L'Été

La saison d'Arthur était l'été. Soit l'exact opposé de sa sœur Morgana, l'hiver.

Cela peut paraître stupide et superficiel qu'on accorde autant d'importance au physique, mais on ne peut pas nier qu'il avait toujours sa part dans l'histoire. Au premier coup d'œil, on admettait sans peine que si l'été devait avoir un visage, ce serait celui d'Arthur:

Des yeux aussi bleus que le ciel, des lèvres pleines semblables à des fruits mûrs, les cheveux blonds comme les blés et lumineux comme le soleil, la carrure sportive et musclée d'un dieu. Sans oublier cette couleur rouge, qu'on retrouvait si souvent sur ses vêtements et surtout sur le blason de Camelot. Le rouge, couleur de la force et du courage, du dynamisme, la couleur du guerrier; la couleur des cerises, des fraises, des groseilles en été . Mêlés à l'or de ses cheveux, teinte princière, elle était du plus bel effet et prônait largement sa nature: l'été était prince, l'été était roi.

Ce n'est pas une coïncidence si les Lions, signe astrologique royal par excellence, naissaient en été. Arthur en partageait d'ailleurs les traits:

Il pouvait se montrer insupportablement orgueilleux et prétentieux, et se croyait alors supérieur à tout le monde. Pareil au coq qui se pavanait fièrement dans la savane, l'été semblait se considérer comme la meilleure des saisons, pour la simple raison qu'il brillait plus que toutes les autres, explosait de couleurs et que la renommée éclatante dont il était doté lui attirait les regards et le respect de la cour.

À un tel point qu'Arthur passait parfois pour un crétin fini en se montrant aussi lourd et pesant que la saison du soleil: l'été assommait les gens sous sa chaleur étouffante, et le prince assommait un certain serviteur sous sa bêtise, ses coups d'épées - quand il lui prenait l'envie d'avoir un souffre douleur - ou encore sous la montagne de corvée à faire.

Les journées étaient alors très longues, et on attendait que le soir et la nuit viennent avec impatience.

Et que dire des orages ! C'était simple: quand l'été se mettait en colère ou se trouvait irrité, ce qui vous entourait devenait soudain votre plus grand ennemi: la foudre pouvait tomber à tout instant et le vent violent vous envoyait des projectiles improvisés à la tête si vous ne preniez pas garde.

Mais malgré le sourire arrogant qu'Arthur arborait, sous la couche de fierté masculine perçait l'éclat lumineux du roi. Si au début, le respect et l'admiration qu'on lui témoignait pouvait sembler douteux, au large du temps, cela s'était avéré amplement mérité. Arthur avait évolué, et chaque jour qui passait voyait le soleil s'élever plus haut dans l'azur, plus assuré que jamais jusqu'à son zénith. Il était devenu un grand roi, avait trouvé la confiance en soi qui lui manquait dans certains moments et ses doutes et questions s'étaient envolées, telles des nuages dissipés dans le ciel.

Y demeurait seulement ensuite le soleil, astre brûlant: Arthur, le seul roi qui était et qui sera.

L'été possédait un grand cœur, généreux, sincère et dévoué: que ce soit pour son peuple et ses amis - pour qui il se serait sacrifier si besoin était-, ou pour sa femme Guenièvre - laquelle avait eu l'opportunité et la chance de goûter toute la chaleur torride des tropiques sous les feux de la passion.

Sous le règne de l'été, Albion prenait ainsi des couleurs, resplendissait de lumière et connaissait l'âge d'or. Camelot et les villages alentours débordaient de vie, de fêtes. Tout y abondait - fruits, récoltes, prospérité - tout cela sous l'œil attentif du roi superbe, qui veillait à ce que tous y trouvent bonheur et justice.

Le peuple aimait l'été, il n'y avait rien à redire. Il l'attendait toujours, même quand qu'il n'était plus.

Un jour, l'été reviendrait.


Voilà voilà : Prochain: l'Automne