C'était la rentrée depuis deux semaines, mais le travail n'avait pas manqué au studio de Masauji. C'est un vendredi que les gens se décidèrent à se calmer un peu, si bien qu'à 15h30, mon chef m'avertit que je pouvais partir plus tôt que prévu. Ca tombait bien, je voulais aller voir Hiroki à l'école, ne l'ayant pas vu le weekend précédent, à cause du boulot. En plus, Hyde étant en tournée, je n'avais pas pu lui donner de ses nouvelles. Je pensais quand même que Megumi l'aurait fait, mais comme on dit, on n'est jamais mieux servis que part soi-même. Et puis, ça m'aurait donné l'occasion de parler à notre père.
- T'as besoin de moi, demain ? demandai-je à Masauji, en prenant mes affaires.
- Non, ça va, ça va être "journée piercings". Je te dis à lundi ? Tu as deux bizarres* prévus, avec un dauphin style tahitien. Après y a aussi une nana qui veut une rose avec un ruban, à l'intérieur du bras, là où tu veux ton moineau.
- Okay. En parlant de ça, promis, tu me fais mon custom* lundi ?
- Juré. Et pense à soigner ton tribal, à l'autre bras.
Effectivement, je m'étais tatouée seule un tribal vide à l'avant-bras, en juillet, mais ayant bu la veille, j'avais pas mal saigné. Du coup, j'avais dû subir un détatouage un peu trop précoce, et j'avais dû attendre septembre pour recommencer mon tattoo (sous l'interdiction des médecins, bien sûr). J'avais aussi demandé à mon patron de me tatouer l'index, et j'avais fait un pentacle (raté) sur mon annulaire. Hyde m'avait fait remarqué que ça allait être pratique d'avoir ça, surtout si je venais à me marier. J'avais répondu que je n'en avais pas l'intention, et que si ça venait à me tomber dessus, je le ferais passer au laser. Peu après, j'avais dessiné un moineau style américain avec "Papa" écrit en elfique dans un ruban, et je le voulais sur mon autre avant-bras.
Je saluai Masauji, puis pris le chemin de la maternelle. Arrivée, je sortis de mon sac l'attestation prouvant que ma belle-mère m'avait autorisé à récupérer mon frère. En attendant la sortie des petits poussins, comme j'aimais les appeler, je lui envoyai un texto. La réponse fut rapide "Ok, pa 2 problème. Vou alé ou, aprè ?". J'en envoyai un second, lui demandant si, après avoir déposé les affaires du petit, il pouvait dormir au nouvel appartement. Réponse : "Oui, dacor. A 2 suite, alor. kisu !". Je rangeai mon portable, et la sonnerie se fit entendre. J'allai voir la maîtresse de Hiroki, lui montrai l'autorisation, puis elle appela mon petit frère, qui me sauta dans les bras.
- Tiens, Ane ! dit Hiroki, en me tendant une feuille.
Je la pris, et vis que mon frère adoré avait fait un arc-en-ciel (tant qu'à faire) avec une maison, et quatre personnages juste devant.
- C'est qui, ces gens ? demandai-je, en me mettant à sa hauteur.
- Là, c'est Maman, m'apprit-il, en me montrant le personnage de gauche. A côté, c'est Papa, et toi, et puis moi.
- Eh ben, c'est très bien fait. Merci, mon poussin !
Je lui fis un bisou, qui me valut un gros câlin, puis nous prîmes la direction de ce qu'était devenu le "chez Megumi et Hiroki". Pour une fois, je n'arrivai pas à la bourre, et fus contente de voir ma belle-mère.
- Megumi, je peux boire, s'il -te-plait ? Je crève de soif !
- Mais vas-y, tu sais qu'ici, c'est aussi chez toi.
- Plus maintenant, corrigeai-je, machinalement.
- Ca l'est toujours un peu, Annouck.
J'allai dans la cuisine, qui en avait vu des vertes et des pas mûres, puis bus de l'eau à grandes lampées. Takarai Junior revint avec un petit sac, celui qui était toujours près pour les cas où il venait dormir à sa seconde maison.
- Je te le ramène demain, dans la soirée, c'est bon ?
- Ca roule. Soyez sages, vous deux, wakatta ?
- Mais oui, bien sûr, répondis-je, en français. jaa, ikô* ?
- hai. mata ashita ne, Mama*.
Nous allâmes donc en direction du nouvel appart', et voyant les petits yeux de mon frère, je décidai de le laver, lui donner à manger, et après jouer un peu, jusqu'à ce qu'il soit complètement fatigué. Tandis que j'ouvrai la porte, j'entendis sonner mon portable. J'entrai, puis décrochai, sans regarder de qui venait l'appel.
- moshi-moshi ?
- Coucou !
- Oh, Papa !
Le visage du petit s'illumina.
- o genki ka ?
- hai. Devine avec qui je suis ?
- ee to... Hiroki ?
- Good job ! Je te le passe ?
- Oh oui ! Après je te reprends.
- wakatta. dôzo, Hiroki, terminai-je, en donnant le téléphone à mon frangin, visiblement heureux d'enfin parler à notre père.
J'en profitai pour aller voir si Adam n'avait besoin de rien, et il s'avéra qu'il n'avait plus de granulés. Je lui en remis, changeai aussi son eau, tandis que Hiroki revint avec le téléphone.
- Déjà ? m'étonnai-je.
- Ben, ouais !
- Qu'à cela ne tienne. Ouais, Papa ?
- Alors, tout va bien ?
- Yes, t'inquiète. Par contre, demain je fais abstinence d'alcool, vu que Hiroki et moi, on passe la journée ensemble. Je veux pas boire devant lui.
- C'est très bien, ma fille.
- Doiha-chan, tu t'amènes ?
Rien que d'entendre cette voix, mon coeur fit un bond de chevreuil.
- Ouais ! Il faut que je retourne en répétition. T'embrasses le petit pour moi ?
- Te fais pas de soucis pour ça, il va pas manquer de câlins jusqu'à ce que je le ramène chez Megumi.
- Et elle ? Ca va ?
- Ca a l'air.
- C'est le principal.
- DOIHA-CHAN !
- OUAIS ! Houlala, je peux parler avec mes gosses cinq minutes ?
- Zen, Papa, fis-je, en rigolant.
- Pas vrai, celui-là. Il est pas leader pour rien. Bon, faut que j'y aille.
- Papa...
- Hm ?
- Je t'aime...
- Moi aussi, je t'aime. A plus tard.
- Bisous.
Je raccrochai. J'avais de moins en moins de mal à dire cette phrase, et j'en étais fière. Repensant machinalement à Tet-chan, ou plutôt à sa voix, j'allai rejoindre Hiroki, pour le mettre au bain.
Notes. Bizarres : Appelés aussi "abstraits", tatouages sous forme de texte, code-barres, ou autres trucs pas très communs. Custom : Tatouage sur-mesures, comme pour mes doigts, mon moineau, mon tribal et mon papillon. Tribal vide : Seulement les contours du dessin, à l'inverse d'un tribal plein qui est tout noir. jaa, ikô ? : Bon, on y va ? mata ashita ne : A demain.
Pour info : J'ai vraiment les tatouages décrits dans la fic ^^.
