Merci encore à Persis pour m'avoir aidé encore dans la correction pour ce chapitre-ci ! :)
(Ce monde magique appartient à J.K. Rowling)
Bonne lecture !
Chapitre 2
Le sorcier
Matilde n'avait quasiment pas dormi de la nuit. Elle ne cessait de ruminer les événements de la veille et redoutait la rencontre avec Dom-quelque-chose qui devait se concrétiser ce soir. Mais allait-il se pointer au rendez-vous ? Avait-il seulement reçu sa réponse par voie de hibou ?
« Par voie de hibou ? Non mais vraiment ! Je deviens effectivement cinglée ! »
C'était samedi. Ses parents venaient tout juste de la quitter pour le travail, laissant leur fille encore seule comme d'habitude. Elle ne leur avait rien dit, évidemment, de peur qu'ils la prennent pour une aliénée. En pyjama, allongée sur le dos, encore au lit, tard dans l'après-midi, Matilde passa la main sur le front. Elle croyait avoir la fièvre. Elle devait être malade. Avec un peu de chance, tous les événements passés hier n'étaient que le fruit de son imagination. Mais un bref regard sur la table de chevet ainsi que sur la moquette devant la commode confirmait incontestablement que tout ça avait été bel et bien réel. Elle avait bien en sa possession les deux enveloppes décachetées, ornées du sceau en cire de Poudlard.
Elle avait renoncé à appeler Catherine, estimant qu'il était préférable de ne rien révéler à personne, sous peine d'être ridiculisée. Il était indéniable qu'elle se ferait traiter de désaxée. De plus, elle ne la croirait pas. Un hibou qui lui apportait un message pour repartir, ensuite, avec la réponse était inconcevable.
« Quatre heures ! Encore deux heures et demie et je saurai, une fois pour toute, si tout ça n'est qu'un canular ! »
Matilde espérait de tout cœur que ce le soit. Elle ne voulait pas d'absurdités traitant de sorciers et de magie dans sa vie. Elle refusait de croire au surnaturel. Une école de sorcellerie était trop incroyable pour être vraie et elle n'était pas une sorcière. En outre, les hiboux ne pouvaient pas agir de la sorte non plus. Toutes ces choses ne pouvaient absolument pas exister mais pourtant, malgré elle, au fil de la journée, elle commençait à craindre et à redouter de plus en plus avec horreur que tout ça pourrait bien être réel.
Matilde posa alors ses yeux sur un stylo qui traînait non loin de sa commode et se souvint celui qui avait roulé vers elle lorsqu'elle avait été à la bibliothèque avec Catherine. Se pouvait-il vraiment qu'elle soit une sorcière ? Restant allongée sur son lit, elle étendit indolemment le bras vers l'objet et attendit. Rien. Et si elle se concentrait ? Non. Elle se sentirait trop bête. Repliant aussitôt son bras contre son corps, elle estima qu'elle était déjà assez ridicule en ce moment même et que ce n'était pas la peine d'en rajouter.
« Mais si tu n'essayes pas, tu ne le sauras pas… », lui chantonna une petite voix désagréable dans le fond de sa tête.
Et alors ? Peut-être qu'elle ne voulait tout simplement pas le savoir justement ! Était-ce l'angoisse de prendre soudain conscience du fait qu'elle pouvait réellement exercer de la magie ? Balivernes ! Elle ne croyait pas à la magie ! D'ailleurs, elle ne voulait pas croire à la magie et ne croirait jamais à la magie ! Et ce n'était pas ce certain Dom-À-La-Con qui lui ferait avaler de telles sottises !
« Cet homme, même déguisé en stupide sorcier, sera forcé d'avouer que tout ça n'est qu'une plaisanterie ! Et ensuite, il paiera ! Il ne s'en sortira pas indemne de sa visite chez moi ! Non ! Pas après tout ce qu'il me fait subir présentement ! »
Le temps filait lentement et c'en était presque indécent. Évidemment, lorsqu'on s'impatiente, les heures semblaient se ralentir. Matilde restait allongée sur son lit, se tortillant les doigts avec vigueur, réfléchissant à un stratagème qui ferait bien payer son hôte. Il faudrait qu'elle s'assure d'avoir une arme cachée à sa portée au cas où il déciderait de l'attaquer. On ne sait jamais… Peut-être était-il un voleur ou enfin quelqu'un susceptible d'être tout simplement violent.
Non mais vraiment ! À bien y penser, pourquoi avait-elle osé inviter un parfait inconnu sous son toit ? Ce n'était pas très brillant de sa part. Devait-elle appeler la police ? Mais non. Elle n'était même pas certaine que l'homme en question se montrerait.
« Et puis cesse de penser que tu l'as véritablement invité ! En fin de compte, c'est lui qui s'est invité tout seul ! Ta réponse n'est indubitablement pas arrivée à destination parce que ce n'était qu'un simple hibou idiot ! Il faut vraiment être naïf pour croire à de telles conneries ! Il n'existe donc aucune preuve du fait que tu aies accepté ce rendez-vous, ce qui implique que cet homme ne serait pas le bienvenu ! »
Cinq heures… Cinq heures et demie… Six heures… Il ne restait plus qu'une demi-heure. Matilde commençait à ressentir ses entrailles s'entortiller de plus en plus vivement. Viendrait-il ? Ne viendrait-il pas ? Cognerait-il gentiment à la porte ou tenterait-il d'entrer de force en la démolissant complètement ?
Voyons ! Il devait sans doute avoir appris les bonnes manières, tout de même…
Matilde se leva enfin de son lit et s'habilla d'un pull vert lime accompagné d'un jeans.
« Surtout, je dois rester calme… »
Matilde s'installa ensuite sur le divan au salon et guetta la porte d'entrée avec inquiétude. Lui ferait-il du mal ? Elle avait caché un grand couteau de cuisine sous les coussins sur lesquels elle était assise et jetait nerveusement des coups d'œil à la pendule qui indiquait maintenant 18h25. Le couteau était, bien sûr, seulement un élément qui pourrait le faire reculer s'il advenait qu'il veuille l'attaquer. Elle n'avait aucune intention de le frapper délibérément. La simple idée de devoir poignarder un individu à l'aide d'un couteau de cuisine la répugnait au plus haut niveau, au point de lui en donner la nausée.
Et si c'était lui qui la poignarderait avec le couteau ? Cette horrible éventualité l'épouvanta…
Soudain, on frappa trois coups à la porte et sous l'effet de la surprise, Matilde laissa échapper un cri d'horreur. Aussitôt consciente qu'elle venait de crier, elle plaqua ses mains devant sa bouche. L'avait-il entendue ? Il ne fallait surtout pas qu'il sache qu'elle trahissait un sentiment de peur…
Lentement, elle se leva, les yeux fixés sur la porte. Ainsi donc, il était venu. Il osait se présenter chez elle. Il allait entrer et lui parler d'une école excentrique ou bien il allait l'abattre comme un vulgaire animal. Elle se maudit à l'instant d'avoir répondu à cette lettre même si elle refusait toujours de croire que le hibou y était véritablement pour quelque chose. C'était stupide ! Complètement stupide ! Et elle ne voulait plus escompter recevoir un sorcier dans son salon. Cela devenait trop insensé !
Les coups frappés se renouvelèrent à la porte et Matilde sursauta de plus belle. Son estomac se noua. Fallait-il qu'elle aille ouvrir ? Après tout, ce n'était peut-être pas l'homme en question… Seulement quelqu'un… d'autre… Enfin, elle le souhaitait bien…
Perdant alors toute trace d'assurance, elle sentit un effroyable début de panique lui parcourir l'échine. Puis la frayeur la foudroya. Matilde se mit à trembler de la tête au pied et resta pétrifiée sur place. Elle s'imagina un criminel sans visage, la frappant sur tout le corps, avec démence, à l'aide du couteau qu'elle avait dissimulé…
Il fallait qu'elle appelle la police. Mais plus la panique la gagnait, moins il était possible de bouger.
« Mais voyons, Matilde ! s'exhorta-t-elle vainement. Que t'arrive-t-il ? Tu étais si déterminée à te venger de lui, tout à l'heure. Où est donc passé ton courage ? »
Disparu ! Elle s'était surestimée, voilà tout ! À ce moment précis elle n'avait plus qu'une seule envie : se retrouver blottie dans les bras protecteurs de ses parents, comme une enfant. Pourquoi donc la laissaient-ils toujours seule, le soir ?
Pour une troisième fois, les coups résonnèrent à la porte, redoublant de volume. Matilde frissonna à nouveau. Alors à cet instant, ne comprenant nullement ce qui la poussait à agir de la sorte, elle s'avança subitement vers l'entrée. Chaque muscle s'était contracté sous l'effroi ; chaque parcelle de son corps vibrait sous l'emprise de la panique. Et pourtant, elle se déplaçait lentement vers la porte sans parvenir à arrêter ses gestes qui semblèrent curieusement se mouvoir délibérément d'eux-mêmes.
« Non… Matilde, ne fait pas ça… », s'implora-t-elle, mais sans succès…
Ses doigts se refermèrent néanmoins sur la pognée, et l'actionnèrent.
Elle le vit enfin. C'était un vieil homme à l'aspect bien étrange. Grand et mince, habillé d'une cape turquoise et d'un chapeau pointu, il se présenta avec une longue barbe argentée lui tombant jusqu'à la taille. Observant Matilde derrière ses lunettes en demi-lune, il lui sourit, les yeux pétillant de bienveillance.
— Bonjour Matilde ! dit-il d'un ton enjoué.
Ces mots avait été prononcés avec tant de douceur et de gentillesse qu'ils la soulagèrent à un tel point qu'elle en perdit connaissance sur le coup. Elle s'effondra alors sur le sol, au pied du directeur de Poudlard, le laissant penaud dans l'embrasure de la porte.
Lorsque Matilde se réveilla, elle n'ouvrit pas tout de suite les yeux, n'osant pas remuer. Elle sentit quelque chose de moelleux sous son corps et présuma qu'elle se trouvait allongée sur le divan au salon. C'était l'homme qui l'avait posée là ? Était-il encore dans les environs ? Elle tendit l'oreille, à l'affût du moindre bruit pouvant trahir une certaine présence humaine, mais il n'y avait que le grondement paisible du réfrigérateur qui résonnait depuis la cuisine. Avait-il déguerpi ?
Retrouvant quelque peu le courage, Matilde ouvrit enfin les yeux. Ce qu'elle vit en premier était le lustre au plafond qui projetait sa lumière aveuglante. Puis elle tourna la tête et — son estomac ne fit qu'un tour — elle le vit de nouveau : l'homme insolite à la barbe argentée et aux habits dignes d'Halloween était tranquillement assis sur le fauteuil en face d'elle et l'observait d'un air soucieux.
— Ça va mieux ? demanda-t-il.
Matilde ne répondit pas. Méfiante, elle prit le temps de se redresser lentement sur le divan, serra ses jambes contre son corps en guise de bouclier, et tout ça sans quitter le regard bleu de ce personnage louche.
Celui-ci restait serein. Appuyé confortablement sur le dossier de son fauteuil, il semblait attendre patiemment, en se tournant les pouces. Qu'attendait-il au juste ? Cherchait-il le moment propice pour l'attaquer ? Sûrement pas… Cet homme paraissait complètement inoffensif. Mais elle ne devait pas se laisser duper par son air paternel et son sourire si réconfortant. Elle se devait de rester prudente et faire preuve de vigilance.
— Je suis désolé de t'avoir fait cet effet là, dit calmement l'homme en brisant le silence. J'aurais peut-être mieux fait de te prévenir de mon accoutrement peu courant dans ton quartier... À moins que ce ne soit la barbe ? ajouta-t-il, amusé, comme pour détendre l'atmosphère.
Mais Matilde n'eut aucune réaction, se contentant toujours de le fixer silencieusement, les bras serrés autour de ses genoux. Elle trouvait ça un peu bizarre qu'il se permette de la tutoyer amicalement, comme si elle était son amie depuis toujours alors qu'elle ne le connaissait même pas.
Soudain, comme si une idée particulièrement géniale venait de passer dans le regard de l'homme, ce dernier plongea la main sous sa cape.
« Ça y est ! Il va sortir son arme ! », songea aussitôt Matilde, affolée.
Sa panique refit surface et, le cœur battant à toute allure, elle resserra son étreinte sur ses jambes. Il allait l'abattre et personne ne lui viendrait en aide. Elle imaginait déjà l'expression d'horreur qu'auront ses parents lorsqu'ils la découvriront morte, gisant en plein milieu du salon…
— Dragées surprises ? demanda alors l'homme d'un air joyeux en lui présentant un petit sac violet, rehaussé d'un cordage jaunâtre.
« Q-quoi ? Des bonbons ? s'étonna Matilde dans sa tête. À moins que ce ne soit du poison, il n'y a aucune raison de s'affoler... »
Elle devait se calmer et récupérer son flegme. Elle s'emportait trop facilement et cela la rendait vulnérable. Quelque peu embarrassée de s'être emportée pour rien, Matilde, toutefois encore un brin terrifiée, posa alors ses pieds sur le parquet, se redressa tant bien que mal sur le divan, et s'incita à poser enfin la question qui lui tortillait la langue depuis quelques minutes.
— Qui êtes-vous ? demanda-t-elle timidement.
Le vieil homme lui sourit, rangea le sac violet sous sa cape turquoise, sans pourtant saisir lui-même une seule dragée, puis ajusta ses lunettes sur son nez aquilin.
— Je me nomme Albus Dumbledore et je suis directeur du collège Poudlard, répondit-il sur un ton enjoué.
— Donc vous admettez que cette école existe vraiment !
Matilde avait dit ses mots un peu trop brutalement à son goût. Elle sentait qu'elle devait respecter un peu cet homme. Derrière son apparence étrange, quelque chose d'imposant émanait de lui. Mais d'un autre coté, elle s'en fichait un peu. Elle voulait mettre fin à cette plaisanterie et ne voulait pas perdre l'occasion d'y parvenir. Lui, toujours aussi paisible, répondit naturellement :
— Oui. Cette école existe vraiment.
Le ton si confiant que l'homme avait employé pour répondre à sa question ébranla Matilde. Soit il disait vrai, soit il était vraiment un fou, probablement échappé d'un hôpital psychiatrique. Cependant, la deuxième théorie sembla plus plausible que la première. Si c'était le cas, elle pourrait gentiment l'écouter parler d'absurdités jusqu'à ce qu'il décide enfin de partir, lui permettant d'aller ensuite signaler la police au sujet d'un fou en cavale.
La voix du directeur la ramena subitement au moment présent.
— Tu as reçu la lettre traitant de ton admission au collège Poudlard, n'est-ce pas ?
— Oui… répondit Matilde à mi-voix.
— Et tu n'en as pas cru un seul mot.
Ce n'était pas une question, c'était une affirmation. Il devait savoir pertinemment qu'elle ne prenait pas tout ça au sérieux. Même que cela semblait l'amuser, à en juger par le sourire en coin qu'il affichait résolument. Si ce n'était pas de son air aimable, ça aurait offensé Matilde.
— Pourtant, poursuivit-il, tu as accepté de me rencontrer.
Vraiment ? Le hibou avait donc effectivement fait parvenir sa réponse à cet homme ? Mais c'était inconcevable ! D'autant plus qu'elle s'entêtait à se répéter que la magie ne pouvait pas exister. Se trompait-elle… ?
— La magie serait-elle possible ? risqua alors Matilde d'une petite voix mal assurée.
L'homme joignit ses longs doigts sous son regard bleu, toujours serein.
— Pour te répondre franchement, répondit-il, oui, la magie existe bel et bien et il se trouve qu'elle est présente à l'intérieur de toi…
— Je suis une sorcière, c'est ça ? répliqua froidement Matilde, laissant volontairement paraître son incrédulité.
— Oui, répondit simplement le directeur.
Matilde laissa échapper un rire nerveux.
— Vous dites n'importe quoi...
Prenant aussitôt un air plus sérieux, le directeur décroisa les doigts pour se redresser un peu dans son fauteuil.
— Ma chère Matilde, commença-t-il d'un ton naturel, tous les sorcières et sorciers reçoivent cette fameuse lettre de Poudlard — que tu as reçue très récemment — pour la première fois à l'âge de onze ans. La magie chez tous ces enfants se manifeste assez tôt. Il est donc facile de les repérer et de les inviter à poursuivre leurs études à Poudlard, que se soit des enfants issus de parents sorciers, ou de parents Moldus…
— Moldus ?
— Les non-sorciers, élucida-t-il.
— Comme moi ! affirma précipitamment Matilde sur un ton ferme.
— Comme tes parents, rectifia le directeur calmement.
— Je ne suis pas une sorcière ! couina-t-elle, indignée, serrant les dents d'un air courroucé.
Mais le directeur osa la contredire une nouvelle fois :
— Tu es une sorcière, Matilde, mais pas comme les autres…
Puis sous le regard irrité de Matilde, il se contenta un instant de la regarder d'un air grave, et joignit les mains de nouveau avant de lui révéler ce qui sembla le préoccuper :
— Tu es un cas assez particulier…
— Que voulez-vous dire ? demanda Matilde brutalement.
Le directeur parut hésitant, mais répondit néanmoins après un court silence.
— Tes pouvoirs magiques se sont révélés beaucoup trop tard par rapport aux autres sorciers normaux…
— C'est stupide… murmura Matilde, plus pour elle-même que pour lui.
— Le ministère de la magie est actuellement sur ton cas, poursuivit-il comme si elle n'avait rien commenté de déplaisant au sujet de ses dires. Surtout, il n'y aucune raison de s'affoler, tout va bien.
Mais Matilde avait déjà commencé à s'agiter sur le divan en se prenant la tête à deux mains.
« Il est impossible que j'aie des pouvoirs magiques ! Je ne peux pas croire à de telles choses ! »
— Tu comprendras, reprit le directeur en élevant légèrement la voix, qu'un cas comme le tiens ne se produit que très rarement. Il n'y a que quelques personnes dans l'histoire auxquelles est survenu ce genre de mystère et ce sont tous, sans toutefois vouloir t'effrayer, des gens qui ont dû mourir dans d'atroces souffrances...
Et il avait dit ça sur un ton détaché. Comme si ce qu'il venait de dire était banal, naturel. Vraiment ? Elle risquait de mourir ? Cet homme était assurément un fou et il venait juste de le prouver ! Ne pouvant plus se retenir, elle se leva brusquement et s'écria :
— Que me voulez-vous ? Je vais mourir ? Vous voulez me tuer ?
Le directeur fit un geste de la main comme pour l'inciter à se rasseoir calmement mais Matilde ne bougea pas. Il s'empressa alors de répondre, toujours sur ce même ton de sérénité agaçante :
— Non. Je veux te protéger. Et Poudlard est un endroit qui t'aidera. C'est pour cette raison que tu vas devoir me suivre jusqu'en Écosse.
« Ce rendre à cette école ? songea Matilde, courroucée. Pour me protéger ? Mais de qui et de quoi ? Il n'y a aucun sens dans ce qu'il dit ! »
Puis le directeur, comme s'il avait lu dans les pensées de celle-ci, ajouta à mi-voix :
— Sache, Matilde, que la magie n'est pas toujours bonne. Tu as d'énormes pouvoirs qui sommeillent en toi et c'est précisément cela qui pourrait te faire du mal…
« Me faire du mal. », se répéta Matilde avec un rire incrédule avant de lancer à voix haute :
— Je ne comprends pas…
— Tu es une sorcière, Matilde, répondit une nouvelle fois l'homme en guise de réponse. Et quoiqu'un peu différente des autres, tes pouvoirs ne veulent que s'extérioriser et c'est à Poudlard qu'il faudrait leur en donner l'occasion.
— Mais je ne veux pas aller à Poudlard ! vociféra-t-elle en serrant convulsivement les poings.
— Et pourquoi donc ? demanda le directeur, enjoué, comme s'il s'agissait d'une petite conversation ordinaire parlant que de la pluie et du beau temps.
— Tout simplement parce que cette école de fous n'existe pas !
— Poudlard n'est pas une école pour les fous, mais bien une école dédiée aux jeunes sorciers et sorcière…
— Taisez-vous ! hurla Matilde de toutes ses forces.
La façon qu'avait cet homme de répondre toujours naturellement et calmement sur des sujets tellement dingues avait fini par la rendre folle. La plaisanterie avait assez durée ! Elle allait tenter de mettre les choses au clair maintenant. Et pour ça, elle devait décompresser un peu. Alors doucement, sous le regard de l'homme qui ne paraissait toujours aucunement offensé par son comportement impudent, elle se rassit sur le divan, inspira profondément, et se lança d'une voix tremblante qu'elle voulait égale alors que le directeur, sans broncher, l'écouta avec égard.
— Écoutez, ce n'était qu'un stylo et la table était inclinée. C'était un hasard, rien de plus. Je ne suis pas une sorcière. D'ailleurs je ne crois pas du tout que la magie puisse être possible. Sur ce, vous allez gentiment sortir de chez moi et me laisser tranquille. Votre petite blague m'a beaucoup secouée, je l'avoue, mais maintenant il est temps que ça finisse. Je vous donne donc quelques secondes pour que vous passiez la porte, et ne tentez plus de revenir !
Tout ça avait été dit sur un ton qu'elle espérait être sans réplique. Néanmoins, après un temps de silence, le directeur réafficha son air aimable avant de contester doucement d'un ton navré :
— J'ai bien peur, ma chère Matilde, de devoir te contredire une nouvelle fois…
— La magie n'existe pas ! s'emporta-t-elle de nouveau.
Elle sentit son sang lui monter à la tête brusquement, palpitant sourdement dans ses oreilles tandis que ce fou restait toujours résolument buté.
— Je suis désolé mais tu te trompes…
— Dans ce cas, prouvez-le !
Défiant l'homme assis devant elle, Matilde était convaincue qu'il serait impossible de le prouver. Pourtant, le vieil homme se leva, plongea la main sous sa cape turquoise comme il l'avait déjà fait un peu plus tôt, mais au lieu du petit sac violet rempli de dragées, ce fut un bâton ressemblant à une étrange branche d'arbre qu'il y sortit.
— Si cela peut bien t'aider à y croire, dit-il d'un ton courtois, je veux bien consentir à exécuter l'un de mes tours de magie.
C'est alors que Matilde ne put s'empêcher de constater à quel point il pouvait avoir l'air impressionnant lorsqu'il se tenait debout devant elle, et à la fois ridicule lorsqu'il pointa son bout de bois en direction de la table du salon. Mais lorsqu'il prononça des mots insensés et qu'au bout sa branche jaillit une germe d'étincelles dorées, elle fut subitement forcée à croire qu'il disait la vérité depuis le début. La magie existait bel et bien, et lui, c'était assurément un sorcier.
Et c'est en voyant la table basse s'élever dans les airs pour ensuite se transformer en boule de feu écarlate que, traumatisée, Matilde s'effondra sur le divan sous l'effet du choc, perdant ainsi conscience une deuxième fois en un jour.
