Chapitre 2
Notre relation était bien sûr restée secrète. J'étais une élève de 6ème année, qui plus est mineure au début (même si le mois de février m'avait vite fait accéder à la majorité) et lui était mon professeur, de plus de vingt ans mon aîné. C'était tout aussi inadmissible selon lui dans le monde sorcier que ce pouvait l'être chez les Moldus. Il disait que les gens ne comprendraient pas. Qui plus est s'il s'agissait de lui, dont le retournement de veste quinze années auparavant causait encore des suspicions... Il disait qu'il risquait sa carrière, moi mon avenir, et nous notre relation. Je savais qu'il avait raison. Seulement... Au bout de quelques mois, je me suis mise à le vivre mal. Je ne supportais plus d'être obligée de le voir en cachette, la nuit, de devoir faire comme si de rien n'était en cours, faire semblant devant Harry et Ron de le détester.
J'avais cru que je pourrai me sentir vivre avec lui, et dans l'intimité c'était le cas, mais cette contrainte de dissimulation me tuait le reste du temps. Et j'avais peur qu'elle tue notre relation, bien plus que le regard et les dires des autres auraient pu le faire. Je ne lui disais pas au début à quel point cela me touchait, mais il savait, j'en étais sûre. Il voyait mon attitude passive en cours, il voyait que mon assiette restait presque pleine au moment des repas. Mais il ne m'en parlait pas. Nous avions fait le point dès le début et il n'était pas question de revenir là-dessus tant que je serais à Poudlard. Après quoi il faudrait faire passer notre relation comme récente... Mentir... Construire une vie sur un mensonge...
Je ne pouvais pas accepter ça, mais je me disais qu'il ne servait à rien de lutter. Je l'aimais, il m'aimait, nous nous aimions, et même si nous étions les seuls à le savoir je devais m'en contenter.
Enfin, ça , c'était ce que la Hermione Gryffondor se disait... Mais la Hermione Serpentard qui avait vu le jour sous l'influence de son compagnon de l'ombre voyait les choses tout autrement. C'est elle qui m'a poussé à proposer ce pari, cette part innocemment calculatrice et rusée de moi qui sommeillait tranquillement depuis des années, attendant le baiser de son prince.
L'enjeu était simple. Je perdais, notre relation restait secrète. Je gagnais, elle s'étalait au grand jour. Et pas n'importe quel grand jour. Noël. Pour nos un an. Devant toutes les personnes présentes, qu'elles soient dix ou cent. Quant à Severus, il avait le choix des termes du pari. Et je savais que c'était ce qui le convaincrait d'accepter. Parce-que je savais ce qu'il allait proposer, et qu'il serait sûr de gagner. Il fallait juste que je ne me trompe pas et que je le connaisse aussi bien que je le croyais.
« Si Londubat obtient au moins Acceptable au dernier devoir de Potions la semaine prochaine, tu as gagné. »
Bien ? Je le connaissais parfaitement...
J'avais exigé un droit de regard sur la copie et le travail en classe de Neville et le marché avait été conclu. Severus avait affiché ce sourire triomphant que je n'avais pas vu depuis presque six mois. Mais il ne savait pas une chose : c'est que quelques semaines auparavant Neville m'avait demandé de l'aide dans la matière de mon professeur préféré, et depuis je l'avais aidé presque chaque jour à mémoriser les propriétés de divers ingrédients et à respecter un protocole expérimental, les toilettes de Mimi Geignarde nous ayant servi de laboratoire de fortune. Cela avait été laborieux au début mais le résultat était plus que satisfaisant et j'avais de bons espoirs de remporter le pari. Il fallait juste espérer que mon émotif camarade ne serait pas trop perturbé par mon froid compagnon lors de cette ultime évaluation de l'année.
Et mes efforts avaient été récompensés. La mauvaise foi de Severus avait bien tenté de résister, mais mes arguments avaient vaincu et il avait été obligé d'accorder à Neville un bel Acceptable. Même s'il méritait selon moi un Excellent. Mais je ne pouvais pas chipoter. J'avais déjà dû contrer l'incrédulité de mon cher amant en lui disant que certaines choses ne s'expliquaient pas... Et d'autres ne se contrôlaient pas, comme l'envie subite que j'avais eu de lui à ce moment-là... La Hermione Serpentard...
Il avait donc ensuite cherché à se défiler, à déclarer le pari non-avenu, mais c'était impossible, et il le savait aussi bien que moi, je pense que c'était juste pour le principe de protester... J'étais tout simplement heureuse. Je savais qu'il restait six mois avant de pouvoir annoncer la nouvelle, mais ils me paraissaient comme six jours maintenant que j'étais certaine que ce serait fait. Et à vrai dire, ils sont vraiment passés comme six jours. Très vite. Trop peut-être pour que j'ai l'impression d'en avoir profité. Mais j'étais bien, tout simplement bien, et même s'il continuait de maugréer, Severus sentait que j'allais mieux, et au fond j'étais sûre que cela lui faisait plaisir. Notre couple devint au fil de ces journées-mois plus fort, plus soudé, même s'il n'existait que de nuit. Alors je ne pouvais qu'imaginer avec bonheur ce que serait l'après Noël.
J'avais d'ailleurs appris que cette année il y aurait un bal à Noël. Plus de la moitié de l'école devait être là. Je débordais de joie. Severus était déconfit. Plus le jour approchait et plus je sentais sa tension monter. La veille du grand soir nous avons eu une discussion sur le sujet.
« Allez, Sev, détends-toi, je t'en prie ! Tu vas me passer ton stress ! »
« Oh, excuse-moi de redouter le moment où je vais devoir annoncer à tout Poudlard que je couche avec une élève depuis un an ! »
« Evidemment dit comme ça... On peut peut-être éviter l'aspect coucherie, et parler d'amour, non ? Tu ne crois pas que ça passerait mieux ? »
« Grrmblgrlbg ! »
« Oh c'est bon je te taquine ! Severus, ça va aller... Il n'y a aucune raison que ça n'aille pas. »
« Nous en avons déjà parlé des centaines de fois, Hermione ! Il n'y a aucune raison que ça aille ! Je suis ton professeur, je suis beaucoup plus âgé que toi, je suis un ex-Mang...Enfin, pour tous ces gens, je ne suis pas le prototype de l'homme idéal pour une fille... une femme, excuse-moi, de ton âge ! »
« A mes yeux tu l'es. Et c'est tout ce qui compte. Ils auront peut-être du mal à comprendre, certains n'y arriveront pas, je le sais bien, mais ils ne sont pas importants. »
« Mais alors pourquoi diable tiens-tu tant à ce qu'ils le sachent !?! »
« Parce-qu'il y a d'autres personnes, mon amour, qui comprendront. Je te parle de gens comme Molly et Arthur Weasley, ou comme Remus Lupin, à ce que ce grognement vient d'insinuer, sont vraiment extraordinaires et ouverts d'esprit. Ce ne sont que trois noms que je viens de te citer, mais c'est à trois cents que je pourrais faire référence. Voire trois mille. Trois millions, allez ! Enfin, pour le premier soir, je n'ai pas la folie des grandeurs, on se contentera de trente ! Ah, tu vois que tu peux sourire ! Severus... Mon amour... Je t'aime, et je veux que le monde le sache. »
« Hermione, ma chérie, je t'aime, mais je persiste à dire que c'est une erreur. Et si ça se passe mal ? »
« Je te répète que ça ne... »
« Imagine ! »
« Eh bien nous serons deux pour l'affronter ! Et tu auras la satisfaction d'avoir eu raison... »
« Ce n'est pas drôle, Hermione. J'ai... J'ai peur pour toi en fait, voilà ! »
« Peur ? De quoi ? »
« Tu ne sais pas ce que c'est, le regard accusateur des gens. Moi, je suis habitué, ils ne s'attendent à rien de bon de ma part. Mais toi... Toute la communauté fonde de grands espoirs sur toi, tu es connue comme étant une des plus brillantes sorcières que Poudlard ait accueuilli ! S'ils savent... Quand ils sauront, ils vont te juger, ils vont te renier, te traiter comme une moins que rien. Je vois déjà ça ! Oh, la petite Granger ! Elle avait un avenir si prometteur ! Mais elle est allée s'acoquiner avec cet affreux ex-Mangemort ! Merlin quelle décadence, je n'aurais jamais crû ça d'elle ! Enfin tu vois ce que je veux dire... »
« Je vois surtout que tu utilises des mots qui n'existent plus de nos jours et que tu imites très bien la vieille Mme Jenkins, mais à part ça... Oh, Severus, tu dramatises tout, je t'assure qu'il ne va rien se passer de ce genre ! Tu as peut-être rencontré des gens horribles, mauvais dans ta vie, mais ne fais pas une généralité. Il faut de tout pour faire un monde, y compris des gens très bien. »
« Oui, c'est ça, des gens très bien qui seront quand même capables de se dire que j'ai dû te droguer ou te faire boire un philtre ! Franchement, Hermione, regarde-toi ! Et regarde-moi ! Jamais ils ne croiront que... »
« Et pourtant c'est le cas, non ? Je n'ai eu besoin ni de philtre ni de drogue pour tomber amoureuse de toi, Severus. Ni pour être attirée par toi. Ceux qui ne comprendront pas ça ne feront pas partie de ce que j'appelle les gens très bien ! Parce-que ces derniers seront peut-être surpris, mais uniquement par notre différence d'âge, et ils s'y feront ! Cesse de te rabaisser, ça ne te va pas ! »
« N'empêche que je me suis toujours demandé ce qui t'avait attiré chez moi. C'est une constatation que j'ai fais, mais je ne me suis jamais expliqué pourquoi. »
« Il y a certaines choses... »
« Qui ne s'expliquent pas, oui, je sais. Et d'autres qui ne se contrôlent pas, c'est ça ? »
« Tout à fait. Seulement, là, pour une fois, je peux essayer de t'expliquer. Qu'est-ce qui m'a attiré chez toi ? Tout. Ton intelligence, ton esprit aiguisé, ton charisme... »
« Je te parlais de considérations physiques... »
« J'y viens. Le velours de ta voix qui me faisait frissoner à chaque mot qui sortait de ta bouche plus douce que la soie. La finesse de tes mains dont j'attendais désespérément les caresses sur ma peau. La profondeur de tes yeux dans lesquels j'aurais pu me noyer en ne ressentant que plaisir et volupté... »
« Que de jolies tournures... »
« J'essaie de me mettre à ton niveau. »
« Peine perdue, je suis inégalable... »
« Hey, tu gâches ma séquence émotion là ! »
« Hahaha ! » J'aurais pu ajouter son rire, si rare, mais si franc qu'il me faisait vibrer de l'intérieur « C'est bon, je vois où tu veux en venir ! Je te crois, je te crois, pas la peine de me jeter tant de fleurs ! Aaah... Hermione... Ma douce, ma belle Hermione, je pourrais bénir chaque jour le ciel d'avoir poussé la colombe à se pencher sur le crapaud baveux... »
« Inégalable, hein ? »
« Je plaisantais... Mais bon, pour en revenir à notre sujet... D'accord... Je te fais confiance... De toute façon, je n'ai pas le choix... Mais, si ça tourne mal, tu ne pourras pas dire que je ne t'avais pas prévenue ! »
« Qu'est-ce qui pourrait être plus mal que de devoir se cacher encore six longs mois ? Et de devoir ensuite mentir à tout le monde ? Mes amis, ma famille... Je ne pourrai pas. »
« Je sais, je sais...Mais... J'ai un mauvais pressentiment... Qui dépasse le simple cadre du qu'en-dira-t-on... »
« Tu ne devrais pas. Allez, n'y pense plus jusqu'à demain. Tiens, quelque chose qui va te changer les idées : je crois que j'ai une de ces choses incontrôlables qui est en train de refaire surface là... ah oui, ah oui, c'est ça ! »
« Oh, ne cherche pas à la contrôler alors ! »
« Hum. Severus... Tu sais, je crois bien que ma seule drogue, c'est toi... »
« Voilà une tournure qui te va beaucoup mieux. Et qui me plaît beaucoup... »
Nous avons fait l'amour pendant des heures ce soir-là, tantôt très doucement, tantôt plus... sauvagement, oui, mais à chaque fois passionnément. Avec notre corps, notre cœur et notre âme. Comme si ce devait être la dernière fois...
Le matin du 25 décembre (1) nous avait trouvés endormis dans son lit, tendrement enlacés, heureux. C'était la première fois en un an que j'étais restée. Normalement je regagnais en douce ma chambre de préfète au milieu de la nuit, et mettais des heures à m'endormir dans un grand lit froid. Si bien que je ne faisais jamais de nuit complète. Là, sentir cette chaleur, la douceur de son corps contre le mien, était le plus beau cadeau de Noël qu'il pouvait me faire. Oh, après la déclaration du soir, bien sûr. Je m'étais aperçue à ce moment-là que je n'avais pas de cadeau pour lui, et m'en étais excusée dès qu'il s'était réveillé.
« Mon cadeau, c'est toi, Mione. »
D'accord, il était inégalable...
A suivre...
oO§Oo
(1) On va dire qu'ils ne font pas un réveillon comme nous à Poudlard, que le bal en fait c'est le soir de Noël, le 25, et pas la veille.
Dernier chapitre ? D'accord...
