Bonjour à tous! J'espère ne pas trop vous avoir fait attendre! En tout cas, je vous remercie pour vos reviews et aussi d'avoir mis cette histoire en favori ou alerte, cela m'a fait super plaisir. Surtout de lire vos pronostics pour la suite. Bref, voilà le chapitre II de cette fic, intitulé Noita, ce qui signifie "sorcier". Cela fait référence à une chanson d'Indica. J'espère que vous aimerez.


Chapitre II

Noita

Les faits étaient là et clairement établis, j'étais la seule à me rappeler ce qui s'était réellement passé. Deux jours après mon entrée à l'hôpital, les médecins me laissèrent rentrer chez moi. Ne voulant pas me laisser seule dans mon appartement, mes parents insistèrent pour que je rentre dans la maison familiale. Durant les jours qui suivirent, je me repassais l'attaque de l'université dans ma tête. Je me souvenais de chaque seconde. Je décidais de téléphoner aux quelques survivants pour vérifier si j'étais la seule dans ce cas. Au bout d'une dizaine d'appels, j'en concluais que oui. Manifestement, ce que la femme aux cheveux violets m'avait fait pour effacer ma mémoire n'avait pas fonctionné sur moi. Je n'en parlais pas à mes parents, et surtout pas à ma mère, qui avait l'air plus traumatisée que moi. De toute manière, comment leur faire croire un truc pareil ?

Je décidais de revenir à mon appartement au bout d'une semaine. Ma mère était à deux doigts de me rendre folle. Toutes les cinq minutes je l'avais sur le dos à me demander si ça allait, si je n'avais besoin de rien, si je n'avais pas envie de parler de ce qui s'était passé,… A quoi cela aurait servi de parler de quelque chose dont j'étais la seule à me souvenir ? Je rangeais rapidement mes affaires, m'asseyais devant mon ordinateur et me connectais à Internet. Je voulais savoir si d'autres personnes avaient vécu la même chose, si d'autres évènements dans le genre avaient été répertoriés. Au bout de trois heures, je décidais de laisser tomber. Mes recherches infructueuses ne m'avaient menée qu'à des sites relatant des mythes et légendes stupides à propos de sorcières, fées, magiciens,… Un ramassis d'inepties… Ça ne pouvait pas être ça quand même, si ? Je soupirais, j'avais besoin de décompresser. Je décidais d'aller faire quelques courses. Je pris mon sac et me rendis dans la rue.

L'air frais de ce premier jour de décembre me fit du bien. Je me dirigeais vers l'épicerie la plus proche. La vendeuse me salua, j'étais une habituée. Je n'avais pas besoin de grand-chose. Je m'enfonçais dans les rayonnages. Alors que j'en dépassais un, je m'arrêtais net et revenais rapidement sur mes pas. Là, dans le rayon, un homme vêtu d'une sorte de robe violette faisait lui aussi tranquillement ses courses. Se sentant observé, il se tourna vers moi, m'adressant un sourire aimable. Il devait avoir dans les quatre-vingt ans et arborait une petite barbe taillée en pointe. Je m'éloignais rapidement de lui et m'adossais à un mur pour respirer calmement. « Bon sang ! Mais c'est quoi ce délire ? », paniquais-je. Du coin de l'œil, je le vis se diriger vers la caisse, payer ses achats, et sortir. J'hésitais, puis décidais de le suivre.

« Courage ma fille, si tu veux en savoir plus, c'est le seul moyen », m'encourageais-je. Je filais le vieil homme pendant une bonne demi-heure. Deux fois il s'arrêta pour saluer des hommes habillés de la même étrange manière. Jamais je n'avais remarqué jusqu'à présent qu'autant de gens se promenaient vêtus de la sorte à Londres. Je finis par atterrir dans une ruelle dans laquelle je n'avais jamais mis les pieds. Et là… l'homme disparut… Comme ça, simplement, et à part moi personne ne semblait l'avoir remarqué. Je m'arrêtais pile à l'endroit où l'homme s'était évanoui. Il n'y avait là qu'une petite boutique miteuse et manifestement abandonnée. Je restais à fixer la vitre sale de la devanture. J'étais sûre que c'était bien ici que le barbu avait disparu. Je regardais intensément la vitrine, me concentrant de toutes mes forces, sans savoir vraiment pourquoi.

Je laissais tomber au bout de dix minutes. Je m'attendais à quoi au juste ? Je fis un pas pour m'éloigner. Mon regard capta un reflet dans la vitre, comme un éclair. Je me rapprochais de nouveau. Là, sous mes yeux, la façade de la boutique se mit à changer, j'eus l'impression étrange que le mur ondulait. Le phénomène s'arrêta au bout de quelques secondes. Je me retrouvais à présent devant l'entrée d'un pub. Je jetais un œil à l'enseigne. « Le Chaudron Baveur ». Jamais entendu parler… Je regardais les personnes qui allaient et venaient dans la ruelle, personne ne semblait voir ce bar à part moi. Je pris mon courage à deux mains et décidais d'entrer.

Je restais pétrifiée devant ce que je vis. C'était un bar tout ce qui avait de plus normal question décor, sauf que des verres étaient essuyés sans l'aide de personne par des torchons, que des balais nettoyaient le sol en bougeant tout seul, que les chaises se rangeaient automatiquement dès que leur propriétaire les quittait… Et j'en passais… Médusée, je longeais le plus discrètement possible le mur et me dirigeais vers une table du fond, dans un coin calme, où je m'asseyais en tremblant. Personne ne semblait faire attention à moi. J'essayais de prendre un air plus détendu, histoire de me fondre dans la masse.

- Salut ! Je te sers quelque chose ? demanda quelqu'un à ma gauche.

La voix me fit sursauter. Ce n'était que le serveur. Je le regardais fixement, ne sachant que répondre. Il sembla s'impatienter.

- Bon, une Bièraubeurre, ça te va ? C'est un Gallion.
- Je…, commençais-je sans savoir de quoi il me parlait.
- Ah ! Tu n'as que de l'argent moldu ? T'en fais pas, on prend aussi, Gringotts se charge de faire l'échange. Ça énerve un peu les gobelins, mais tu les connais ceux-là… Du moment qu'on leur donne de l'argent…
- Oui, oui…, approuvais-je sans comprendre un traitre mot à ce qu'il disait.

Il s'éloigna et revint quelques minutes plus tard avec une chope qu'il posa devant moi. Je le payais et restais à contempler ma boisson. Ça avait l'air d'être simplement de la bière… Je portais la chope à mes lèvres et en bus prudemment une gorgée. Ce n'était pas mauvais du tout. C'était même très bon… Je pris le temps de savourer mon verre, observant avec peur et émerveillement ce qui se passait dans le bar. Quand j'eus fini ma boisson, je sortis en silence du pub. Je commençais à marcher tranquillement, puis je détalais comme un lapin, courant comme une dératée dans les rues londoniennes. En rentrant dans mon appartement, je me précipitais sur le téléphone, avec la ferme intention de raconter tout ça à mes parents. Je composais le numéro à moitié et m'arrêtais. Non, ils ne croiront jamais ça.

Je décidais de simplement prendre une douche, puis m'écroulais de fatigue sur mon lit.

O°°OO°°O

Pendant la semaine qui suivit, je revins tous les jours au Chaudron Baveur, à la même table, commandant la même chose… Les deux premiers jours, je dus me concentrer pour voir apparaître de nouveau l'entrée du bar. Ensuite, cela devint naturel. Mes cours à l'université avaient repris calmement et à moitié, et dès que ma journée se terminait je filais dans cet endroit, travaillant dans mon coin. Je me sentais curieusement de plus en plus à l'aise.

Aujourd'hui, on était dimanche, et je m'étais une fois de plus réfugiée à ma table habituelle, celle à laquelle je m'étais assise la première fois que j'étais venue ici. Je planchais sur l'étude d'un composé olfactif plutôt ardu. L'effervescence qui régnait dans le bar ne m'aidait pas vraiment à me concentrer. Laissons tomber pour l'instant et commandons une autre Bièraubeurre. Je rangeais mes affaires dans mon sac. Ce fut en relevant la tête que je le vis entrer. Il ne s'arrêta pas, traversant toute la pièce sans poser son regard sur quoi que se soit. Il entra dans ce que j'avais toujours pensé être l'arrière-boutique. Je restais sans bouger quelques secondes. Je saisis rapidement mon sac et me précipitais à sa suite. L'arrière-boutique abritait en fait un passage menant à une rue. Le passage en question étant en train de se refermer, je n'hésitais pas une seule seconde avant de le franchir.

Le mur se referma derrière moi. Je me retrouvais dans ce qui semblait être une rue commerçante. Sauf que ce n'était pas vraiment le genre de rue que j'avais l'habitude de fréquenter. Les boutiques qui la composaient étaient vraiment des plus étranges… Semblant vendre des choses tout aussi bizarres. Je sursautais alors que je passais devant un magasin où des hiboux et des chouettes hululaient gaiement. Je le dépassais bien vite, ne voulant pas perdre de vue l'homme que je suivais. Ce-dernier entra dans l'une des boutiques. J'attendis cinq minutes et m'y introduisis à mon tour.

Une sonnette retentit, le vendeur derrière le comptoir leva les yeux vers moi et m'adressa un léger signe de tête.

- Je peux vous aider ? me demanda-t-il.
- Je… je vais me débrouiller, merci.

Et je partis à la recherche de l'homme qui m'avait menée jusqu'ici. Je grimaçais en voyant ce que proposait la boutique. Des insectes morts, des peaux, des griffes, des choses innommables et immondes flottant dans des bocaux,… Je retrouvais celui que je cherchais dans un rayon contenant des livres semblant très anciens. Je reconnus les mains pâles aux doigts longs et fins qui s'arrêtaient sur les tranches de certains ouvrages. L'homme s'immobilisa et tourna brusquement la tête vers moi. Ces yeux noirs… Je les aurais reconnus n'importe où. Je me mis à trembler. Il me dévisagea, haussant un sourcil perplexe. Il semblait se demander ce que je lui voulais, et qui j'étais.

- Pourquoi… je me souviens ? lui demandais-je dans un souffle.

Il parût ne pas comprendre ce à quoi je faisais référence. Puis, son masque d'impassibilité exprima toutes les variantes possibles de la surprise. Il sembla enfin me reconnaître.

- Comment…, commença-t-il en faisant un pas dans ma direction.

Alors qu'il avançait, je lâchais mon sac de peur. Il se dirigea résolument vers moi. Je ne réfléchissais pas plus et me mis à courir. Je sortis en trombe de la boutique et remontais la rue en quatrième vitesse. Une chance pour moi, le passage menant au bar était ouvert. Je bousculais la femme qui s'apprêtait à le franchir et traversais tout le pub en ayant l'air d'avoir le diable à mes trousses. Je courus jusqu'à mon appartement sans me retourner une seule fois. Ce n'est qu'une fois à l'abri derrière la porte que je me sentis rassurée.

« Du calme, tu ne risques plus rien, il ne peut pas te retrouver », me rassurais-je. Inspire, expire, inspire, expire… Cet homme, c'est celui qui était à l'université sous ce masque de mort, j'en étais sûre… J'avais maintenant son visage en entier. Hors de question désormais que je remette les pieds au Chaudron Baveur, trop risqué. Quelle journée… Je pris le chemin de ma salle-de-bain, montant les marches de la mezzanine. Une fois sous l'eau chaude, je me permis de respirer calmement. En sortant, je m'enroulais simplement dans une serviette bien chaude. Je n'avais plus aucune raison d'avoir peur… Franchement… quelle était la probabilité pour qu'il me retrouve ?

Ne prenant même pas le temps de me sécher les cheveux, je redescendis dans ma cuisine et mis la bouilloire à chauffer. Je me dirigeais ensuite vers un meuble contre le mur, et sur lequel reposait un terrarium. Une autre de mes passions avec celle des parfums : les reptiles. J'avais cinq serpents en tout dans mon appartement. J'ouvris le terrarium et en sortis l'animal qui était à l'intérieur. Le premier que j'avais eu, mon petit préféré. Il se lova dans mes mains, la chaleur de mon corps aidant.

- Charmant animal de compagnie, dit une voix dans mon dos.

J'arrêtais net de respirer. Cette voix, je la reconnaissais aussi. Je me retournais lentement. Il était là, dans mon salon, et je n'étais séparée de lui que par un pouf et quelques mètres. Et si je voulais me défendre, je n'irai pas bien loin en serviette de bain. Bien qu'il semblait parfaitement maître de lui-même en apparence, je devinais qu'il était toujours aussi surpris, mais certainement pas aussi effrayé que moi… Mon cœur battait tellement vite que si je ne me calmais pas de suite, je sentais que j'étais bonne pour l'arrêt cardiaque. Analysons la situation avec calme.

- Vous êtes venu finir le travail ? demandais-je d'une voix mal assurée.
- Vous ne croyez pas que cela aurait été plus facile, si j'avais voulu vous tuer, de le faire à l'université ?

Pas faux ça… Je le vis plonger sa main dans une poche de sa cape noire pour en sortir la fameuse baguette. Voyant ça, je risquais le tout pour le tout.

- Je vous préviens que si vous faites un seul geste de plus, je vous balance mon serpent à la figure, et son venin est extrêmement puissant.

Loin d'être effrayé, il se contenta de m'adresser un rictus moqueur.

- On se calme, dit-il en déposant sa baguette sur le pouf et en s'éloignant. Je suis là pour discuter. De plus, je doute franchement que votre reptile puisse me faire grand-chose. C'est un élaphe, n'est-ce pas ? Un serpent des blés ? Je sais pertinemment qu'il n'est pas venimeux.

Et merde ! Il fallait que je tombe sur quelqu'un qui s'y connaissait en serpent.

- Comment vous appelez-vous ?
- Eve Darlian.

Il lâcha un ricanement. Je me demandais pourquoi. Ah oui ! Forcément… une fille qui s'appelait Eve avec un serpent dans les mains… Manquait plus que la pomme…

- Vraiment très amusant, constatais-je en remettant mon animal dans son terrarium. Comment vous m'avez retrouvée ? m'enquis-je en me tournant de nouveau vers lui.

Sans rien dire, il souleva simplement le sac que j'avais laissé tomber dans la boutique. J'avais complètement oublié. Heureusement que je mettais toujours mes clés dans la poche de mon jean, sinon je n'aurais pas pu rentrer chez moi… Mais ça n'expliquait pas… Mes papiers d'identité ! Il y avait mon adresse dessus ! Quelle gourde ! Il n'avait même pas eu besoin de me courir après. Mais comment était-il entré sans la clef ? Se pourrait-il que cette saleté de baguette en bois puisse… ?

- Je crois que votre eau va être assez chaude dans un moment…, dit-il tranquillement avec un léger sourire en coin et en s'asseyant simplement dans mon canapé.

Manifestement, cela l'amusait beaucoup de me voir si déboussolée. Mais il avait raison, il valait mieux que j'éteigne cette fichue bouilloire avant qu'elle n'explose dans ma cuisine. J'appuyais sur le bouton et restais un instant sans bouger, crispant les mains sur le rebord du plan de travail. Mon regard capta les couteaux de cuisine plantés dans leur support. Aurais-je seulement le courage d'aller jusque là ? Pff… Le temps que j'arrive jusqu'à lui avec cette arme, il aurait cent fois le temps de m'arrêter avec sa baguette. Pestant contre moi-même, je sortis deux tasses du placard et les posais brutalement sur la table. Le bruit le fit se retourner.

- Il y a du thé dans le placard en haut à droite, servez-vous, je vais… m'habiller.

Je remontais rapidement dans ma chambre et enfilais un pantalon de pyjama et un débardeur. J'attrapais une pince à cheveux et me les attachais rapidement en les relevant. Quand je redescendis, mon invité forcé était devant le placard que je lui avais indiqué. Il se tourna vers moi.

- En effet, il y a du thé, me dit-il en désignant toutes les boites en métal contenant les feuilles.

Je le rejoignis et me postais à ses côtés. Est-ce que j'avais toujours peur ? Bien sûr, j'étais même terrifiée. Mais cela n'aurait servi à rien de le montrer, au contraire je crois que cela aurait beaucoup amusé l'intrus qui se tenait dans mon appartement.

- Bon alors, le pressais-je, vous vous décidez ? J'aimerais bien le boire avant que l'eau refroidisse.

Il se saisit d'un paquet au hasard. Au hasard, mais il ne se trompa pas pour autant. Forcément, il fallait qu'il choisisse mon meilleur thé, et aussi le plus cher : mon Gyukuro Asahi. Je suis maudite !

- Bon alors, vous êtes qui au juste ? Ou quoi ?
- Vous ne devinez pas ?
- Franchement, je suis crevée, je sens une bonne migraine arriver, et j'en ai marre de tout ça… Alors pour les devinettes, vous repasserez.

Mais manifestement, il n'avait pas l'intention de me donner la réponse aussi facilement. Je soupirais.

- Vous êtes un sorcier ? demandais-je en plaisantant.

Je cessais de rire quand je relevais la tête vers lui, et que je le vis me dévisager avec l'air de se demander ce qu'il y avait de drôle dans ce que je venais de dire.

- Non… mais… sans rire, c'est ça ? Vous êtes un sorcier ? Non, vous me faites marcher là ?
- Vous ignorez l'existence du monde de la sorcellerie ?
- Il y a un monde de la sorcellerie ?

Cette fois, je crois qu'il était aussi surpris que moi, ce qui n'était pas peu dire… Il me regardait d'un air éberlué.

- Attendez, si vous ignorez tout de ce monde, comment avez-vous fait pour trouver le Chaudron Baveur ? Et le Chemin de Traverse ? Et pourquoi au nom de Merlin vous vous souvenez de moi ?
- Alors là, c'est une bonne question… Franchement, si vous n'en savez rien, comment moi je pourrais savoir ? C'est vous le… le sorcier… Vous qui avez fichu un sacré bordel dans ma vie depuis l'attaque de mon université.
- Parce que vous vous souvenez de ça aussi ? s'exclama-t-il.
- Je me souviens de tout. Vous comprenez ? De TOUT ! Les moindres détails.
- C'est impossible, vous auriez dû être soumise au sortilège d'Amnésie, comme les autres, et vos souvenirs auraient dû être modifiés.
- Un sortilège d'Amnésie… C'est cela oui… Ce ne serait pas un truc genre : « Oubliettes », par hasard ?
- Si. On vous l'a jeté ?
- Oui, une femme avec les cheveux violets s'en est chargée. Je suis tombée dans les vapes et me suis réveillée à l'hôpital où j'ai entendu l'histoire de cette « fuite de monoxyde de carbone ».
- C'est impossible… Impossible…, ne cessa-t-il de murmurer en allant s'asseoir dans mon canapé.

Je le rejoignis et posais la théière et les deux tasses sur la table basse. Au moins, maintenant, on était deux à ne pas comprendre ce qui se passait. Prise d'une inspiration subite, je soulevais le couvercle de la théière, plongeais rapidement le bout des doigts dedans, et aspergeais l'homme en noir avec l'eau. Il sursauta et me regarda d'un air furieux, près à me trucider sur place.

- Je peux savoir ce qu'il vous prend ? me cria-t-il.
- Je savais que c'était des conneries, répondis-je stoïquement. Les sorciers, ça ne fond pas avec de l'eau. Elle m'a bien eue Dorothée avec sa méchante sorcière de l'Ouest.

Mon invité me regarda en ayant l'air de se demander de quoi je parlais. Là, je crois qu'il venait de me cataloguer dans la catégorie bonne à enfermer. Je me servis du thé, et dans un élan de générosité incommensurable en fis de même avec mon squatteur de divan.

- Au fait, le type qui m'a courue après, Macnair si je me souviens bien, il lui est arrivé quoi ?
- Alors c'est à vous qu'on doit son arrestation ? Il a été envoyé à Azkaban, jugé, et soumis au baiser des Détraqueurs.
- Donc dans le monde de la… sorcellerie, quand vous attrapez un tueur, vous lui roulez une pelle. Intéressant…, concluais-je en prenant une gorgée de thé.
- Pour votre information, les Détraqueurs sont des créatures capables d'aspirer votre âme en vous embrassant.
- Eh bien ! Je plains la pauvre créature qui a dû faire ça, vu l'état de la dentition de ce type.
- Vous semblez vous être bien remise de tout ça…
- Vous croyez ? demandais-je, glaciale. Personne ne peut se remettre d'un truc pareil. J'ai vu mes amis se faire tuer, des filles… des étudiantes… comme moi… se faire violer… Ça aurait pu être moi. Ça a failli être moi.

Ma voix tremblait et on pouvait sans peine distinguer les sanglots que j'essayais de cacher.

- Mais ce n'est pas ça le pire. Vous voulez savoir ce qui me bouffe de l'intérieur ? C'est de ne pouvoir raconter ça à personne. C'est d'être la seule à me rappeler ces horreurs. De voir tous ces gens qui ont repris une vie normale, sans se douter de rien. Vous savez ce qui m'est arrivée avant-hier ? J'ai discuté avec une des filles que j'avais vu se faire violer. Et vous savez quoi ? Elle riait ! Oui, elle plaisantait avec moi naturellement. Cette fille a été abusée et elle ne le sait même pas ! Je ne sais pas ce qui serait le mieux pour elle, qu'elle le sache ou qu'elle continue de l'ignorer… Mais mettez-vous à ma place ! Et voilà que maintenant je découvre le Chaudron Baveur, cette rue et ces magasins indéfinissables… Voilà que je tombe sur vous et que vous débarquez chez moi je ne sais trop comment. Franchement, je suis plutôt du genre très ouverte d'esprit comme fille, mais là… Déjà que le coup de « je tue des gens avec un bout de bois » c'était un peu fort pour moi, alors maintenant…

Je m'arrêtais et reprenais mon souffle. Voilà, c'était enfin sorti, et ça faisait du bien. J'avais l'impression qu'un poids énorme venait de s'envoler. Tout ce que je voulais, c'était pouvoir en parler à quelqu'un je suppose. L'homme me fixait, impassible. Il porta lentement la tasse à ses lèvres et finit d'en boire son contenu. Il la posa ensuite sur la table basse et reporta son attention sur moi.

- Je sais que vous auriez préféré oublier tout ça. Et vous auriez dû. Ce qui est indubitable, c'est que le sortilège d'Amnésie n'a pas fonctionné sur vous. Pourquoi ? Ça je l'ignore. Vous n'êtes pas une sorcière, mais vous n'êtes pas une simple moldue non plus. Un moldu est une personne dépourvue de pouvoir magique, ajouta-t-il lorsqu'il me vit le regarder sans comprendre de quoi il parlait. Je ne suis pas non plus le mieux placé pour étudier la chose. Je pense qu'il vaudrait mieux que je parle de tout ça à quelqu'un qui sera susceptible d'en connaître un peu plus que moi.
- Franchement, ça serait cool, approuvais-je.
- Bien, sur ce, dit-il en se levant, je pense que vous devriez aller dormir. Après votre crise de nerfs, ça ne pourra que vous faire le plus grand bien…
- Mouais…

Je posais à mon tour ma tasse et me levais. Persuadée que l'homme me suivait, je me dirigeais vers l'entrée pour ouvrir la porte. J'entendis alors un craquement derrière moi. Je me retournais, et constatais que j'étais seule dans la pièce.


Voilà, j'espère que ça vous a plu. Je pense que le prochain chapitre sera vite posté. N'hésitez pas à laisser vos coms, ça motive, même si c'est pour exposer des critiques ou me faire remarquer des fautes. A bientôt!