Note : Ce chapitre était déjà écrit depuis un moment, les suivants mettront plus de temps. Merci à la personne qui m'a déjà laissé un commentaire, ça m'a fait très plaisir. Comme je ne peux pas répondre aux reviews anonymes, j'invite les gens qui n'ont pas de compte sur ce site à me laisser des commentaires sur Archive of our Own (pas besoin de s'inscrire) s'ils veulent une réponse. Sinon, sachez que je lis et apprécie toutes les reviews malgré tout. :)


Chapitre 2

...

Le « ménage », comme avait dit le mystérieux Axel, n'avait pas duré plus d'une minute. Sous les yeux ébahis du garçon, son sauveur avait levé les bras et deux tourbillons de flammes étaient apparus devant ses mains. Lorsqu'elles s'évanouirent, deux étranges cercles métalliques rouges et blancs (plus tard, le garçon apprendrait qu'on appelait ces armes des « chakrams ») avaient pris leur place dans les mains du jeune homme. Alors, ce dernier s'était mis à les lancer vers les créatures qui se retrouvaient aussitôt réduites en une boue noire et visqueuse qui semblait s'évaporer au contact de l'air après quelques secondes. Les monstres qui n'avaient pas été détruits se mirent à s'agiter mais ils n'eurent pas le temps de comprendre ce qui était arrivé à leurs congénères que les deux armes d'Axel, comme des boomerangs, avaient voltigé jusqu'à ses mains avec une précision incroyable, détruisant d'autres créatures au passage. Il répéta ces mouvements quelques fois de plus pour venir à bout de tout le reste de l'essaim, puis il fit disparaître ses armes de la même manière qu'il les avait fait apparaître.

Le garçon n'avait rien pu dire ou faire. Tout le long, il avait été incapable de réagir, époustouflé par ce qui se passait. Axel avait éliminé ces monstres d'un mètre de haut avec une facilité déconcertante : détruire un nid de fourmis lui aurait probablement pris plus de temps. Impressionné, le garçon en oublia toute sa réserve et, retirant sa capuche :

— Comment tu as fait ça ?
— Haha, c'est pas bien compliqué. Suffit de choper le truc, je te montrerai.
— Tu veux dire que moi aussi, je pourrai me battre comme ça ?

Axel se contenta de sourire et, sans prévenir, il passa sa main dans les cheveux du garçon, frottant énergiquement le haut de son crâne. Le garçon se débattit aussitôt en poussant un cri et s'éloigna pour tenter de remettre sa tignasse en ordre, ce qui ne fit que faire rire Axel. Le garçon venait d'apprendre quelque chose sur lui-même : il n'aimait pas qu'on le décoiffe.

— Mais qu'est-ce que c'était que ces choses, au juste ? demanda-t-il ensuite.
— Le truc, c'est qu'on n'en sait rien. Ces monstres sont partout, où qu'on aille, et ils semblent réagir à la présence des gens pour attaquer. La théorie de Riku, c'est qu'ils sont là spécialement pour les gars comme nous qui errent dans cette réalité alors qu'on devrait être morts… Mais ça pourrait bien être une coïncidence.
— Pourquoi vous les appelez les « Sans-cœur » ?
— Parce qu'ils n'en ont pas. Enfin, c'est encore ce que pense Riku. C'est lui qui a décidé de les nommer comme ça. Il pense qu'ils s'en prennent à ceux qui ont un cœur — pas l'organe, plutôt l'essence des gens. Une âme, si tu préfères — parce qu'eux n'en ont pas.
— Et toi… tu en penses quoi ?
— En fait, ça m'est égal. Tout ce qu'il faut savoir, c'est qu'il vaut mieux les éviter.

Le garçon acquiesça. Il y avait encore trop de choses qu'il ne comprenait pas et il préférait s'en tenir à des informations simples pour le moment.

— Allons à l'intérieur, dit soudain Axel. Voyons si on peut te trouver quelque chose à manger.

À ces mots, le garçon réalisa qu'il avait faim. Il avait oublié cette sensation désagréable d'avoir l'estomac vide. Sans rien dire, il s'empressa de suivre Axel. Il ne désirait pas trop rester dans ces ruelles de toute façon, au cas où d'autres Sans-cœur se montreraient.

— Donc… Même les morts ont besoin de se nourrir ?

Axel était en train d'ouvrir un à un les placards de la pièce en quête de nourriture quand le garçon avait posé sa question. Ce dernier avait trouvé un peu bizarre l'idée d'avoir faim : même sans s'alimenter, ce n'était pas comme s'il pouvait décéder une fois de plus, si ?

— Pas sûr, répondit Axel, amusé. On pense que c'est uniquement le cerveau qui garde l'habitude, mais j'ai pas assez de volonté pour essayer de jeuner plusieurs jours à la suite pour voir ce qui se passerait. On a faim, alors on mange, c'est tout. Heureusement, ça manque pas de nourriture ici.

Il saisit un paquet de riz et haussa une épaule, partant ensuite vers les fourneaux. Comme s'il avait lu dans les pensées du garçon, il continua :

— Mais pour info, être morts ne nous rend pas invincibles. Si tu te coupes un bras il se recollera pas par magie, et si tu te vides de ton sang c'est la fin. Tu disparais, comme les Sans-cœur que tu as vus tout à l'heure. Me demande pas ce que tu deviens après ça, j'ai pas super envie de tester pour voir. Du coup, peut-être qu'en te laissant mourir de faim il se passera la même chose, finalement. Va savoir.

Le garçon hocha la tête nerveusement. Il comprenait de moins en moins ce qui lui arrivait. Il était mort, oui ou non ? La douleur qui le frappait rien qu'au souvenir de la chute terrible qui lui avait fracassé les os et fait exploser tous ses organes internes le persuadait que oui. Il ne pouvait pas l'avoir imaginé et, bien qu'il lui soit douloureux, c'était l'unique souvenir qu'il avait gardé de sa vie et il ne pouvait pas l'ignorer. Impossible de survivre à ça. Et le monde où il se trouvait à présent était certainement plus qu'étrange.

— Aha, trouvé !

Sorti de ses pensées, le garçon observa Axel s'affairer en cuisine. Il n'avait pas l'air de trop savoir ce qu'il faisait mais le garçon n'avait pas le loisir de faire le difficile. S'il pouvait avoir quelque chose de comestible, ce serait plus que suffisant.

...

Une vingtaine de minutes plus tard, Axel avait déposé sur une petite table une marmite remplie d'un mélange de riz pas assez cuit, de légumes en boîte et d'une viande que le garçon ne sut identifier. Trop affamé pour se soucier du goût, il engloutit une pleine assiette et se resservit. Axel mangeait également de son côté, sans manquer de jeter des regards amusés à son invité qui donnait l'impression de ne rien avoir avalé depuis des mois. Quand il fut rassasié, le garçon remarqua une troisième assiette posée à côté, et il se demanda si Axel l'avait sortie pour que l'autre habitant — Riku ? — vienne se servir plus tard.

Le garçon ne l'aimait pas. Contrairement à Axel, qui s'était montré patient et bienveillant dès leur rencontre, le jeune homme aux cheveux couleur d'argent ne lui avait même pas adressé la parole directement, comme s'il était totalement indifférent à sa présence. Il avait eu l'impression d'être traité comme un chien abandonné qu'Axel aurait recueilli dans la rue et qui n'allait poser que des problèmes.

Il pensait en parler avec Axel, lui demander ce que ce Riku avait contre lui, mais après avoir mangé, la fatigue lui tomba dessus sans prévenir. Il avait encore des centaines de questions, mais visiblement elles devraient attendre car ses yeux refusaient de rester ouverts plus longtemps. Axel s'en rendit vite compte puisqu'il l'aida à se lever de sa chaise et l'entraîna dans une autre pièce de la maison. Il dût dire autre chose, mais le garçon déjà n'écoutait plus qu'à moitié les paroles de son hôte. Il fut installé sur un petit lit et se laissa tomber dessus, sans prendre le temps de se glisser sous les couvertures ou de retirer le manteau noir qu'on lui avait fait porter. Il se demanda brièvement si Axel serait toujours là à son réveil, s'il n'allait pas l'abandonner, le laisser seul face à lui-même. Puis il se demanda s'il allait finir par se souvenir de son propre nom un jour, et le sommeil l'envahit.

...

Quand le garçon ouvrit les yeux, il faisait encore nuit dans la ville. Mal réveillé, il lui fallut quelques minutes pour faire le point. Il se remémora tous les éléments de la veille, ses seuls souvenirs en vérité. Alors qu'il hésitait à se lever, il entendit des voix à travers le mur. L'une d'elle était celle d'Axel, et la seconde devait appartenir à Riku. Mais il eut beau tendre l'oreille, il ne parvint pas à entendre ce qu'ils disaient.

Le garçon les rejoignit sans faire de bruit. Lorsqu'il entra dans la pièce commune, Riku, qui était en train de parler, s'arrêta net, lui jeta un regard sévère et sortit en disant qu'il avait à faire dehors. Le garçon n'essaya pas de dire quoi que ce soit : s'il avait une dent contre lui eh bien, tant pis. Il n'allait pas faire d'efforts de son côté pour être poli.

— Bien dormi, princesse ? se moqua Axel.
— J'ai dormi toute la journée ? Il fait nuit…
— Il fait toujours nuit, ici. T'as dû pioncer six ou sept heures.
— Toujours nuit ?

Le garçon n'arrivait pas à savoir si c'était une plaisanterie ou non.

— C'est quoi cet endroit, d'ailleurs ?
— On appelle cette ville Illusiopolis. C'est un lieu qui n'existe que dans cette réalité, ou en tout cas, personne ne sait comment y accéder dans le monde des vivants. J'ai trouvé cette ville avec Riku en cherchant un endroit où s'abriter des Sans-cœur. On aurait peut-être pas survécu très longtemps sans ça.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?

Axel n'eut pas le temps de répondre car la porte se rouvrit brusquement. Riku, retirant la capuche noire qui lui cachait le visage, ne jeta pas un regard au garçon.

— Axel. Des ennuis.

L'interpelé fronça les sourcils. Il posa une main sur l'épaule du garçon.

— Reste ici.
— Tout seul ?

Le garçon se mit à paniquer. C'était peut-être parce qu'il était l'unique personne qu'il connaissait, mais il avait le sentiment que sans Axel il se retrouverait complètement seul au monde.

— On sera pas très longs, tenta de le rassurer Axel.
— Je peux pas vous accompagner ? Je ne gênerai pas !

Axel sembla hésiter.

— Mauvaise idée, dit Riku d'un ton sec.
— Mais c'est vrai que c'est dangereux de le laisser seul…

Le garçon jeta un regard plein de reconnaissance à Axel qui poussa un long soupir.

— Tu restes toujours derrière moi, et tu fais tout ce qu'on te dit !
— Promis !

Riku avait l'air de désapprouver mais il ne protesta pas, et le garçon se sentit comme victorieux. Suivant les deux autres, il n'oublia pas le conseil d'Axel et rabaissa sa capuche.

...

Riku les mena au bout de la rue, jusqu'à un croisement menant à une petite allée. Passant devant Axel pour voir ce qui se trouvait là, le garçon ne put retenir une exclamation de surprise. En plein milieu de la route, une large tâche noire leur faisait face. On aurait dit que quelqu'un avait découpé une porte dans l'espace pour ne laisser qu'un trou de ténèbres pures.

— Un portail ? s'exclama Axel. Qui l'a ouvert ?
— Aucune idée, mais c'était pas là hier…

Riku se tourna vers le garçon.

— …Avant que vous n'arriviez.
— Hé, j'y suis pour rien ! se défendit le garçon.
— Personne n'a dit ça, dit Axel. De toute façon, un portail ouvert tout seul, c'est louche. Tu crois que ça mène où ?
— Y'a qu'un moyen de le savoir, fit Riku en haussant les épaules.

Le garçon ravala sa salive. Ils ne pensaient quand même pas entrer dans ce… cette chose ? C'était de la folie !

— On, euh… Devrait peut-être réfléchir avant, non ? osa-t-il.
— Tu n'es pas obligé de nous suivre, dit Riku d'un ton tranchant.

Le garçon lui jeta un regard assassin. Pour répondre à la provocation, il s'avança près de la tâche noire, prit une grande inspiration et plongea sa main à l'intérieur. Il ne sentit rien, comme s'il avait simplement brassé de l'air. Peut-être une légère sensation de froid.

— Bon ben, ça a l'air assez sûr pour moi, dit Axel en posant une main sur l'épaule du garçon. T'en fais pas, les portails mènent toujours quelque part.
— Si tu le dis…

Sans attendre, Axel entra dans l'espace noir, disparaissant totalement de leur vue. Le garçon suivit, priant pour que tout se passe bien. Il était bien trop jeune pour mourir une deuxième fois.

L'endroit où il arriva était exactement comme ce qu'il avait traversé sur l'épaule d'Axel — un espace sombre à l'atmosphère étouffante. Le garçon avait la nausée et du mal à respirer. Il n'y avait pas de parois ou de murs mais un chemin se découpait bel et bien dans l'espace, comme un long couloir. Axel était là, observant les environs. Riku entra à son tour et passa devant eux sans rien dire. Le garçon se retourna, mais aucun signe d'une sortie. Il déglutit. C'était avancer ou moisir ici, visiblement. Il commençait à se dire que c'était une très mauvaise idée.

Sans rien dire, les trois jeunes gens se mirent à avancer le long du couloir de ténèbres, Riku devant et Axel marchant à côté du garçon. Au bout d'un moment, le rouquin décida d'engager la conversation.

— À quoi tu penses ? demanda-t-il au garçon. Tu fais une sale tête.
— En dehors du fait que j'ai envie de vomir et que je me demande si on ne finira pas coincés ici, j'essayais de me rappeler mon passé.
— Toujours aucun souvenir alors, hein ?

Le garçon secoua la tête en silence, yeux baissés.

— Hé, t'en fais pas, ça va te revenir !
— Tu as mis autant de temps à t'en souvenir quand tu es mort ?

Axel ne dit rien, l'air gêné, et le garçon soupira.

— Tu t'es peut-être cogné la tête en mourant ? supposa Axel.
— J'aimerais au moins pouvoir me souvenir de mon nom…
— Te décourage pas gamin, tu sais ce qu'on dit. Des fois, il suffit d'un truc insignifiant pour réveiller ta mémoire.
— Peut-être…

Axel passa un bras autour de ses épaules, le faisant un peu vaciller sous le choc.

— Si tu t'en souviens pas, je te trouverai un surnom sympa !
— Je suis pas sûr de vouloir ça !

Ils se mirent à rire tous les deux. Le garçon avait presque oublié ce que ça faisait. Axel lui donna une tape dans le dos en le lâchant, et il reprit un peu courage. Ça ne faisait qu'une journée depuis qu'il s'était réveillé, il était bien trop tôt pour perdre espoir.

— Et au passage, je suis pas un gamin, ajouta-t-il.
— T'as quel âge ?
— Hm… Quel âge tu me donnes ?

Axel prit quelques secondes pour réfléchir.

— Dix-huit… Quoique, ça pourrait être plus proche de vingt. Dans tous les cas j'en ai vingt-trois, donc pour moi t'es encore un gamin. C'est bon, c'est retenu ?

Axel tapota sa tempe du bout de l'index et le garçon roula des yeux. Il n'avait pas le sentiment que leur âge importait tant que ça dans l'histoire, surtout s'ils étaient morts, mais il ne dit rien là-dessus.

— Mine de rien, tu t'en tires bien pour un premier passage dans un couloir de ténèbres, poursuivit Axel. La première fois que je suis passé à travers un de ces portails, j'ai cru que j'allais tomber dans les pommes.
— C'est quoi ces « portails » de toute façon ?
— Ce sont des sortes de couloirs inter-dimensionnels qui relient Illusiopolis au reste du monde. Ils existent partout, il suffit d'ouvrir une porte pour en rejoindre un et retourner à la ville. C'est ça qu'on appelle un portail. Mais ils n'apparaissent pas tout seuls, tu piges ? Il faut que quelqu'un les ouvre.
— D'accord, et c'est pour ça que celui-là est louche.
— Exact.
— Et comment on fait pour les ouvrir ? N'importe qui peut le faire ?
— Dans ce monde, oui. Tu penses très fort à l'endroit où tu veux arriver, et tu convertis ce sentiment en énergie. Ça a l'air compliqué comme ça, mais tu verras, ça vient tout seul avec l'habitude !
— Euh… Ok.

Le garçon n'était pas sûr d'être capable d'une telle chose, mais il garda ses doutes pour lui. Axel paraissait tout savoir sur tout. Il se demanda depuis quand lui et Riku étaient dans ce monde. Il lui avait dit qu'ils étaient seuls tous les deux, et le garçon n'avait vu personne dans la ville. Il sentit sa poitrine le serrer douloureusement et fut envahi d'un grand sentiment de solitude. Le couloir sombre ne faisait pas que le rendre malade physiquement : cet espace restreint et vide le déprimait. Il voulait continuer de discuter avec Axel — parler l'aidait à ne plus penser à la sensation de mal-être qu'il ressentait dans cet endroit — mais il ne savait pas quoi dire. Il se sentait bête à sans-cesse poser des questions et il avait peur qu'Axel finisse par se lasser et ne veuille plus lui parler. Quant à Riku, le garçon sentait que ce n'était même pas la peine de tenter d'engager la conversation. Il marchait loin devant eux comme pour se tenir à l'écart et ne leur avait pas adressé un regard depuis qu'ils étaient entrés.

Alors qu'il réfléchissait, le garçon remarqua un point lumineux un peu plus loin devant eux. Il se tourna vers Axel qui lui sourit. C'était sans doute la sortie du tunnel. Le garçon accéléra le pas, et soudainement le paysage changea.

De nouveau ils se trouvaient dans une ville, mais celle-ci n'avait rien à voir avec Illusiopolis. L'architecture était moins moderne, avec des bâtiments en pierre aux toits pointus, bien loin des immeubles carrés de la métropole. Les routes étaient pavées et on pouvait apercevoir le toit d'un clocher à quelques pâtés de maisons de là. Mais ce qui frappa le garçon, c'était la couleur de la ville. Tout était terne, comme grisé. Il ne s'agissait pas uniquement des constructions : le ciel, les lumières des lampadaires… Toutes les couleurs semblaient s'être dissoutes, comme une vielle photographie. Le garçon pouvait discerner des teintes de rouge ou de marron, mais c'était clairement anormal. Il avait l'air de faire jour, mais le ciel était complètement gris et il était difficile de se prononcer sur l'heure de la journée. Tout était comme lorsqu'il s'était éveillé, à l'endroit où Axel l'avait trouvé. Il avait cru que c'étaient ses yeux qui lui faisaient défaut alors, mais comme la veille, Axel, Riku et lui-même n'étaient pas affectés par ces changements de couleurs.

— On est où ? demanda-t-il. Tout est… si terne.
— Bienvenue dans le monde des morts, dit Axel en haussant les épaules. À part Illusiopolis, c'est partout pareil.

Axel regarda autour de lui, observant les environs avec attention.

— Hé, cet endroit, ce serait pas… la Ville de Traverse ?

Riku hocha la tête en guise d'affirmation.

— La Ville de Traverse ? répéta le garçon.
— C'est une ville réputée pour être le point de passage de nombreux commerçants, expliqua Axel. Elle est située au centre de tout, alors beaucoup de vendeurs passent par-là. On dit aussi que c'est là que se rendent tous ceux qui ne savent pas où aller. Cet endroit leur sert de refuge le temps qu'ils trouvent ce qu'ils cherchent. Peu de personnes s'installent vraiment ici pour une longue période, c'est pourquoi on a fini par baptiser l'endroit la Ville de Traverse.
— C'est pas le moment de faire un cours d'Histoire, grommela Riku.

Axel leva les yeux au ciel.

— En tout cas, reprit-il, ça fait bizarre de voir cette ville aussi déserte. La dernière fois que je suis venu, il fallait pousser les gens pour se frayer un chemin dans la foule. Bon en même temps, la dernière fois, j'étais encore en vie.
— La personne qui a ouvert le portail est peut-être encore là, dit Riku. On devrait se séparer et chercher.
— Ok, alors on va aller de ce côté. Si tu vois quelque chose…
— Je sais, l'interrompit Riku d'un ton froid.

Il rabattit la capuche sur sa tête et partit à l'opposé. Axel poussa un long soupir en se grattant l'arrière de la tête d'un air embêté.

— Il est toujours comme ça ? demanda le garçon.
— Depuis que je le connais, en tout cas.
— Ça fait longtemps ?
— Hm, pas vraiment. Je l'ai rencontré quelques jours après être tombé ici, donc ça doit faire deux mois et demi.

Le garçon baissa la tête. Deux mois… Axel et Riku étaient dans ce monde depuis si longtemps que ça et ils n'avaient à priori rencontré que lui, en tout ce temps. Et Axel était resté seul plusieurs jours avant cela. Lui ne pouvait même pas imaginer rester seul cinq minutes… Il n'osait pas penser à ce qu'avaient pu ressentir les autres durant tout ce temps. Il arrivait mieux à comprendre pourquoi ils restaient ensemble, bien que Riku ne semble pas du genre sociable. C'était probablement mieux que de rester tout seul.

Il suivit Axel à travers les quartiers et les ruelles. Pensif, il ne prenait quasiment pas la peine d'observer les alentours. Après une quinzaine de minutes de marche, ils retrouvèrent Riku sur une grande place devant une fontaine sans eau.

— Quelque chose ? demanda Axel.

Riku secoua la tête et Axel soupira.

— Qu'est-ce qu'on fait ? demanda-t-il d'un air dépité. On rentre ?
— Faites ce que vous voulez, répondit sèchement Riku. Moi je continue de chercher.

Axel sembla embêté par cette réponse.

— Écoute, on a fouillé toutes les rues et on a vu personne. Si ça se trouve, le portail s'est ouvert tout seul. Ça sert à rien de rester des heures ici.
— C'est toujours mieux que rester à attendre sans rien faire.

Le garçon regarda Axel et Riku à tour de rôle. Il avait l'impression que quelque chose d'important lui échappait dans l'histoire, mais il n'osa pas demander d'explications. Riku devait avoir une raison d'insister, mais le garçon commençait à être fatigué de ce paysage terne et il était d'accord avec Axel : tourner en rond ici ne les avancerait pas à grand-chose.

Il s'apprêtait à prendre la parole pour soutenir Axel mais sa voix fut couverte par un bruit plus fort. On aurait dit un tintement de cloches, juste derrière eux. Les trois compagnons se regardèrent avant de faire volte-face, levant les yeux vers le clocher. Les cloches se balançaient encore lentement dans les airs, mais il n'y avait aucun signe d'une présence quelconque.

— C'est peut-être automatique ? suggéra Axel.

Mais alors qu'ils continuaient à regarder le clocher, le garçon sentit quelque chose derrière eux. Il jeta un regard derrière son épaule et poussa un cri qui fit se retourner les deux autres. Tremblant, il pointa du doigt ce qu'il avait vu : une énorme tâche noire et violette qui se découpait du vide et dans laquelle, s'il n'avait pas halluciné, il avait vu quelque chose s'agiter. Axel fit aussitôt apparaitre ses chakrams dans ses mains et Riku matérialisa une étrange épée rouge et noire à la lame dentée qui lui donnait une apparence d'aile de chauve-souris. Tous deux se mirent en position de défense et Axel, d'un geste de la main, fit signe au garçon de reculer derrière lui.

Quelques secondes s'écoulèrent sans qu'aucun des trois ne dise ou ne fasse quelque chose quand, soudain, une forme sortit de la tâche sombre. D'abord une main gigantesque puis bientôt une autre, toutes deux étirant les bords de ce qui ressemblait à un portail afin de l'agrandir et de s'en extirper. Plusieurs formes sautèrent alors à l'extérieur pour tomber par terre, suivies des deux mains métalliques. La tâche noire disparut alors et quelque chose de sphérique roula jusqu'aux pieds des trois garçons.

Le garçon se rapprocha légèrement pour observer l'objet, caché derrière Axel. Cela ressemblait à… une tête ?

Deux points jaunes s'allumèrent subitement et il recula d'un bond. Tous les objets derrière se mirent alors à s'agiter bruyamment, comme s'ils étaient attirés les uns vers les autres par un aimant. Ils foncèrent sur l'étrange balle et s'y collèrent dans un « clac ! » strident, donnant forme à la créature dont ils formaient en fait les différentes parties. Le monstre ainsi assemblé faisait bien trois fois leur taille et avait une forme humanoïde, son corps couvert d'une armure de métal grise et violette. Une plaque se ferma devant ses yeux à la manière d'un heaume chevaleresque et ses bras et jambes paraissaient pouvoir se détacher de son corps à volonté, tournoyant dans l'air avant de se rapprocher du tronc de la créature à nouveau, comme maintenus à proximité par une force magnétique invisible.

— C'est… un Sans-cœur ? demanda le garçon.
— Il est immense ! s'exclama Axel.
— Restez sur vos gardes, avertit Riku.

À peine ces mots prononcés, le garçon sentit la main d'Axel le pousser brutalement en arrière avec assez de force pour le faire tomber ; il eut tout juste le temps de comprendre ce qui se passait que la main gigantesque de la créature s'abattit à l'endroit même où il se tenait quelques secondes plus tôt. Il ravala sa salive et recula rapidement sans se relever, encore un peu secoué. Face à lui, le Sans-cœur semblait plus imposant et terrifiant encore. Et de toute évidence, il n'était pas près de les laisser partir sans rien dire.