remplie de gosses et je suis un Loup-garou. »
« Tu m'annonces ça comme si je n'étais pas au courant. » Répondit son collègue très amèrement. Comme si il pouvait oublier le loup-garou.
L'image de la bête qui dormait au fond de Lupin fit remonter des souvenirs peu agréables. Une lueur inquiète passa dans les yeux noirs du Maitre des Potions mais cela n'empêcha pas le ricanement qui en sortit. »
« Des gosses. C'est ça, ce ne sont que des gosses. Ils ont beau avoir chacun vécu des expériences qui en traumatiseraient plus d'un, ils ne sont que des gosses. Merlin, nous sommes coincés dans le temps avec trois adolescents qui contiennent en eux l'intégralité du conflit sorcier. Draco Malefoy le sang-pur, Hermione Granger la née-moldue et… Potter le survivant. »
Remus se retourna.
« Malheureusement, c'est comme ça. Ils n'ont que quatorze ans. Du reste, je te conseille d'arrêter d'appeler Harry par son nom de famille, il t'acceptera mieux ainsi, je te le promets, c'est certain. »
Le ton accusateur qui pointait dans sa voix mit Snape sur la défensive.
« S'il commençait déjà par me montrer du respect, je commencerais à y penser de mon côté. » Grogna-t-il.
Remus le rejoint sur le canapé et soupira.
« Laisse-lui le temps. Harry est très têtu mais il est très aimant et protecteur. Il est comme sa mère, comme Lily. Ne l'oublie pas, c'est aussi l'enfant de Lily. »
A ce nom, le professeur de Potions laissa son regard se perdre. Lily. Le souvenir de ses yeux vert le frappa. Et celui de son rire aussi. Clair et cristallin.
Il reprit cependant vite ses esprits lorsqu'il remarqua que Remus lui débitait toujours un certain nombre d'âneries sur Potter, sur son bon caractère. Comme s'il allait le croire. Les poules auront des dents le jour où il comprendrait un Potter.
« …Il n'a pas eu une vie facile, en fait, je crois que votre seul problème est de vous ressembler plus que vous ne le pensez Severus. Lui aussi a été… »
« A été quoi ? » demanda-t-il un peu brusquement
« Il a été délaissé par sa famille. Pétunia et par son mari moldu. Ils n'ont pas été des plus tendres avec lui. Sa vie n'a pas été facile et je pense qu'il a besoin d'amour. Voilà même pourquoi il tend toujours à se comporter comme un héros je suppose. »
A ces mots, le professeur de Potion se mua dans un silence réflexif.
« Mais il est impulsif, cela finira par le perdre, impulsif, têtu et avec un ego de Gryffondor. Il refuse l'aide apportée autour de lui ! Il fonce toujours dans les ennuis tête baissé, sans aucune réflexion ! »
L'homme en face de lui soupira.
« Malgré ce qu'il en dit, ce n'est encore qu'un adolescent, qui a besoin de temps, d'amour, de sécurité et j'en passe. »
« Et d'un sacré recadrage » grogna Severus « D'une main ferme, de règles strictes et de… »
« Tu sais » sourit Remus en le coupant « J'ai toujours pensé que tu aurais fait un bon père Severus. Un tantinet sévère je suppose mais un bon père quand même. Je ne serais pas surpris qu'Harry t'accepte vite. »
« Que c'est touchant. » ricana-t-il. « Les enfants ont peur de moi et tu le sais bien. »
« Pas Meg. »
« Meg n'a jamais eu de famille à l'en croire, elle s'accrocherait à tu-sais-qui si elle le pouvait ! »
Seul un sourire sur les lèvres du lycanthrope lui répondit. Qui acheva sa bonne humeur.
« Maintenant si tu pouvais cesser de jouer à l'assistante sociale, on pourrait finir cette conversation et passer au sujet principal. C'est-à-dire ton problème poilu. Comme ça on pourrait envisager d'aller se coucher»
« Malgré ce voyage dans le temps, je reste et je resterai un Loup-garou, et donc un danger potentiel. Je ne devrai pas rester avec vous. Je pourrai tous vous tuer. »
Le maitre des potions leva les yeux au ciel en grommelant une phrase inaudible sur les Gryffondors et leur stupide sens du sacrifice.
« Évidemment. Ton esprit étroit a sauté à la conclusion que je vais te laisser te transformer dans la maison pleine de gamins ? Je suis quand même un tant soit peu responsable, le loup. » Siffla-t-il « Et toi tu veux me laisser tout seul avec eux ? Voyons Lupin je te pensais plus intelligent. Il y va de ma santé mentale ! Dans deux jours il ne restera dans le meilleur des cas, plus qu'Hermione, la petite et moi, j'aurais déjà éviscérer les deux autres qui passent leur temps à se taper dessus. »
« Tu es dur avec toi-même » rit Remus. « Mais… »
« Arrête de t'apitoyer, Loup-garou pleurnicheur ! Je te préparerais ta potion et tu devras sortir les nuits de pleine lune mais c'est tout. Tu ne risques pas de te transformer en Loup-garou dans le salon j'espère ! »
« Non, bien sûr que non ! » rit-il de nouveau.
« Je parle sérieusement. » Dit-il brutalement devant l'hilarité de Remus.
« A tu déjà parlé autrement que sérieusement Severus Snape ? » Ne put-t-il s'empêcher de lui faire remarquer
« Je pourrais te surprendre. » Répondit ce dernier. « La prochaine pleine lune est dans une semaine, nous avons le temps de prévoir un endroit sans danger pour tes transformations et je peux te fournir de la potion. Elle met une nuit seulement à reposer. »
« Oui mais… préparer autant de potion pour moi… ne t'obliges pas ! »
« Cesse ces simagrées Lupin! » Cassa Snape, de plus en plus irrité par son comportement. « Évidemment que c'est possible, je ne suis pas maitre des potions pour rien. Et puis elle a beau être longue à préparer, elle se garde bien. De plus nous avons dans cette maison trois adolescents qui ont vraiment besoin d'une certaine pratique en potion. La discussion est close. »
« Très bien, soupira-t-il. Merci beaucoup Severus. »
« Pas la peine de me remercier. »
Les deux hommes restèrent en silence quelques instant puis finirent leur tasse de thé et montèrent rejoindre leurs chambres respectives.
Hermione ouvrit les yeux difficilement. Elle mit un certain temps avant de se rappeler où elle se trouvait et pourquoi.
Dès qu'elle eut repris ses esprits, elle se dirigea d'un pas vif vers la fenêtre. Celle-ci était dissimulée par de lourds rideaux qui tombaient jusqu'au sol, au travers desquels un fin rayon de lumière commençait à filtrer. Elle les écarta d'un coup sec et le soleil pénétra dans la pièce.
Elle pivota et avisa la pièce. Sa chambre était d'une taille modeste, elle n'avait pas eu beaucoup le temps de l'observer hier avant de dormir, aussi s'arrêta-t-elle sur chaque objet autour d'elle.
Le mobilier était sobre, elle ne possédait que son lit, dans le coin gauche et un bureau de pin à côté de la fenêtre lui permettait de travailler en pleine lumière.
Dans un coin se tenait un fauteuil vieillot mais qui paraissait assez confortable. Une commode massive en bois brut, équipée d'un miroir, complétait l'ensemble et un tapis brun couvrait le sol.
Une voix coupa court à sa contemplation.
« Mione ? »
Elle se tourna vers la petite fille qui était pieds nus dans sa chemise de nuit blanche.
« Meg. » Sourit-elle en la prenant dans ses bras. « Ça va ? Tu as bien dormi ? ».
Malgré ses sept ans, la petite fille était frêle et petite ce qui lui permettait de pouvoir la soulever aisément.
« Oh oui ! Ma chambre elle est trop belle d'abord, et j'ai un trop beau lit de princesse ! Et en plus j'ai même une table ou je peux me faire une cabane en dessous. Oh c'est trop beau ici ! » Dit-elle en se tournant vers la fenêtre.
Hermione s'approcha de la fenêtre. La petite propriété de ce côté-ci était bordée par la forêt et on apercevait un petit étang. Le jardin était infesté de mauvaises herbes mais elles ne faisaient que lui donner un certain charme.
Le soleil brillait et caressait le paysage d'une douce lumière. On ne pouvait que se sentir à son aise ici. Remus avait bien choisi le lieu. Et tous ces livres qui l'attendaient à l'étage, ça semblait trop beau pour être vrai ! Bon, l'endroit serait parfait, si la situation n'était pas si dramatique. Se dit-elle en ravalant son enthousiasme.
Le ventre de Meg se mit à grogner et elle se mit à rire nerveusement.
« J'en connais une qui a faim. » sourit Hermione « Si on descendait toutes les deux et qu'on regardait s'il n'y a pas quelque chose à manger ? »
« Oh oui ! »
« Chut, tu vas réveiller tout le monde. »
Les deux filles descendirent en bas, quelqu'un s'agitait déjà dans la cuisine et lorsqu'ils entrèrent une odeur de pain grillé vint leur chatouiller les narines. Le maitre des potions s'affairait autour des fourneaux et posait quelques morceaux de lard dans la casserole. Hermione se fit timide.
« Bonjour professeur » Dit-elle en entrant, Meg sur ses talons.
« Bonjour Hermione.»
Sans s'y attendre, le professeur reçu un boulet de canon de sept ans dans les jambes.
« Sevy ! »
Une grimace affecta les traits du maitre des potions.
« Bonjour Mégane. » Répondit-il en roulant des yeux puis en les baissant vers la petite tête bouclée. « Je ne donne pas à manger aux marmots pieds-nus. » Grogna-t-il. Manquerait plus qu'il doive faire garde-malade quand elle serait enrhumée.
D'un geste de la baguette il exécuta un accio et des chaussons arrivèrent dans la cuisine depuis la chambre de la fillette. « Le loup-garou me tuerait si tu attrapes la crève ! Omelette ? » Finit-il par demander d'un ton bourru.
« Oh oui ! » Cria celle-là tandis qu'Hermione murmurait un « s'il vous plait monsieur » discret.
Il posa l'omelette sur la table, entreprit de servir les deux filles et reposa la casserole sur le feu. Il mit la machine à café en marche, la seule chose qui pouvait lui donner un semblant de courage le matin, et il en avait bien besoin !
Pendant ce temps Hermione s'appliquait à couper l'omelette en petit morceaux pour sa cadette.
« Bonjour tout le monde ! » dit Remus en entrant dans la cuisine. « Bien dormis ? »
Un concert de oui lui répondit. Il se pencha sur Mégane et la chatouilla.
« Comment va le petit monstre ? »
«Je suis pas un monstre d'abord ! » protesta la petite fille entre deux éclats de rire.
« Les garçons ne sont pas réveillés ? Je vais y aller, on a beaucoup de choses à faire aujourd'hui. »
Il remonta et redescendit quelques instants après en poussant deux adolescents rétifs et endormis.
« Certains ne sont pas du matin. » ricana Snape.
Deux regards noirs arrivèrent en sa direction, ce qui ne lui fit pas plus d'effet que celui de le faire ricaner davantage. Il posa le café au milieu de la table et s'en servit une tasse ainsi qu'à Remus puis se concentra uniquement dessus. Durant quelques instants le silence se fit jusqu'à ce qu'il soit coupé par Meg.
« Harry ? lui demanda t'elle, tu aimes les licornes ? »
« Euh… » Répondit-il, décontenancé pas la question.
Mais la petite fille n'attendait pas de réponse, juste un public conciliant, aussi se mit-elle à exposer en long en large et en travers pourquoi les licornes étaient si belle et si gentille et si belle et si…
Remus qui avait fini son petit déjeuner depuis quelques instants prit pitié du jeune homme.
« Et si tu finissais ton omelette Meg…Tu pourras nous parler des licornes après, d'accord ? »
Elle acquiesça et commença à engloutir son omelette presque férocement.
« Programme de la journée » annonça Remus en s'adressant à la cantonade. « Nous avons besoin de vêtements, ce ne sera pas difficile d'en trouver à notre convenance, contrairement à la mode moldu, la mode sorcière n'a pas subie de grand changement suivant les différentes époques. »
« Les sorciers sont très conservateurs. » constata Hermione.
« Merci Granger de cette brillante observation. » grinça Malfoy.
La brune lui darda un regard noir et se tût.
« Ensuite il nous faudra repérer le village à coté et ses commerces. Nous ferons quelques courses, puis, nous irons acheter une réserve d'ingrédients pour les potions. Et il faudra aussi penser à aller inscrire Mégane à l'école.
« Est-ce que le village est loin d'ici professeur ? » Demanda Draco
« Oublie le professeur, Draco, tu peux aussi m'appeler Remus. Le village est à une vingtaine de minutes de marche d'ici.»
« D'accord, répondit-il. C'est un village sorcier « ?
« Oui, ce sera plus facile pour ne pas éveiller de soupçons et Mégane pourra aller à l'école avec d'autres petits sorciers et sorcières. »
« Veux pas aller à l'école ! » cria cette dernière en croisant les bras.
Tout le monde se tourna, étonné vers la petite fille qui venait de lancer ce trait .
« Mais enfin Mégane.»
« Je veux pas ! »
« Il faut que tu voies des gens de ton âge Mégane, tu ne peux pas seulement rester avec nous et nous serons très occupés. Il vaut mieux que tu ailles à l'école la journée plutôt que tu restes ici toute seule à ne rien faire, à trainer dans nos pates, à t'ennuyer et à bouder. » Rétorqua Remus.
Mais la raisonner ne servait à rien.
« Nan nan nan nan nan nan. » S'obstina-t-elle
« Tu vas voir, je suis sûr que tu vas aimer ça en plus alors arrête de discuter, tu vas à l'école, point final. »
« Nan ! » cria-t-elle. « Je veux rester là ! »
« Mégane ! » Gronda Severus qui, exaspéré avait pris le relais « Arrête ça tout de suite. »
La petite fille s'arrêta net.
« Viens ici » lui demanda-t-il « Allez viens. »
Le maitre des potions posa lentement sa tasse de café sur la table, avisa la fillette blonde qui se tenait debout les bras croisés devant lui et glissa un doigt sous son menton pour qu'elle le regarde directement.
Tous les adolescents étaient bouche bée devant celle qui affrontait inconsciemment le danger de défier Severus Snape.
« De un » commença-t-il en levant un doigt « tu ne peux pas rester ici toute la journée avec nous à rien faire. De deux, tu dois aller à l'école, et de trois, tu ne cries pas comme ça lorsque tu veux dire quelque chose. C'est clair ? »
La fillette et se mit à pleurnicher.
« Mais j'veux rester là, je ne veux pas voir d'autre enfants je veux travailler avec vous. »
« Je ne crois pas non. » reprit Remus « On va faire pleins de choses trèèèès ennuyantes, tu pourras demander à Harry si tu veux, je suis sûr que lui, il préfère aller à l'école. »
Harry fit une grimace pour montrer à Mégane que Remus avait raison. Dans la réalité…et bien… il n'avait pas tout à fait tort.
« Mais non, je veux paaaaas… » se mit-elle a geindre.
« Mégane ! » reprit Remus d'un ton ferme. «Il n'y a pas d'autres solutions. Maintenant regarde-moi et écoute moi bien. »
Les yeux noisette se fixèrent sur les yeux noirs du professeur.
« On fait un marché tous les deux. Tu y vas trois jours et si tu n'aimes pas… et bien je te promets que tu n'y retournes pas. D'accord ? »
Snape jeta un regard noir à Remus, pas vraiment persuadé que sa méthode fonctionne et redoutant que celui-ci se retrouve dans une mauvaise position dans les trois jours à venir.
Un instant passa pendant lequel la petite fille se montra brusquement sérieuse, réfléchissant du haut de ses sept ans.
« …D'accord, mais tu promets hein ? »
« C'est promis ! Maintenant tu vas me faire le plaisir de retourner t'asseoir et de finir ton omelette rapidement. »
Snape la regarda faire et ne formula aucun commentaire.
Elle fila plus vite que son ombre. Il releva la tête et vit que les trois adolescents avaient les yeux fixés sur elle. Elle avait à peine sept ans, et avait osé élever la voie dans la même pièce que Severus Snape.
« Vous ressemblez à des poissons hors de l'eau. » Aboya-t-il. « Fermez vos bouches et arrêtez de la regarder comme ça. Dépêchez-vous de finir de manger, on n'a pas que ça à faire. »
Il se releva brusquement et se retourna sur le pas de la porte
« Dans une demi-heure dans le hall. »
Sur ce, il quitta la pièce, bientôt suivi de Remus et Mégane.
Un silence de mort s'installa dans la cuisine.
« Oh ben ca alors… Qui aurait imaginé que Snape puisse être comme ça ? Il a été… euh… patient ? » Demanda Harry d'un ton stupéfait.
« Ce qui prouve… » Répondit Hermione sagement « qu'on ne le connait pas aussi bien qu'on ne le pense. »
Elle partit poser son assiette dans l'évier et se tourna vers les deux garçons toujours en état de choc.
« Non mais vous avez vu comment il a réussi à calmer Mégane ! » Repris le garçon brun toujours aussi ébahi.
Draco acquiesça.
« Vous n'avez pas l'habitude de le voir comme directeur de maison. »
« Ce séjour va être des plus intéressant je crois… » Ajouta Hermione en souriant. « Dans tous les cas je doute qu'il montre autant de patience s'il découvre que vous n'êtes toujours pas prêt à partir d'ici vingt minutes, on ferait mieux de se dépêcher. »
« Tu as raison Granger » fit Draco en se levant « Mieux vaut ne pas tenter le diable. »
Hermione se tourna vers lui.
« Hermione. 8 lettres et 3 syllabes, dra-co »
Elle sortit sans même un autre regard aux deux garçons.
« Je prends la salle de bain en premier le balafré ! » Cria Malfoy en sortant le plus vite possible de la pièce.
« Tu rêves la fouine ! » Cria Harry en faisant de même.
Elle épiait depuis l'orée du bois, immobile, scrutant le jardin et le manoir afin d'espérer apercevoir ses nouveaux habitants. Il ne fallait pas qu'ils restent. Elle ne voulait pas. Ils n'avaient pas leur place ici.
Et puis… Elle ne le savait que trop bien, c'était dangereux. Ils devaient partir.
Elle ferait en sorte qu'ils déguerpissent, même si pour le moment elle n'avait aucune idée du moyen de procéder.
Il ne fallait pas qu'ils restent là, non il ne fallait pas. Sinon il allait vouloir se débarrasser d'eux.
Il fallait qu'ils s'en aillent avant qu'il ne se rende compte de leur venue.
Elle revint sur ses pas et se promit de faire en sorte qu'ils partent dans une semaine, grand maximum.
Une vingtaine de minutes plus tard, ils attendaient tous dans le hall d'entrée, fignolant les derniers détails de leur expédition. Remus leur tandis à tous des capes, l'un des dons du directeur de Poudlard tandis que Severus, fidèle à son rôle, énonçait les règles à suivre.
« Je vous rappelle que nous ne connaissons pas les effets qu'aurons nos actions dans le passé. Il ne faut en aucun cas utiliser nos vrais prénoms. Pour ne pas nous embrouiller, nous utiliserons le patronyme de Snape qui n'est pas connu. Par conséquent, j'ai devant moi Hermione Snape, Harry Snape et… enfin vous avez compris. Mégane? » Interrogea-t-il la petite fille « Quel est ton nom de famille ? »
« J'en n'ai pas »
Il observa la petite fille qui n'était nullement préoccupée par sa question. Il avait oublié l'espace d'un instant qu'elle était orpheline.
« Alors tu seras juste Mégane Snape. Et à l'école aussi, ce sera plus simple. »
L'homme en noir mit sa propre cape sur les épaules et se dirigea vers la porte. Il l'ouvrit pour que tous puissent sortir. Il prit la clé de cuivre, l'inséra dans la serrure tandis que Remus donnait ses propres recommandations.
« Il n'est même pas nécessaire de rappeler que vous restez à nos côtés à tout moment, est-ce que c'est clair ? »
Les trois adolescents approuvèrent en silence.
« Harry, je suis sérieux. Pas d'escapades à volo pour raison x ou y ! »
« Oui professeur » répondit celui-ci agacé. « Vous savez je ne suis pas un fou furieux qui aurait besoin d'une surveillance constante. »
Remus sourit d'un air espiègle.
« Non, tu es juste un Potter qui a l'habitude génétique de ne pas suivre les règles faites pour lui. Je suis néanmoins très sérieux. Ici ce n'est ni l'endroit ni le moment de n'en faire qu'à sa tête. Allez, allons-y. »
Ils avancèrent tel un petit troupeau vers la grille de la propriété. Remus menait la marche, Harry et Hermione discutaient tandis que Draco parlait à voix basse avec Mégane tout en lui tenant la main et Snape suivait, son visage ne reflétant aucunes émotions comme à son habitude.
Le village était grand et joliment pittoresque. On aurait dit Prè-au-Lard en plus grand. Les maisons étaient hautes et paraissaient un peu branlante. Elles se chevauchaient et étaient de différentes couleurs. La plupart avec des colombages et des toits en tuiles rouges brique.
À cette heure-là de la matinée, le bourg était en plein effervescence.
Des mères de famille et leurs bambins faisaient leurs courses. Les livreurs de journaux s'affairaient et se glissaient parmi les badauds. Les différents commerçants faisaient leurs promotions de la porte de leurs enseignes. Le soleil brillait, donnant à la scène une ambiance légère. On aurait dit un tableau de maitre, peint de couleurs chaudes et vives.
« Professeur Snape a raison Harry, en toutes ces années le monde sorcier n'a pas beaucoup évolué contrairement au monde Moldu. »
« Les sorciers ne changent pas Granger. » dit Malfoy « La magie n'est pas une technologie comme vous avez, vous, les moldus. On nous apprend ça à l'école quand on est petit, que les prouesses magiques peuvent s'expérimenter ou s'améliorer mais que la magie restera vielle comme le monde. Quelque chose qu'apparemment, Granger, tu ne sais pas. »
Harry grogna dans la direction du garçon blond.
« Ne lui parles pas comme ça, espèce de fouine gominée ! Elle vaut toujours mieux que toi, et ce n'est pas difficile, crois-moi ! » Dit-il en empoignant sa baguette dans le fond de sa poche.
« Tu veux m'ensorceler Potter ? » Répondit-il en sortant sa propre baguette. « Je doute que ce soit une bonne idée… Tu risques de te blesser et de te faire une jolie cicatrice pour accompagner la prem… »
Mais il n'eut pas le temps de finir sa phrase, Severus surgi et lui attrapa le bras d'une poigne de fer.
« Ranges cette baguette Draco. » Dit-il d'une voix froide. « Ou mieux, donnes-la moi. »
Ses yeux paraissaient lancer des éclairs.
Il tendit la main vers le garçon qui hésita mais qui la lui tendit. Le professeur se tourna alors vers le garçon brun.
« Toi aussi Potter, baguette ! »
Harry lui lança un regard noir mais sortit immédiatement le bout de bois poli de sa poche, et le posa dans la main blanche et fine de Snape. Dès qu'il eut rangé les deux baguettes dans sa robe longue, il se retourna vers eux. »
« Écoutez-moi bien tous les deux et gravez bien ces mots dans vos esprits étroits. Vous n'êtes pas ennemis, plus maintenant ! Essayez de ne pas vous entretuer le reste de la journée ou vous aurez sérieusement affaire à moi. Nous en rediscuterons ce soir, une bonne fois pour toute. »
Puis il partit échanger deux ou trois mots avec Remus avant de leur ordonner de les suivre dans la boutique de vêtements sur-mesure.
Les garçons continuèrent à se lancer des regards noirs tout le long du chemin.
Une femme rondouillette et joviale, qui rappelait à Harry le professeur Chourave, les accueillit en leur souhaitant la bienvenue dans le village on devait donc voir qu'ils étaient étrangers. Elle prit à tous leurs mesures et leur demanda de revenir dans l'après-midi pour récupérer leurs vêtements et ils se dirigèrent vers la boutique d'alimentation.
De là, ils se séparèrent. Remus prit avec lui Hermione et Mégane pour inscrire celle-ci à l'école et le maitre des potions traina les deux garçons vers l'apothicaire en marmonnant que « puisqu'ils avaient besoin d'action, il allait leur en donner ».
En effet, ils en ressortirent une heure plus tard en ayant acheté la quasi-intégralité de la boutique et après avoir fait l'acquisition d'une charrette magique, entendez par là qu'elle n'avait besoin de rien pour être tiré. Cet achat fit ricaner Harry qui n'arrivait pas à imaginer Snape dans le type « paysan, pantalon de toile et chemise à carreau, chapeau et bronzage». Ils la chargèrent de nombreuses caisses d'ingrédients, de fioles et d'outils tous les plus tordus les uns que les autres.
Lorsqu'ils eurent enfin finis le chargement, Harry et Draco étaient en sueur et essoufflés comme des bœufs. Ils s'affalèrent sur la banquette avant, tandis que Snape échangeait quelques mots avec l'apothicaire.
« Merci beaucoup monsieur Pattermole, je reviendrais certainement renouveler mes réserves chez vous, bien que je ne doive pas emporter la moitié de votre magasin à chaque fois.
« De rien monsieur Snape, c'est un plaisir de traiter avec vous. Revenez quand vous voudrez. N'est-ce-pas les garçons ? » Finit-il en riant.
« Envoyez-moi donc un hibou lorsque vous recevrez les racines de Valériane. »
« Où habitez-vous avec votre petite famille ? » Demanda le commerçant, soudainement curieux.
« Nous venons d'emménager le petit manoir de la forêt. »
« Le manoir Pendragon ! » S'étonna-t-il. « Je vous préviens, les gens qui y emménagent n'y restent pas longtemps. Certains disent qu'il est ensorcelé. » Termina-t-il en baissant la voix comme s'il pensait que la foudre s'abattrait sur lui si il osait proférer un autre mot à ce sujet.
« Je n'en doute pas. » fit Snape impassible. « Nous comptons y rester tout de même. »
« Je vous aurai prévenu. »
« Exactement. Au revoir Monsieur Pattermole ! »
« Au revoir monsieur Snape ! »
Il grimpa à l'avant de la charrette et d'un coup de baguette lui fit emprunter le chemin de la petite école de jeunes sorciers.
L'apothicaire rentra de nouveau dans l'ombre de son échoppe en murmurant. « Pauvres d'eux ».
