Chapitre 2

Allongé dans le lit, les mains sous la tête contre les oreillers, il attendait que Kate ait fini à la salle de bain et le rejoigne. Un coup d'œil au réveil lui indiqua qu'il était presque minuit, et Lily dormait enfin.

La soirée s'était pourtant bien déroulée. À table, ils s'étaient amusés à regarder Lily vouloir prendre sa cuillère pour manger toute seule, comme une grande. Mais avec ses petits doigts potelés et ses gestes mal assurés, la tâche était complexe, et les dégâts nombreux. Heureusement, Kate veillait au grain, et s'était muni d'une autre cuillère pour lui donner quelques bouchées avant que toute la purée ne finisse sur la table. Et sa compote avait eu un franc succès, tant auprès de Kate que de Lily. Le repas terminé, il avait levé le couvert et rangé la cuisine pendant que Beckett débarbouillait la petite, qui s'en était mis partout. Puis ils avaient passés un moment tous les trois sur le canapé, avant de mettre Lily au lit. Mais pour une raison inconnue, elle avait eu du mal à trouver le sommeil. Tandis qu'ils regardaient un film, ils avaient dû se lever de nombreuses fois pour tenter de calmer ses pleurs, et ce n'est qu'après avoir bu un biberon de lait que, vers 23 h, elle s'était enfin endormie.

Castle savait que le déroulé de la soirée n'allait pas faciliter la négociation qu'il avait prévu, et qu'il allait devoir faire preuve de beaucoup de persuasion. Mais peu importe. Il était bien décidé à user de tout son charme pour convaincre sa femme, qui venait juste de sortir de la salle de bain. Elle finissait de se passer de la crème hydratante sur les mains. Il se lança :

- Dis, tu sais quel jour on est ?

- Le 12 février. Pourquoi ?

- Samedi, c'est la Saint-Valentin...Alors, je me disais que peut-être, on pourrait partir pour le week-end, pour fêter ça…

- Pourquoi pas. On pourrait aller dans les Hamptons. Même si ce n'est pas la meilleure période en termes de météo, on pourra quand même aller se balader sur la plage. Lily adore ça…

- En fait, la coupa-t-il,…ce n'est pas vraiment ce à quoi je pensais…J'en ai discuté avec ton père aujourd'hui, et…

- Tu as appelé mon père ?

- Oui, pour lui demander si on pouvait aller dans sa cabane…

- Dans les Catskills ? En plein mois de février ? Tu as pensé la neige ? Et aux températures négatives ? Non, Lily est trop petite pour ces conditions climatiques.

À la mine penaude qu'affichait son mari, elle comprit qu'elle se méprenait.

- Qu'est-ce que tu mijotes, Castle ? Lui demanda-t-elle en s'allongeant à ses côtés dans le lit.

- Je lui ai demandé s'il accepterait de s'occuper de Lily pendant 2 jours…

- Tu as fait quoi ? Lâcha-t-elle en se relevant brusquement pour s'asseoir.

Elle lui jeta un regard noir qui n'augurait rien de bon.

- …pour qu'on puisse partir rien que tous les deux…Finit-il en s'asseyant à son tour dans le lit.

- …

- Et il est ravi à l'idée de passer un peu de temps avec sa petite-fille !

- Tu veux qu'on parte tous les deux ? Que je laisse Lily ? Castle, elle n'a que quelques mois…Elle est trop petite…Je ne peux pas…

- Elle a bientôt un an, la coupa-t-il.

- Il ne saura pas s'en occuper…

- Je trouve qu'il s'en sort très bien avec elle les jours où je lui laisse parce que j'ai rendez-vous avec Black Pawn…Et souviens-toi, i mois, lors de ma tournée promotionnelle, il s'en est occupé une semaine entière, et ça s'est très bien passé.

- Ça n'est pas pareil…Je rentrais tous les soirs, et je pouvais gérer le bain, le repas, le coucher… Il ne saura pas le faire…

À coup d'arguments et de contre-arguments, chacun défendait sa position.

- Kate, il a déjà eu une fille, au cas où ça t'aurait échappé. Il a déjà fait tout ça, et tu as survécu… Preuve qu'il ne s'en est pas trop mal sorti, sourit-il. Il ne s'agit que d'un week-end, reprit-il…Deux petits jours…Il est ravi, il adore Lily…Tout va bien se passer, je te le promets. Et au pire, il pourra toujours appeler ma mère. Elle sera ravie elle-aussi de l'aider.

Il sentait bien qu'elle commençait à être à court d'arguments à lui opposer. Il abattit ses dernières cartes.

- Écoute, je crois qu'on a vraiment besoin de se retrouver un peu, toi et moi. Ça fait des mois qu'on ne vit que pour Lily, qu'on n'a pas pris le temps de s'occuper de nous…C'est la Saint-Valentin, et j'ai envie…j'ai besoin de passer un peu de temps seul avec ma femme. Imagine un peu…Toi et moi, assis sur le tapis, dos contre le canapé, enroulés dans une couverture devant la cheminée, en train de boire un verre de vin, pendant que dehors, la neige tombe à gros flocons…

- C'est vrai que dit comme ça, ça donne envie…

- Alors laisse-toi tenter ! On peut partir vendredi en fin d'après-midi, après avoir déposé Lily chez ton père. J'aurais fait quelques courses avant de partir, qu'on ait tout ce qu'il faut pour passer un week-end en amoureux, sans avoir à se soucier de rien ni de personne, à part de nous deux…

Il se rapprocha d'elle, posa ses lèvres sur son épaule, et lentement, commença à remonter le long de son cou, comme il l'avait fait un peu plus tôt dans la soirée, à la cuisine. Kate réagit de la même manière, et pencha la tête sur le côté. Unes à unes, ses dernières barrières étaient en train de tomber. Elle se laissait aller aux délicieux baisers de son mari.

- …et du feu de cheminée pour nous réchauffer. Là-bas, je pourrais te déshabiller, lentement, et te faire l'amour, sur ce tapis, sans me soucier d'être interrompu pour quelque raison que ce soit…

Contre ses lèvres, à mesure qu'il parcourait son cou, il sentait les battements de cœur de sa femme s'accélérer, et il entendait sa respiration se faire plus courte. Il était en train de gagner la bataille.

- Alors, tu en penses quoi ? Murmura-t-il au creux de son oreille.

- C'est bon, Castle. Tu m'as convaincu, lâcha-t-elle en riant.

Il poussa un petit cri de victoire avant de s'emparer de ses lèvres pour un baiser torride.

- Je suis trop fort ! Sourit-il lorsqu'ils se séparèrent.

Il posa son front contre le sien.

- Qu'est-ce qui t'as décidé, dis-moi ? C'est quand j'ai parlé de te faire l'amour sur le tapis, c'est ça ?

Elle lui caressa la joue avant de répondre.

- Même pas. Tu m'avais eu rien qu'avec la couverture et le verre de vin. Mais la suite du programme me convient très bien aussi !

- J'espère bien ! J'ai hâte d'y être. Tu vas voir, ça va être génial !

Il l'embrassa une nouvelle fois avant de se rallonger dans le lit.

- Je n'en doute pas. Et… je reconnais que tu as raison.

- À quel sujet ?

- À propos de nous.

Elle vint se blottir contre lui et posa sa tête sur son torse.

- Moi aussi, j'ai besoin de passer un peu de temps avec mon mari…Et j'ai envie de retrouver…mon amour, mon amant.

- Je suis heureux de l'entendre. Pour être honnête, j'avais peur de ne pas arriver à te convaincre.

- C'est difficile pour moi de laisser Lily.

- Je sais. Pour moi aussi, il ne faut pas croire. Mais je pense que pour bien grandir et s'épanouir, Lily a besoin de sentir que tout va bien et qu'on est heureux, aussi bien en tant que parents qu'en tant que couple.

- Dit celui qui a élevé sa première fille tout seul…

- Ne compare pas ce qui n'est pas comparable. Tu n'es pas Meredith. Elle n'a jamais eu l'instinct maternel, et dès la naissance d'Alexis, j'ai été seul à m'occuper d'elle.

- Et tu peux être fier de toi. Regarde ce qu'elle est devenue.

Après l'affaire Locksat, Alexis avait laissé Hayley diriger seule l'agence de détective de son père, pour reprendre ses études de droit. Aujourd'hui, elle était sur le point de réussir brillamment son examen du barreau, et vivait depuis quelques mois avec Dylan, un jeune avocat qu'elle avait rencontré lors d'un stage.

- C'est vrai. Je m'en suis bien sorti…Mais ne changeons pas de sujet. Tu sais, quand je vois ce que l'on vit tous les deux, je me dis que Meredith et moi…on n'était déjà plus un couple depuis longtemps. Bien avant qu'Alexis ne vienne au monde, et bien avant qu'elle ne me trompe avec son producteur…Toi et moi, on a été de bons parents jusqu'à présent, de très bons parents même. Mais si on veut continuer, il faut qu'on arrive à maintenir le bon équilibre : être parents, tout en restant amants, complices, et partenaires de vie. C'est pour ça que ce week-end est si important pour moi. Pour nous.

- Tu as entièrement raison. Ça nous fera le plus grand bien. Mais en attendant, il est tard…

Cela faisait presqu'une heure qu'ils discutaient.

- Et si on veut être de bons parents demain matin au réveil de notre fille, il est peut-être temps de dormir.

- Pas faux.

Ils s'embrassèrent, puis éteignirent chacun leurs lampes de chevet, avant de se mettre dans leur position favorite pour dormir, celle de la cuillère. Aussitôt, leurs jambes s'emmêlèrent pour se rapprocher encore plus.

- Je t'aime, dit Castle.

- Je t'aime aussi, dit-elle en prenant sa main posée sur son ventre.

Collés l'un contre l'autre, et main dans la main, ils s'endormirent rapidement.