Bonjour, bonsoir à toutes et à tous.

Merci pour vos reviews et vos encouragements concernant cette fic.

RaR :

Guest : en fait je me suis trompée, pardon. Je voulais dire que je montre Deathmask comme dans l'anime, j'ai cafouillé dans mes explications. Du coup j'ai corrigé cette erreur comme la phrase en italien. Merci de me l'avoir fait remarquer.

Leia 26 : merci pour ton commentaire, j'espère que la suite te plaira :)

Je précise que le Prologue ainsi que ce chapitre a été corrigé par ma gentille bêta Kane-chi, que je remercie infiniment. J'ai replacé le prologue.

Bonne lecture,

PerigrinT.


Chapitre 1

Cenzo le caïd

Shion rassembla ses affaires le plus rapidement qu'il put, puis emmena son apprenti au Sanctuaire en le confiant aux bons soins du chevalier actuel du Bélier. Il ne resta que deux jours en Grèce et continua son périple jusqu'en Italie, pays voisin. Il ne savait pas combien de temps il serait absent, ni ce qu'il trouverait sur place. Ce dont il était sûr c'est qu'il ne pourrait pas en partir avant d'avoir déniché le propriétaire de ce cosmos puissant. De toute manière, il allait le ramener dans ses bagages puisque le futur apprenti l'avait appelé par la seule force mentale de cette aura bénite. Qu'il soit un prétendant bronze, argent ou or il appartenait dorénavant corps et âme à la déesse.

Il sonda son cosmos une fois débarqué sur le territoire pour percevoir plus précisément d'où provenait cette bribe d'énergie. Shion localisa la ville, Naples. Il devait se rendre là-bas dans les plus brefs délais car maintenant même sans l'appeler, cette aura s'emparait de lui en permanence. Comme un cri de désespoir, concentré et éploré. Shion n'aimait pas utiliser ses pouvoirs pour rien, surtout pour des choses anodines. Il se faisait un devoir de voyager comme tout humain vivant sur cette terre mais ce cri déchirant, cet appel incessant lui dictait de se dépêcher. Il se téléporta à l'écart de la ville dans un endroit peu fréquenté par les passants.

Étant au cœur de la ville, il sentit nettement ce cosmos naissant. Il marcha longuement dans les rues pavées de la vieille ville pour arriver dans un quartier mal famé. Les rues étroites, sombres ne laissaient que peu de place aux enfants pour jouer. Les immeubles se touchaient de part et d'autre, voilant la clarté du jour. Les mama houspillaient leurs rejetons ou les appelaient par-dessus leurs balcons. Les patriarches passaient le temps aux terrasses des bistrots à jouer aux cartes ou aux dominos.

Shion contourna ces ruelles peu sûres pour déboucher sur une petite place où se dressait une magnifique fontaine au centre. Des poissons s'entrelaçant y étaient sculptés laissant sortir de leurs gueules ouvertes le torrent qui se déversait dans le bassin. Des chenapans coururent près de lui en criant en italien. Un le bouscula en passant. Se souriant à lui-même il s'aperçut bien vite qu'une chose lui manquait… Sa montre à gousset en or. Il les suivit en s'engouffrant dans une autre rue noire.


Pour le commun des mortels cette ambiance n'était pas des plus avenantes, mais pour un chevalier aguerri comme Shion, cela ne représentait nullement un danger. Il s'arrêta net quand les gamins de tout à l'heure l'entourèrent. Un jeune adolescent de quinze ans approximativement s'approcha de l'Atlante couteau en main.

— Donne-nous ton fric vieux débris et on te laissera partir.

— Vous n'avez rien de mieux à faire que de traîner dans les rues et détrousser les touristes ? interrogea le Pope dans un italien parfait.

— La ferme ! Cenzo ! Fouille-le !

— Mais j'ai déjà sa montre Gia' !

— Passe alors, ordonna le plus vieux.

Le petit voleur s'exécuta. Shion les observa, ce caïd des bacs à sable devait être leur chef de bande. Il commandait les plus jeunes et ce bambino l'intriguait beaucoup. L'enfant le défiait sans jamais baisser les yeux, le bravant dans toute son insolence.

— Alors c'est toi qui m'as volé ? demanda Shion.

— On t'a pas demandé de parler le vieux ! Tais-toi sinon tu vas déguster…

— Je n'ai pas de temps à perdre, souffla l'ex chevalier.

Sans vouloir blesser les enfants, il se concentra et intensifia son cosmos pour barrer leurs mouvements en utilisant sa Psychokinesis. Surpris et apeurés, ceux-ci essayaient de gesticuler pour sortir de cet étau invisible. Shion alla récupérer sa montre la prenant des mains du leader. Le petit qui s'appelait Cenzo crut que l'adulte allait attaquer son ami, il explosa son cosmos en jais dorés pour s'extraire de la restriction de l'Atlante. Il réussit contre toute attente et se rua sur lui. Le bambino le frappait de ses poings avec toute la rage qu'il avait en lui, toujours plus fort. Shion le maîtrisa sans problème malgré la véhémence du petit. Il lui donnait des coups de pieds et tenta de le mordre à la main mais Shion ne lâcha pas sa prise. Au contraire, il colla le gamin contre lui pour l'empêcher de continuer.

— Arrête ! Arrête je te dis ! Inutile de lutter je suis plus fort que toi. J'ai le dessus. Je reprends ce qui m'appartient. Tu ne sais pas qu'il ne faut pas voler et surtout s'attaquer à plus fort que soit ?

Pour toute réponse il eut droit à un florilège d'insultes en italien. Plus loin, le chef de bande encourageait le petit à se défendre en lui disant de faire la peau au vioc. Mais qu'est-ce qu'un enfant pouvait bien faire à un Pope âgé de plus de deux cent quarante ans ?

— Alors c'est toi… C'est toi qui m'appelais hein ? C'est ton cosmos que j'ai senti…

— Tu dis n'importe quoi ! Je ne te connais pas ! Lâche-moi vieux fou !

Shion resserra sa poigne autour des hanches du petit.

— Tu vas me suivre… Cenzo… C'est un diminutif n'est-ce pas ? Comment t'appelles-tu ?

— Je te le dirais pas ! Dégage de là !

— Quel âge as-tu ? Tu es petit pour faire partie d'un gang. Où est ta mère ?

— J'ai pas de mère ! J'ai neuf ans ! Lâche-moi où je…

— Ou quoi ? Tu ne peux rien contre moi. Reconnais ta défaite. Tu es livré à toi-même à ce que je vois… Neuf ans dis-tu… Intéressant. Tu vois, je ne te crois pas. Pour moi tu n'as que cinq ans, tu mens.

— Non c'est pas vrai ! Pis ça te regarde pas ! Gia' aide-moi !

— Il ne t'aidera pas, regarde-le il ne peut plus bouger. Je l'ai paralysé.

Attentif tout à coup, Cenzo stoppa sa rébellion pour observer son ami. Effectivement, son grand manitou de copain ne bougeait plus ni ne bronchait. Le petit concéda à la puissance de ce vieil homme. Comment un croûton dans son genre parvenait-il à neutraliser toute une bande à lui tout seul ? Et d'un simple claquement de doigt qui plus est…

Attiré par la force brute, le garnement se demanda comment une chose comme celle-là pouvait exister. S'engouffrant dans cette brèche, Shion en rajouta une couche.

— Ca t'impressionne Cenzo ? Si tu viens avec moi je t'apprendrais à développer tes facultés. Toi aussi tu seras capable dans le futur de maîtriser tes arcanes et tes pouvoirs. Ce ne sont pas les mêmes que les miens, mais tu seras supérieur en tout par rapport à tes camarades. Tu sauras te défendre et protéger les plus faibles. Personne ne rivalisera avec ta puissance… Alors… Qu'en dis-tu ?

Le petit afficha un air renfrogné et se frotta le nez, puis shoota dans un caillou.

— J'ai pas envie d'aller avec toi, je te connais pas et ici j'ai mes copains. Ma famille.

— Ah oui vraiment ? Ta famille hein… C'est à ça qu'elle ressemble ? Tu veux passer ta vie à voler les passants et peut être même de te faire tuer dans la rue ?

— Qu'est-ce ça peut te foutre ! Libère-les ! brailla le minot(1).

— Je les libérerai après, quand nous serons partis. Parce que je vais te ramener avec moi que tu le veuilles ou non. Je ne te lâcherai pas. Je vois que tu n'as que la peau sur les os… Tu ne dois pas manger à ta faim… Que dirais-tu d'aller prendre un bon repas Cenzo ?

— Non ! Non, non, non !

L'enfant recommença à s'énerver et gesticuler dans tous les sens. Malheureusement, Shion dut employer la manière forte. A son tour le bambino se retrouva une nouvelle fois paralysé et devant sa bande médusée, l'Atlante emmena son fardeau avec lui qu'il porta comme un vulgaire sac de pomme de terre.


Plus tard dans une chambre d'hôtel, Cenzo se réveilla dans un lit moelleux. Il se remémora la scène qu'il avait vécu quelques heures plus tôt avec ce vieil homme à l'allure étrange. Il n'était pas comme les habitants de son pays. Qu'est-ce qu'il lui voulait bon sang de bonsoir ? Il l'enleva devant ses amis sans que personne ne puisse le défendre. Sans même les toucher, l'inconnu réussit à les immobiliser de par sa seule force mentale. Cet homme était impressionnant. L'enfant s'assit dans son lit en se demandant ce qu'il voulait… Pourvu que ce ne soit pas un sale pervers qui le forcerait à faire des trucs bizarres ! Cenzo ne connaissait rien de ces choses là, normal pour un petit garçon de cinq ans. Seulement, il possédait une maturité plus importante que la moyenne et Giacomo son ami et chef en titre lui avait dit de se méfier des vieux riches parce qu'ils emmenaient les petits pour profiter d'eux. Sans savoir exactement de quoi il s'agissait, le petit présageait des choses horribles. Giacomo lui avait certifié que ces hommes les mettaient nus dans un lit pour leur faire des choses avec leur sexe. Cenzo revit toutes les fois où sa mère recevait ses clients pour ses « affaires »… Les cris en rut ou les grognements de porcs de ces individus le révulsèrent. Des frissons d'effroi le parcoururent de la tête aux pieds. Il ne voulait pas qu'on lui fasse ce genre de chose. Non. Ca jamais de la vie !

Il se leva pour tenter de s'enfuir mais la porte était fermée à clef. Les fenêtres se trouvaient trop hautes dans l'hôtel pour qu'il puisse se sauver. Il en était à inspecter tous les recoins de la chambre quand Shion entra un plateau dans les mains.

— Je vois que tu as retrouvé toutes tes forces piccolino(2). Je t'ai ramené à manger si des fois tu avais un creux.

Shion posa le plateau sur une table et de suite le petit cessa toute activité pour scruter les victuailles. Il salivait, ne se nourrissant pas à sa faim il rêvait de bonnes choses au goût sucré. Dans son assiette, tout un assortiment de charcuterie italienne défiait l'enfant. De même pour le pavé de viande rouge qui l'appelait ainsi que les pommes frites qui lui faisaient de l'œil. Sur une autre assiette à dessert, une part de tarte à la fraise n'attendait qu'à être dégustée par l'enfant. Se pourléchant les lèvres, il vint s'asseoir et dévora tout ce qui se trouva à sa portée. L'Atlante dut même lui ramener une deuxième fournée de frites… Et pendant ce laps de temps, il eut la satisfaction de voir que le sauvageon ne tenta pas d'échapper à sa surveillance. Il resta à l'attendre dans la chambre.

Le Pope dialogua longuement avec son nouvel apprenti. Il détailla sa mission, la vie au Sanctuaire, le rôle de la chevalerie, l'histoire d'Athéna, son histoire enfin tout. Il ne lui cacha rien de ses attentes et de sa future vie. Cenzo ne lui répondit pas ou quasiment pas, se contentant de prononcer des monosyllabes ou de lui dire d'aller se faire voir ailleurs… Cet enfant ressemblait à un chat sauvage. Dangereux et teigneux de prime abord mais inoffensif et feulant-crachant plus que mordant. En vérité il donnait le change et tentait de se faire respecter. Les apparences étaient tout ce que ces gamins des rues avaient. Le contrôle de leur image : dur, impénétrable et incassable. Ce petit vénérait son ami le chef de bande comme un dieu car le peu de fois où il prenait la parole, c'était pour déblatérer un tas d'éloges à son égard. Malheureusement pour lui, cet adolescent qui représentait sûrement plus qu'un ami – un frère de cœur – jamais plus il ne le reverrait. Mais Cenzo pensait le contraire, persuadé que ce vieux sénile le ramènerait dans son quartier.

Les jours passaient sans que le Pope n'amadoue le minot. Son attitude revêche ne le quittait jamais, ce qui usait Shion à la longue.

Du côté de Cenzo, les choses s'amélioraient enfin, elles n'étaient pas si catastrophiques. Le vieux ne cherchait pas à abuser de son corps, il mangeait à sa faim, se reposait dans un lit confortable, sortait se promener la journée en compagnie de l'étranger. Pour la première fois de sa courte vie, il ne se préoccupait plus de sa survie, ni ne luttait pour gagner sa pitance. Il dormait en sécurité entre quatre murs et vaquait à des occupations d'enfants de son âge. Le seul souci était les récits inintéressants de ce Shion machin chose chevalier de branquignol. Il devait se les farcir encore et encore mais le plus impensable : les retenir ! Parce qu'en prime il lui posait des questions et il avait intérêt à y répondre. Sans ça le vieux croulant insistait jusqu'à tant que le petit donne une bonne réponse.

Cenzo admit que cet homme n'était pas méchant ni pervers. Il lui laissait le lit pour dormir sur le fauteuil. Il lui avait acheté même des vêtements neufs. Tous beaux, qui sentaient bon la lessive comme quand sa maman lavait son linge. Les rares fois où elle était sobre et saine d'esprit. En fait, les peu de fois où elle tenait son rôle de mère. À cette pensée, l'enfant effaça de suite toute trace de mélancolie sur son visage : ne jamais montrer ses faiblesses devant quiconque. Garder une expression dure, impressionnante, effrayante même pour décontenancer les autres. Les autres, les ennemis. Tous, tous représentaient des ennemis potentiels ; les clans rivaux, les adultes qui voulaient l'emmener dans une maison pour enfants, les proxénètes qui appâtaient les petits pour les vendre au marché noir. Tous, ne jamais faire confiance de sa vie et ne compter que sur lui-même. Ces doctrines lui avaient été inculquées par Giacomo son modèle. Elles raisonnaient dans sa tête comme des vérités, pire que l'Évangile. Alors Cenzo s'employait à ne pas décevoir Gia' pour qu'il soit toujours fier de lui et pour devenir son bras droit dans le futur. Mais là il ne le voyait plus. Il ne sera plus à ses côtés, il était seul encore plus que par le passé.

Une rage incommensurable prit le petit d'un coup juste en pensant à toutes ces choses. De colère Cenzo fracassa tout ce qui se trouvait devant lui. Avec ses petits poings mais possédant une force terrible, il mit à sac la chambre. Shion accourut depuis la salle de bain pour le stopper comme souvent. Il le cala contre son torse en le maintenant fermement. Malgré les coups qui cognaient contre sa poitrine, il emprisonna le furibond.

— Calmes-toi piccolo ! Tu ne partiras pas, mets-toi ça en tête. Tu viens avec moi en Grèce, chez moi. D'ailleurs il est temps de s'en aller, nous n'allons pas rester ici encore cent sept ans. Suffit j'ai dit !

— Lâche-moi ! Lâche-moi je veux revoir Gia' ! Je veux être avec lui.

— Non c'est impossible. Il t'a déjà remplacé de toute manière alors inutile de l'implorer, il se moque de ton sort.

— Tu dis n'importe quoi vieux fou ! Il ne ferait jamais une chose pareille. Je suis son équipier, il me l'a dit.

— Tu veux une preuve ? Tu veux voir ce qu'il fait en ce moment ? Tu veux vérifier s'il te cherche réellement ?

Les yeux plein de défi, le petit répondit par l'affirmative d'un mouvement de tête. Alors Shion lui montra ce qu'il désirait voir par une illusion, celle que seuls les Popes ont le privilège de posséder. De son index, l'homme pointa en direction du front un point précis. Un rayon traversa le cerveau du bambino et il découvrit la réalité. La dure, triste réalité. Shion n'insuffla pas une illusion factice, ce n'était que la stricte vérité qu'il offrait au petit. D'ailleurs ce dernier vit ses anciens camarades parcourir les rues de Naples avec un nouvel enfant. Giacomo le prenait sous son aile, lui enseignait les bases du larcin, riait avec. Tous l'adoptèrent et personne ne parlait plus de Cenzo. C'est comme s'il n'avait jamais existé à leurs yeux. De plus, ils ne semblaient pas peinés de sa disparition puisque leurs vies se poursuivaient comme jadis. Le petit n'était rien, comme aux yeux de sa mère. Un déchet tout au plus, rien de mieux, rien de moins.

Les larmes aux yeux, l'enfant fixa Shion et ne put les retenir. Depuis bien longtemps il s'épancha devant quelqu'un. Parce que cet être perdu entre fureur et mélancolie avait besoin de point de repère, besoin d'exprimer ses ressentis comme tout enfant de son âge. Parce qu'enfin Cenzo devait redevenir cet enfant qu'il n'était plus depuis bien trop longtemps, rattrapant son retard de reconnaissance. Quand les spasmes se calmèrent un peu, Shion se pencha sur lui et d'une main rassurante effleura la joue mouillée.

— Alors tu veux bien me dire comment tu t'appelles maintenant ?

Entre deux sanglots l'enfant répondit.

— Innocenzo… J'ai… J'ai… Cinq ans…

(suite...)


(1) petit enfant dans le dialecte du Sud.

(2) petit, terme affectueux.