Chapitre II

Ino gémit doucement, puis de plus en plus fort. Le garçon prit sa pour un encouragement et continua de la pénétrer, plus brutalement cette fois-ci. Le mur des toilettes râpait le dos délicat de la jeune fille, mais elle avait l'habitude à présent. C'était un lieu qu'elle fréquentait presque aussi souvent que les salles de classes ces derniers temps. Il faut dire que son actuel copain était plutôt du genre…insatiable. Quand il eu enfin éjaculé, il se retira sans douceur. L'adolescente poussa un petit cri dont son petit ami ne se soucia guère. Il renferma juste sa braguette et sortit de la cabine pour se débarrasser discrètement du préservatif. Puis, il se retourna et embrassa Ino sur le front. Pas une seule parole ne fut échangée pendant tout ce temps. Elle remonta ses leggings et se laissa glisser contre le mur. Si elle appréciait sincèrement faire l'amour, la minute après l'accomplissement la laissait sans énergie et déprimée. Comme si toute sa force vitale l'avait quittée. Elle mit la tête entre ses deux bras, et se recroquevilla sur elle-même. Peut-être que c'était juste parce qu'elle se sentait terriblement seule dans ces moments-là. Au moins, pendant l'acte, quelqu'un la tenait dans les bras, et à défaut de mots doux elle avait l'impression d'exister aux yeux d'une autre personne. Mais c'était terminé, et il ne restait que le vide. De silencieuses larmes coulèrent sur ses joues. Encore une fois, personne ne les verraient. Au loin, comme à travers un rideau de brouillard, elle entendit la cloche de l'école sonner. Une autre leçon de loupée pour satisfaire la libido d'un adolescent. Chienne de vie.

Naruto se précipita brutalement hors de la classe, entraînant Kiba dans son sillage. Le soleil qui les avait nargués pendant tout cet interminable cours de français avait eu raison même des meilleures volontés : tant pis pour l'anglais, ils préféraient aller bronzer dans le parc. Une fois assis sur l'herbe, ils sortirent tout leur attirail pause-au-soleil : bières, lunettes de soleil, cigarettes et marihuana. L'énergumène blond et le motard n'étaient pas les seules à avoir choisi l'option glandage. Il y avait aussi Sakura, Kankuro et Tenten. Soudain, à la surprise de tous, Kiba alla chercher quelque chose dans son casier et revient avec une guitare.

-Depuis quand tu fais de la musique, toi ? Demanda Tenten, curieuse.

-Depuis que ma Harley est en panne et irréparable avant que les bonnes pièces soient envoyées des Etats-Unis. Deux mois d'attentes, minimum.

-Ah, coup dur.

Tous se taisaient, silencieux. Kiba était d'un naturel plutôt joyeux. Bien sûr, il était frimeur, et il se la pétait un peu trop à leur goût avec son groupe de motard. Mais c'était avant tout un ami, et on pouvait vraiment lui faire confiance. En fait, c'était un mec bien caché sous la coque d'un vantard impulsif. Le jeune homme commença à gratter quelques notes. Ca faisait une poignée de jours qu'il apprenait en autodidacte, s'aidant d'un vieux cahier de méthode récupéré dans un vide-grenier. En fait, c'était ce jour-là que tout ca avait commencé. Il était passé dans cette rue, sans jeter un seul coup d'œil à toutes les vieilleries exposées. Les passants nonchalants flânaient au milieu des objets. Lui voulait juste rentrer au plus vide. Soudain, un garçonnet avait fait tomber ce cahier juste devant lui. D'un geste ennuyé, il l'avait ramassé et tendu au vendeur, tout en donnant une tape au petit voleur pour qu'il apprenne définitivement à être plus discret. Le vieil homme avait tenu à le lui offrir pour le remercier. Etrangement, il lui avait fait un clin d'œil qui avait plissé les milles et une ride de son visage, en lui affirmant que la musique ne pouvait que changer sa vie. Après cela, Kiba avait récupéré l'instrument à un ami qui ne s'en servait plus. C'était ainsi qu'il se retrouvait au milieu de ses amis, par une après-midi ensoleillée, à jouer les premières de Live forever, d'Oasis. Il ne connaissait pas ce groupe- son truc à lui c'était plutôt le rap- mais les seules partitions jointes aux explications étaient du rock. Il avait donc testé le premier truc qui lui était tombé sous la main.

Maybe I don't really want to know
How your garden grows
I just want to fly
lately did you ever feel the pain
in the morning rain
as it soaks it to the bone


Maybe I just want to fly
I want to live I don't want to die
Maybe I just want to breath
Maybe I just don't believe
Maybe you're the same as me
We see things they'll never see
You and I are gonna live forever

Sakura sentit un frisson la parcourir. Cette chanson était tout bonnement...magnifique. Aucun mot de pouvait décrire ce qu'elle ressentait en ce moment. Elle aurait voulu que ca ne s'arrête jamais. Le soleil, l'herbe, la musique, tout ca lui tournait à la tête. Si elle tendait le bras, elle pouvait toucher le ciel, nul doute. Elle n'avait plus aucune limite. Elle se sentait invincible. C'était une sensation quasi jouissive. C'était tout simplement la sensation du bonheur.

Après le sifflement admiratif de Naruto et les discrets regards étonnés de Tenten, Kiba rangea sa guitare. Hier soir encore il avait un peu peur de jouer devant eux. Faire de la musique, c'était comme montrer aux autres une facette intime de soi-même, se découvrir. Mais son relatif succès l'avait rassuré. Peut-être qu'à ces gens-là, il ne devrait pas craindre de dévoiler le Kiba sensible, par petites touches. Car même si c'était difficile à croire au premier abord, il existait. Il leva les yeux au ciel. Il n'y avait pas un seul nuage.

-Hé,Sakura !

L'intéressée se retourna et s'arrêta pour attendre le blondinet.

-Ouais ?

Naruto accourut, essoufflé.

-Tu rentres chez toi, là ?

-Oui, pourquoi ?

-Je te raccompagne. Faut qu'on parle.

La jeune fille fronça les sourcils. Ce n'était pas dans les méthodes habituelles du garcon, ca. Il devait lui cacher quelque de gros. Néanmoins, elle accepta la proposition de son ami avec un sourire. Silencieusement, ils se remirent en marche. Mais la Rose n'était pas née de la dernière pluie. Autant un silence pouvait être serein, autant celui-là était gêné. D'un mouvement impatient, elle se retourna.

-Allez, accouche. Que-ce que tu voulais me dire ?

Il se retourna vers elle, l'air un peu perturbé par sa franchise. Heureusement, il la connaissait depuis assez longtemps pour savoir que c'était sa façon d'être naturelle. Tout d'un coup, il se planta devant elle et la regarda dans les yeux.

-Je t'aime Sakura. Je ne sais pas exactement comment, ni pourquoi, mais c'est un fait, une réalité. Je suis amoureux de toi. Je sais que tu me prends pour le boute-en-train de service, le mec toujours joyeux et un peu bête sur les bords, mais je suis plus que ca. Au fond de moi je suis diffèrent, et...et j'aurais voulu que tu le découvres.

Il détourna le regard, gêné. Pendant toute la tirade, elle l'avait contemplé d'un air étonné. Ce n'était pas trop son genre les discours. Malheureusement, elle n'éprouvait rien pour lui. Et même si elle s'en voulait de lui briser le cœur- et à fortiori lui coller un beau râteau- elle ne pouvait rien pour lui. Tout ce qu'elle trouva à dire fut :

-Désolé.

Plus tard, couchée sur son lit, elle se détestera de n'avoir pu répondre que ca à son meilleur ami. « Désolé »….c'était pitoyable et pas du tout réconfortant. Le pire, c'est que ce n'était pas la première fois qu'elle sortait quelque chose d'aussi nul. Elle se maudit intérieurement : ne pouvait-elle donc pas tirer des leçons de ses erreurs du passé ? Ce simple mot avec déjà détruit son amitié avec le troisième. Celui dont Naruto et elle évitaient soigneusement de parler. Leurs troisième meilleur ami, et ce depuis leur plus prime enfance. Sasuke. Il était un jour venu se confier à eux, désespéré. Il avait besoin de réconfort, d'aide. Bordel, on se sent seul quand on perd toute sa famille, surtout à l'âge de dix ans ! Et la seule chose qu'elle avait pu dire avait été « désolée ». Même pas un câlin, une oreille attentive. Un seul mot, puis elle était partie rejoindre le vaste clan- qui englobait tous ceux de l'école en fait- qui n'adressait plus la parole au seul rescapé du terrible incendie qui avait détruit la demeure des Uchiwa. Naruto avait agi pareillement, à l'époque. Et maintenant c'était trop tard. Sasuke ne leur avait plus parlé depuis six longues années déjà. Il était partit finir sa scolarité dans un internat. A présent, c'était le Blond qu'elle avait perdu. Tout ce qui était bien dans sa vie, qui lui donnait le courage d'avancer, disparaissait progressivement. Mais elle était incapable d'aimer Naruto. C'était en dessus de ses forces. Elle préférait le perdre plutôt que de lui mentir. Quelle conne. Epuisée, à bout de force d'avoir pleuré toutes les larmes de son corps, elle finit par s'endormir toute habillée sur son lit. Il n'y avait décidément que dans le sommeil qu'elle pouvait fuir.