Titre : Christmas spirit
Auteur : Meloe
Disclaimer : I don't own Lie to Me or any of the characters. No copyright infringement intended.
Genre : Romance, humour.
Résumé : Artificiel, mercantile, hypocrite… Voilà ce qu'évoquait Noël pour lui. Et pourtant, aujourd'hui, Cal n'était pas loin d'admettre que ce Noël-ci pourrait bien être l'un des plus beaux de sa vie.
Saison/Spoiler : Saison 3, Smoked (3x08). Pas de vrais gros spoilers normalement, plutôt des mentions de perso et évènements.
A/N : Voilà la suite! Un grand merci à ceux qui ont laissé des reviews, ça aide vraiment de savoir ce que vous en pensez!
Chapitre 2 : Christmas Ads
Oh look, yet another Christmas TV special! How touching to have the meaning of Christmas brought to us by cola, fast food, and beer... Who'd have ever guessed that product consumption, popular entertainment, and spirituality would mix so harmoniously?
Bill Watterson, Calvin & Hobbes
« Ces pubs sont brillantes, remarqua-t-il laconiquement, un peu plus et on pourrait effectivement croire que le Père Noël passe la majeure partie de l'année à mettre du soda en bouteille sur la banquise avec des ours alors que ses rennes s'amusent à jouer aux super-héros en plein New York…
- Un peu plus de joie et un peu moins de critiques seraient les bienvenues, lui souffla Gillian en lui donnant un coup de coude discret.
- Très bien, soupira-t-il. Après tout nous sommes en train de regarder un film qui vante les mérites d'une carrière en tant que plus grand méchant de tout les temps. Je ne sais vraiment pas pourquoi je m'étonne encore, maugréa-t-il.
- C'est un dessin animé, Cal, lui répondit-elle avec un sourire. Et c'est un gentil méchant, expliqua-t-elle.
- Tu as une explication encore plus antinomique sous la main, peut-être ? lui demanda-t-il en penchant la tête.
- Silence, la pub est finie. Profite du film, lui intima Gillian en le repoussant contre le dossier du sofa.
- Je croyais que c'était un dessin animé, la taquina-t-il.
- Chut. »
Masquant un sourire, il se laissa faire et reporta son regard sur l'écran. Un gros bonhomme semblait crier des ordres à des petits bonshommes pour le plus grand bonheur des trois enfants rassemblés au pied du sofa et à sa plus grande consternation. Haussant les épaules dans un mouvement qui fit tomber un peu plus la tête de Gillian contre son torse, il décida de suivre le conseil de son amie et de profiter, à défaut du film, de l'après-midi.
Ce n'était pas tous les jours en effet qu'il se retrouvait ainsi à visionner un dessin animé tout en tenant Gillian contre lui. Une position qu'elle ne pouvait définitivement pas imputer à l'étroitesse du sofa qui, déserté par les enfants, était amplement assez large pour qu'ils en occupent chacun un bout sans entrer en contact. Mais elle en avait apparemment décidé autrement et bien loin de lui l'idée de se plaindre.
« Tu sais, reprit-il après un moment, je n'en reviens pas que la baby-sitter de ta voisine se soit ainsi désistée.
- Elle a une… rhinite allergique, pointa-t-elle. Ça me semble plutôt prudent qu'elle n'ait pas voulu y exposer les enfants.
- Hum. Tu sais ce qu'est une rhinite allergique ? lui demanda-t-il l'air de rien.
- Un rhume, Cal, soupira-t-elle. On est en hiver, les gens tombent malades… Il n'y a pas forcément un mensonge là-dessous, ajouta-t-elle avec un sourire.
- Je n'ai encore jamais vu quelqu'un souffrir d'un rhume des foins en décembre, mais si tu le dis… Après tout, avec le dérèglement climatique, le printemps est peut-être déjà là, conclut-il malicieusement.
- Tu es vraiment…
- Adorable ? proposa-t-il en la serrant un peu plus contre lui.
- Irritant, compléta-Gillian en riant légèrement.
- C'est ce qui fait mon charme. »
Elle grogna une réponse qu'il décida de prendre comme une affirmation et reporta son attention sur le dessin animé. Il avait beau râler pour la forme, il était plutôt reconnaissant à la baby-sitter de Madame Jeffins d'avoir ainsi déserté. Ils étaient censés attaquer l'achat des décorations de Noël aujourd'hui et non visionner ça. Lorsqu'il était arrivé un peu plus tôt chez Gillian, il l'avait trouvé prise d'assaut par les trois petits diables, courtoisie de sa voisine lui avait-elle expliqué entre deux cris enfantins, et n'avait pas pu refuser quand elle lui avait demandé s'il voulait rester l'aider.
Cal ne se faisait cependant pas d'illusions, il savait qu'il venait simplement de reporter l'inévitable et il était prêt à parier qu'aussitôt madame Jeffins revenue, Gillian s'empresserait de relancer ce qu'il en était venu à surnommer l'opération EDEN. Son enfer personnel, décida-t-il en imaginant l'épopée commerciale qui l'attendait.
Gillian dut d'ailleurs sentir sa réticence lorsque trois heures plus tard – et autant d'attaques à sa personne de la part des diablotins en culottes courtes – madame Jeffins vint les libérer de leur corvée de baby-sitting. Il savait que son amie appréciait les enfants, d'autant plus depuis la perte de Sophie, mais il ne put s'empêcher de sourire largement lorsqu'elle jeta un regard désabusé à l'état dans lequel ces derniers avaient laissé son salon.
« Tu sais, je crois que c'est un sticker à l'effigie des Bisounours qui orne ton Rodin, pointa-t-il avec un détachement feint.
- Et pourtant je ne peux m'empêcher d'envier ton dernier tatouage, lui rétorqua-t-elle avec malice.
- Tatouage ? reprit-il. Oh bon sang, pesta-t-il en tentant d'effacer l'infâme Dora qui ornait dorénavant son avant bras droit. D'où est-ce qu'ils tirent ça ? demanda-t-il avec un regard accusateur à sa collègue.
- Aucune idée, répondit-elle innocemment. Mais ça ne te dispense pas, le prévint-elle.
- Je sais, maugréa-t-il en frottant son bras, les décorations… Allons-y, dans ce cas, dit-il, résigné.
- A vrai dire… »
Il observa Gillian se mordre la lèvre, débattant ostensiblement avec elle-même, avant de jeter un regard en direction des escaliers. Curieux, jugea-t-il en espérant dans le même temps qu'elle reconsidère toute cette histoire de guirlandes.
« Les comptes ne sont pas si bon que ça cette année, n'est ce pas ? lui demanda-t-elle finalement.
- Et c'est pertinent parce que…
- Je crois que j'ai trouvé un moyen de faire des économies, expliqua-t-elle en grimaçant légèrement. Il me reste quelques décorations des années précédentes… Autant les utiliser pour notre sapin.
- Foster… Et toi ? demanda-t-il en fronçant les sourcils. Ton sapin ?
- Pas cette année, répondit-elle en souriant tristement. Alec n'est plus là et l'année dernière… Le sapin était bien trop morose pour que je veuille renouveler l'expérience, finit-elle en haussant les épaules. »
Il la fixa un instant et se maudit de ne pas avoir osé la convier à diner le Noël précédent. Il avait été si certain qu'elle le passerait avec ses parents, qu'il n'avait pas pensé à l'inviter. Ou plutôt si, amenda-t-il, il y avait pensé – un peu trop sans doute – et il avait simplement sauté sur la première excuse qu'elle lui avait fournie. Cal se promit de ne pas s'y laisser reprendre.
« Je ne peux pas proposer mes décorations, pointa-t-il. Emily a insisté pour qu'on installe le sapin le week-end dernier. Je commence à penser que tu as une mauvaise influence sur elle, la taquina-t-il.
- Par opposition à la tienne ? lui demanda-t-elle en riant. Très bien, direction le grenier dans ce cas, décida-t-elle en s'engageant dans les escaliers. »
Cal lui emboita le pas et il eut vite fait de se retrouver littéralement embourbé dans les quelques décorations que Gillian avait déballé. Il ne savait pas d'où elle sortait tous ces cartons mais ce qui était certain, c'est qu'il y en avait plus qu'assez pour décorer l'immeuble entier du Lightman Group et peut-être mêmes les bureaux voisins. Et parmi la masse de boules de Noël, de petites figurines et autres bonshommes de neige en bois peint, il y avait un impressionnant tas – il ne voyait pas d'autre mot – de guirlandes.
« Et voilà, soupira Gillian avec satisfaction en déposant le dernier carton devant lui.
- Nous allons utiliser tout ça ? demanda-t-il, circonspect.
- Ce serait un peu trop, même pour moi, reconnut-elle avec bonne humeur. Il ne nous reste plus qu'à trier je suppose. Je m'en occupe si tu veux, proposa-t-elle.
- D'accord, approuva Cal, trop heureux d'échapper à la tâche.
- Parfait. Tu t'occupe de ça dans ce cas, lui lança-t-elle avant d'attraper le premier carton à sa portée.
- Ça ?
- Les guirlandes, Cal, oui. C'est toi qui as dit que tu ne voulais pas trier, pointa-t-elle malicieusement. »
Il aurait dû s'en douter. Il venait de se faire avoir. Protestant pour la forme, il suivit l'exemple de Gillian et s'assit à ses côtés, à même le sol, avant de se saisir d'un des bouts – côtés plutôt – du tas de guirlandes qui lui avait été attribué. Il en avait au moins pour la prochaine décennie si elle espérait qu'il démêle tout ça, décida-t-il en tentant de déterminer par quel fil commencer. Franchement, c'était aberrant que personne n'ait songé à inventer une manière de ranger ses foutues guirlandes alors que leurs téléphones portables en étaient presque au point de réchauffer leur nourriture pour eux.
« Emily reste avec toi pour les vacances ? lui demanda Gillian quelques minutes plus tard.
- Oui. Zoé a réclamé le jour de l'an en revanche, pointa-t-il.
- Ça ne la dérange pas de ne pas avoir Emily pour Noël ?
- A moitié, admit-il. Mais je ne lui ais pas vraiment laissé le choix. D'autant plus que les enfants de Roger seront là et je sais qu'Emily ne les apprécie pas tant que ça, remarqua-t-il en grimaçant.
- C'aurait été l'occasion pour elle de gagner quelques frères et sœurs pourtant, réfléchit Gillian.
- C'est exactement ce que je lui ais dit.
- Et qu'a-t-elle répondu ?
- Qu'elle avait décidé de prendre exemple sur moi et qu'elle avait déjà une seconde famille, grogna-t-il en dénouant une guirlande.
- Le lycée ? demanda-t-elle, étonnée.
- Le Lightman Group, la corrigea Cal en levant les yeux au ciel.
- Cal, le réprimanda Gillian, j'espère que tu ne compte pas lui faire passer ses vacances enfermée dans ton bureau…
- Absolument pas, rétorqua-t-il avec un sourire. Je l'emmène en voyage.
- Voyage ?
- A Londres. »
Le regard surpris que lui lança Gillian le fit sourire un peu plus et il décida qu'après tout s'il devait révéler la raison de ce voyage à quelqu'un ça pouvait aussi bien être elle. Il n'avait même pas essayé de se justifier auprès de son ex-femme, décidant que Zoé ne comprendrait pas l'importance de cette visite. Or c'était un voyage important, de ça il était convaincu, que ce soit pour lui ou pour Emily.
« Ça fait des années qu'Emily me demande de rencontrer son grand père, expliqua-t-il. Il fallait bien que ça arrive un jour…
- Tu va voir ton père ? demanda Gillian, étonnée.
- Par définition, oui, répondit-il en maudissant la formation de psychologue de son amie.
- Il est au courant ?
- Évidemment, répondit-il en se retenant de lever les yeux au ciel. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'il débordait d'enthousiasme à l'idée de notre visite mais je crois qu'il tient vraiment à rencontrer Emily.
- La dernière fois que tu l'a vu… commença Gillian.
- Est loin, la coupa-t-il en fronçant les sourcils. Je veux faire ça pour Emily, c'est important. Et ça fait à peu près autant d'années que je n'ai pas fleurie la tombe de ma mère, ajouta-t-il en fixant une fissure dans le parquet.
- Combien de temps comptes-tu y rester ? lui demanda-t-elle en posant une main sur son avant-bras.
- Quelques jours tout au plus, répondit Cal. Je ne pense pas que nous puissions nous supporter plus que ça, railla-t-il.
- Tu ferais mieux de ne pas oublier de me ramener du thé cette fois-ci, le menaça-t-elle en souriant.
- Noté, promit Cal, reconnaissant du changement de sujet.
- D'ailleurs, réfléchit-elle, que dis-tu d'une tasse ?
- Excellente idée, je m'en occupe, proposa-t-il avec enthousiasme.
- Hors de question, tu as des guirlandes à démêler, lui rétorqua Gillian avant de se lever. »
Il réprima un grognement et tenta de dégager une guirlande supplémentaire du tas. A ce rythme il en avait encore pour quelques années, songea-t-il en retirant une boule de Noël prise dans la mêlée. Cal se demanda un instant à quoi ressemblerait la maison de son enfance ce Noël-ci. Son père aurait-il pris la peine de la décorer ? Fêtait-il encore les fêtes de fin d'année ? Des questions qu'il ne s'était pas posé depuis, quoi ? Vingt ans, plus ou moins quelques années. Difficile de dire qu'il envisageait leurs retrouvailles avec joie. Appréhension tout au mieux, décida-t-il. Peut-être même trouverait-il quelques décorations supplémentaires à ramener, songea-t-il en observant Gillian apparaître à la porte du grenier, plateau de thé en main.
« Je pensais, reprit Gillian en se rasseyant à ses côtés.
- Étonnant, se moqua-t-il gentiment.
- Nous pourrions inviter Ben, poursuivit-elle en ignorant son intervention, pour la soirée de Noël.
- Je serais curieux de comprendre comment nous sommes passés des décorations, au FBI pour finalement arriver à une soirée de Noël ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.
- Tu as promis d'embrasser l'esprit de Noël, lui rappela la psychologue. Organiser une soirée en fait partie, pointa-t-elle innocemment.
- Pour Noël ?
- Pour le réveillon de Noël, rectifia-t-elle. Les gens seront avec leur famille le 25. Alors ?
- C'est bizarre, un instant j'ai cru que tu me demandais mon avis, railla-t-il.
- Non, sourit-elle. Simplement si tu pensais que c'était une bonne idée d'inviter Reynolds.
- Hum, je ne suis pas sûr qu'il soit si pressé que ça de me revoir, grimaça Cal en se remémorant les blessures de l'agent.
- Noël est la période du pardon, pointa son amie. Et je suis sûre qu'il sera ravi de pouvoir venir saluer Loker et Torres. »
Il soupira songeant que pardon ou pas, il serait peut-être de bon goût de convier Reynolds à leur soirée. Après tout l'agent avait travaillé de longs mois avec eux et même lui devait reconnaitre que c'était un peu idiot de couper ainsi les ponts. Tirant un coup sec sur une guirlande lumineuse, il se demanda un instant si l'idée d'une soirée de Noël lui aurait été épargnée pour peu qu'ils aient dévalisé les magasins plutôt que le grenier de Gillian. Pas qu'il veuille changer quoique ce soit, songea-t-il en profitant de la proximité de son amie.
« D'accord, céda-t-il finalement. Mais je refuse d'inviter le maire et toute sa clique ou nos clients, impact marketing ou non, asséna-t-il fermement. Seulement les proches collaborateurs.
- C'est ce que je pensais, confirma Gillian. Je connais ton amour pour les bureaucrates, sourit-elle.
- Hum.
- Très bien, Reynolds, Torres et Loker, proposa-t-elle. Anna, Sarah et Charles aussi peut-être. Ce sera leur premier Noël au Lightman Group, après tout, réfléchit-elle.
- Simplet, Grincheux, Timide et Atchoum. N'en manque plus que trois et on aura bientôt la panoplie complète, railla-t-il.
- Propose à Walloski, rétorqua Gillian, irritée par ses remarques, et on aura peut-être la sorcière à défaut des trois nains manquants. »
Sérieusement ? Sérieusement. Elle était sérieuse. Cal n'en revenait pas de la vitesse à laquelle la conversation avait dérapée. Il était avec elle, dans son grenier, en train de trier ses satanées décorations, pour leur foutu sapin et elle lui jetait Walloski à la figure. Il se retint de lever les yeux au ciel, jugeant que ça n'arrangerait probablement pas la situation et se demanda comment diable est-ce qu'il pouvait bien lui faire comprendre que la policière n'était rien d'autre que… Que quelque chose comme l'avait si éloquemment remarqué Emily. Quelque chose par opposition à elle. A tout, lui souffla une petite voix qu'il s'efforça de chasser d'un haussement d'épaule.
« Je croyais que nous n'invitions que les proches collaborateurs, rétorqua-t-il avec un détachement feint.
- Oh, et à qui espère tu faire croire que Walloski ne l'est pas ? demanda Gillian, sans réussir à effacer la pointe de rancune de sa voix.
- Elle est périphérique, pointa-t-il avec fermeté. Et je suis plutôt sûr que son partenaire s'est enfin décidé à l'inviter à diner pour le réveillon, remarqua-t-il nonchalamment. »
Il réprima un sourire lorsqu'il capta le regard surpris que lui jeta Gillian et se retint de lever les yeux au ciel lorsqu'il réalisa qu'Emily n'avait pas eu tort, son amie croyait bel et bien que lui et la policière se voyaient en dehors du travail. Techniquement c'est ce qu'il faisait, admit-il en repensant aux tuyaux échangés dans les ruelles désaffectées de la ville, mais pas comme elle le croyait.
« Je pense qu'Emily tiendra à venir aussi, dans ce cas, reprit-il.
- Bien sûr, approuva Gillian avec enthousiasme.
- Je la mettrais au courant ce soir.
- Oh, ce ne sera pas nécessaire, lui fit-elle remarquer.
- Comment ça ?
- Elle l'est déjà.
- Nous venons juste de décider d'organiser cette satanée soirée, pointa-t-il, comment... Bon sang, grogna-t-il en avisant l'éclair de malice dans les yeux de son amie, je viens juste d'approuver ce que tu avais déjà décidé, n'est ce pas ?
- Possible, admit-elle avec un léger sourire. Pour ma défense, je tiens à préciser que ça a été décidé dans un esprit démocratique. L'ensemble du staff est d'accord, conclut-elle.
- Oh, donc je ne fais plus partie du staff ? demanda-t-il en affectant un air blessé. Pas de démocratie pour moi ?
- Avoue qu'inviter le tyran des lieux à l'isoloir…
- Malin, Foster, très malin, répondit-il en secouant la tête. Rappelle-moi de me méfier de tes talents d'organisatrice à l'avenir.
- Ça gâcherait tout l'intérêt de la chose, tu ne crois pas ? demanda-t-elle en souriant. »
Il la fixa un instant, se demandant pourquoi diable est-ce qu'il la laissait s'en tirer aussi facilement alors qu'eusse été Loker, Torres – ou n'importe qui, vraiment – il aurait déjà exigé leur lettre de démission. Il prit une minute de réflexion et se rendit compte que c'était en réalité une question qu'il se posait un peu trop souvent. Plus dérangeant encore que cela était le fait que ne pas avoir de réponse ne le gênait absolument pas. Un fait que son esprit scientifique avait du mal à assimiler. Un fait que son très estimé esprit scientifique imputa à la phase de déni abrupt dans laquelle il se trouvait avant d'occulter aussitôt cette même pensée, car après tout c'était là tout l'intérêt de nier quelque chose.
Secouant la tête tout en se fustigeant pour ses tendances grandissantes à la schizophrénie, Cal tenta avec plus ou moins de bonne volonté – et encore moins de patience, délicatesse et autre niaiseries probablement requises – de dénouer l'une des guirlandes lumineuses du tas. Une tâche rendue difficile par les boules de Noël qui s'étaient emmêlées avec celle-ci. Il soupira avant de les retirer une par une, grimaçant ostensiblement quand il retira trois étoiles fuchsia du lot, suivies de deux flocons de neige rose bonbon – oui, rose – et…
Son esprit scientifique revint soudainement à la charge et lui souffla que si Newton l'avait reconnu, il était proprement impossible pour lui de l'ignorer, phase de déni ou non. Grimaçant un peu plus, Cal retira une pomme de bois rouge foncé de la masse de guirlandes et détortilla la petite ficelle qui servait probablement à l'accrocher au sapin, avant de la tenir devant lui à longueur de bras.
« Oh, tu as retrouvé mes décorations, s'exclama Gillian avec ravissement.
- Elles sont dans ton grenier, est-ce que ce ne sont pas toutes les tiennes ? demanda-t-il en haussant un sourcil.
- Si, admit-elle, mais celle-ci sont spéciales.
- Des flocons et des figurines de Noël, analysa Cal. Nope, rien de spécial, pointa-t-il laconiquement.
- Elles sont roses, expliqua-t-elle en tirant à elle les décorations qu'il venait de dénouer de la guirlande. Fais moi passer la pomme aussi, lui demanda-t-elle.
- Non.
- Cal ?
- Est-ce que tu ne retiens que la moitié des contes que tu lis ? lui demanda-t-il en penchant la tête, un sourire en coin étirant ses lèvres.
- Pardon ?
- Pas de pomme pour toi, Blanche Neige, lui annonça-t-il en plaçant la décoration en bois hors de sa portée. Hors de question que je m'occupe de l'organisation de cette soirée tout seul juste parce que tu auras décidé qu'un petit somme ne serait pas de trop, conclut-il. »
Il esquissa un léger sourire lorsqu'il vit son amie détourner le regard et quand elle laissa retomber ses cheveux devant son visage il se retint de lui faire remarquer que cette technique ne parvenait à masquer ni la rougeur de ses pommettes, ni le timide sourire qu'elle tentait de retenir. Il finit de démêler l'une des guirlandes et laissa un soupir de satisfaction lui échapper lorsqu'il se rendit compte qu'il avait finalement réussit à trouver un moyen de faire comprendre la situation à Gillian. Que ledit moyen soit un conte pour enfant le fit grimacer légèrement avant qu'il ne hausse les épaules, décidant qu'au point où il en était ça ne changeait probablement plus grand-chose.
« Rassure moi, tu ne comptes pas accrocher celles-ci sur notre sapin ? demanda-t-il en désignant les décorations fuchsia étalées sur le sol.
- Non, je comptais les réserver pour ton bureau, le taquina-t-elle en se passant une main dans le dos.
- Courbatures ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.
- Hum, nous n'avons pas choisi l'endroit le plus confortable pour tout déballer, nota-t-elle, mais j'avoue que l'idée de tout éparpiller dans mon salon…
- D'autant plus qu'il est déjà bien décoré, pointa-t-il, autocollants et gribouillis sont des décorations auxquelles on ne pense pas assez souvent, se moqua-t-il gentiment. »
Elle lui frappa gentiment le bras et il en profita pour l'attirer un peu plus à lui. L'empêchant de protester, il lui fourra une tasse de thé dans une main avant de se saisir de la sienne et de passer un bras autour des épaules de son amie. Pas la peine qu'ils soient deux à avoir mal au dos, après tout. Simple bon sens scientifique. Il but une gorgée avant de se replonger dans la fastidieuse tâche qui lui avait été allouée. Alors qu'il dégageait une ribambelle de luminions du tas, il jura que le premier qui osait critiquer leurs décorations aurait à faire à lui. Songeant que ce serait probablement Loker qui s'y collerait, il décida qu'il serait également sage pour lui – son autorité, sa fierté et sa réputation – de taire qu'il avait en vérité passé une après-midi entière à trier lesdites décorations à même le sol du grenier de Gillian.
C'était idiot, décida-t-il en sentant un sourire se frayer malgré tout un chemin sur ses lèvres. Ils avaient probablement l'air de la parfaite pub de Noël ainsi installés : elle appuyé contre lui tout en triant des décorations et lui tentant de ne pas renverser sa tasse de thé tout en démêlant des guirlandes à l'aide de la main – et du bras – qui n'était pas autour des épaules de son amie. Et pour la première fois depuis longtemps, il dut reconnaitre que ça ne le dérangeait absolument pas. Bien au contraire.
