Comme tous les matins, elle se réveilla au son de son réveil : 7h tapante. C'était un savant calcul qui avait amené la jeune femme à choisir cet horaire : en prenant en considération le temps qu'il fallait à Henry pour émerger, puis pour se préparer, se laver, déjeuner et enfin partir en direction de l'école de son fils. Tout cela ne prenait évidemment pas en compte le temps qu'il fallait à Emma pour faire tout cela aussi.

Elle resta quelques instants dans son lit, une migraine pointant le bout de son nez. Elle n'avait plus l'habitude de boire et ce petit verre de trop la veille avait eu raison de son état ce matin. En prenant sur elle, elle s'extirpa de son lit et s'aperçut que son fils était déjà debout, préparant son petit déjeuner.

E : « Hey, déjà debout … »

H : « Oui. On a eu de la visite hier soir ? »

Emma fronça les sourcils, l'avaient-elles réveillé hier soir ? Mais elle comprit quand son fils désigna les 2 verres restés sur le comptoir de la cuisine.

E : « Ouaip, notre nouvelle voisine. »

H : « Nouvelle voisine ? »

E : « En galère hier soir sur le palier, je l'ai aidé et lui ais offert un verre. Allez gamin, dépêche toi ! »

H : « Hey ! C'est moi qui me suis levé en premier là ! »

E : « Un point pour toi, mais n'en prend pas l'habitude. » dit-elle en échangeant un clin d'œil complice avec son fils

Et comme son planning et son calcul le prédisait, ils étaient tous deux à l'heure pour l'école. Et alors tandis qu'ils sortaient de l'appartement, la porte juste en face s'ouvrit, surprenant Emma qui sursauta.

E : « Hey ! »

R : « Bonjour. »

Emma fut encore surprise par l'élégance de sa voisine : tailleur sombre et cheveux impeccablement coiffés, elle portait une petite mallette.

E : « Dur réveil ? »

R : « Non ça a été, au contraire, c'est la première nuit sereine que je passe depuis le début de ce déménagement. »

E : « Tant mieux. »

Elles échangèrent un regard et un sourire avant qu'Henry ne décide de se faire entendre en se raclant la gorge.

E : « Oh euh, voilà mon fils Henry. »

R : « Votre fils ? Enchantée. »

Elle tendit la main au jeune garçon qui l'accepta, avec méfiance tout de même. Elle lui sourit alors, mais quelque chose d'étrange émanait de cette femme. Henry ne garda que quelques secondes sa main dans la sienne avant d'avertir sa mère que trop attendre lui ferait louper son bus.

E : « Oui c'est vrai. Bon et bien, à plus tard alors … »

R : « Oui, à plus tard. »

Emma descendit avec son fils, laissant Regina fermer sa porte.

H : « Elle est étrange non … ? »

E : « Etrange ? Comment ça ? »

H : « J'en sais rien … Elle m'inspire pas confiance. »

E : « Depuis quand tu tiens de tels propos sur les gens toi ? »

H : « Elle me fait penser aux méchants des histoires qui semblent gentils au début. »

E : « Gamin, tu devrais sérieusement lever le pied sur les histoires farfelus que tu lis. »

Henry leva les yeux au ciel … Il ne savait pas encore à quel point il avait raison …

XXX

Henry détestait l'école, c'était un fait.

Non pas parce qu'il était un cancre de ceux qui restent au fond de la classe préférant les mouches alentours que les paroles du professeur, non. Il détestait l'école mais plus encore ses « camarades » de classe.

D'un tempérament discret et rêveur, ses camarades le qualifiaient facilement de mauviette, fille manqué ou encore d'affectueux noms d'oiseaux relatifs à sa sexualité.

Mais Henry s'en fichait, du moins en apparence : à l'école il évitait les conflits, voire même quelconque interactions avec ses camarades, préférant resté cloitré seul à la bibliothèque ou en classe durant les récréations.

Il avait noué un lien particulier avec son professeur, Melle Mary Margaret Blanchard, une jeune femme de l'âge de sa mère environ, douce, gentille et patiente, même avec Henry avec qui elle avait eu bien du mal à communiquer au départ.

Les cours ne semblaient plus aussi pénibles pour lui depuis qu'il avait trouvé en Mary Margaret, une oreille attentive et une écoute fiable. Toujours aussi renfermé, il s'était toujours peu confié à son professeur, distillant les informations sur sa famille : ainsi, elle avait appris qu'il avait grandi sans père, que sa mère, prise par son travail dans la police, ne lui accordait que le minimum syndical en ce qui concernait l'écoute parentale, et qu'il préférait les livres dans lequel il plongeait tous les jours plutôt que d'affronter la réalité dans laquelle il vivait.

Aujourd'hui encore ne faisait pas exception : comme toujours, à l'heure de la récréation, Henry préféra rester dans la classe, dévorant son dernier livre en date. Et tandis qu'il lisait tranquillement son livre, 2 garçons de sa classe, petits caïds de l'école, entrèrent, un sourire mesquin sur le visage.

*** : « Tiens, tu vois, je te l'avais dis qu'il serait là. »

*** : « Normal, il a pas d'amis avec qui passer la récréation … »

*** : « Ouais, le chouchou de la prof aime bien se la raconter. Il se croit peut-être supérieur à nous pour rester ici. »

*** : « Du genre « vous valez pas la peine que je sois parmi vous » hein … »

Henry resta muet, préférant éviter leur regard en gardant les yeux fixés sur les lignes de son livre, même s'il avait abandonné l'idée de finir sa lecture. Il priait intérieurement qu'ils s'en aillent ou qu'ils soient interrompus par l'arrivée inopinée de leur professeur, mais non, au lieu de ça, les 2 garçons s'approchèrent, prudemment certes, mais assez confiant : Henry était une crevette pas très haute et surtout trop discrète pour faire croire qu'il avait une force surhumaine cachée. Le premier s'appuya au bord de la table, se penchant assez près d'Henry pour que ce dernier puisse sentir son souffle sur ses cheveux, tandis que le deuxième restait en retrait, certainement pour faire diversion au cas où quelqu'un arriverait.

*** : « Alors chouchou, tu dis plus rien ? »

*** : « De toute manière, il a jamais dit grand-chose … D'ailleurs, je me demande s'il sait parler … »

*** : « Bien sur qu'il sait, même les singes parlent … Alors les petits macaques … »

*** : « Pouff petit macaque … » ricana le second

*** : « Hey, tu sais que c'est pas poli de pas regarder la personne qui te parle ?! » dit-il en posant sa main sur le livre, le tirant en arrière.

Le livre tomba au sol, aux pieds du premier gamin, laissant Henry sans « bouclier ». Il fixa alors méchamment et du regard le plus noir qu'il pouvait son interlocuteur.

*** : « Ouh, mais c'est qu'il pourrait être mauvais le macaque ! Tu sais ce qu'on leur fait aux macaques chouchous des profs nous ? »

H : « Quelque chose à la hauteur de votre intellect je suppose … C'est-à-dire pas très évolué. »

*** : « Quoi ? Qu'est-ce que t'a dis là ? »

H : « Exactement ce que tu as compris … Enfin, si tu as compris. »

*** : « Espèce de … »

Le garçon lui saisit le col de sa chemise et le souleva presque de terre, amenant son visage au niveau du sien.

H : « Et sinon, le dentifrice c'est en option chez toi ? »

Sans attendre le gamin le poussa en arrière, faisant lourdement chuter Henry sur ses fesses, cognant son dos contre un des pieds d'une table. Et avant même que le garçonnet ne réalise, il fut soulevé de terre une nouvelle fois et secoué comme un prunier.

*** : « Tu crois que parce que ta mère bosse dans la police, tu crois que t'es intouchable hein ?! Mais ta mère … A mon avis elle a été recruté sur son physique … Hey, pas mal hein Dan ? »

*** : « Tu l'as dis, on se demande comment elle a pu engendrer un macaque pareil ! »

Sur ces mots, Henry, dont les doigts commençaient à le bruler et dont la tête lui tournait, asséna un coup de pied bien placé dans les joyaux de la couronne du gamin, qui le laissa lourdement tombé près de son livre. Henry s'en empara et se retourna violemment, frappant au visage le grand gaillard qui tomba en arrière en se tenant le nez, n'ayant vraisemblablement pas aimé le contact avec la couverture rigide du livre.

*** : « Mais t'es malade toi ! »

Et quand le second garçon vint au secours du premier, Henry en profita pour sortir de la classe en courant, et ce n'est qu'au détour d'un couloir qu'il percuta quelqu'un, manquant de tomber une nouvelle fois.

*** : « Hey Henry, qu'est-ce qui se passe ? »

Henry leva les yeux pour voir le visage inquiet de son professeur Mary Margaret.

H : « Je … »

Mais il fut interrompu par les cris de détresse du garçon dans la salle.

M : « Mais qu'est-ce que … »

Henry prit peur alors et se défit de l'étreinte de son professeur, il disparut au détour d'un couloir.

M : « Henry ! »

*** : « Madame, à l'aide. »

Quand elle entra dans la salle, elle vit le filet de sang couler du nez du garçon.

M : « Mais qu'est-ce qui s'est passé ? »

*** : « C'est Henry … Il s'est jeté sur moi sans raison … Il m'a pété le nez ! »

M : « Henry ? » murmura-t-elle avant de se remémorer l'état dans lequel elle avait trouvé Henry quelques secondes plus tôt.

*** : « Hey, salut Em' ! »

E : « Ouais … »

*** : « Ah, pas encore bu ton café toi. »

E : « Graham, si tu pouvais juste te taire, au moins jusqu'à ce que mes lèvres aient touché mon café noir, s'il te plait ! »

G : « Ok, ok … Sale nuit ?"

E: « On peut dire ça … »

Et alors qu'elle se posa à son bureau, son café à la main, elle aperçut un petit paquet argenté sur sa pile de dossiers en attente.

E : « C'est quoi ça ? »

G : « Joyeux anniversaire. » lui murmura-t-il à l'oreille

E : « Comment tu as su ? »

G : « Je suis flic je te rappelle, j'ai mes indics. »

E : « Et cet indic il ne mesurerait pas 1m30, brun et son nom ne commencerait pas par un « H » peut-être ? » lâcha-t-elle ironiquement

G : « Je ne divulguerais jamais l'identité de mes indics, tu le sais bien. » lui dit-il dans un clin d'œil complice

Emma sourit alors … Elle ouvrit le petit paquet pour découvrir un pendentif en forme de cygne dont l'œil était serti d'une petite améthyste.

Elle connaissait Graham depuis quelques années maintenant. Il avait été la seule présence masculine proche d'Henry. Mais pour autant, jamais Emma n'avait envisagé d'entamer une quelconque relation avec lui : trop immature, bien plus qu'Henry, il n'était pas assez fiable pour devenir père et mari attentionné. Elle avait déjà fait cette erreur une fois, elle ne voulait plus recommencer.

Elle avouait bien qu'ils s'entendaient assez et qu'Henry l'aimait bien, mais c'était tout.

Bien sur elle laissait entrevoir un jeu de séduction qui lui plaisait tant qu'il n'allait jamais plus loin que des regards suggestifs, des jeux de mots ou encore quelques sourires. Et même si elle savait que le jeune homme voulait un peu plus, elle s'y refusait catégoriquement.

E : « Merci, c'est très joli. »

G : « Je te le mets ? »

E : « Merci. »

Il s'exécuta alors et effleura la nuque de la jeune femme, ce qu'elle ne manqua pas de noter.

G : « Tiens, c'est le dernier rapport. Encore ces tagueurs. »

E : « Passionnant : du vandalisme … »

G « Qu'est-ce que tu croyais ? On est dans le Maine ici … Tu attendais quoi d'une ville qui s'appelle Storybrook, sincèrement ? »

E : « J'en sais rien … Le prince Charmant, le carrosse … Au lieu de ça j'ai toi et une New Beetle. »

G : « Alors je ne sais pas quoi penser de cette comparaison : vexé que tu sois déçu ou alors flatté que tu me compares à un prince charmant déchu … »

E : « La ferme Graham … » ironisa-t-elle

G : « On y va ? »

E : « Quoi maintenant ? J'ai pas fini mon café. »

G : « Tu le finiras en route, allez go ! »

Emma rechigna avant de se lever son siège, emportant son café, sans oublier d'épingler son insigne à sa ceinture. Ils embarquèrent dans la voiture de fonction, car en plus d'avoir été amants par le passé, ils étaient aussi coéquipiers !

Une fois en voiture, le silence régna : Graham connaissait bien Emma, il savait qu'elle laissait transparaitre ses émotions et sentiments sur son visage, elle avait peine à dissimuler le tout sous son visage mutin.

G : « Un problème ? »

E : « Hm ? Non … »

G : « Me dis pas que ton anniversaire t'a mis un coup au moral ? »

E : « De quoi tu parles ? »

G : « Bah tu sais : 28 ans … Tu approches des 30 remise en question et tout le truc … »

E : « Je suis très heureuse de ce que j'ai : j'ai un job qui me permet d'élever mon fils dans de bonnes conditions. Henry est intelligent, promis à de beaux diplômes et une belle carrière, si tant est qu'il décroche un jour de son monde de légendes et contes de fées. »

G : « Ah ? C'est cool les contes de fées. »

E : « Ouiiii, ça nous fait croire au prince charmant et aux fins heureuses … »

G : « Parfois, c'est pas plus mal d'y croire. »

E : « Mais le retour à la réalité est souvent brutal. Je ne veux pas qu'il croit qu'il suffit d'y croire, qu'il suffit de le vouloir pour faire apparaitre ce qu'on veut que la magie est partout sous toute forme … Si c'était le cas, j'aurais du avoir … Bref … »

G : « Disons qu'il te manque un élément essentiel à ce bonheur que tu trouves parfait. »

E : « Ah oui ? Et lequel ? »

G : « Une présence masculine, une figure paternelle pour Henry. »

E : « Et je suppose que tu te poses en candidat bien sur … »

G : « Pourquoi pas. »

E : « Graham, on a tenté une fois, ça n'a pas marché … »

G : « Hey, ça n'était peut-être pas le bon moment … »

E : « Ca ne sera jamais le bon moment avec toi Graham, tu es trop … Toi ! »

G : « Ca veut dire quoi ça ? »

E : « Ca veut dire que j'ai déjà un enfant, je n'ai absolument pas besoin d'en avoir un autre. »

G : « Ah ah, très drôle. »

Ils échangèrent un regard complice et un sourire avant d'arriver enfin à l'immeuble tagué par une bande de jeunes qui, depuis quelques semaines, dégradaient les lieux publics, les immeubles ou encore les magasins de leurs graffs.

E : « Eh bah … Ils se sont lâchés cette fois. »

Ils sortirent de la voiture et virent alors le spectacle qui s'offrait à eux : sur un des immeubles désinfectés un immense tag « The Killers » surmonté d'une immense pomme rouge.

G : « Je me demande comment ils font. Ils doivent être au moins 5. »

E : « Et comment ils montent jusqu'en haut. »

G : « Avec leurs ailes magiques bien sur. »

E : « Ah ah … Comment les coincer … Je veux dire, on peut pas poster des agents sur tous les sites à risque … »

G : « Des patrouilles, je vois que ça … »

Et alors que Graham prenait quelques clichés de la scène, le téléphone d'Emma sonna. Quand elle vit le numéro s'afficher, elle grimaça.

E : « Emma Swan. »

*** : « Mademoiselle Swan, c'est l'école de votre fils, Henry. »

E : « Qu'est-ce qui s'est passé ? »

*** : « Il y a eu un incident à l'école. »

E : « Henry ? Il va bien ? »

*** : « Vous devriez venir. »

Emma raccrocha et leva les yeux au ciel.

E : « Graham, je dois rentrer. »

G : « C'est grave ? »

E : « C'est Henry … »

G : « Je t'accompagne. »

E : « Non, ramène-moi, je vais prendre ma voiture. »

G : « Laisse tomber, tu vas perdre du temps pour rien. Ces tags ne bougeront pas de là. Allez monte. »

Trop las pour combattre maintenant, elle accepta et monta, en direction de l'école.

G : « Qu'est-ce qui s'est passé ? »

E : « J'en sais rien … En ce moment, il est bizarre … »

G : « J'espère que ça ira. Tu sais, tu devrais prendre quelques jours, pour passer du temps avec lui. »

E : « La dernière chose dont il a besoin c'est de louper l'école tiens ! »

G : « … »

Une fois arrivés devant l'école, Emma pria Graham de rester dans la voiture pendant qu'elle « réglait le problème ». Emma n'avait que rarement l'habitude de venir à l'école de son fils. La dernière fois c'était parce qu'il refusait d'aller en en sport.

Elle entra dans l'école, les couloirs étaient vides, les cours avaient commencé depuis un moment déjà. Elle se dirigea vers le bureau du directeur : elle le connaissait assez bien : Monsieur Marco était un ancien professeur, qui avait décidé, par amour des enfants, de construire une école à Storybrook. Il avait rendu beaucoup de service à la communauté et était très apprécié de tous pour sa justesse, sa sincérité et surtout son sens de l'honneur qui lui avait valu alors la place de directeur de l'unique école de la ville.

Elle toqua à la porte de la salle administrative où une jeune femme, assise au bureau semblait attristée dès qu'elle vit Emma.

*** : « Mademoiselle Swan, c'est moi qui vous ais appelé. »

E : « Mon fils, ou est-il ? »

La jeune femme jeta un œil derrière Emma, cette dernière suivit son regard et vit son fils assit derrière elle, penaud. Elle le rejoignit.

E : « Henry, qu'est-ce qui s'est passé ? »

H : « C'est pas de ma faute, c'est eux qui ont commencé ! »

Mais elle n'eut pas le temps de répondre que la porte du directeur s'ouvrit pour laisser passer une femme, visiblement furieuse, et son fils dans ses bras, un mouchoir ensanglanté dans la narine gauche, les yeux embués de larmes.

*** : « Quelle honte, franchement ! »

Emma aurait bien voulu lui répondre quelque chose mais garda son sang froid devant son fils. Elle se leva, suivit d'Henry, et entra dans le bureau du directeur.

Une fois la porte fermée, elle écarquilla les yeux et lança un :

E : « Mais qu'est ce que ça veut dire ? »

Henry lui-même n'en revint pas.

TBC