Salut à tous !
Pas mal, je peux publier cette semaine ! Donc voilà un chapitre plus tôt que prévu, et le prochain devrait également venir rapidement.
Merci déjà à tous ceux qui ont lu ce premier chapitre, vous étiez plus de deux cents selon les stats... Comme dirait Johnny : "Merci ! Vous êtes génials !"
Et un merci encore aux quelques personnes qui ont pris le temps de laisser une review ! N'hésitez pas me laisser votre avis, vous tous ! Même pour quelques mots ! Ça motive d'enfer et c'est toujours très sympa de pouvoir discuter avec les lecteurs.
Dans ce chapitre, des rêves bizarres, des gens bourrés, l'étrange Ligue se manifeste, et enfin la rencontre avec Draco et Ginny qui est toujours par là... J'espère qu'il vous plaira !
Merci encore à Mandala7338 pour le superbe travail de relecture, critique et correction qu'elle a effectué sur chacun de ces chapitres. Et pour cette en-tête de chapitre, là, juste en-dessous, et que je lui ai volé, sans aucune forme de pitié.
Bonne lecture à tous !
Chapitre 2
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Harry Potter et l'irrépressible obsession
― Merde… Quelle solitude !
Autour de lui, le béton s'étendait à perte de vue jusqu'à l'horizon. Rien. Il n'y avait strictement rien. Seul un vieux puits de pierre délabré s'élevait hors du sol gris. Harry avait faim. Et il avait soif. Il avait chaud, mais aucun soleil ne semblait percer le ciel de ses rayons. Il avait du mal à marcher et son cœur battait furieusement dans sa poitrine, au point de lui faire mal.
Harry s'approcha du vieux puits, en quête de réconfort. Ses pas étaient lourds et lents, son cœur lui faisait mal.
― Qu'est ce qui ne va pas, chez moi ?
Le puits était en ruine.
― Il doit y avoir autant d'eau là-dedans que dans un shooter de Théo un samedi soir…
À sa grande surprise, malgré les poutres de bois délabrées, les pierres tombées, cassées ou ébréchées, la poulie brisée et la corde rongée, le seau semblait encore étanche et le puits était plein d'eau. Pour peu qu'il ne remplisse pas trop le récipient et se penche un peu, il pourrait sans doute remonter de quoi étancher sa soif.
Soudainement, une voix derrière lui le fit sursauter.
― Tu ne peux pas boire au puits.
Harry se retourna vivement. Cette voix était indescriptible. Il aurait cru entendre la sienne. Le garçon qui venait de parler n'était pas visible, entièrement masqué par neuf étranges ombres qui tournaient autour de lui et l'entouraient dans un cercle étroit.
― Et pourquoi ? répondit-il avec un air de défi.
― Pourquoi ? répéta le garçon.
Il eut un rire moqueur. Harry baissa les yeux et se tourna de nouveau vers le puits. Il n'avait pas envie qu'on se moque de lui, il était assoiffé. Mais, alors qu'il se penchait au-delà du rebord et s'apprêtait à plonger le seau dans l'eau claire, l'autre reprit :
― Regarde-toi ! Tu es entouré d'ombres, Harry Potter.
Harry se releva d'un coup sur ses deux pieds. Il prit soudainement conscience que lui aussi était encerclé par ces mêmes ombres vaporeuses. Par leurs mouvements, leur allure et leur air menaçant, elles ressemblaient en tout point à celle de l'autre garçon, à une exception. Il n'y avait pas neuf ombres autour de lui, mais six. Par moment, il pensait apercevoir des morceaux de corps émerger au gré des fumerolles. Une angoisse sourde le prit soudainement au cou tandis que les six formes l'enserraient de plus en plus. Il se mit à crier, hurler de peur, tandis que l'autre garçon s'en allait en riant aux éclats.
Harry tomba à genoux. Au moment où l'autre quittait son champ de vision, une brèche dans le cercle hypnotique laissa apparaître sa chevelure blonde patinée.
Il reconnut immédiatement le jeune garçon du panneau d'affichage. Il lui cria de ne pas s'en aller et se prit une baffe.
― Harry !
Il reçut une seconde gifle avec un petit cri.
― Allez, réveille-toi ! Gueuler à des heures pareilles ! Oh, Harry, merde !
Les ombres disparurent, le puits également, et le béton sans fin devint le plafond, les murs et la décoration familière du Local. Théo, le visage dans la pénombre de la petite lampe murale qu'il avait allumée, était penché devant les yeux de Harry et le secouait doucement par les épaules, la main prête à le gifler à nouveau.
― Ça y est, tu te reprends ? Bon sang…
Il se laissa retomber lourdement sur son oreiller. Harry avait la respiration saccadée, son cœur battait à tout rompre, il avait des sueurs froides et il haletait. Les yeux fixés sur le plafond, il laissa le silence planer un moment. Théo n'avait pas éteint la lampe. Peu à peu, il sentit l'angoisse quitter ses veines, remplacée par la douce chaleur d'une vie insouciante. Il était chez lui, dans son lit et pas seul. Il ne voulait surtout pas être seul.
― Je… Désolé, s'excusa-t-il piteusement lorsqu'il eut retrouvé l'usage de sa voix.
― Ça va. J'ai dû te frapper pour te réveiller. Ça m'a fait du bien, je crois.
Le sarcasme acheva de lui réchauffer le cœur. Ce terrain connu était le sien, il était chez lui, avec son ami, et ce n'avait été qu'un rêve.
Harry s'assit contre le mur, rajusta le t-shirt léger qu'il portait en guise de pyjama depuis des années et ramena la couverture sur ses jambes. Du coin de l'œil, il vit que Théo l'observait, l'air inquiet.
― Tu n'as pas rêvé de… Elle, hein ?
― Non.
Théo poussa un long soupir de soulagement. Après sa rupture avec… elle, les nuits avaient souvent été semblables. Peuplées de cauchemars dont il s'éveillait en sursaut avec un cri.
Harry avait toutefois des raisons de s'inquiéter. Cela faisait la deuxième fois en moins de dix heures que ce garçon lui apparaissait, comme une hallucination. Il ne savait pas qui il était, quel était son nom, bordel, il ne savait même pas s'il existait réellement !
Il poussa un long soupir fatigué, puis se prit le visage dans ses mains. Théo l'observait toujours, peu rassuré.
― J'ai dit quelque chose pendant mon rêve ? questionna Harry entre ses doigts.
― Non. Tu as crié, ça m'a réveillé. Tu tremblais et baragouinais des trucs incompréhensibles. Tu avais l'air plutôt effrayé, c'était assez angoissant à dire vrai.
Harry ne répondit rien. Théo ouvrit soudainement de grands yeux, comme s'il venait d'avoir une révélation.
― Oh, mec ! J'ai pas interrompu un rêve… Euh… Un rêve comme ça ? Tu vois ce que je veux dire ? Ce n'était pas ce genre de rêve quand même ? Hein, dis, hein ?
― Mais non, enfin… souffla Harry, exaspéré.
― Ah bon, murmura Théo, rassuré. On ne sait jamais, des fois que tu gémisses au lit comme une fillette…
Harry grommela quelque chose comme quoi il en connaissait bien une, de fillette, et qu'elle allait se prendre son pied dans les noix. Paradoxalement.
Finalement, il s'allongea de nouveau sur son côté du matelas. Théo l'observait toujours, mais visiblement moins inquiet. Le réveil tiquait à côté de lui. D'un geste nonchalant il s'en saisit, lu qu'il était huit heures trente-sept, le reposa et soupira. Le matin était arrivé bien plus vite que prévu.
― Quelle heure ? demanda Théo.
En guise de réponse, Harry lui envoya son oreiller en pleine tête et, avant que l'autre ne réagisse, il déguerpit et s'enferma dans la salle de bains.
Lorsqu'il en sortit lavé, séché et habillé de pied en cap, le volet de l'unique lucarne du Local avait été levé et la lumière allumée. Théo ne s'était pas habillé, il portait toujours le caleçon et le t-shirt léger avec lesquels il avait dormi. Il préparait le petit déjeuner. L'odeur délicieuse du bacon emplissait la petite pièce.
Sans un mot, Harry entra dans la cuisine et prit la place de Théo aux casseroles. Celui-ci, toujours en silence, se dirigea vers la salle de bains après lui avoir rendu un coup d'oreiller bien vicieux et violent, par derrière et par surprise.
Enfin, lorsque tous deux furent lavés et habillés, ils s'installèrent pour prendre le petit-déjeuner. Tandis qu'ils mangeaient leur bacon et œuf au plat assis au bar de leur petite cuisine, Harry demanda :
― Tu vas toujours en ville ce soir après le boulot ?
― Hmm, approuva Théo la bouche pleine.
Il prit une gorgée de thé. Il ne buvait jamais de café et le laissait à Théo. Il détestait cela.
― Je vais voir Ginny à la sortie du lycée. On va se balader. Accompagne-moi, comme ça je te la présente.
― T'accompagner au lycée ? Non, merci, j'ai passé l'âge.
― J'aurais jamais dû venir ! Et je te déteste.
Les grilles du lycée déversaient un flot ininterrompu d'adolescents depuis presque quinze minutes.
― Tu n'étais pas obligé, rappela Harry malicieusement.
― C'est vrai ! Rappelle-moi comment tu m'as convaincu déjà ?
― Il y a des garçons aussi, dans ce lycée.
Théo poussa un long soupir et grogna.
― En voyant ces têtes de gosses, je me dis que même moi j'y réfléchirais à deux fois avant de sortir avec un lycéen. Même moi, Harry !
― La voilà, s'exclama-t-il soudain, sans accorder plus d'attention à Théo.
Ginny sautilla jusqu'à leur hauteur et bondit dans les bras de Harry. Celui-ci vit du coin de l'œil son ami regarder ailleurs, exaspéré.
― Ginny, voici Théo, mon coloc cool et gay.
― Enchanté, articula celui-ci.
Harry vit parfaitement qu'il faisait de grands efforts pour garder une voix neutre et le remercia intérieurement. Ginny semblait particulièrement intéressée par Théo, comme si elle découvrait une nouvelle espèce de singe.
― Salut, répondit-elle avec enthousiasme. Tu veux savoir qui est gay dans ma classe ?
― Oui ! s'exclama Théo avec précipitation et soudainement bien plus intéressé qu'il ne l'aurait avoué quelques secondes plus tôt. Il est beau ?
― Théo !
Harry le fixa d'un air appuyé. Puis il lui désigna Ginny des yeux, avant de prendre un visage contrit. Théo soupira. Il avait compris le message. D'abord, son ami le suppliait pour qu'il vienne avec lui et maintenant qu'il était là, il lui demandait de le laisser seul avec elle...
Il ne s'en irait pas sans une petite pique au moins. Ainsi, sans crier gare, il saisit les mains de Ginny dans les siennes et articula bien trop rapidement :
― Tu es trop bien pour lui, Ginny Weasley ! Fuis tant que tu le peux.
Puis il s'en alla sans ajouter un mot. Harry lui lança une flopée d'insultes dans sa tête avant d'articuler un rire faux et forcé à l'adresse de sa petite-amie.
― Il plaisante.
― Il est marrant, ton copain gay ! Tu vis avec lui ?
Ils se mirent à marcher vers le Starbucks du coin de la rue.
― Ouais. Marrant, c'est un point de vue, hein…
― Ce n'est pas bizarre de vivre avec un gay quand tu es hétéro ?
Harry fronça les sourcils.
― Pourquoi ? Ce devrait l'être ?
― Ben… Comme une fille qui ne se balade jamais en sous-vêtement auprès de mecs, même ses amis, un mec ne fait pas pareil avec un gay ?
Il réfléchit un instant tandis que Ginny poussait la porte du café.
― Non, expliqua-t-il finalement. Théo est quelqu'un de bien, je n'ai jamais eu peur de lui. Il a essayé une fois de me mettre dans son lit, et c'était il y a plus de deux ans. À l'époque, je venais de le rencontrer et j'avais été un des seuls à ne jamais le repousser. Parait-il que « personne ne résiste à son charme ». Conneries. J'ai tellement bien résisté qu'on est devenu meilleurs amis. On dort dans le même lit depuis deux ans et je ne pense pas qu'il ait essayé de me violer depuis.
Ginny eut un petit rire. Harry continua :
― Quand on a commencé à se connaître, je sortais déjà avec une fille et, euh…
Il s'interrompit en voyant le regard de Ginny à la mention de son ex-copine.
― Enfin, bref, reprit-il, il n'avait aucune chance. Depuis, on vit ensemble sans souci. Il sait très bien jouer de sa sexualité pour mettre mal à l'aise les gens qui n'y sont pas familiers. C'est un vrai jeu pour lui, et ça l'amuse beaucoup.
Ils commandèrent deux macchiatos au caramel. Harry chercha un instant parmi le personnel mais il fut incapable de repérer Hermione. Peut-être était-elle en congé, ou dans l'arrière-boutique.
Parcourant les visages, il vit une fille à l'air énervé, un type sans doute brésilien aux cheveux noirs, un jeune boutonneux aux cheveux gras et bruns ainsi qu'un mec intriguant aux cheveux blond patinées…
Harry s'étouffa en prenant une gorgée de son café.
― Mais… c'est pas vrai… articula-t-il entre deux quintes de toux tandis que Ginny lui tapotait le dos.
Il releva les yeux avec une angoisse inexplicable sur celui qu'il avait cru apercevoir. Et comme pour confirmer sa crainte, le garçon était invisible. Harry jura, tout ceci commençait à sérieusement l'inquiéter. Pourquoi devait-il être obsédé par un type qui ne lui apparaissait qu'en hallucinations ?
Quand ils sortirent, Ginny reprit leur conversation :
― Ton coloc à l'air d'être un type vraiment sympa.
― Hein ?
Harry observait toujours par-delà le comptoir du café. En croisant à nouveau le regard inquiet de Ginny, il se reprit.
― Oh, Théo ? C'est un mec bien. Mais il a un don, ce type, pour être apprécié de tout le monde.
Le garçon blond sortit de l'esprit de Harry aussi vite qu'il y était entré.
― Je n'ai jamais vu quelqu'un capable de se faire des amis aussi rapidement que lui. Et attention, je te parle de vrais amis ! Des mecs agréables et intelligents, pas juste une vieille connaissance de boîte du samedi soir à qui tu taxes une clope toutes les deux heures.
Une demi-heure après, ils étaient au supermarché, en train de fouiller dans les bacs de CD à la recherche d'un album cool à écouter. La conversation avait dérivé.
― Tu vois, il y a Lucie qui veut sortir avec Kévin, mais lui il veut sortir avec Stacey, la meilleure amie de Lucie, du coup, Lucie a traité Stacey de vieille pute hypocrite et elles ne se parlent plus. Kévin a essayé d'en profiter pour demander à Lucie, même s'il n'en voulait pas avant, et elle a dit oui, du coup, la nouvelle meilleure amie de Stacey, Envy, l'a traitée de vieille pute hypocrite, ce qui n'a pas plu à Kévin, du coup, Kévin trouve qu'Envy est une vieille pute hypocrite et il essaye de faire en sorte que son meilleur ami, Melvin, casse avec Envy.
― Mais je croyais que Melvin sortait avec Elly ?
― Oui ! Mais Elly sortait avec Melvin que pour rendre jaloux Calvin qui l'avait trompé avec Envy, du coup, presque tout le monde trouve qu'Elly est une vieille pute hypocrite. Alors elle a largué Melvin et elle est devenue gothique. Et pendant que Calvin disait à Envy qu'elle s'était comportée comme une vieille pute hypocrite, Melvin a pété un câble en disant que toutes les filles n'étaient que des vieilles putes hypocrites, il a largué Envy avec qui il sortait en même temps qu'avec Elly et il a hurlé que de toute façon il était gay, et ça, ça n'a pas plu à Marvin, le gay officiel de notre classe, qui a traité Melvin de vieille pute hypocrite et du coup, Melvin est aussi fâché avec Kévin qui n'accepte pas son homosexualité. Franchement, tu crois que je suis une vieille pute hypocrite, Harry ?
Harry sentit son cerveau déborder. Il ne bougeait plus, toute son attention monopolisée par des histoires stupides et des prénoms débiles. Derrière ses yeux, il ne put s'empêcher d'imaginer un petit lui-même qui terminait d'écrire cette biographie, arrachait la page du bloc-notes sur lequel il écrivait, l'ajoutait à un immense tas de feuilles volantes et lançait une allumette enflammée au milieu du tout. Et tandis que le bazar brûlait, il se tournait et adressait un geste obscène à Harry.
― Harry ? Tu considères sérieusement acheter du, euh – elle jeta un œil et observa le CD sur lequel ses doigts s'étaient figés – acheter du Lara Fabian ?
Celui-ci sortit de sa rêverie. Étrangement, il avait oublié tout ce que Ginny venait de lui dire, mais il eut tout de même la présence d'esprit de répondre à sa question par la négative.
Ils passèrent ainsi la journée à regarder des CD, des DVD, des fringues hors de prix que ni l'un ni l'autre ne pouvait s'offrir, puis ils mangèrent le soir chez McDonald's. Lorsque le soleil disparut à l'horizon, Ginny dut rentrer chez elle et Harry fit de même.
Le Local était désert. Un jeudi soir, ce n'était pas étonnant. Soirée étudiante… Il s'était longtemps demandé comment Théo pouvait supporter de sortir, généralement en boite de nuit, presque tous les soirs de la semaine et encore plus lors des week-ends. Harry n'aimait pas les boites de nuit, les pubs et autres dancings. De manière générale, il n'aimait pas vivre la nuit.
Il préférait largement les soirées entre amis, à boire des bières et jouer à des jeux débiles chez l'un d'entre eux. Ce soir ne manquait pas à la règle. Il n'était repassé chez lui que pour enfiler une chemise un peu cool et essayer de se recoiffer comme il pouvait, mais il repartit rapidement.
Il marchait à pas rapides vers la maison que Hermione Granger partageait avec trois autres filles. Ce fut elle qui ouvrit la porte et le salua :
― Harry, ça fait plaisir de te voir. Entre. Je vois que tu ne t'es pas alourdi d'une bouteille à offrir, c'est bien. T'as raison. De toute façon, ces ingrats n'amènent que de la Villageoise ou d'autres saloperies. C'est honteux et ça devrait être interdit par la convention de Genève.
― Euh…
Il se sentit plutôt con. Si le sarcasme et le reproche étaient évidents, il ne parvenait à savoir si elle était tout de même sincère. Et son malaise ne passa absolument pas quand Ron, passablement éméché, l'accueillit avec chaleur.
― Harry, vieux ! s'exclama-t-il avec un rire grossier. Viens, c'est trop cool, y a des meufs partout !
― Ah ? répondit celui-ci, souhaitant être n'importe où à cet instant plutôt que dans cette pièce, entre Hermione et la phrase idiote que Ron venait de dire en face d'elle.
Il ne put qu'assister au regard destructeur qu'envoya Hermione vers son ami. Il se sentait mal et avait envie de prendre une bonne bière pour faire passer cela. Il retira sa veste et se faufila en jouant des coudes parmi la vingtaine de personnes présentes dans le petit salon de la maison afin de se saisir d'une bouteille sur le buffet.
Il enchaîna ainsi trois bières en une vingtaine de minutes, ponctuant celles-ci de salutations et de rencontres éventuelles. Il se rendit bien vite compte que si Ron était déjà plutôt sec alors que les horloges titraient à peine vingt-et-une heure trente, Hermione l'était tout autant. Bien vite, les membres des Awaken Zombies se retrouvèrent au grand complet, Ron riant aux éclats pour un rien, Harry qui commençait à le suivre dans sa folie tandis que Hermione pointait les invités un à un et y allait d'un petit commentaire de son cru.
― Tenez, regardez ! dit-elle.
Ron avait dû poser sa bière pour pouvoir se tenir les côtes tant il riait. Harry n'en menait pas large non-plus, effondré contre la petite table du salon.
― Voilà mes trois colocataires. Toutes assemblées dans un coin sombre de la maison, à discuter de mystères qu'elles seules peuvent comprendre, puisqu'elles seules sont des filles qui ont la classe sous ce toit ! Pas besoin de s'approcher, je peux vous retranscrire la conversation.
Elle prit alors une voix différente, suraiguë, pour son imitation de chacune de ses trois colocs :
― Matthew, il est trop beau, je vais totalement lui sauter au visage !
― Hey, back up, bitch, je l'ai vu la première.
― Ah ouais ? Mais est-ce que c'est vous qui faites… Ça !
Elle reprit sa voix normale :
― Et là, normalement, c'est le moment où Julie enlève son string et le jette au visage du mec en question, parce qu'elle est tellement en chaleur qu'elle a besoin de marquer son territoire, tu comprends.
Ron s'effondra au sol, riant aux éclats en se tenant toujours les côtes tandis que Harry le suivait dans sa chute, hilare.
― Sérieusement, ces filles sont tellement des chaudières... J'ai vu un militant de Greenpeace escalader notre cheminée une fois ! Il y avait accroché une banderole contre le réchauffement climatique.
Ce fut alors que Ginny apparut.
― Hermione, qu'est-ce que tu as raconté pour que ces deux-là se roulent au sol comme des gorets ?
― La vérité !
Harry rigolait tellement qu'il ne parvenait plus à se relever, les mains serrées autour de son ventre et le souffle court. Mais entendre Ron rire comme un imbécile le faisait rire d'autant plus, et tous deux entretenaient leur hilarité ainsi. Il sentit qu'on le relevait et commença à reprendre pied. Il essuya ses yeux et ses lunettes pleins de larmes et vit alors Ginny qui attendait patiemment qu'il se reprenne. Quand il se fut calmé, elle le salua d'un « câlin surprise » comme elle les appelait.
C'est alors qu'il le vit. Par-dessus l'épaule de sa copine. Juste au bar, en train de se servir une bière. Le mec. Le blond aux yeux si intrigants. Ce mystérieux type qui lui apparaissait en hallucinations depuis deux jours, il était là, l'air de rien, à picoler avec nonchalance tout en observant, solitaire, le peuple de la maison. Il cligna des yeux, une fois, deux fois, le garçon était toujours là. Il semblait être bien réel, cette fois.
Harry laissa tomber Ginny et demanda aussitôt à Hermione :
― Qui est ce mec ? Le blond, au buffet ?
― Lui ? Aucune idée. Personne ne le connaît. C'est Julie qui l'a invité après l'avoir croisé à son université. Apparemment, c'est un erasmus.
Il ignora complètement les protestations de Ginny qui semblait vouloir un peu plus qu'un câlin, pour une fois qu'elle avait eu le droit de sortir plus tard… Harry ne pensait même plus à elle. Ce type l'obsédait complètement. Depuis deux jours, il était devenu paranoïaque et se retournait dans la rue chaque fois qu'il croisait un garçon aux cheveux un peu trop blonds.
Maintenant que ce mec était à portée de main, il était hors de question de le laisser filer.
Il fondit sur le buffet, mais ne trouva personne. L'autre avait déjà disparu.
― Oh merde, c'est pas vrai !
Il regarda rapidement tout autour de lui et reprit une gorgée de bière.
― Merde, merde, merde, merde, tu ne vas pas encore disparaître !
Soudain, il vit un reflet blond du coin de l'œil. Là, appuyé nonchalamment contre un mur était ce type, seul à siroter le contenu de son verre en observant autour de lui.
Harry s'approcha subtilement et s'adossa au même mur que lui, feignant d'être passablement ennuyé.
― Cette soirée est trop nulle, soupira-t-il.
Il avait choisi son approche. Le coup du mec trop cool pour cet endroit. Une technique classique mais qui avait porté ses fruits auparavant, et à de nombreuses reprises. Toutefois, c'était la première fois qu'il s'en servait pour s'attaquer à un mec. Et cette révélation le divisa en deux. Une partie de lui se demandait s'il avait perdu son satané esprit tandis que l'autre s'en amusait et trouvait le challenge à son goût.
Harry ne savait pas trop ce qui lui prenait.
― Hum… Je dois reconnaître…
Toutes les questions du brun disparurent aussitôt et laissèrent son esprit blanc. Sa voix était presque aussi hypnotisante que sa seule présence. Elle distillait un calme rassurant, une grandeur passionnante et une chaleur intense.
Harry était totalement obsédé. Définitivement. Et par un mec, en prime.
― C'est vrai. Parfois, j'ai l'impression de rêver au milieu de ces gens, prononça Harry avec un regard appuyé. Je croirais halluciner.
Leurs regards se croisèrent. L'autre garçon avait ouvert de grands yeux gris incrédules avant de se détourner et plonger dans sa bière. Harry sentit le rouge lui monter aux joues tandis que la stupidité de sa phrase et surtout sa propre imbécillité lui apparaissaient dans tout leur éclat.
― Euh… Je… Je crois que je vais te laisser, pour… Euh… Pour toujours.
― Oui, merci.
Harry prit ses jambes à son cou et quitta le salon. Il alla s'enfermer dans les toilettes et se prit la tête entre les mains, maudissant sa propre connerie. Jamais auparavant il ne s'était senti aussi idiot. Il revoyait en permanence ce regard stupéfié que lui jetait l'autre avec une sorte de compassion…
Il ne se souvenait pas avoir eu un jour plus honte que cela.
Mais… Hors de question d'abandonner. Ce type restait dans sa tête quoi qu'il fasse. Il entreprit donc d'en apprendre plus sur lui, mais discrètement. Il repéra alors la fameuse Julie dont parlait Hermione tout à l'heure. Elle était visiblement saoûle et en manque. Prête à se jeter nue sur le buffet pour qu'on la remarque.
Harry la prit à part :
― Julie, c'est qui ce type ?
― Hey, je… Te… T'es qui toi d'abord ? articula-t-elle avec difficulté.
― Ce type, le blond, c'est qui ?
― Uh ? Le blond ? Ah, ce blond ! Je… J'sais pas. Hé hé… Un, un, un mec en échange dans ma promo, j'crois.
― Mais il fait quoi à Londres ? Bordel, allez ! pressa-t-il, secouant la minaude de plus belle.
― Héééééé, protesta-t-elle. Il travaille chez Abercrombie, comme vendeur à mi-temps !
Harry fit la grimace. Il n'aimait pas ce magasin. Leurs fringues ne lui allaient absolument jamais et il détestait devoir faire la queue pour entrer. En plus, la musique était trop forte.
Ce fut ce moment que choisi Ginny pour réapparaître. Elle parut soudainement devant Harry, l'air fâchée.
― Tu dragues cette vieille pute hypocrite ? demanda-t-elle avec colère et jalousie.
Harry, sentant venir un scandale qu'il n'était pas en état de supporter, tira Ginny par le bras dans une pièce plus calme. Sa tête lui tournait, il se sentait toujours con, mais aussi en colère et honteux.
― Je crois que je vais rentrer, Ginny. J'ai eu ma dose pour ce soir.
Sa colère sembla retomber comme un soufflé.
― Quoi ? Mais… T'as à peine bu deux bières…
― Trois, mais ce n'est pas ça… Écoute, on se voit demain au concert, d'accord ? Je te laisse faire en sorte que Hermione et Ron soient en état…
Il se fit interrompre par un grognement en provenance du canapé mitoyen.
― Hééé, mec… grogna Ron, visiblement imbibé.
Lui et Hermione semblaient être en train de se galocher joyeusement. Harry sauta sur ses pieds avec un cri de victoire.
― HA ! Enfin ! Bon, allez, il faut vraiment que je débarrasse le plancher. Continuez, vous deux, comme si on n'était pas là !
Ginny fit une moue dégoûtée.
― Mon frère est un déchet qui embrasse comme un porc.
Avant qu'elle n'ait fini sa phrase, elle était seule. Harry avait filé à l'anglaise.
Harry, en rentrant, avait jeté au loin ses chaussures, sa veste, ses chaussettes et son pantalon et s'était effondré sur le lit sans même échanger sa chemise contre son t-shirt-pyjama. Théo n'était toujours pas rentré. Dans l'obscurité, il se glissa sous la couette et fixa le plafond du Local.
Sa tête, encore embrumée par les vapeurs d'alcool lui tournait toujours un peu. Le bouillon de sentiments qui tournoyait en lui ne s'était pas évanoui le moins du monde. Honte, colère, bêtise… Pourquoi, bon sang, pourquoi était-il si intrigué par un simple gars ?
Ce type avait l'air cool, mais qu'est ce qui justifiait que Harry y pense à chaque putain d'instant de la journée depuis deux jours ? Il était totalement obsédé. Ses pensées tourbillonnèrent pendant plusieurs dizaines de minutes avant que le flot ne commence à se dissiper, emporté par le sommeil.
À moitié endormi, Harry cru percevoir un étrange bruit amplifié par la porte de métal. Comme si on cherchait à en rayer la peinture déjà écaillée à l'aide d'un petit objet métallique. Lorsqu'il comprit que c'était une clé, que Théo était derrière la porte et que visiblement il était trop saoul pour trouver la serrure, celle-ci cliqueta.
Alors, la porte s'ouvrit à la volée et s'il ne s'y était pas fermement attendu, Harry aurait probablement eu une crise cardiaque. Théo alluma la lumière et cria, un grand sourire aux lèvres :
― DEVINE QUI C'EST QU'EST BOURRÉ ?
― Théo, j'imagine, grogna Harry, les yeux plissés à cause de la lumière trop vive et encore embrumé par le sommeil.
Théo tituba jusqu'au matelas en ricanant, se débarrassa de son manteau sur le chemin et se laissa tomber en travers, la tête sur les jambes de Harry.
― Tu imagines bien.
Harry se trémoussa un peu, releva la tête pour voir que Théo riait doucement, visiblement amusé et prêt à s'endormir ainsi.
― Théo, tu ferais quoi si tu sortais avec une fille mais était obsédé en permanence par une autre personne, que tu n'as même jamais rencontrée, avec laquelle tu ne seras sans doute jamais et le tout sans savoir pourquoi ?
― Héééé, je... J'sors pas... 'Vec d'filles…
Il rit, visiblement très fier de sa blague. Harry soupira et reprit :
― Théo, tu ferais quoi si tu sortais avec un mec mais était obsédé en permanence par une autre personne, que tu n'as même jamais rencontrée, avec laquelle tu ne seras sans doute jamais et le tout sans savoir pourquoi ?
― Double négatif… Ha… Harry… Faut qu't'ut-lise d'phrases simples, articula difficilement Théo, le doigt levé au-dessus de sa tête comme pour essayer de toucher le plafond.
C'était sans espoir.
― Bordel ! Laisse tomber. On parlera demain.
Harry tendit la main vers l'interrupteur à portée du lit (une invention révolutionnaire à son goût).
― Je larguerais l'aut'…
Théo sombrait dans le sommeil et articulait de moins en moins, si cela était encore possible.
― Euh, pardon, quoi ?
― Je… Guerais… Aut'…
Harry soupira. Il n'était pas sûr d'avoir compris, ou en tout cas s'en persuada-t-il. Alors qu'il allait éteindre il perçut un grognement. Théo s'était endormi. Il hésita, puis se pencha vers son ami. Habituellement, Théo dormait sur la droite du lit, contre le mur et Harry sur la gauche, entre le mur et le fauteuil. Ce qui impliquait à cet instant de faire basculer l'endormi par-dessus lui-même, et ça, il ne s'y sentait pas du tout.
Il l'attrapa par les bras et le tira à lui en utilisant son propre poids. Il l'installa le plus confortablement qu'il put contre son oreiller, à la place qu'il occupait normalement puis il lui retira chaussettes et pantalon, et éteignit finalement la lumière. Ils s'endormirent en un instant.
― Ah !
Théo venait de se réveiller en sursaut. Il était droit comme un I, assis sur le matelas. Harry était levé, lavé et habillé, avait ouvert le volet de la lucarne et était assis sur le fauteuil, une manette de Playstation dans les mains. Du coin de l'œil, il vit avec un ricanement Théo se prendra la tête entre les mains, se frotter les yeux et se masser le front.
― Gueule de bois ? demanda Harry, toujours moqueur.
Il vit Théo inspirer profondément et lever vers lui deux yeux minuscules et embrumés. Il se tenait le front d'une main et de l'autre, il lui adressa un doigt d'honneur bien senti. Cela le fit sincèrement rire.
― T'es pas cool, vieux ! Je nous ai préparé le petit déj', spécial lendemain de cuite. Thé aux herbes et au miel, bacon et yaourt. Et un café pour toi.
À l'instant où il termina sa phrase, Théo était debout, et accourait vers leur petit bar pour siroter son café. Il sembla alors retrouver instantanément l'usage de la parole.
― Merci, dit-il avec une voix grave, encore groggy.
― Pas de quoi vieux.
― J'adore quand tu cuisines, affirma Théo en mordant dans un morceau de bacon, sincère. T'as un don pour ça, mec.
― Oui, mais ça me fait chier…
Harry mit en pausa sa partie de San Andreas et alla s'asseoir au bar à son tour.
― Mal à la tête ? Langue pâteuse ? Tournis ? Si je peux me permettre, tu pues l'alcool.
― Tout à la fois, articula Théo en fourrant dans sa bouche un morceau de bacon entier. Merci de m'avoir récupéré hier, je devais être beau à voir.
Harry acquiesça et bu son thé rapidement. Cela lui éclaira un peu les idées.
― Tu n'as pas l'air de trop souffrir, toi, remarqua Théo.
― Je n'ai jamais la gueule de bois, je te l'ai dit. Et puis j'ai pas bu grand chose, hier. Mais ce thé fait quand même du bien.
Pendant un moment, ils restèrent tous les deux là, en silence. Harry était un peu inquiet. Son tourment de la veille ne s'était que peu apaisé durant la nuit. Il ne pensait plus tellement à Ginny mais avait une envie irrépressible de revoir ce mec, auprès de qui il s'était franchement ridiculisé. Depuis qu'il savait que ce n'était pas qu'un rêve mais quelqu'un de réel, il n'arrivait plus à s'en détacher. Il voulait se changer les idées, mais n'y parvenait pas.
― C'était bien, ta soirée ? demanda-t-il avec une curiosité à demi-feinte.
― Oui.
Ils avalèrent leur petit déjeuner sans plus de mot. Puis, Harry prit une résolution. Il se leva, rangea sa vaisselle dans l'évier en attente d'être nettoyée, s'assit devant l'ordinateur et l'alluma. S'il devait vivre avec le fait qu'il pensait à un mec qu'il ne connaissait même pas et ce en permanence, il se donnerait au moins les moyens de le revoir convenablement.
Il entendit peu de temps après la porte de la salle de bains s'ouvrir. Théo le contourna et alla s'avachir dans son lit, assis contre le mur à lire un bouquin.
― Mec, tu connais du monde qui bosse chez Abercrombie ?
Théo releva la tête, visiblement intéressé.
― Ce magasin qui emploie tous ces jeunes hommes parfaitement charmants et absolument bien gaulés ?
Harry acquiesça sans un mot. Il fouillait le site internet du magasin à la recherche d'une liste des employés, de photos, n'importe quoi… Un signe…
― Je connais, tu parles. Kyle bosse là-bas.
― Kyle, c'est ton mec moche mais bien gaulé ?
Théo soupira, mais ne put qu'approuver. Il corrigea toutefois :
― C'est pas mon mec. Je me le suis tapé, et c'est vrai que ce n'est pas le meilleur de ma vie. Mais il était franchement trop bien foutu !
Harry secoua la tête, faussement exaspéré. À ce moment, l'ordinateur s'éveilla avec un petit « ping ! » sonore :
― Vous avez des e-mails !
Harry fronça les sourcils :
― Mec ! Ce truc dit que j'ai des e-mails.
― Toutes ces choses qu'on peut faire avec les ordinateurs de nos jours…
Il cliqua sur la petite icône qui clignotait.
― Mec ! Je le lis.
― C'est génial, Harry, grinça Théo avec sarcasme, le nez dans son livre.
Harry parcourut des yeux le message qu'il lut en diagonale.
― Cher monsieur Potter… Mon nom est Parvati Patil… Combat mano y mano… Ce soir… La ligue… Neuf ex maléfiques… Mec ! C'est quoi ce message ?
― Je ne sais pas, Harry… grogna Théo, agacé d'être interrompu.
― Supprimer !
Harry était nerveux. Il ne pouvait s'empêcher de se tordre les mains sans arrêt. Le bus qui l'emmenait vers le magasin Abercrombie semblait prendre un malin plaisir à s'arrêter à chaque feu pendant quinze minutes.
Il crut qu'il allait devenir fou avant même de franchir la porte du magasin. Le véhicule finit tout de même par atteindre son arrêt avec sans doute trois heures cinquante de retard. Harry pesta.
Le magasin Abercrombie & Fitch de Londres occupait l'entièreté d'un gros bâtiment ancien, un superbe immeuble à l'architecture classique très française. On était vendredi matin, la file d'attente était immense et Harry se sentait de plus en plus mal. Tout en lui hurlait que tout cela n'était pas une bonne idée et il regrettait de n'avoir pas plus insisté pour que Théo l'accompagnât. Celui-ci avait prétexté devoir retrouver un gars qu'il avait rencontré la veille et lui avait assuré qu'ils se retrouveraient demain soir, au concert des Awaken Zombies.
Pourtant, quelque chose lui disait d'y aller. Tout son être hurlait de partir excepté cette petite voix qui murmurait que, après tout, il ne risquait rien et devait foncer. Ce fut elle qu'il écouta et le fit se glisser au bout de la file d'attente, toujours aussi nerveux. C'était étrange, mais de toute cette nervosité ressortait une certaine témérité. Comme s'il était fier de ne pas écouter son instinct primaire.
Il abhorrait ce genre de magasin. La file d'attente à l'entrée créait un besoin, on parlait de ce qu'on allait acheter, à quel point ce serait génial en photo de profil sur Facebook... Les mecs torse-nu étaient là pour se faire photographier avec des minettes de quinze ans qui partageraient la photo sur Internet avec tout un tas de hashtags, ce qui ferait jaser d'autres minettes de quinze ans qui se rendraient ensuite au magasin. Une fois à l'intérieur, la lumière tamisée empêchait de voir les défauts les plus flagrants, les mauvaises coupes et les erreurs de couture sur les fringues que l'on achetait. La musique et les vendeurs, payés à danser et raconter des bêtises, créaient une humeur badine et propice à dépenser trop. Pour finir, le fait d'avoir fait la queue à l'entrée poussaient les gens à acheter, juste pour ne pas avoir attendu pour rien.
Le tout était recouvert d'une chape de cool, un cache-misère de marketing qui présentait toutes ces fioritures vicieuses sous un jour jeune et classe. Harry vit du coin de l'œil un miroir dans la vitrine qu'il longeait. Il n'osa pas s'y regarder.
Il fit la queue pendant plus d'une heure et était mentalement au bout lorsque l'espèce de vigile payé à rien foutre lui ouvrit le passage. Il ne se laissa pas agresser par l'ambiance artificielle du magasin et augmenta le volume de ses propres écouteurs qui diffusaient les chansons qu'il devait jouer ce soir, au concert.
Il se mit alors immédiatement en quête de ce garçon. Il slalomait, évitant tour à tour des adolescentes hystériques, des adolescents qui se croyaient meilleurs maintenant qu'ils étaient vêtus comme le connard moyen, et des étagères remplies de sweat-shirts rouges et violets, couleurs que l'on distinguait à peine dans la pénombre et les lumières stroboscopiques.
Harry ne savait pas s'il haïssait ce magasin, les gens qui le peuplaient ou le fait que rien ne lui allait, stylistiquement.
Il le vit alors. Entre deux allées, occupé à renseigner en parlant fort, à cause de la musique, trois adolescentes que Ginny connaissait sans doute. Il avait un magnifique sourire sur les lèvres. Faux, sans doute, sourire de vendeur, mais magnifique tout-de-même. Harry prit son courage à deux mains et sitôt que ce vendeur fut libre, il se dirigea vers lui.
Au moment où il ouvrit la bouche, toutes les voix de son corps se turent comme un seul homme.
― Salut.
À l'instant même, le garçon se retourna avec le même sourire qui avait pourtant disparu de son visage lorsque les adolescentes étaient parties.
― Salut, mec !
Harry retint un grognement. Même leur langage familier était marketing.
― Euh, excuse-moi, je n'ai pas pu m'empêcher mais, euh… On se connaît, non ?
Il avait un mal de chien à ne pas passer pour un con. Le garçon le regarda avec des yeux intrigués, comme s'il cherchait véritablement dans ses souvenirs. Son sourire de vendeur sembla s'étioler un peu.
― Tu n'étais pas à la soirée de l'autre, là, hier ?
Le vendeur ouvrit de grands yeux.
― Si ! Et toi t'es le mec trop bizarre qui était en train d'halluciner ou je ne sais quoi ?
― Non, non, non ! opposa Harry précipitamment. Non, ça n'était complètement pas moi ça, non… Jamais je passerais pour un con comme ça, moi, voyons.
Le garçon le regarda avec un sourire véritable. Un de ceux qui disait qu'il n'était pas né de la dernière pluie, mais qu'il le pardonnait. Harry sentit son cœur tomber dans son estomac. Il était fasciné par se sourire, encore plus beau quand il était vrai.
Tout sortait de l'ordinaire. Harry avait l'impression de voir la scène avec les yeux d'un autre. Il ne savait pas ce qu'il faisait là, dans ce magasin qu'il détestait, avec ce type qui le fascinait sans qu'il ne sache pourquoi et dont les sourires et les attitudes en générales avaient sur lui un effet trop présent pour être ignoré. Et un effet qu'il ne comprenait pas non plus, par-dessus le marché. Il ne savait pas vraiment s'il appréciait ou pas. Les sensations n'étaient pas désagréables, mais il trouvait étrange qu'un mec en soit la cause… et cela non-plus, il ne pouvait l'ignorer… Bon sang, Harry aurait tellement voulu pouvoir ignorer…
Il ne s'était pas rendu compte qu'un étrange silence fût tombé entre eux.
― Et, euh… Je peux t'aider pour quelque chose ?
Harry se reprit soudainement. Son esprit était vide, entièrement dédié à ce garçon et certainement pas à leur conversation.
― Euh… Tu as un endroit calme ? Où on pourrait parler ?
Harry se gifla mentalement. Jamais une telle proposition n'avait une chance de passer. Pourquoi ce type voudrait bien lui parler à lui, l'inconnu qui s'était ridiculisé ?
Pourtant, il le regarda avec un air un peu soupçonneux, mais le tira tout de même vers un petit local dans l'arrière-boutique. Cela lui offrit le répit dont il avait bien besoin pour retrouver ses mots. Là, une petite pièce de repos se trouvait, correctement éclairée, avec une fenêtre sur l'extérieur et insonorisée. Le garçon blond se fit couler un café, puis se retourna vers lui, interrogateur.
― Je ne sais même pas comment tu t'appelles, dit-il, sincèrement curieux.
― Harry. Harry Potter.
― Et qui es-tu pour apparaître dans ma vie de manière aussi étrange, Harry Potter ? demanda-t-il, toujours avec le même sourire génial mais sur un ton moins chaleureux que celui du vendeur.
― Hum… Pas grand-chose, à vrai dire. La journée je suis serveur au Harwood Arms, tu sais, le restaurant ?
Il acquiesça.
― On est une armée là-bas, c'est très sympa. Il y a les pourboires et je ne travaille que quatre jours. Mais je ne gagne pas grand-chose. Et le soir, je joue dans un groupe et je dors avec mon colocataire gay. Mais, je dois dire que je ne suis pas le seul à être apparu étrangement ! J'ai rêvé de toi...
Le garçon leva un sourcil, réellement intrigué et avec un sourire un peu moqueur. Harry se rendit soudainement compte de ce qu'il venait de dire.
— Enfin, euh… J'ai rêvé de toi, avant de te rencontrer, je voulais dire... se reprit-il avec précipitation.
― C'est pour cela que tu me demandais si tu rêvais à la soirée de Julie ?
Harry acquiesça en rougissant, bien qu'il essaya une dernière fois de se défendre d'avoir été si ridicule. Ce type louche n'était pas lui, voyons ! Le garçon sembla réfléchir un instant, puis prit un petit sourire
― Je m'appelle Draco, dit-il en tendant la main à Harry. Draco Malfoy. Heureux de t'avoir rencontré, Harry Potter.
Harry décida de s'y attaquer avec une subtilité de tractopelle.
― Tu sais, juste avant d'entrer ici je me disais à quel point ce serait con de te demander si tu ne voulais pas venir au concert de mon groupe demain soir. Au Roundhouse.
Draco le regarda d'un air abruti.
― Oui, ce serait…
― Ce serait assez con, oui, interrompit précipitamment Harry. Alors, c'est oui ?
Draco sembla réfléchir un moment puis haussa les épaules et répondit simplement :
― Tu me fais rire, Harry Potter. Et tu as de la chance que je ne bosse pas le samedi. On se retrouve là-bas ?
Abasourdi, Harry fut incapable de répondre pendant plusieurs secondes. Il n'en revenait pas que cela ait fonctionné, mais pire encore, il ne savait même pas d'où lui venait soudainement toute cette audace, ni cette volonté absolue de vouloir passer du temps avec ce type qu'il ne connaissait pas.
― Ah ? Bah… Euh… Là… Là-bas ? En… entendu ! bafouilla-t-il.
Draco ricana à nouveau, visiblement amusé par ce type. Juste avant de sortir du local, il lui dit :
― Ne bloque pas trop longtemps, je n'ai pas le droit de te laisser seul ici, normalement. À plus !
Il partit.
Immédiatement, Harry sentit une joie sans nom naître au fond de son ventre et remonter comme une lame de fond jusque dans son cerveau, emportant son cœur. Seul, il bondit, levant le poing en l'air avant de le ramener à lui dans un geste de victoire et hurla :
— Yes, putain !
Merci de m'avoir lu ! J'espère que ça vous a plu !
Dans le prochain chapitre : la première confrontation. Le début de la Ligue et le début du grand bazar que va être cette histoire ! Yihaaaa !
Laissez moi un petit mot, et à vendredi prochain !
Bisous,
Vince.
