Deuxième petit texte pour agrémenter ce recueil, écrit durant la Nuit HPF du mois de mai dernier, sur le thème de la possession. Se situe au deux tiers environ du premier tome.
Bonne lecture!
Tout ce qu'il possède
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Manuel observa son sac vide avec circonspection, le seigneur Viktor lui avait demandé d'emballer ses affaires au plus vite afin de partir rapidement avec le seigneur Olek, mais le vampire n'avait certainement pas réalisé que le lycan ne possédait rien, absolument rien de plus que ce qu'il ne portait actuellement : une tunique crasseuse et partiellement déchirée, un pantalon de toile rêche élimé de toute part et une paire de chausses qui avaient déjà vu passer trop d'hivers. Il y avait bien entendu la médaille qu'il avait dissimulé dans le mur de l'atelier de Lucian avec quelques dessins faits avec Alicia, mais cela comptait-il vraiment comme des effets personnels ? L'adolescent soupira et se dirigea vers sa cachette en traînant des pieds, il aurait aimé qu'Alicia soit avec lui pour faire cela, il aurait aimé être en sa compagnie jusqu'au dernier moment, mais pour des raisons évidentes, la cadette de Viktor était consignée dans sa chambre. La pierre froide pivota sous la pression de ses doigts et le fils de William vida le contenu des quelques centimètres carrés dans le sac en toile de jute qu'Olek lui avait fait parvenir par l'intermédiaire de Lucian. Il sentit son cœur se serrer dans sa poitrine alors qu'il remettait en place, certainement pour la dernière fois de sa vie, la brique humide et glaciale. Sa cachette était à présent vide et ce vide dans le mur de l'atelier de Lucian le renvoyait à sa propre nudité face au monde qui l'entourait. Manuel n'avait rien, strictement rien, ni père, ni mère, ni vêtements décents, ni livres. La seule chose qu'il possédait réellement et qu'on ne lui ôterait certainement jamais était le collier lunaire qu'il portait autour du coup comme tous les membres de son espèce. D'une certaine façon, c'était plutôt rassurant, il possédait au moins cela, même si ce n'était qu'un bout de métal dur et froid qui l'entravait, personne ne lui enlèverait, c'était le principal. D'un geste las il attrapa sa médaille, brillante au fond de son sac, il ne pouvait pas l'emmener, il craignait trop qu'elle ne soit perdue durant le trajet ou même qu'on lui interdise finalement d'emmener quoique ce soit avec lui, alors il referma son poing sur le petit pendentif et d'un pas résolu se dirigea vers Liam, son cousin, occupé à répertorier tout un capharnaüm d'outils destinés à être utilisés pour la construction d'une nouvelle aile du château. Le lycan était concentré sur sa tâche et ne vit pas tout de suite l'adolescent s'approcher de lui. Ce fut uniquement lorsque Manuel l'apostropha qu'il tourna la tête vers lui.
_ Peux-tu t'assurer que ceci reste entre de bonnes mains ? Demanda le garçon en tendant le médaillon au jeune homme.
Liam acquiesça sans rien dire et pris délicatement le bijou dans sa main pour l'observer un peu plus, il avait pourtant le même, mais à chaque fois qu'il voyait passer l'un des symboles d'Alexander Corvinus, le fils de Markus ne pouvait s'empêcher de l'admirer, après tout, c'était leur héritage à tout deux. Le jeune homme releva le regard vers son cousin et constata sans surprise que celui-ci semblait lutter contre les larmes qui menaçaient de couler sur ses joues d'un instant à l'autre. Il ne voulait pas partir, et ce même si Olek était infiniment bon, il ne voulait pas quitter ce qu'il avait réussi à posséder en venant dans le château de Markus, une famille. Elle était certes composée d'une guerrière bornée dans le rôle de la mère et d'un lycan ambitieux en tant que père mais c'était la sienne. Et plus important encore, Alicia en faisait partie.
Le lycan cherchait ses mots, il ne savait que dire pour réconforter le jeune garçon, il ne pouvait que comprendre ce que cela impliquait de se séparer de tout ce qu'on avait. Il s'apprêtait à finalement étreindre son cousin lorsque quelque chose attira son attention dans l'ombre des échafaudages. Un sourire se dessina sur son visage, il avait trouvé bien mieux que quelques mots sans saveurs et une étreinte fraternelle. Avec amusement il rendit le pendentif à Manuel qui lui jeta un regard interloqué.
_ Je pense qu'il y a bien meilleur gardien pour ceci. Annonça-t-il tranquillement en lui désignant la jeune fille qui se tenait sous une voûte un peu plus loin, vérifiant consciencieusement que personne ne l'avait suivie.
Surpris Manuel se détacha de Liam et avança d'abord lentement puis de plus en plus rapidement vers Alicia qui l'encouragea d'un sourire à la rejoindre. Le jeune lycan n'eut pas le temps de demander à son amie ce qu'elle faisait là, ni comment elle avait pu échapper à la vigilance de son père pour venir lui faire ses adieux, car cette dernière l'attira avec elle dans une des pièces en chantier, à l'abri des regards. Une fois certaine que personne ne pouvait les voir, Alicia passa ses bras autour du cou de Manuel et se lova contre lui en chuchotant qu'il allait lui manquer. Elle rajouta avec malice en se détachant un peu de lui, qu'il était inutile qu'il se fasse du soucis, elle ne l'oublierait jamais.
_ Sois certain que tu posséderas toujours mon amitié. Murmura-t-elle en l'embrassant sur la joue.
Manuel sentit son cœur se soulever, comment avait-il pu douter d'elle ? Alicia était ce qu'il avait de plus précieux, ses sentiments à son égard valaient bien toutes les possessions du monde, si ce n'était plus.
_ Uniquement ton amitié ? Lui demanda-t-il d'un air taquin.
Alicia rougit, et, avec une pointe d'hésitation, se hissa sur la pointe des pieds afin de déposer un léger baiser sur les lèvres du garçon. Puis avant qu'il ne puisse dire quoique ce soit d'autre elle s'empara du médaillon, toujours dans sa main et partit en courant, rejoignant l'ombre, protectrice de ceux de son espèce.
Je garderai cela pour toi, jusqu'à notre prochaine rencontre. Entendit Manuel dans son esprit alors qu'il se dirigeait vers les grandes portes. L'adolescent sourit, peut importait qu'il ne posséda rien de matériel, s'il n'avait que l'amour d'Alicia pour toute une vie alors celle-ci se promettait providentielle.
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Oui c'est particulièrement nian-nian-guimauve-rose-à-fleurs-qui-sentent-le-bonbon, mais j'assume! C'est toujours bien de se détendre avec un peu de tendresse! :p
