Chapitre
Cela faisait déjà un an que Voldemort n'était plus de ce monde. Une année de deuil, qu'il a passé en compagnie de Hermione et de Ron. La famille Weasley leur avait ouvert leur porte comme toujours. Mais la joie et la chaleur de la famille n'était pas au rendez-vous, la mort de Fred fut un tel choc pour tout le monde. Ron ainsi que George l'avaient mal vécu, ce que Harry comprenait. Hermione quant à telle semblait dissimuler son mal être, elle était un peu comme lui maintenant, elle n'avait plus de famille. C'était sans doute encore pire pour elle de les savoir vivants, mais de ne plus pouvoir leur parler, mi même les voir. Ses parents Moldus l'avait totalement oublié à cause du sortilège qu'elle leur avait lancé afin de les protéger… Le prix à payer de la guerre.
Harry soupira un instant, avant de marcher de nouveau vers le train, cherchant à penser à autre chose. Il se tenait sur les quais de la gare, voie 9 3/4. Les jeunes sorciers s'y trouvaient peu nombreux. Certains ne semblaient pas enchantés d'entrer dans le train, d'autres affichaient une mine inquiète et abattue. Les traces de la guerre étaient encore présentes dans le cœur de tout le monde. Les morts, les blessés et les séquelles du passé ne faisaient qu'augmenter l'appréhension des gens.
Il pouvait voir que la plupart portait déjà leur robe de sorcier. Harry avait remarqué que les Serpentard étaient pratiquement invisibles… après la guerre beaucoup avait été arrêtés par les Aurors, d'autres n'étaient pas revenus, sans doute trop couverts de honte. Le brun avança doucement, regardant les plus jeunes, des premières années sûrement ! C'étaient encore des enfants innocents, et pourtant l'émerveillement dans leur regard n'était pas celui qu'il avait eu jadis quand il était lui-même sur le point de prendre le Poudlard Express.
Evidemment, tous les enfants n'étaient pas apeurés, certains semblaient même heureux et excités de prendre enfin le train. Poudlard ouvrait de nouveau ses portes et il semblait à Harry que son cœur allait exploser dans sa poitrine à la pensée d'y remettre bientôt les pieds. Un sentiment qu'il ne pouvait pas expliquer, un mélange de nostalgie et de souffrance. Dans un sens il voulait y revenir, finir cette ultime année en compagnie de ses amis, mais dans l'autre sens c'était aussi faire remonter des traumatismes qu'il aurait préféré complètement oublier. Rien qu'à la pensée que le professeur Dumbledore ne serait pas présent, il sentait une terrible peine lui prendre la gorge. Ce fut une main douce qui le sortit de ses pensées. Il tourna la tête vers son amie, une jeune femme aux épais cheveux bruns ébouriffés qui lui lançait un regard chaleureux.
- Harry tout va bien ? Ron doit déjà être rentré dans le train, il devait accompagner les cinquièmes et sixièmes années, apparemment tous se passe bien, même les rescapés Serpentard se tiennent à carreaux ! On va pouvoir monter nous aussi, tu viens ?
Harry eut un sourire avant de suivre la jeune fille :
- Comme au bon vieux temps Hermione ?
- J'espère que les cours sont restés comme avant... Je compte bien reprendre des cours d'Arithmancie ! Tu ne peux pas savoir à quel point cela m'a manqué ! Autant profiter de cette dernière année à fond !
- Drôle de façon de passer une bonne année… ironisa le jeune sorcier. Tu comptes vraiment reprendre des cours ? Je pensais qu'on était ici que pour donner un coup de main ?
- … Hum en fait, j'en ai parlé au professeur... enfin non, à la directrice McGonagall… si enfin hum… qu'on puisse faire notre septième année tous ensemble ?
Harry eut un regard choqué, ses yeux semblaient exorbités, il pâlit avant de dire à la jeune femme :
- Tu n'as pas osé ?
- Si…
Harry leva les yeux au ciel, avant de pousser un profond soupir. Venir à Poudlard pour aider ses anciens amis, et aussi les professeurs qui l'avaient grandement aidé par le passé, c'était une chose. Reprendre les cours en était une autre… il dit à la jeune fille :
- Ron le sait ?
- Je voulais lui dire dans le train, j'avais peur qu'il refuse de monter…
Le jeune homme leva de nouveau les yeux au ciel. Voilà maintenant quelques semaines de cela que Harry et ses amis avaient reçu la même lettre venant de la directrice McGonagall. Ce fut à leur grande surprise que leur ancien professeur leur demandait assistance. En effet, Pourdlard semblait se remettre de ses blessures, mais les plaies béantes étaient encore présentes, beaucoup d'anciens élèves refusaient de revenir. Certains avaient perdu foi en l'établissement et les parents, rongés par la crainte, n'osaient pas y renvoyer leurs enfants. Donc, la requête était simple, plusieurs anciens élèves n'ayant pas eu l'occasion d'achever leur septième année dans les conditions adaptées pour obtenir leur diplôme de fin d'année, soit l'A.S.P.I.C (Accumulation de Sorcellerie Particulièrement Intensive et Contraignante) étaient conviés à pouvoir reprendre leurs études en échange de quelques services simples, soit de donner un peu plus de tranquilité dans l'esprit de certains sorciers. Evidemment, il était tout à fait possible de refuser la requête. Mais Harry le devait bien à son ancien professeur, ainsi qu'à Dumbledore et à un certain sorcier expert en potions…
Soit, ils n'étaient pas les seuls à avoir eu cette lettre, d'autres amis seraient aussi présents, notamment Neville Londubat et Luna Lovegood. Peut-être même d'autres, beaucoup reviendraient pour payer une quelconque dette, ou enfin passer une année digne de ce nom. Mais Harry ne s'imaginait pas devoir faire une année entière avec cours compris, il pensait simplement aider par moment les élèves, ou encore donner des cours de soutien en Quidditch. Hermione Granger avait sans doute voulu faire dans l'ordre des choses. Maintenant il ne pouvait que s'incliner !
- Hermione… de toute façon nous n'avons pas nos livres ni même nos affaires, donc nous…
- En fait tout est déjà prêt Harry, tu penses bien que la vieille McGonagall était très heureuse ! Nos livres sont déjà prêts ainsi que nos affaires… quand je lui ai dit que c'était bon pour nous !
Après cette révélation, un rouquin sortit d'un des wagons tout enjoué, il arriva vers les deux jeunes sorciers qui firent de suite profil bas sur le sujet.
- Bah alors vous venez le train va partir sans nous sinon, ce n'est pas de chance tout de même de laisser tout le monde monter en premier… on ne va pas avoir les bonnes places ! se lamenta Ron.
- Ron, tu sais bien qu'on doit tous aller dans les wagons du fond, du moins tous ceux qui ont reçu leur lettre, répondit Hermione. Je crois que Neville et Luna sont déjà à Poudlard… Seamus Finnigan et Dean Thomas sont présent je crois aussi ici, mais ils doivent rester pour surveiller les deuxièmes années, leur calvaire était assez éprouvant lors de la bataille et… ils se sentent mieux ainsi je suppose !
C'était vrai que les élèves n'avaient pas eu la chance de connaître Poudlard sous son meilleur jour cette année-là, pensa Harry. Il espérait que tout s'arrangerait durant les années à venir. Il suivit ses camarades dans les wagons, avec encore une fois un sentiment de nostalgie. Alors qu'il traversait les couloirs du train, il pouvait entendre les portes des cabines s'ouvrir, laissant paraître des petites têtes curieuses le dévisager avec malice et admiration. Harry eut un sourire, même après la chute de Voldemort, tout le monde continuait de le regarder de la même façon.
Alors qu'il allait rejoindre ses camarades dans leur local attribué, son regard dévia sur l'un des compartiments isolés. Brusquement, il crut que son cœur allait s'arrêter. Son sang se glaça et ne fit qu'un tour dans ses veines. Le monde entier allait s'écrouler sous ses pieds. La silhouette, non la personne assise sur la banquette, ce ne pouvait être que lui… Draco Malfoy ! Une sueur froide le prit de cours, il ne pensait qu'à une seule chose, partir loin de cet endroit maudit !
Il rattrapa vite ses camarades. Les deux jeunes sorciers n'étaient pas si loin de lui, mais ils étaient inconscients du drame que vivait le brun. Ron et Hermione étaient devant leur cabine et ils semblaient être au milieu d'une conversation hostile. Harry n'avait pas à chercher bien loin quant à la cause de cette dispute, Hermione avait dû avouer à Ron qu'il passerait une année supplémentaire en cours, ce qui avait dû le mettre dans tous ses états. Harry ne voulait pas entrer dans le débat, il ne pensait qu'à une seule chose, s'asseoir pour reprendre ses esprits. Son cœur était si affolé, engorgé par la haine et l'appréhension que Malfoy soit encore un élément perturbateur à supporter durant une année entière, encore une fois.
Harry passa devant ses amis sans leur adresser la parole, ce qui interpella la brunette. Elle pausa soudainement sa main sur la bouche de Ron pour l'empêcher de parler, ce qui le fit grommeler davantage :
- Harry ça ne va pas ? On dirait que tu as vu un fantôme ! Tu es si blême aussi… tout va bien ?
- Parfaitement bien Hermione, merci ! Je vais m'asseoir un moment si tu me le permets !
Sa voix était sèche, ce qui laissa perplexe la jeune fille ainsi que Ron, qui en eut le bec cloué. Harry pénétra dans la salle en ouvrant un peu trop brusquement la porte. Quelle ne fut pas sa surprise en voyant que la salle était occupée.
C'était un jeune homme, peut-être de deux années de plus que lui. Les traits de son visage proprement dessinés laissaient montrer qu'il avait des origines asiatiques, les yeux bridés d'un gris brillant insondables. De longs cheveux soyeux d'un noir proche de l'onyx glissaient le long de l'ossature de sa mâchoire, quelques mèches rebelles venaient recouvrir timidement son regard pénétrant. Harry avait comme un sentiment de déjà vu, un sentiment proche mais qu'il n'aurait pas pu expliquer. L'homme avait également sa robe de sorcier, qui était quelque peu détachée de ses épaules carrées, sa chemise était légèrement entre-ouverte, laissant paraître une ossature puissante sans pour autant être trop imposante. Il n'avait pas remarqué les chaînes qu'il portait autour de son cou, des chaînes représentant apparemment un certain symbole typique du Japon.
L'homme sembla intrigué de l'apparition si soudaine de Harry, il l'interpella :
- Je ne savais pas qu'on saluait les gens de cette manière en Angleterre, mais bonjour tout de même à toi !
- Euh c'est que je pensais que le compartiment était libre, enfin on nous a demandé de… venir ici donc je ne pensais pas, excusez-moi… mais vous êtes ?
Ron et Hermione venaient juste d'arriver eux aussi surpris de voir le personnage imposant et ténébreux dans la pièce. L'homme les toisa un instant avant de répondre à Harry :
- Je m'appelle Naiken. Je suis ici pour venir dans votre école, apparemment on aurait besoin de mes services pour les soins aux créatures magiques. Je suis un peu comme un second professeur, mais plus spécialement un assistant, je suis avec mon tuteur. Nous sommes en charge d'animaux féeriques venant du Japon dont nous seuls avons connaissance. Mon tuteur m'a demandé de venir dans cette cabine le temps du trajet, il est apparemment en réunion avec d'autres professeurs un peu plus loin dans les wagons. Mais je n'ai pas l'âge requis pour y assister. J'espère que ma présence ne vous gêne pas ?
Alors que Hermione dévisageait l'inconnu avec insistance, Ron eut vite fait d'avoir un regard aussi sombre que les ténèbres eux-mêmes. Il s'empara de la main de la jeune fille avant de s'asseoir avec elle sur la banquette et de dire au jeune homme d'une voix assurée et froide :
- Puisqu'on n'a pas le choix…
- Ron ! s'exclama Hermione outrée.
- Alors c'est parfait ! Je ne prendrai pas beaucoup de place, ne vous inquiétez pas !
Harry les rejoint lui aussi, scrutant l'homme également. Son apparence, son regard et même ses allures hautaines lui rappelaient fermement quelqu'un. Mais ses songes n'étaient pas possibles, il le savait bien. Il ne pouvait que se dire que la ressemblance était juste fortement frappante. Harry regarda par la fenêtre, il remarqua alors qu'il neigeait, c'était un phénomène étrange pour cette époque. Mais la neige tombaient abondamment, peut-être même trop, un manteau blanc se dessinait. Il entendit son amie reprendre la parole :
- Donc vous êtes japonais alors ? Vous venez de loin, c'est un nouveau cours que Hagrid aurait proposé ? Cela ne m'étonnerait pas de lui, dit-elle avec un petit rire cristallin. J'espère juste que… sans vouloir vous offusquer, que vous ne remplacerez pas notre ami Hagrid…
Harry donna un petit coup de coude à Hermione, alors que Ron affichait un regard approuvé.
- Je ne connais pas de Hagrid, je sais juste que mon tuteur m'a demandé de le suivre. Je suis certes plus âgé que vous, et mon travail consistera à prendre soins des créatures magiques. Mais j'en saurais plus comme vous une fois arrivé là-bas, et je vous en prie, laissons place aux familiarités, je ne suis pas si âgé que cela et de plus même pas enseignant ! Enfin pas encore je crois… considérez-moi comme un élève plus âgé !
Harry et ses camarades n'étaient pas très à l'aise. Mais l'homme paraissait fort agréable et les tensions s'apaisèrent peu à peu. Cependant, autre chose chagrinait les trois jeunes sorciers. Derrière les vitres, la neige tombait en rafale, un véritable blizzard, quelque chose de pas courant pour un début de septembre. La neige tombait à gros flocons, si épaisse qu'on n'en voyait plus l'horizon. Harry colla sa main sur la vitre gelée, un frisson lui parcourut l'échine, il faisait froid certes et plus ils se rapprochaient de Poudlard, plus la tempête semblait s'intensifier. L'homme en face de lui s'était couvert à l'aide de sa robe de sorcier et d'un vêtement plus chaud. Le survivant se demanda si le jeune homme n'était pas un peu trop frileux ? Il ne faisait pas si froid que cela. Il regarda ses amis, Hermione s'était un peu collée à Ron, elle lisait un livre de septième année, Ron semblait claquer des dents. Harry s'installa de nouveau sur la banquette avant de jauger l'homme en face de lui. Cette allure ténébreuse, ses cheveux noirs et lisses qui lui recouvraient le visage crispé par le froid, les yeux brillants… Plus il le regardait, plus il s'imaginait le voir. Son parrain… Mais le jeune se secoua nerveusement la tête, sa vision lui jouait des tours, c'était évident.
- Quelque chose ne va pas ?
L'homme venait de s'adresser à lui.
- Oh non rien ! Juste euh… c'est étrange qu'il neige autant, vous ne trouvez pas enfin tu…
L'homme dévia la tête vers la vitre embuée, causé par la variation de température à l'extérieur et le dégagement de chaleur corporelle des uns et des autres.
- C'est bientôt la période de la lune bleue. Durant les trois semaines avant l'arrivée de celle-ci, le froid augmente considérablement et ce jusqu'à ce que la lune soit redevenue normale. C'est un phénomène très rare qui n'arrive qu'une fois tous les deux siècles. Les Moldus n'ont pas conscience de ce phénomène, certains même l'interprètent comme un signe apocalyptique… aussi vous devez savoir que durant ces trois semaines, les animaux et les hybrides magiques sont très affectés par l'aura lunaire, ce qui les rend invulnérables à la magie des sorciers, ils sont comme enveloppés d'une barrière protectrice. C'est pour cela que nous venons aider Poudlard, qui apparemment se remet difficilement de la guerre… les bêtes ne seront pas commodes, ces rayons ont tendance à les rendre folles furieuses, surtout les loups-garou… durant ces trois semaines, il n'est pas rare qu'ils parviennent à prendre leur forme lupine quand ils le désirent, ce qui met en danger les sorciers et même les Moldus !
Les trois sorciers se regardèrent dans un grand silence. La jeune sorcière avait les yeux écarquillés suite à la révélation de Naiken. Elle finit par demander :
- Pourtant il ne semble pas qu'on nous ait averti de tout cela ? Le Ministère de la Magie aurait sans doute fait quelque chose pour la sécurité des sorciers et des Moldus, non ?
- Hermione tu sais bien qu'on ne peut rien attendre d'eux de toute façon, puis qui nous dit que cette personne nous dit la vérité ?susurra le roux à voix basse.
- Pour le moment ce n'est que de la neige de toute façon ? demanda le survivant.
- Que de la neige oui, mais à ce rythme-là, je ne sais pas si le train continuera d'avancer. Il semble que la tempête grandit de plus en plus maintenant que nous sommes en dehors de la ville… Cependant il y a des adultes ici et d'anciens élèves de Poudlard, il n'y a rien à craindre, nous serons peut-être coincés deux ou trois heures le temps de débloquer la voix ferrée. Si le train venait à…
Comme pour approuver ce qu'il allait annoncer, il y eu une grosse secousse et le train se stoppa dans un grincement sonore à en faire éclater les tympans. Hermione s'était retrouvée sur Ron, le chevauchant maladroitement, alors que Harry s'était rattrapé à la banquette comme il le pouvait. Naiken était à ses pieds, un peu sonné mais il parvenait à se remettre sur pieds en poussant un grognement de mécontentement. Harry se hissa pour voir par la fenêtre. Mis à part du blanc et toujours du blanc, il ne pouvait rien voir de plus. Naiken s'apprêta à sortir de la cabine, quand il fut accosté par un adulte que Harry ne connaissait pas. Apparemment cette personne semblait assez désespérée. Harry ne prêta pas attention à la conversation, il vint voir ses amis :
- Tu vas bien Hermione, et toi Ron pas trop de casse ?
- Hermione tu viens de me démolir le dos, se lamenta le roux dans un gémissement pitoyable.
- Oh arrête un peu… en plus je ne suis pas si lourde que cela, et toi tu manques de souplesse aussi ! Sinon oui on va bien Harry, merci !
Elle se redressa pour lui faire face avant de regarder Naiken et l'adulte qui venait de repartir précipitamment. Le grand brun revint vers eux le regard grave :
- C'était un professeur, de potions je crois bien… on va avoir besoin de votre aide dehors, on doit faire un tour de garde, nous sommes proches d'une forêt réputée pour abriter des loups-garou et autres créatures assez hostiles. L'effet de la lune bleue les rend fous quand on s'approche trop de leur territoire, les élèves doivent rester dans le train avec au moins deux adultes. Par contre le reste des personnes capables d'utiliser la magie avec assurance doivent faire un tour de garde par deux dehors, vous venez nous aider ? Je crois savoir que vous avez joué un grand rôle il y a un an de cela…
Hermione fit les yeux ronds et Ron ne semblait pas du tout partant pour sortir dans le froid, ni même pour être face à quelconque créature folle furieuse. Harry semblait quant à lui dans les songes, il avait l'impression que cette année serait comme toutes les autres passées, tout aussi étrange, tout aussi anormale. Il soupira avant de faire un pas vers l'homme comme pour accepter la demande, celui-ci lui rendit un sourire ravi dévoilant pour la plus grande stupeur du survivant des canines blanches luisantes. Mais Naiken détourna vite la tête avant d'aller vers la sortie, suivi des jeunes sorciers, Ron étaient plutôt tiré par Hermione. Naiken était déjà dehors, marchant dans la neige avec un frisson de dégoût. Harry le regarda un moment, le jeune asiatique semblait faire quelque chose à son poignet ou plutôt à une sorte de bracelet en argent. Il passa longuement ses doigts dessus, l'objet sembla s'illuminer un instant. Harry était certain que cet objet devait avoir quelque chose de spécial pour le ténébreux. Il sentit la main d'Hermione se poser sur son épaule.
- Harry… tu as vu ses yeux à l'instant ? dit-elle dans un souffle presque inaudible.
Le survivant déporta immédiatement son regard vers celui de l'homme, il vit alors deux iris dorées. Il en était certain, il venait de voir un regard bestial. Mais lorsque l'homme retourna sa tête vers lui, ses yeux étaient de nouveau d'un gris brillant.
- Je n'ai jamais bien aimé le froid… Cela m'a toujours un peu dérangé et je ne contrôle pas bien mes pouvoirs quand le froid me submerge. Bien ! Nous sommes quatre, je propose qu'on se mette par deux. Les professeurs Norge et Hester sont déjà dehors…
Plus loin deux autres personnes venaient de descendre, et quelle ne fut pas la surprise des trois sorciers que de voir Malfoy en personne sortir de la cabine pour oser se refroidir les pieds dans la neige épaisse. D'ailleurs celui-ci eut un rictus dégoûté en voyant sa robe de sorcier glisser sur la poudreuse. Mais le blond redressa vivement la tête toujours suivi de son camarade, Harry reconnut Blaise Zabini. Les deux jeunes venaient de rejoindre un homme aux allures solennelles. L'homme se retourna vers les deux ex-Serpentard.
Harry put alors mieux le décrire. Cet inconnu était doté d'une silhouette imposante. Un visage strict et balafré partiellement, déformé par les contre-coups de la guerre. Ses iris étaient aussi sombres que les abysses les plus profonds. Ils étaient soutenus par un nez aquilin rappelant les rapaces. D'ailleurs, sa vue perçante semblait épier les deux jeunes sorciers ainsi que les alentours, et ce avec une telle aisance, qu'ils auraient pu croire qu'il était apte à déceler le moindre mouvement suspect au centimètre près. Il avait une longue robe noire toute en lambeaux, une chevelure longue et emmêlée poivre et sel. L'homme était d'un certain âge, mais bien robuste tout de même encore. Il donnait des indications aux deux jeunes qui ne semblaient pas très à l'aise.
Hermione venait de poser une main sur l'épaule de Harry. La jeune fille et Ron devaient inspecter les environs situés vers l'avant du train. Harry quant à lui se retrouvait tout seul avec Naiken. L'homme aux allures imposantes lui lança un sourire sympathique :
- Je crois qu'on est en duo, je propose de rester par ici. Une équipe est déjà sur place pour inspecter le sud des wagons, tes amis viennent de partir vers le nord, il ne reste plus qu'ici. D'autres personnes sont déjà de l'autre côté du train également. Bon ça ne prendra pas longtemps, je vais contourner la lisière de la fôret. Reste ici si tu veux histoire de garder un œil sur le train, il ne faudrait pas que des élèves sortent… bien que je me doute qu'ils ne seront pas assez fous pour le faire !
Sans rien ajouter de plus, l'homme s'éloigna, laissant le survivant seul. Harry soupira. Décidemment il commençait à avoir habitude des aventures pimentées. Cette routine pourrait lui déplaire, mais dans un autre sens, que serait Poudlard sans les événements catastrophiques habituels ? Soudain, il aperçut Naiken s'enfoncer dans la forêt. Surpris par cet acte, Harry se rapprocha en vitesse, mais la neige persistante lui fit perdre de vue le jeune homme.
Soudainement, des craquements qui le firent sursauter, il détourna la tête rapidement sans rien apercevoir de plus. La neige s'était remise à tomber abondamment. Plus loin, il était certain de voir deux autres silhouettes. Le survivant se rapprocha, pensant se joindre à eux.
Brusquement, une ombre gigantesque sortit des fourrés. Un cri bestial fendit l'air, une des silhouettes non loin de lui s'était mise à s'affoler. À présent plus proche, il reconnut aussitôt Draco et Blaise, ainsi qu'une autre forme qui se dressait devant eux. Harry eut le souffle coupé. Là non loin devant lui, juste devant les deux ex-Serpentard se dressait une bête qu'il avait déjà vue par le passé. Mais celle-ci était quant à elle sauvage et furieuse... un hippogriffe !
Harry voulut tenter quelque chose, mais Blaise complètement paniqué fut plus rapide que lui, il avait sorti sa baguette magique pour lancer un sort désespéré. Draco tenta de le dissuader de le faire en l'agrippant par le bras. Mais son camarade le repoussa du bras, faisant s'étaler le blond dans la poudreuse. Blaise était tétanisé, la créature le fixait avec un regard assassin. Le métisse tendit la baguette prononçant, de ses lèvres tremblantes, une incantation. Harry n'eut pas le temps de tout comprendre, mais le sort percuta l'animal pour ricocher totalement à l'opposé. La créature offusquée s'ébroua avant de rugir face à l'individu qui avait osé ainsi le souiller. Le métisse recula afin de prendre la fuite, alors que le blond encore étourdi essayait de se redresser. La créature remarquant la difficulté du sorcier en jeta son dévolu sur lui, la puissance de sa patte s'abattit sur la pauvre victime, la faisant rouler bien loin sur le côté. Harry put entendre un cri déchirant.
L'hippogriffe tourna son regard vers Blaise qui était tétanisé en ayant vu son camarade se faire ainsi envoyé balader. La créature se pensant débarrassée d'une gêne, pouvait à présent amplement se venger du jeune homme. Mais un autre sort vint la percuter, la faisant grogner une nouvelle fois de rage. Elle tourna son regard vers le concerné, Harry.
Blaise désemparé en oublia son camarade. Il se rua vers les compartiments profitant du courage légendaire du survivant, qui était à présent seul à devoir faire face à la bête enragée. L'hippogriffe avança doucement, soufflant. Ce n'était plus l'heure de faire des salutations courtoises comme lui avait enseigné Hagrid en troisième année. Le survivant aurait bien aimé se servir de sa baguette mais il se souvint des paroles de Naiken dans le train :
"Les animaux et les hybrides magiques sont très affectés par l'aura lunaire, ce qui les rend invulnérables à la magie des sorciers, ils sont comme enveloppés d'une barrière protectrice."
Donc Harry était bien dans une grande difficulté, effrayé il continuait de reculer. Il bascula soudainement en arrière, s'effondrant à son tour dans la neige. La bête allait lui sauter dessus, il ferma les yeux se disant que sa dernière heure était peut-être bien arrivée au final. Ce fut un craquement osseux qui lui fit ré-ouvrir les yeux, la créature venait de se faire percuter par une bête pratiquement aussi grande qu'elle mais bien plus massive.
Harry essaya de s'éloigner des deux bêtes, la nouvelle créature assaillante était d'un noir onyx aux grognements d'un prédateur en chasse. Harry se redressa avec difficulté. Cet animal noir était en réalité un loup et ce bien plus gros que la normale, il était immense. Le loup enfonça ses puissantes mâchoires dans le gosier de la créature qui hurla de douleur, d'un coup d'aile il repoussa l'agresseur. Mais le fauve noir n'avait pas usé de toutes ses ressources. Avec souplesse il bondit sur le dos de la bête griffant profondément la créature, essayant de le mordre au niveau des yeux. L'hippogriffe brailla, pour finir par s'effondrer à terre gesticulant dans tous les sens, comme pour espérer se débarrasser de la douleur.
Le loup noir en profita pour revenir vers Harry, qui surpris recula. Mais le loup eut un geste du museau rapide, et d'un coup de tête il le poussa plusieurs fois vers le blond toujours inconscient sur la neige. Le loup était en train de vouloir le sauver. Harry avait compris sans trop y croire, ce n'était pas le loup qu'il voyait, mais son parrain, mais il savait que ce n'était pas lui. Le loup continuait de le pousser, ils n'étaient pas loin du corps du blond à présent. Or, l'hippogriffe qui avait repris ses esprits revint à la charge, griffant violemment le loup, qui eut un jappement de douleur. Une plaie béante venait de s'ouvrir à son épaule. Le canidé roula sur lui-même, heurtant le corps meurtri de Malfoy. Le loup se redressa subitement furieux, avec la force de ses pattes postérieures il se propulsa de nouveau vers la créature ailée mettant au sol l'hybride qui gémissait de douleur. Ses forces semblaient disparaître pour de bon. Harry ne comprenait plus rien, voyant ainsi les animaux s'entretuer. Il croisa le regard ôcre de l'animal.
Le loup montra encore d'un geste de la tête le corps de Draco, Harry comprit que son ancien ennemi était en danger si d'autres hippogriffes devaient arriver. Vidant sa tête de ces affreuses pensés, il s'élança vers Draco oubliant l'espace d'un instant les préjugés qu'il avait à son encontre. Voyant le corps du blond à terre, baignant dans le sang, il eu un haut le cœur. Ce n'était pas sans lui rappeler un douloureux souvenir, ou un effroyable acte qu'il avait fait envers son ennemi par le passé, un sortilège qui l'avait blessé gravement. Avait-il des regrets ? Ce n'était pas le moment de songer à cela. Il prit la victime sur le dos et constata que le bras gauche de son ennemi était lacéré profondément, du sang s'écoulait rapidement. Regardant encore une fois les créatures se battre, Harry chercha à mettre le corps de Malfoy dans une des cabines du train où il serait plus en sécurité.
Ce fut avec un grand soulagement que Harry laissa tomber le corps mutilé de Draco sur la banquette de sa cabine, se souciant à peine de ses blessures. Il s'en fichait amplement, de toute façon Draco le méritait. Il était persuadé que Malfoy n'hésiterait pas à simuler sa douleur comme à son habitude. Le survivant n'était pas enchanté d'avoir sauvé un Mangemort. Mais il ne voulait plus avoir de morts sur la conscience. Harry avait les vêtements tâchés de sang, il grimaça de dégoût. Il prit place sur la banquette en face du blond. Harry essaya de se remémorer les événements passés. Plus il y songeait plus il se rendait compte que tout cela était de la folie… Le loup noir, il était juste gigantesque. Ce loup, ses yeux, sa forme, tout. Tout lui rappelait son parrain. Mais ce n'était pas possible, il avait encore en tête l'image des deux grandes iris ôcres de l'animal, brillantes et perçantes. Perturbé, il se redressa, il voulait voir si tout allait bien, si l'animal s'en était sorti lui aussi. Comment allaient Ron et Hermione ? Il se faisait du souci. Il se dirigea vers la porte, quand un long gémissement lui fit stopper son mouvement.
Draco se tenait le poignet gauche, son corps semblait pris de spasmes. Il poussait des plaintes misérables. Harry leva les yeux au ciel.
- Non ce n'est pas possible, il n'oserait pas, se dit le brun dans un soupire agacé. C'est bon Malfoy… tu ne vas pas mourir, je ne crois pas que ce soit le moment de se lamenter. Je crains que pour cette fois les gens ne viendront pas accourir pour te baiser les pieds…
Mais le blond ne semblait pas l'entendre, il continuait de geindre en tenant son poignet lacéré. Harry aurait juste aimé l'assommer pour le faire taire quand il comprit soudainement la raison de la souffrance du Mangemort. Son poignet, c'était bien le poignet gauche qui avait pris un sale coup ? Mais ce n'était pas le saignement qui donnait des sueurs froides au survivant, non c'était sa marque ! La marque des ténèbres ! Elle était en train de se faire littéralement consumer par ce qui semblait être des flammes argentées, comme si la marque se faisait dévorer petit à petit. Harry n'arrivait pas à croire ce qu'il se passait sous ses yeux. Il se rapprocha avec grande hésitation pour toucher le bras du blond, qui suait à grosses gouttes. Ses cheveux blonds collaient sur ses tempes, il était plus pâle qu'il ne l'avait jamais été. Les doigts du jeune Potter effleurèrent la peau glaciale du sorcier. Cette fois le blond ne jouait pas la comédie, il devait souffrir comme s'il venait de subir un Doloris en pleine pomme.
- Au… li… lieu… de prend… plai… sir à… scène… va… de l'aide… Potter ! Articula avec peine le sorcier en se tenant le bras, Harry aurait juré que le blond l'aurait arraché s'il avait eu assez de courage dans le sang. La douleur devait être insupportable.
- O… oui, oui je vais voir… je reviens…
Le brun se redressa accordant un dernier regard au blond, avant de passer la porte un peu précipitamment. Il devait bien y avoir un adulte ici. Il se souvint que le dernier wagon leur était réservé, ainsi que pour certainement Draco et Blaise, mais le métisse ne serait pas de grande aide. Harry voulut avancer vers les premiers wagons, mais une voix l'interpella :
- Harry ! Harry tout va bien ?
Il vit débarquer une jeune brunette suivie de près par un rouquin frigorifié, ainsi que de Naiken qui semblait tendu et pas très bien coiffé, ses cheveux emmêlés couverts de branches et… de sang ? Harry le dévisagea un bref instant, il aurait aimé lui poser des questions. Mais la jeune fille lui avait déjà pris le bras, son regard était inquiet. Ron était livide comme s'il avait vu un fantôme, la jeune fille demanda enfin :
- On a entendu des cris, le temps qu'on arrive tu n'étais plus là ! Il y avait aussi beaucoup de sang partout et cet… enfin ce… un hippogriffe, Ron l'a vu aussi et tu…
- Je vais bien Hermione merci… je...
Soudainement, Harry se rappela de Malfoy toujours seul dans la cabine.
- Malfoy ! J'ai rapporté Malfoy dans la cabine ! Mais il se passe quelque chose d'anomal avec son, sa… enfin il ne va pas bien du tout !
- Malfoy ? Reprirent en choeur les deux autres amis.
- Où se trouve-t-il ? Demanda soudainement Naiken, qui semblait plus tendu que jamais.
Sans perdre plus de temps et laissant ses soupçons de côté, Harry accompagna le jeune japonais jusqu'au blessé, qui avait perdu apparemment connaissance. Son bras gisant dans le vide, toujours dans un état alarmant. Les flammes continuaient de consumer la marque du blond. Hermione poussa un cri alors que Ron fit les yeux ronds. Naiken d'un geste rapide arriva au chevet de la victime prenant le bras de Draco entres les mains.
- Nous avons un problème je crois, son corps est glacial et son pouls est très faible… si la douleur continue ainsi je doute qu'il tienne longtemps. Nous aurions dû être plus vigilants, les créatures magiques ont des effets imprévisibles durant la lune bleue… c'est quoi cette marque ? De la magie noire non ? Pas étonnant que les flammes argentées se défendent face à cela.
Il avait dit les derniers mots dans un murmure presque inaudibles, mais Harry avait parfaitement entendu.
- Il faut prévenir un professeur ou quelqu'un ! Il faut stopper ce… ce… maléfice !
Naiken le toisa un moment avant de dire :
- Vous deux, Ron et Hermione si j'ai bien retenu ? Le professeur Norge doit se trouver dans le wagon voisin, allez me le chercher en lui demandant une potion anti-douleur, il doit en avoir sur lui… plus paranoïaque que lui ça existe pas, il a toujours ce genre de potions avec lui, dépêchez-vous !
Ron qui ne tenait pas à en voir davantage obligea Hermione à venir, la jeune fille avait fortement pâli depuis son arrivée dans la cabine, mais elle céda vite. Harry et Naiken étaient seuls dans la pièce, avec un jeune sorcier agonisant…
