Episode 2 : Retrouvailles
Le condor venait de se poser à l'extrémité d'une vaste étendue désertique qui prenait à cette heure de la journée une couleur rouge flamboyante. Les pattes de l'immense oiseau fermement ancrées dans le sol, celui-ci donnait l'impression d'être une bannière solitaire dans ces hauteurs stériles. Le bec de l'appareil finit par s'abaisser et heurta le sol sans bruit. La vitre du cockpit ouverte, les 3 enfants sautèrent sur le sol, sans voix devant ce qu'ils avaient sous leurs yeux.
"C'est impossible …" entama Tao qui faisait des tours sur lui-même pour apprécier le plateau.
Zia qui étudiait les sommets proches pour trouver un repère fini par s'exclamer en pointant du doigt une crête au Nord du plateau : "Cette montagne… On la voit depuis la table d'observation du Vieux Pic …"
"Comment a-t-on pu dériver autant vers le Sud ?" murmura Tao
"Lorsque le soleil est haut dans le ciel il est très difficile de maintenir une direction, je ne crois pas que ce soit la faute d'Esteban."
"Si Mendoza était là …" se contenta de dire Esteban.
"Raah… si nous n'arrivons pas à nous orienter ça va être encore plus dur que ce je pensais." Râla Tao.
"Esteban, tu te souviens de ces dessins que l'on avait vus depuis le ciel lorsqu'on a pris le condor pour la première fois ?"
"Tu parles de ces étranges figures semblables à des oiseaux ?"
"Oui…Je crois bien que c'est ici …" Elle joignit à sa parole un geste désignant un alignement de blocs blancs qui s'étirait loin à l'horizon et revenait en décrivant une courbe.
Tao contempla pensif l'ensemble pendant un instant et finit par se retourner vers ses amis.
"Vous trouvez pas ça bizarre vous que les deux fois où l'on a atterri ici, c'était par hasard alors qu'on était perdu ? La première fois que j'ai vu ce paysage j'ai pensé que cet endroit pouvait être une sorte de port pour le condor, peut-être qu'il se guide lui-même par rapport à ce plateau d'ailleurs… Mhh..Mais on est perdu quand même !" Finit-il par lâcher dépité.
"Il nous faudrait trouver un moyen de nous repérer dans le ciel", acheva Esteban.
"Il n'y a pas que ça …" intervint Zia. "Sans les médaillons du soleil nous ne pourrons pas entrer dans les Cités D'Or."
"Raah… c'était vraiment stupide de les laisser là-bas… Maintenant ils sont définitivement perdus…"conclu Tao plein d'amertume.
"Zia ?"
La jeune inca semblait perdue dans ses pensées, serrant dans sa main ce qui restait du pendentif que son père lui avait légué. Elle avait été incapable de protéger les siens, et aujourd'hui elle venait de perdre le dernier héritage qui lui restait. Elle retint une larme… non ce n'était pas le moment de pleurer, il fallait qu'elle soit courageuse, pour Esteban, pour son père, pour le peuple inca …
"Kraka !" Dit la jeune fille tout à coup.
"Comment ça ?"
"Mais oui ! Kraka ! Le Chef du Vieux Pic", s'exclama Esteban, "Il pourra certainement nous aider ! En plus le Vieux Pic n'est qu'à quelques heures d'ici !"
"Oh oui…Mais est-ce que tu connais le chemin à suivre ?"
"Il n'y a qu'à suivre la gorge qu'on avait survolée la dernière fois !"
"Mais…"
"Alors c'est d'accord nous irons au Vieux Pic." Trancha avec détermination Zia.
Esteban tenta de deviner au Nord du plateau l'emplacement de la cité perchée… "Le Vieux Pic" murmura-t-il… "Oui je sens que c'est là bas que se trouvent les réponses à nos questions."
Tao avait repris sa contemplation du plateau désertique et parlait pour lui-même.
"C'est vraiment bizarre !"
Esteban réprima un bâillement puis s'étira.
"La nuit tombe on va dormir ici près du condor."
"Oui je crois qu'on n'a pas trop le choix de toute façon", répondit distraitement Tao.
"Ca va Zia ?"
La jeune fille paraissait vraiment triste dans ce panorama désolé.
"Je m'inquiète pour Mendoza et les autres … j'espère qu'ils vont bien…"
"Ne t'en fait pas je crois que ces trois là iront au bout du monde pour leur or !" lui répondit, enjoué, Esteban qui s'était déjà allongé sur le sol rocailleux.
Mais Zia n'écoutait pas, elle semblait perdue dans ses pensées, à des kilomètres du plateau de Nazca.
...
"Dis donc Mendoza… on devait pas être sortis de cette maudite forêt avant la nuit ?"
"Oui…oui… j'ai l'im-l'impression que tu nous fais tou-tourner en rond !"
"Cette forêt est beaucoup plus vaste que ce que je croyais. Il va peut être falloir faire notre campement ici pour la nuit, je le crains."
"I…Ici avec les bê, avec les bê-bêtes ?"
"Hmm mais c'est toi qui est bêbête mon pauvre Sancho, il faut savoir être courageux", déclara fièrement Pedro. "Je vais m'asseoir sur ce rocher et monter la garde, ne t'inquiète pas."
Puis après un instant…
"AAAh ! Le rocher est vivant !" Le « rocher » sur lequel Pedro s'était assis poussa un grognement et détala en roulant dans la jungle. "Mendoza, Mendoza … "dit-il tremblant comme une feuille, "Je crois que cet n'est pas très sur… Et si on retournait au village du Nouveau soleil hein ? Je suis sûr que Viracocha..."
"Silence !" dit brusquement Mendoza en tendant le bras vers ses deux acolytes, "Regardez ! Il y a un feu de camp là-bas..."
"C'est sûrement des ca-ca des cannibales !"
"Cachons-nous !" chuchota Mendoza en poussant Sancho et Pedro dans un buisson à proximité. De leur taillis ils pouvaient apercevoir deux silhouettes qui semblaient discuter activement. Cherchant un meilleur point d'observation et une position plus confortable ils finirent par entendre leur discussion.
"… sans qu'ils s'en aperçoivent c'était une très bonne idée ! Avec ces médaillons en poche les fabuleuses cités d'or sont à nous !" dit une des voix.
"Maintenant il ne nous reste plus qu'à atteindre Mexico et trouver un moyen de rallier la côte. Le gouverneur nous récompensera pour ce qu'on lui ramène, c'est certain…"
« Mh je n'aime pas trop l'idée de devoir partager tout cet or… Pourquoi ne pas aller le chercher directement puisqu'on a les clés ? »
« Et pour aller où ? Il nous faut quelqu'un connaissant les secrets des cités d'or pour partir à leur recherche, comme la petite Zia… »
"Tu crois qu'ils parlent des médaillons du soleil Mendoza ?"
"Cette voix…" murmura Mendoza.
"Mais ce qui m'ennuie, c'est que les enfants nous aient filé entre les doigts avec leur oiseau de malheur."
"Hmm… nous les reverrons, j'en suis sur Gaspard."
"Gaspard !" S'exclama Pedro.
"Hein ? Qui est là ?" dit brusquement un des deux hommes en se levant.
"Imbécile ! Il est trop tard pour fuir" grinça Mendoza.
"Montrez-vous !" Menaça Gaspard l'épée en main en s'avançant vers la cachette des 3 espagnols.
"Oh regardez commandant ! Comme on se retrouve ! Difficile de se séparer hein ?"
"Je crois que la chance nous sourit à nouveau mon cher Gaspard", déclara Gomez pointant son pistolet vers Mendoza.
Ne manquez pas le prochain épisode ;)
