Note de Samega : Yooo tout le monde!
Ici Samega pour vous livrer (non non, pas le coeur de Potter, ni même le corps ficelé de Draco, rêvez pas ^^) la suite du Cadavre Exquis!
Petite précision à propos du rating, histoire qu'il y ait pas de confusion : il est spécifié que c'est un M donc vous savez à quoi vous attendre, mais je tiens juste à signaler qu'il y a également (en plus de lemons) quelques mentions SM, comme vous avez surement dû le constater dans le chapitre précédent, et comme vous le constaterez dans les chapitres à venir (si vous êtes toujours là n_n). Mais rien de bien violent hein, perso le bondage et toutes ces choses là c'est pas mon truc, ni celui d'Awen (du moins j'ose l'espérer... héhé je vais me faire taper xD), alors ça restera soft mais bon, je préfère quand même prévenir :)
Ma très chère Awen et moi-même, nous vous souhaitons une bonne lecture !
Chapitre 2 ~ Les mensonges bavardent six pieds sous terre
– Potter ! Potter réveille toi !
Harry sursauta en inspirant bruyamment, comme en temps de guerre, et recula jusqu'à sa tête de lit alors qu'un visage inconnu au bataillon lui faisait face, le regard vitreux et colérique. Il leva ensuite la tête et remarqua qu'un hibou virevoltait au-dessus de son lit. Il battait furieusement des ailes, donnant à Harry l'impression que la fenêtre du dortoir était ouverte et que le vent froid fondait sur son visage.
– Qu'est ce que …
– Cette saloperie de… Volatile ! l'interrompit brusquement l'autre étudiant en pointant le hibou du doigt, ne laissant pas la moindre chance au Gryffondor de s'exprimer. Il tambourine à la fenêtre depuis dix minutes, et il est 4 heures du matin ! En plus il s'est soulagé sur mes draps, mon lit est plein de fiente maintenant ! ajouta-t-il au bord de l'hystérie.
Pauvre garçon. Erreur, grossière erreur !
Si Ron, ou Neville, ou n'importe quel autre camarade d'Harry avait été présent, il aurait pu le prévenir : le Survivant était de ces gens qu'il faut prendre avec des pincettes au réveil, et à plus forte raison quand le réveil était aussi brutal… Mais, hélas, personne n'était là pour l'aviser de ce fait.
L'oiseau descendit en piqué rejoindre son destinataire, qui avait anticipé ce fait en tendant le bras d'un mouvement fluide sans détaché les yeux de l'odieux individu qui l'avait arraché à ses songes, et bientôt le regard jaune et inquiétant du hibou vint se joindre au sien pour fixer l'élève. Ce dernier observa, la figure béante et marbrée de taches rouges, cette étrange coalition prendre forme devant lui. Et il trouva la scène tout à fait angoissante.
– Qui es-tu ? demanda froidement Harry en plissant les yeux.
En temps normal, Eddie Carmichael, honorable Serdaigle de son état, aurait fait de l'ironie et aurait continué à crier son indignation pour avoir été tiré du sommeil de cette façon, mais le ton du Gryffondor semblait lui avoir coupé la chique.
– Je… Eddie Carmichael, bafouilla-t-il alors que les répliques cinglantes mourraient sur ses lèvres. Je suis à Serdaigle mais comme je suis le seul de ma maison à rester pour les vacances, on m'a prié d'investir ton dortoir pour les deux prochaines semaines.
Le regard d'Harry se fit plus dur encore. Il n'avait même pas pitié du Serdaigle pour son infortune et ne se souciait pas non plus de le voir se ratatiner sur place. En réalité, il pensait simplement que ce… Carmichael – on n'avait pas idée de porter un nom pareil ! – allait lui gâcher tous ses merveilleux plans pleins de solitude et de tranquillité. Pourquoi diable personne ne l'avait-il prévenu ? Et comment avait-il fait pour passer à côté en revenant dans son dortoir ?
– Et bien, Carmichael, dit-il en grimaçant dédaigneusement, retourne te coucher. Et si je peux te donner un conseil, ne t'avise plus de me réveiller comme tu viens de le faire, ou tu risquerais de passer par la fenêtre et finir ta nuit dehors, si tu as survécu au choc naturellement.
Eddie écarquilla les yeux une seconde, légèrement choqué, puis opina vivement du chef.
Il finit par déguerpir, n'arrivant plus à se rappeler qui exactement lui avait affirmé que le Survivant était une personne sympathique. Mais ce qu'il ne savait pas, c'est qu'Harry était allé à bonne école. Quand votre ennemi s'appelait Draco Malfoy, vous aviez une très bonne idée de ce que morgue signifie. Harry appréciait beaucoup son petit effet en tout cas.
Ricanant doucement en voyant le Serdaigle penaud lancer un sort de nettoyage à ses draps souillés, il s'intéressa enfin à la raison de tout ce tapage. L'oiseau roublard, étrangement conciliant avec lui, tendit docilement sa patte pour qu'Harry puisse récupérer son dû. Le Gryffondor posa son parchemin sur la table de chevet et plaça le hibou dans la vaste cage de sa propre chouette, laquelle était partie en mission de son côté. L'animal, ravi de trouver eau et graines à sa disposition, poussa un hululement reconnaissant.
Harry retourna à son lit et prit sa lettre. Il se demandait avec une petite pointe d'appréhension ce qui était assez urgent pour ne pas pouvoir attendre la distribution du courrier du matin.
Et sa surprise fut de taille, bien que l'inquiétude fut balayée par une tout autre sensation. Une sensation jubilatoire, qui se manifesta par un sourire légèrement effrayant.
Malfoy écrivait bien, se dit-il. C'était loin de ressembler à ses pattes de mouche à lui du moins. Mais il ne put s'empêcher de penser que cette écriture respirait la suffisance, à l'image de son auteur en somme.
Il relut le court mot une deuxième fois, riant doucement devant le choix de mot du Serpentard.
Effectivement, Harry n'était pas couard. Ou alors si peu…
Malfoy était couard, lui, et complètement. Avec ses sentiments réfrénés, ses manières de tourner autour du pot alors qu'Harry en était sûr, il voulait juste un prétexte pour le voir et lui demander des comptes à propos de ce qu'il avait surpris dans le couloir la veille. Il voulait certainement amener Harry à lui faire avouer qu'il le désirait, ce qui flatterait à coup sûr son immonde petit ego, et ensuite il pourrait le jeter comme un vulgaire détritus avant de parader dans tout Poudlard en répandant la rumeur. Ça ressemblerait tellement au Draco qu'il connaissait.
Au Draco qu'il rêvait de posséder.
Il avait autant de mal à s'expliquer ses récentes pulsions qu'à les contrôler, mais au moins elles ne le tourmentaient plus – exception faite des érections intempestives avec lesquelles il devait composer dorénavant. La première fois qu'il s'était surpris à reluquer les fesses du blond, il s'était trouvé abjecte. Puis, avec le temps, et surtout à force de constater qu'il était totalement impuissant face à son problème, il s'était résigné à l'accepter. Il était même passé au stade supérieur de l'acceptation : il voulait tout bonnement assouvir ce désir invraisemblable en se disant qu'après, il aurait la paix et pourrait passer à autre chose.
Bâillant de lassitude, Harry s'appliqua à faire une boulette parfaitement ronde avec le parchemin de Malfoy, prit sa baguette, lança le morceau de papier en l'aire et murmura un incendio.
– Pool !
Superbement visée, la lettre se désintégra et seules quelques cendres retombèrent lentement sur le sol. Souriant et serein, Harry éteignit toutes les lumières d'un autre sort et se rendormit paisiblement.
*.*.*.*.*
Ce soir-là, un peu avant minuit, Harry traversait les couloirs du château pour se rendre à son rendez-vous. Il avait eu le temps de réfléchir à l'invitation de Malfoy toute la journée et ses conclusions n'étaient pas très différentes de sa première impression. Le Serpentard n'était pas quelqu'un de courageux, mais plutôt intelligent à sa décharge : il n'aurait jamais eu le cran ni la bêtise de le confronter en duel au sens propre du terme. C'était peut-être orgueilleux de sa part, mais Harry ne doutait pas une seconde de ses capacités à battre Malfoy à ce jeu-là. Certes, il était un sang-pur exerçant la magie depuis sa plus tendre enfance, il était même doué probablement, mais Draco n'avait jamais eu à suivre les entrainements spéciaux dont on avait tendrement bercé Harry ces dernières années. Il était extrêmement bon en défense, presque aussi compétant à l'attaque et les difficultés de la magie sans baguette n'étaient plus qu'un vague souvenir pour lui.
Si Malfoy escomptait réellement le confronter en duel, il ne faudrait pas qu'il oublie de lui souhaiter bonne chance avant…
Il arriva le premier dans la Salle sur demande et, lorsqu'il entra, ses yeux s'ouvrirent en grand de surprise. Son esprit créatif le surprenait parfois lui-même… il espérait en tout cas que Malfoy apprécierait autant que lui la jolie décoration qu'il leur avait imaginé à tous les deux.
Un instant plus tard, la porte s'ouvrit et Draco entra. Il marqua une pose en regardant l'apparence qu'avait pris la salle-sur-demande, eut un léger pincement de lèvre anxieux qui n'échappa pas à Harry, puis se recomposa un visage déterminé. Il traversa la grande pièce en faisant claquer ses bottes et les larges pans de sa robe de sorcier.
Harry passa rapidement une main dans ses cheveux pour vérifier qu'ils étaient bien en désordre, parce qu'il savait que le désordre agaçait Draco et que cette coupe lui donnait un air farouche et dangereux. Puis il fixa d'un œil prédateur et avec un petit sourire de satisfaction le corps mince du sorcier blond qui vint se planter devant lui.
– Harry Potter..., commença Draco en soupirant. Qu'est-ce qui, dans les mots "je te provoque en duel", était trop compliqué pour toi ? Et moi qui étais si fier d'avoir fait l'effort d'utiliser un vocabulaire très simple...
– Oui effectivement, c'est sans doute le message le plus simple et barbare que j'ai jamais reçu ! répliqua Harry avec bonne humeur, pas du tout froissé par la pique.
Puis il regarda autour de lui d'une façon théâtrale, alors que Draco le fixait d'un œil irrité et désabusé.
– Mais aurais-je mal fait quelque chose? Demanda Harry avec dans la voix, une surprise et une innocence totalement artificielles.
Pourtant son sourire lui, était absolument sincère. Il n'y avait rien au monde qu'il trouvait aussi amusant que se confronter à l'esprit acéré du Serpentard. Surtout depuis que le jeune homme éveillait en lui de violentes pulsions qui n'avaient plus grand-chose à voir avec leur rivalité de jeunes adolescents…
Cette fois, Draco le lâcha des yeux et regarda à son tour l'étrange décoration de la salle-sur-demande. Le long des murs aux pierres apparentes tombaient de douces tentures aux teintes rouges, des chandeliers diffusaient une lumière tamisée et bizarrement intime, de profonds canapés côtelés de velours se faisaient face devant une large alcôve qui renfermait, comme dans un écrin, un lit aux dorures ouvragées, et d'élégants tapis recouvraient le dallage.
L'air était empli d'une tiédeur agréable et du frou-frou des flammes des torches suspendues de chaque côté de l'unique porte.
– Eh bien, fit Draco en désignant la pièce d'un geste gracieux, si tu considères que les duels de sorciers se déroulent généralement dans des... boudoirs, alors, non, non, je suppose que tu n'as rien fait de mal...
Le ton du Serpentard était frondeur et condescendant. Sa voix était traînante et il haussait un sourcil circonspect d'une manière qu'Harry trouva très artistique. Il n'osait pas imaginer les heures que Draco avait dû passer à s'observer dans un miroir pour travailler cette expression...
Pourtant derrière cette façade de contrôle absolu, Draco était perdu et affolé. Il avait dit « boudoir », mais c'était une chambre, avec un lit… Avec un lit ! Qu'est-ce qui avait pris à Potter d'aller si loin dans la provocation ?
Quoi qu'il en soit, Draco ne comptait pas lui faire le plaisir de se montrer désemparé et il gardait contenance avec la discipline aristocratique qui seyait à un noble de son rang.
– Allons Malfoy, ne fais pas l'idiot je t'en prie, fit Harry, badin. Tu vois bien que nous sommes dans une suite ! Ici, (il désigna la partie vide de la pièce dans laquelle ils se trouvaient et sur laquelle il n'y avait qu'un tapi) tu vas perdre notre duel, et là (il désigna l'alcôve), je vais te rembourser ma dette. Je ne peux malheureusement pas t'introduire dans les dortoirs des Gryffondors parce qu'ils ont été… investis par un Serdaigle…, dit-il d'une voix un peu sèche avant de reprendre brusquement d'un ton velouté, ce qui effraya un peu Draco. Alors j'ai pensé qu'on pourrait très bien le faire ici.
Dans un geste parfaitement maîtrisé, Draco battit lentement des paupières comme pour balayer des cils le nouvel affront qui venait de lui être fait.
– Tu es un grand malade, dit-il en détachant bien tous les mots pour que le dégénéré qui se tenait en face de lui comprenne. Et je suis fatigué de tes digressions ! s'exclama-t-il soudain d'une voix beaucoup plus vive et rapide en décroisant les bras et en dépliant son corps comme s'il reprenait vie après une conversation mortellement ennuyeuse. Commençons ce duel ! Je suis déjà arrivé à mon seuil critique de tolérance à ta personne.
Harry pencha la tête sur le côté et lui adressa un sourire carnassier pour toute réponse. Draco sentit une colère sourde monter en lui, le Harry de son rêve honteux avait dû faire ce même sourire en le ligotant… Pourtant le visage du Serpentard resta parfaitement serein, car même si tout autour de lui devait déraper, Draco s'était promis qu'il garderait au moins le contrôle sur ses émotions.
– Tu en as vraiment envie ? demanda le Gryffondor amusé.
– De quoi, crétin ?
Draco se sentit mal comme si Harry avait lu dans ses pensées. Comme si son pire ennemi avait pu voir qu'il s'était réveillé en sueur la nuit précédente et qu'il avait vraiment eu envie de ce qui s'était passé dans son odieux rêve.
– De ce duel. Je pensais que tu aurais peur d'exposer ton joli corps à un combat à la loyal…
Draco tira soudain sa baguette de sa manche et cria « stupéfix ! » en visant Harry. Les yeux du brun s'écarquillèrent quand le sort le frappa et tout son corps se rigidifia.
– Quel elfe de maison stupide t'a soufflé que je me battrais à la loyale ? répliqua Draco en ricanant. J'avais espéré que tu t'en sortirais un peu mieux que ça ! Si tu es vraiment le héros des moldus et des sang-de-bourbes, alors les sang-purs ont encore de belles années devant eux.
Draco se rapprocha d'Harry et planta son regard brûlant de fureur dans le regard vert immobile.
– Puisque tu n'as rien d'autre à faire, tu vas mobiliser tes maigres ressources intellectuelles et m'écouter attentivement : tu vas cesser de te moquer de moi comme tu le fais. Ne me suis plus dans les couloirs, ne m'observe plus, énuméra le Serpentard d'un ton autoritaire et mauvais, épargne-moi tes allusions grivoises… d'ailleurs cesse définitivement de m'adresser la parole et…
Soudain Draco se tut parce que sur les lèvres d'Harry s'étirait un sourire. Il avait fait semblant d'être immobilisé ! Le blond n'eut pas le loisir de réagir car le geste que fit le Gryffondor pour saisir sa baguette et la pointer sur lui fut trop rapide pour que son œil le suive.
Harry ne prononça même pas le sort à haute voix. Une lumière blanche heurta la poitrine de Draco et ses jambes se dérobèrent sous lui.
Le Gryffondor le rattrapa avant qu'il ne touche le sol et s'accroupit en face de lui sans le lâcher.
– Tu n'a pas sérieusement cru que je viendrais à un duel sans m'être à l'avance protégé à l'aide de plusieurs sorts de bouclier absorbant les sorts mineurs… Si ?
Draco ne pouvait pas parler. Aucun de ses muscles ne lui répondait. Tout son corps lui semblait mou et engourdi et il se maudit mille fois de son imprudence.
– Tu es un incorrigible menteur, Malfoy, continua Potter d'une voix amusée. Tu te serais levé en pleine nuit, pour m'envoyer une lettre réclamant un duel sorcier, dans le simple but de me sommer de ne plus mater ton cul ? Le quel de nous deux crois-tu duper ?
Le geste que fit Draco pour ramener ses doigts contre sa paume pour serrer le poing fut le plus épuisant de sa vie.
Ils étaient beaucoup trop proches. Il faisait beaucoup trop chaud dans cette pièce. Soudain Draco réalisa que tous ses membres étaient cotonneux sauf un : sa verge était douloureusement dressée, rigide et brûlante, elle pulsait de sang. Et le Serpentard ferma les yeux de dépit. Un vieux proverbe sorcier très apprécié des sang-purs disait qu'il était permis de trahir qui l'on voulait et pour les raisons que l'on voulait, mais qu'il était interdit de se trahir soi-même.
Et bander à la vue de son pire ennemi, c'était le genre de trahison qu'un sang-pur tel que lui n'aurait jamais dû s'infliger.
Les bras du Gryffondor le serrèrent plus fort et le soulevèrent aussi facilement que s'il n'avait rien pesé. Draco se souvenait très bien du garçon efflanqué qu'était le brun en première année. Si on avait mis côte à côte le gamin de l'époque, et le jeune homme qu'il était devenu, Draco était certain qu'ils auraient eu l'air d'être deux personnes parfaitement différentes. Le torse de son vieux rival était dur et ferme et ses bras semblaient faits d'un métal inflexible. Ils faisaient la même taille mais Harry était plus large, sa musculature était plus prononcée.
Le Gryffondor déposa doucement le Serpentard sur un des canapés et le blond rouvrit les yeux. Harry souriait et le regardait avec envie.
– Puisque tu as triché dans un duel sorcier, tu as perdu, commença Harry en s'asseyant à côté de Draco pour venir souffler contre son oreille. Tu as rompu les termes de notre accord et je n'ai plus aucune dette envers toi.
Draco sentit qu'Harry improvisait totalement et sa panique s'apaisa un peu. Cet univers de manipulation était le sien. Si le Gryffondor venait sur son terrain, les choses jouaient en sa faveur.
– Il faut donc redéfinir des règles, je crois.
Draco respira plus calmement. C'était cela. Des règles. C'était un jeu. Un jeu de pouvoir. Tout n'était que jeu de pouvoir, c'était ce qu'on lui avait toujours dit.
Et il n'était pas difficile de le constater. Leur rivalité en elle-même était une lutte de pouvoir, leurs disputes, leurs bagarres, les bras de Potter qui venaient de le porter et ce nouveau jeu malsain qu'il y avait entre eux. Tout n'était que lutte de pouvoir.
Et étrangement, Draco se sentit complètement rassuré. Vouloir Potter comme il l'avait voulu dans son rêve, c'était une faiblesse et il devait se l'interdire de toutes ses forces. Mais si cela s'inscrivait dans un jeu de pouvoir et de domination, alors il pouvait le désirer autant que cela lui serait nécessaire pour remporter la victoire.
Le Gryffondor le sentit se calmer et fut très satisfait de sa manœuvre.
– Je vais te libérer du sort, et tu ne vas pas m'attaquer parce que tu sais que tu ne peux pas gagner en combat singulier contre moi. Hier tu t'es levé en pleine nuit, pour exiger qu'on se voie, je veux savoir ce qui s'est passé dans ta tête à ce moment-là. Raconte-moi tout et je te laisse partir. C'est d'accord ?
Draco sentit sa force lui revenir doucement alors que le sort se dissipait. Harry éloigna son visage de son oreille pour le regarder dans les yeux. Il appuya nonchalamment son coude sur le dossier du canapé et regarda avec concupiscence Draco reprendre des couleurs.
– Il me suffit de te dire ce que tu as envie d'entendre ? demanda Draco lorsqu'il fut totalement sûr d'avoir une parfaite maîtrise de sa voix.
Harry ricana. Il plongea la main dans une de ses poches et en sortit un petit globe semblable à un rappeltout. Draco réalisa que peut-être le Gryffondor n'était pas en train d'improviser… Si c'était le cas, cela signifiait qu'il avait prévu ses réactions, qu'il l'avait devancé de plusieurs coups sur l'échiquier de leur partie. Peut-être avait-il sous-estimé son rival ? Peut-être que l'esprit de Potter s'était aiguisé pour s'adapter à sa propre rhétorique et à ses manipulations ? Si c'était le cas, il fallait reconnaître que le jeu devenait vraiment intéressant et que le Gryffondor était bien plus digne d'être son rival qu'il ne l'avait laissé paraître.
En tant qu'ennemi, le Survivant ne l'avait peut-être pas trahi finalement… Cet esprit retors et ces manigances étaient dignes de l'intérêt du Prince des Serpentards.
– Non, pas ce que j'ai envie d'entendre. La vérité. Mon amie Hermione a enchanté cet objet spécialement pour détecter les mensonges, expliqua Harry en tendant la sphère à Draco. Observe… J'adore nos disputes.
Il ne se passa rien. La sphère transparente dans la main de Draco ne subit aucun changement.
– Je déteste le son de ta voix, dit ensuite Harry.
Une brume rouge emplit la sphère comme un ciel d'orage sanglant. Draco la tourna entre ses doigts en plaquant un air méprisant sur ses traits pour ne pas montrer qu'il admirait le travail.
– Pourquoi ne pas utiliser du véritaserum ? questionna-t-il d'un ton hautain en accord parfait avec son masque.
– Parce qu'alors tu serais obligé de dire la vérité, répondit Harry comme si c'était une évidence. Je veux que tu sois libre de me mentir.
Draco fronça doucement les sourcils. Cette expression aussi était artificielle. Il était en fait totalement excité, pire, il exultait. Et à l'intensité du regard qu'ils échangeaient, il sut que ce sentiment était partagé.
– Si tu choisis de ne pas me raconter quelque chose, je ne t'y forcerai pas, continua Harry, mais tu devras subir un de mes caprices en compensation.
– Alors si j'ai bien compris, j'ai le choix entre te raconter quelque chose de honteux et te fournir des armes contre moi, ou me laisser abuser ?
Harry fit semblant d'y réfléchir.
– Oui, c'est exactement ça, concéda-t-il après un instant.
Draco comprenait très bien les règles. Harry voulait l'entraîner dans un cercle vicieux duquel il ne pourrait plus sortir : il ne le laisserait partir que s'il lui avouait ses fantasmes, mais une fois qu'il lui aurait avoué, Harry pourrait le faire chanter, cependant Draco aurait à son tour une arme contre lui car il pourrait dénoncer son comportement (le héros du monde sorcier ne pouvait pas faire chanter un autre élève d'une façon aussi obscène). La frontière entre dominant est dominé serait aussi mince qu'une feuille de parchemin.
Et Draco se souvint d'un autre proverbe sorcier : en amour la partie la plus faible est toujours celle qui cède à ses désirs en premier. A ce jeu de contrôle de soi, Draco avait toutes ses chances. Si Harry le désirait aussi fort que semblaient le dire ses yeux verts, alors le Gryffondor avait déjà perdu leur partie.
– Très bien, j'accepte, dit Draco après avoir lui aussi fait semblant d'y réfléchir.
Harry ricana et lui reprit la sphère des mains.
– C'est une bonne chose, mais je ne te laissais pas le choix de toute façon !
Draco s'accorda un sourire.
Puis il se redressa dignement et se mit dans la même position désinvolte qu'Harry, un coude sur le dossier du canapé, une jambe repliée sous lui et l'autre pendant, son pied frottant le tapis.
Ils étaient le miroir l'un de l'autre.
– Alors, interrogea Harry, qu'est-ce qu'il t'a pris de te lever en pleine nuit pour m'envoyer ce message ? Le hibou appartenait à Poudlard en plus, tu as marché dans le froid jusqu'à la volière, il a dû se passer quelque chose de drôlement important…
Draco le regarda longuement dans les yeux et se composa une attitude gênée et mal à l'aise.
– C'était à cause d'un rêve.
Harry inclina la tête pour l'inciter à poursuivre.
– J'ai rêvé que…J'étais attaché… entièrement nu.
Il déglutit et continua de la voix blanche et tremblante qu'il utilisait d'habitude quand il voulait faire croire à son père qu'il regrettait sincèrement d'avoir fait une bêtise.
– Une corde fine ligotait mes mains, mes jambes, tout mon corps… même ma queue.
Draco aurait juré que la pupille d'Harry venait de se dilater. Il baissa un peu la tête pour sembler plus honteux et plus vulnérable.
– J'étais à quatre pattes et tu étais derrière moi…
Un sourire mauvais s'étira sur les lèvres d'Harry. Draco se demanda quelle expression ferait ce pervers quand il entendrait la suite.
– Et tu…
Soudain il se ravisa. Il venait de réaliser quelque chose. Il ne savait pas ce qu'il risquait à se taire. Harry avait parlé d'un « caprice ». Et Draco se dit qu'en l'absence de menace explicite, il ne disposait pas de véritable fait accablant allant contre le Gryffondor.
– Et je quoi ? insista Harry en souriant.
Draco se mordilla alors la lèvre d'une manière calculée, comme s'il était très nerveux. Et secoua doucement la tête.
– …je ne peux pas le dire.
Sa voix tremblait d'une façon très réaliste, il n'y avait aucune chance pour qu'Harry sache qu'il s'agissait d'anticipation et non de gêne.
Draco releva les yeux sur les lèvres d'Harry et fixa sa bouche avec insistance. Il était certain qu'Harry comprendrait très bien l'allusion. Lui à quatre pattes, le brun derrière lui, et quelque chose en rapport avec la bouche du brun… Il perçut la tension dans le corps du Gryffondor et se félicita de son effet.
– Tant pis alors, répondit le Gryffondor d'un ton péremptoire.
Et Draco releva les yeux vers lui juste au moment ou Harry pressait ses lèvres contre les siennes. Une langue vorace pénétra la bouche de Draco, qui ne résista pas à l'assaut. Elle était bien plus douce cette langue, c'était une certitude, bien plus douce et bien plus adroite que dans son rêve. Elle était joueuse, autant que son propriétaire, et Draco qui avait eu l'intention de se laisser faire et de prendre ensuite un air franchement dégoûté pour blesser Harry, se retrouva penché en avant, le bout des doigts posé sur la gorge du brun, à répondre au baiser comme un affamé.
Cet instant d'abandon fut court mais intense, lorsqu'il réalisa ce qu'il venait de faire, il rompit le baiser et recula en regardant Harry comme s'il l'avait mordu. Le brun avait les yeux grands ouverts et le regardait avec un sourire entendu. Il avait très bien compris que Draco jouait la comédie, il savait que le blond s'amusait en fait autant que lui. Il avait également compris que Draco n'avait pas du tout été gêné à l'idée de lui raconter que dans son rêve, la langue du Gryffondor visitait une autre cavité, mais il avait voulu le tester, savoir ce qu'il risquait exactement. Définir les limites de leur jeu.
Et Draco se maudit d'avoir tenté le diable. Harry l'avait piégé avec ce baiser, Draco avait cédé à son désir, il avait pris les devants, il venait de perdre cette manche.
L'aristocrate s'en voulait à mort, mais il savait qu'avouer une défaite ne faisait que la renforcer, et il se contenta donc de rendre son sourire prédateur à son adversaire.
Le brun rangea la petite sphère dans sa poche.
– Tu peux partir, dit-il courtoisement. C'est fini pour aujourd'hui.
– Pour aujourd'hui ? répéta Draco véritablement incrédule cette fois. Hormis ce point de détail pour lequel tu viens de te dédommager, je n'ai rien d'autre à te raconter.
– Oui, pour aujourd'hui, confirma Harry. Tu m'as raconté ton rêve. Et je m'engage à n'en parler à personne tant que toi tu ne raconteras pas ce qui s'est passé dans cette pièce.
Draco hocha la tête.
– Mais cette promesse n'est valable que vingt-quatre heures. Je te la renouvellerai demain, quand tu m'auras raconté les rêves cochons que tu auras fait cette nuit ou les fantasmes qui t'auront assailli au court de la journée. Et n'oublie pas, si tu prétends que tu n'as pas rêvé de moi en pleine nuit ou même en plein jour, je saurai si tu mens.
Ce fut au tour de Draco de sourire.
– Et s'il n'y a effectivement aucun rêve ni aucun fantasme, tu me laisseras repartir sans rien me faire ?
– Tu as ma parole ! s'exclama Harry. Mais entre nous, il y en aura d'autres…
Draco sourit parce que le brun venait de laisser traîner la fin de sa phrase dans une imitation parfaite de son propre rythme de diction. Il avait menti quand il avait dit qu'il n'aimait pas la voix de Draco, puisqu'il avait même appris à l'imiter. Le Serpentard fut forcé de constater que la sphère fonctionnait réellement.
– A demain alors ! Mais attend-toi à être déçu ! fit le blond d'un ton parfaitement assuré.
Puis il se leva du canapé et sortit.
Il longea le couloir et tourna à l'angle du mur… contre lequel il se laissa glisser en prenant sa tête dans ses mains et en se traitant de tous les noms.
Cette fois-ci n'avait été qu'un coup d'essai, et Draco s'était laissé avoir par le baiser ! S'il voulait avoir la moindre chance de remettre définitivement ce sale Survivant à sa place, il allait falloir qu'il se montre beaucoup plus maître de son corps.
Son esprit vagabonda furtivement sur le souvenir de la langue qui avait pris sa bouche…
Draco se tapa la tête contre le mur. Et il allait aussi devoir surveiller ses fantasmes. Il se passa une main dans les cheveux. La bosse entre ses jambes était toujours incroyablement dure. Il songea à aller se soulager dans les toilettes les plus proches et réalisa qu'il n'y avait aucune chance pour qu'il contrôle son esprit s'il se branlait. Il penserait immanquablement à Harry, à sa bouche, à sa langue… Et alors il lui faudrait lui raconter qu'il s'était branlé en pensant à lui. Et ça, ce serait vraiment humiliant.
Draco réalisa à quel point cet enfoiré l'avait bien cerné. Le Gryffondor n'était pas disposé à lui laisser une porte de sortie. Il était vraiment un rival de taille, l'adversaire le plus redoutable qui soit pour jouer au jeu de pouvoir le plus excitant et le plus aphrodisiaque de toute sa vie.
Le Serpentard eut un sourire de satisfaction plutôt effrayant. Il allait passer de bonnes soirées en fin de compte ! Elles ne débutaient pas si mal que cela ces vacances…
Et tout en pensant à cela, il resta assis dans le couloir contre le mur de pierre, en attendant que son érection se calme. S'il avait su qu'en cet instant-même, Harry Potter observait une petite étiquette portant son nom, immobile sur une carte enchantée, Draco Malfoy ne se serait sans doute pas accordé tant de temps pour reprendre ses esprits.
Ahahah qu'il est retord mon Harry, je l'aime tellement quand il est comme ça ! *-* Un petit jeu ma foi fort sympathique est lancé, merci à ma soeur de plume pour l'avoir mis en place (je peux vous dire que des mises en scène pareilles peuvent sortir que d'un brillant cerveau comme le sien, quant à moi, ben, j'essaie de suivre xD).
On espère que ça vous a plu, et merci de nous lire :) A dans deux semaines!
