Et voilà le 1er chapitre ! \(°u°)/
Petite précision : Fairy Tail apparaitra dans plusieurs chapitres car je dois d'abord mettre en place l'histoire de mon OC, et désolée à tous les grands romantiques, mais il n'y aura pas d'autre histoire d'amour que celle qui maintient les liens familiaux :P
Guest : Whaaa merci beaucoup ! *^u^* Dans ce cas, j'espère que tu aimeras cette histoire encore plus après la réécriture :) Des bisous !
Et merci Ja'SminX, alvia viridis et mimi . campeau pour vos favoris/follow !
Bonne lecture !
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Fairy Tail et tous ses mages ne m'appartiennent pas, et cette fiction est réalisée par plaisir dans le but de divertir.
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Chapitre I : Eveil et folie
Le temps perd toute mesure, tout sens, lorsque l'on est enfermé. Il peut bien s'écouler des jours, des mois, des années… Ça ne fait aucune différence. Et de toute façon, dans le cas de l'Arme, ça n'avait pas la moindre importance : le donjon étant souterrain et uniquement éclairé par des torches, elle n'avait jamais vu le jour, jamais vu la nuit. Elle ne savait même pas que les journées existaient et ce qu'elles représentaient. Son rythme de vie s'établissait selon son sommeil et l'heure à laquelle on venait la nourrir.
Aussi loin qu'elle s'en souvenait, elle avait toujours vécu ainsi recluse, et elle n'avait pris conscience de sa captivité que lorsqu'elle avait saisi le concept de « liberté » : des créatures allaient et venaient souvent devant sa prison pour la nourrir, et elles, elles n'avaient pas d'entraves à leurs poignés. Le monde était donc plus vaste que ces quatre murs…
Cela signifiait qu'on la contraignait ici pour une raison. Mais laquelle ?
Elle n'avait pas eu de réponse à sa question, ni même à toutes celles qu'elle se posait… Et de toute façon personne ne pouvait lui en apporter.
Jusqu'à ce qu'elle remarque que les êtres qui s'occupaient d'elle émettaient des sons avec leur bouche et semblaient se les échanger. Ces bruits n'étaient pas sans queue ni tête et avaient un réel but : celui de se comprendre. Alors elle voulut pouvoir communiquer comme eux, afin de leur demander pourquoi elle était là… Mais avant, il lui fallait d'abord déchiffrer tous ces sons, tous ces mots, et saisir le principe du langage. Curieuse et déterminée, l'Arme tendit donc l'oreille dans l'idée d'apprendre cet ingénieux système.
La tâche fut plutôt facile, et pour cause. Il y avait un être qui s'occupait le plus souvent d'elle, Maúrnan, ni plus ni moins son gardien attitré de cellule. Il avait un corps vouté et recouvert d'un fin pelage noir. Ses yeux fauves perçaient l'obscurité du donjon, et il possédait des oreilles félines ainsi qu'une queue dont la torsion laissait deviner qu'elle était cassée.
Maúrnan était une vraie pipelette et avait l'étrange tendance à parler tout seul. Peut-être s'ennuyait-il et tenait ainsi ses monologues pour faire passer le temps plus vite… Mais cette habitude avait permis à l'Arme de progressivement écouter, décoder et comprendre les principes du langage.
Maúrnan fut donc bien surpris lorsqu'un jour, il l'entendit de loin dire des mots distinctement, s'entrainer à parler à haute voix. Incrédule, il avait immédiatement accouru pour vérifier, mais elle s'était tue dès qu'il avait franchi le seuil de la porte. Le gardien de l'Arme avait alors saisi que par sa faute, elle s'était enrichie et avait appris à parler, chose à laquelle il n'aurait jamais pensé en monologuant simplement.
Mais le mal était fait, et il prit aussitôt peur pour sa propre personne : son Roi n'apprécierait certainement pas de savoir que, à cause de lui, l'Arme avait acquis un semblant d'intelligence, elle qui devait n'être rien de plus qu'un animal. Il serait furieux s'il apprenait que l'Arme, sa si précieuse création, ne correspondait pas à ses attentes, alors le gardien choisit de passer sous silence cette malencontreuse erreur. Et heureusement pour lui, l'Arme semblait réticente à l'idée de communiquer avec eux, et donc de démontrer son intelligence.
En effet, une fois qu'elle eut acquit cette capacité et compris de quoi parlaient les êtres autour d'elle, elle avait vite renoncé à ouvrir le dialogue.
Car elle avait fini par comprendre qui elle était. Ou plutôt, ce qu'elle était.
Elle avait d'abord apprit être un Démon, une créature tout comme celles qui l'entouraient. Cependant, elle n'était pas comme les autres Démons, elle était différente de ses semblables… Etait-ce pour cela qu'on l'avait enfermée, isolée ? Etait-ce un mal d'être différent ?
Elle avait donc continué d'épier les conversations, d'apprendre et de se renseigner… Jusqu'à ce qu'elle comprenne justement sa différence.
Apparemment, un être vivant venait au monde grâce à la chair de deux autres êtres vivants… Mais elle, elle avait été fabriquée, conçue par ce qu'ils appelaient le Nodecem. Et si elle n'était pas née de manière naturelle, c'était afin de la fabriquer plus forte qu'eux tous réunis, la rendre sur mesure à la tâche à laquelle on la préparait : détruire leurs ennemis de toujours : les Hommes. Elle n'existait que pour rivaliser et vaincre à elle seule les humains et leur pouvoir, la Magie.
Ainsi, elle n'était rien de plus qu'un outil que les Démons forgeaient et dont ils comptaient disposer. Elle n'était qu'une arme contre des êtres qu'elle ne connaissait pas et qui contrairement à ses créateurs, ne lui causaient pas de tort. Ce n'était pas eux qui l'avaient enfermée dans cet espace minuscule, avec ces chaines qui lui blessaient un peu plus les poignets chaque jour. Ce n'était pas eux qui avaient tenté de la réduire à l'état d'objet pour se servir d'elle.
Ce n'était pas eux qui avaient tenté de faire d'elle une Arme et de la priver de liberté.
C'était cela, les Démons ? Créer, abrutir et asservir un être afin de l'utiliser selon son bon vouloir ?
Elle trouva immédiatement ces créatures répugnantes et monstrueuses… Mais elle réalisa qu'elle l'était bien plus qu'eux : elle était issue du pire de chacun d'eux, de leur sombres projets, de leurs ambitions mauvaises… Elle ne pouvait même pas être considérée comme un être « vivant » puisque tout n'était qu'artificiel chez elle.
Cette prise de conscience la blessa profondément… Mais de cette blessure naquit sa révolte.
L'Arme refusa alors ce destin auquel on la préparait. Elle refusa d'être ce qu'on lui demandait justement d'être, à savoir un monstre. Leur monstre. Elle ne comptait pas se soumettre au statut de n'être qu'un objet, et encore moins d'être une bête dépourvue de conscience.
Sa révolte continua donc de grandir, et de curieuses forces vinrent peu à peu s'affronter en elle et s'affirmer. Des choses qu'elle ressentait dans son corps, mais qui n'étaient pas comme la douleur, la faim, la fatigue… Non, celles-ci, elle ne les avait jamais ressenties et elle n'apprit leur nom que bien plus tard : des émotions. Au début elles naquirent en elle sous forme d'amertume à l'égard de ses geôliers, puis au fil du temps, nourris par sa vie de claustration, elles devinrent bien plus puissantes. Un terrible sentiment prit alors peu à peu place en son sein, un sentiment qu'elle portait à l'égard de Maúrnan, des Démons, de cet endroit…
De la haine.
Elle découvrit cette forme de malveillance, et elle laissa volontiers son flot d'énergie noire la pervertir.
Elle s'était animée de la volonté de vivre : elle voulait désormais s'enfuir loin d'ici, goûter à la liberté et découvrir le monde qu'elle s'imaginait merveilleux comparé à cette prison. Ses yeux voulaient voir tout ce qu'ils n'étaient pas en mesure de discerner ici et sa curiosité grandissait, la laissant assoiffée de savoirs et impatiente de comprendre toutes ces émotions qui se bousculaient en elle et dont elle ignorait les appellations. Toutes ces choses que les Démons avaient tentées de lui refuser en souhaitant faire d'elle une créature bestiale et vide d'âme.
Elle commença ainsi à rêver, à imaginer la vie au-delà de ces murs. Son esprit fut bientôt nourrit par ses pensées, et son intelligence s'en gorgea… Mais elle se savait incapable de se défaire de ses chaines et de sortir de cette pièce, ce qui ne fit qu'approfondir sa haine à l'égard de ses geôliers.
Néanmoins, ce ne furent pas les seuls changements.
L'un des plus marquants fut le jour où elle se découvrit une capacité pour le moins déstabilisante : transformer son corps. Elle avait regardé ses mains perdre leurs griffes et se couvrir d'une peau lisse, sans le moindre attribut offensif. Ce n'était qu'une fois la surprise passée qu'elle avait compris avoir le contrôle sur cette capacité, bien qu'elle quémandait une certaine concentration. Dès qu'elle avait relâché sa volonté de changer, ses mains avaient retrouvé leur forme originelle. Curieuse, elle avait tâché d'appliquer ce bien étrange talent à l'ensemble de son organisme, et ses membres démoniaques avaient alors tous disparus, comme rétractés. Elle s'était ainsi retrouvée dans un corps qu'elle n'avait jamais vu chez les Démons…
Elle avait besoin de réponses, et elle savait comment facilement en avoir.
Elle conserva cette forme jusqu'à ce que Maúrnan vienne lui apporter son repas, chose difficile car mine de rien, la transformation lui demandait beaucoup de concentration afin que l'un de ses attributs démoniaques ne réapparaisse pas. Quand son gardien franchit les portes et se présenta devant sa prison, il sursauta de surprise en la voyant. Mais surtout, il se mit à monologuer, débattre de ce curieux changement avant de vite disparaitre en oubliant même de la nourrir – probablement pour porter cette nouvelle.
De ce que l'Arme en comprit, elle venait de se transformer en humain… Elle observa alors un peu plus cet organisme qui semblait aussi inoffensif qu'il était permis d'être : pas de griffes, pas de cornes, pas d'écailles solides et encore moins de crocs… Et on l'avait conçu pour exterminer une telle espèce ? Quelque chose sonnait faux.
Chose encore plus improbable à ses yeux, c'était qu'elle ait pu arriver à modifier ainsi son corps, surtout pour prendre celui d'un être qu'elle avait été conçu pour tuer. Ça n'avait aucun sens, et vu la réaction du gardien, ce n'était pas quelque chose de normal. Alors pourquoi elle en était capable ?
Malheureusement, ce fut une question à laquelle elle ne trouva pas tout de suite de réponse.
Mais ce ne fut pas le seul grand changement.
Car un autre se présenta bientôt à elle. Et cette fois, celui-ci fut beaucoup moins sympathique.
Il se manifesta lui aussi de manière inattendue, pendant qu'elle dormait. Elle fut tirée de son sommeil par une sensation diffuse, peu conséquente, mais qui lui donna pourtant des frissons. Elle s'était aussitôt redressée, les sens étrangement en alerte. Ce n'était pas seulement une impression qui s'emparait d'elle, car il lui semblait aussi entendre quelque chose et elle tendit l'oreille : c'était comme un bruit très aigue, strident. Un son destiné à attirer son attention à elle et à elle seule. Elle réalisa pourtant que ses oreilles ne percevaient rien, mais malgré tout il lui semblait très clairement que quelque chose l'appelait, cherchait à capter son attention. Pas dans sa personne, mais dans son être, dans sa chair. Quelque chose d'imperceptible en elle émettait des pulsions et était attiré par cette sorte d'appel, et elle était fichtrement incapable de dire quoi et pourquoi. Comme le phénomène s'éternisait au fil des heures – ou du moins l'idée qu'elle pouvait s'en faire -, elle tâcha de se rendormir mais cela fut impossible : cette sensation était tellement dérangeante, tellement présente qu'il lui était impossible de se focaliser sur autre chose…
C'était comme si quelque chose en elle s'était réveillée et suite à l'appel, cherchait à être libérée.
Cette bien étrange impression ne s'estompa qu'après des heures. Perturbée par ce bien curieux phénomène dans son quotidien monotone mais incapable d'y comprendre quoi que ce soit, elle reprit donc le cours de sa vie en se disant que ce n'était qu'un évènement exceptionnel. Et puis ce dernier était invisible, alors elle ne pouvait le faire comprendre qu'une quelconque manière à Maúrnan sans lui adresser la parole, afin qu'il se mette à monologuer à ce sujet et qu'elle en tire des conclusions.
Sauf qu'elle était loin de se douter qu'elle n'en avait pas fini avec cette histoire.
Car bien des jours plus tard, alors qu'elle avait écarté cet évènement de sa mémoire, il survint à nouveau. Mais cette fois, il fut beaucoup plus violent.
L'Appel se manifesta encore, mais au lieu de simplement titiller son attention, il se mit à pulser très fortement en elle. Son corps frissonna, quelque chose vibrait en son être sans qu'elle ne puisse dire quoi. Une force sombre et invisible remuait dans ses entrailles, ne demandait qu'à être libéré pour répondre à ce phénomène et ne voulant plus endurer cette impression, elle céda et cessa de résister à ces pulsions.
Aussitôt, quelque chose se brisa en elle et ses émotions se libérèrent avec violence. Un flot de sentiments haineux vint alors l'aveugler, ainsi qu'un fort sentiment bestial qu'elle pensait avoir oublié depuis qu'elle avait appris à parler. Elle sentit son esprit s'engourdir, puis elle perdit pied avec la réalité. Elle ne sut combien de temps elle resta dans cet état brumeux, mais quand elle reprit conscience, elle était debout et haletait. Elle ne s'était donc pas évanouie mais avait en fait perdu la raison. Que c'était-il passé ?
Le sentiment d'être appelé avait cessé, et quand elle observa autour d'elle d'un regard perdu, elle réalisa alors que de furieuses traces de griffure maculaient le sol de pierre dessous elle. Elle s'était débattue, déchainée…
Qu'avait-elle fait ? Que lui était-il arrivé ?
Elle remarqua que Maúrnan était devant sa cellule, probablement attiré par le vacarme qu'elle avait dû faire en tirant sur ses chaines pendant son inconscience… Mais étonnement, il n'avait cette fois pas l'air surpris. Il monologua comme à son habitude, mais les mots qui franchirent ses lèvres n'eurent aucun sens pour elle : la nuit de la Nouvelle Lune.
Elle ne savait pas ce qu'était la nuit, ni ce qu'était la Lune, et encore moins pourquoi cette dernière était « nouvelle ». Et l'Arme se désola sincèrement de ne pas avoir de réponse à ce phénomène qui l'inquiétait plus que tous les autres. Tout ce qu'elle en conclu, c'était que l'Appel, l'impression qui l'avait poussé à la folie pendant ce laps de temps, résultait de cette fameuse « Nuit de Nouvelle Lune ».
Elle était devenue une bête pendant cette durée de temps. Les traces de son acharnement en griffant furieusement son environnement en était la preuve.
Et pour la première fois, elle eut peur d'elle.
Si le gardien n'avait pas eu l'air surpris, cela signifiait que contrairement à sa transformation en humain, ce phénomène était de leur volonté. Mais comment ? Comment les Démons avaient-ils trouvé le moyen de faire d'elle, pour une nuit au moins, la créature démoniaque qu'ils désiraient ?
Cela la terrifiait.
Elle avait désormais le sentiment que son propre corps la trahissait, que toute la noirceur de son existence prenait forme lors de cet Appel et que l' « Arme », la vraie, celle que les Démons avaient réellement voulut construire, prenait vie.
Et ce cirque recommença. A peu près le même temps s'écoulait à chaque fois, ce qui rendait le phénomène cyclique. Le terme « Nouvelle » de « Lune » l'avait éclairé à ce sujet de renouvellement… Mais de quoi ? Le renouvellement de sa folie ?
Toujours plus de questions pour moins de réponses, mais cela lui permit au moins de comprendre la raison de son enchainement : afin qu'elle ne s'acharne pas sur les barreaux de sa cellule lors de ces moments de pure frénésie. On ne voulait visiblement pas prendre le risque de les voir céder sous ses instants de folie. A ses poignets, les imposantes menottes reliées à ses chaines les irritaient un peu plus chaque jour, à chaque mouvement… Son corps très résistant ne pouvait pas facilement être blessé mais avec le temps, le métal créait une profonde entaille dans sa chair, la marquant à vie sans même faire couler son sang - qu'elle n'avait d'ailleurs pu voir que de très rares fois, sa prison ayant été conçue pour qu'elle ne se blesse pas. Les menottes étaient malgré tout très serrées et lui faisaient mal à chaque fois qu'elle bougeait ses poignets.
La douleur était pourtant loin d'être un problème, elle avait eu le temps de s'y faire. Ce n'était par contre pas le cas des rayons d'Ethernano.
Tiens, parlons-en. De ces fameux rayons.
Depuis toujours, on la foudroyait régulièrement avec une charge d'énergie. De ce qu'elle en avait compris, ça s'appelait des particules d'Ethernano, mais c'était tout ce qu'elle avait pu apprendre. C'était terriblement douloureux, et elle n'avait jamais compris pourquoi elle devait endurer ça, quel serait l'aboutissement d'un tel traitement. On la bombardait de ce rayon avec une étrange machine de manière presque quotidienne, et dès qu'elle commençait à s'y habituer, on en augmentait l'intensité. Cela devait être l'une des raisons qu'on se gardait de lui dire, tout comme on lui cachait l'origine du fait qu'elle perdait la raison les nuits de Nouvelle Lune.
Ses seules occupations étaient manger, dormir, se prendre à la volée un seau d'eau à travers les barreaux en guise de douche, et se faire foudroyer par les rayons d'Ethernano. Tout cela était devenu son quotidien, mais elle ne s'y habituait pas. Elle n'y habituait plus comme avant, quand elle était encore animale et qu'elle ne se posait pas toutes ces questions… Mais maintenant qu'elle avait acquis l'intelligence, elle ne voyait dans ces choses que des situations animalisantes. Humiliantes. Injustes.
Ce que ne faisait qu'accroitre un peu plus sa haine.
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L'Arme était assise par terre dans le fond de ce que l'on pouvait appeler sa « pièce à vivre ». Ce jour-là, elle avait revêtit son apparence humaine. Ça ne changeait rien à sa vie, mais enfiler ce déguisement humain faisait image d'insubordination et elle avait pris l'habitude de le faire. Maúrnan ne semblait jamais content quand elle changeait ainsi de corps, et elle prenait un grand plaisir à le voir grimacer et grogner en observant son organisme, désormais faible et inoffensif, perdre toute sa gloire d'Arme de destruction.
Elle se demandait souvent à quoi ressemblait un homme. Elle avait une brève idée de leur apparence grâce à sa capacité à se transformer en l'un des leur, mais elle ne pouvait s'empêcher de se poser la question. Si tous les monstres ne se ressemblaient pas, alors les humains ne se ressemblaient probablement pas non plus… Elle avait envie d'en savoir plus sur eux, partant du principe qu'ils étaient logiquement l'exact opposé des Démons.
Alors qu'elle cogitait à ce sujet, elle tira impulsivement ses chaines, comme pour vérifier une énième et vaine fois si un dernier essai ne les briserait pas. La douleur lui traversa le bras quand les menottes entaillèrent à nouveau sa peau, et elle observa par réflexe ses mains. Elle remarqua ainsi que ses ongles avaient légèrement poussé et commençaient de plus en plus à ressembler à des griffes, reprenant leur aspect naturel… sans même qu'elle l'ait décidé.
C'était pour ce soir. Elle le sentait.
C'était la nuit de la Nouvelle Lune.
Les heures défilèrent, alors qu'elle redoutait à chaque instant l'Appel qui n'allait plus tarder. Elle détestait ces périodes, où elle ne devenait qu'une bête dénuée d'intelligente… Elle se détestait dans ces instants.
Elle fut tirée de ses sombres pensées lorsque le silence du donjon fut brisé par par la résonance de bruits de pas. L'Arme tendit aussitôt l'oreille, intriguée : elle reconnaissait la démarche de Maúrnan, mais pas celle de l'être qui l'accompagnait. Il était rare que des étrangers viennent la visiter.
Deux silhouettes se présentèrent bientôt devant les barreaux de son unique pièce à vivre. Une qu'elle connaissait évidement bien, l'autre en revanche, beaucoup moins…
Elle remarqua que Maúrnan semblait inquiet, lui jetant des regards furtifs, et l'Arme comprit aussitôt pourquoi : son gardien avait peur qu'elle se mette à parler, et bien qu'elle aurait aimé le faire juste pour voir sa mine déconfite, elle ne souffla pas mot. Son intelligence était devenue leur secret, car tous deux savaient qu'elle l'avait acquis grâce à lui, ce qui apparemment n'était pas une bonne chose. Elle haïssait de tout son être ce démon félin au pelage noir, mais elle ne pouvait trahir leur secret : car elle savait que s'il était découvert, son quotidien changerait inévitablement et elle ne voulait pas prendre ce risque. Elle avait supporté jusqu'ici la dure vie qu'on lui avait donnée, et elle ne voulait pas la céder à une vie peut-être bien plus dure. Si Maúrnan était inquiet au point de craindre pour sa vie, elle s'inquiétait inévitablement pour la sienne. Que lui ferait-on si l'on découvrirait qu'elle était bien plus intelligente que prévue, qu'on ne pourrait pas la contrôler si on lui retirait ses chaines ?
Elle ne voulait pas savoir.
Elle ne dit donc rien, et elle se contenta de décrire l'inconnu qui lui faisait face et qui accompagnait son gardien de cellule.
La première chose qu'elle se dit, c'était que ce Démon-là était important. L'aura qu'il émanait était écrasante, comme si sa simple présence occupait la pièce à elle seule.
Bien plus grand que toutes les créatures qu'elle avait pu voir, son corps humanoïde était pourtant gracieux et élégant malgré son imposante carrure. Il était enveloppé dans une longue cape noire qui trainait derrière lui, et l'Arme mit du temps à comprendre qu'il s'agissait en fait de ses propres ailes enroulées autour de son corps, apparemment trop grandes pour être constamment déployées, ce qui lui donnait l'impression de s'y draper. Une queue couverte d'écailles trainait sur le sol derrière lui, ses vertèbres dépassant en une rangé de pointes acérées.
Sa tête était ornée d'un étrange bijou, et plusieurs cornes massives s'extirpaient vers l'arrière de son crâne. Les traits de son faciès étaient anguleux, alors que dans son regard sévère, la couleur de ses yeux lumineux oscillait entre le rouge et l'orange, les faisant briller comme deux braises.
Le regard de l'Arme croisa ainsi celui du Démon, qui se mit à décrire son petit corps humain. Puis tout à coup, sa voix trancha, puissante.
- Elle a grandi.
Sa remarque fit sursauter Maúrnan, et l'Arme remarqua aussitôt la posture soumise qu'adoptait le gardien : ses oreilles félines étaient baissées et son corps arqué ne lui était jamais paru aussi vouté. Cet inconnu était donc si important que ça ? Cela l'intriguait… Qui était-il ? Elle n'avait jamais entendu le terme « seigneur » et par conséquent, ne le comprenait pas.
- Oui Mon Seigneur… commenta immédiatement Maúrnan d'une voix terriblement lèche botte. Cela fait bientôt dix années qu'elle est ici…
Un certain temps s'écoula où ils la dévisagèrent, et la voix du gardien s'enquit avec hésitation.
- Vous n'êtes pas… surpris, Mon Seigneur ?
Ce dernier tourna nonchalamment son regard de braise vers lui, et Maúrnan déglutit bruyamment.
- Tu veux parler de son déguisement humain ? Aucunement. Tu sais bien que certains des nôtres en sont capables.
- Oui Mon Seigneur, bien sûr Mon Seigneur… Mais cette capacité est très rare parmi les nôtres et il me semblait peu probable qu'un être artificiel en soi doté.
L'Arme les écoutait attentivement. Alors certains Démons étaient capables de se transformer en hommes ? Ceci expliquait cela. Elle avait enfin une réponse.
- Je n'avais pas pris en compte cette possibilité, mais c'est tout à notre avantage, poursuivit l'inconnu.
- Oui Mon Seigneur. Avec cette capacité, et en lui apprenant à s'en servir selon votre bon vouloir, elle pourra se fondre parmi les humains pour mieux les détruire.
Il ne le contredit pas. Le Tyran semblait de bonne humeur et le gardien s'en réjouit fortement, lui qui avant ce jour ne l'avait jamais rencontré. Il passait la majeur partie de son temps dans son château, et hormis ceux qui travaillaient là-bas, peu nombreux étaient ceux qui l'avaient rencontré en face.
Tout à coup, l'Arme sentit quelque chose se déclencher en elle. Elle tressaillit et ce mouvement brusque capta leur attention.
- Ça commence ! commenta Maúrnan en la désignant du doigt à celui qui l'accompagnait. Voici justement ce que je tenais à vous montrer, Mon Seigneur !
Ils regardèrent donc attentivement la scène qui se déroulait sous leurs yeux.
L'Arme serra les dents alors qu'un son strident lui vrillait les tympans et qu'un violent frisson secouait son corps.
L'Appel. L'Appel était là.
Les premières pulsions se manifestèrent. Contraignantes, corruptrices… La bête en elle, sa nature démoniaque, demandait à reprendre ses droits sur elle et répondre à la Nouvelle Lune. Elle serra les dents et ferma les yeux, luttant malgré tout pour ne pas devenir cette monstrueuse chose, mais elle fut saisit d'une convulsion et se mit finalement à trembler, s'écroulant le long du mur contre lequel elle était adossée. Elle pouvait sentir son cœur accélérer douloureusement dans sa poitrine, alors qu'une chaleur suffocante lui donnait l'impression d'étouffer, comme si elle était oppressée dans ce corps humain. Elle lutta encore quelques instants… Mais combattre contre ce genre de sensation était impossible.
C'était comme rêver et renoncer à ouvrir les yeux alors que l'on sentait que l'on se réveillait. C'était comme être sous l'eau et se retenir de remonter à la surface pour respirer. C'était comme être épuisé et résister aux bras envoutant du sommeil.
En fait, c'était comme nier une indubitable vérité.
Une nouvelle pulsion, plus violente, l'empêcha de résister plus longtemps et elle rendit les armes, vaincue. Elle retrouva aussitôt son corps d'origine.
Elle rouvrit ses yeux devenus désormais vermeils, brillant d'une lueur surnaturelle, comme si une bougie était allumée dans le fond de son regard. Ses mains s'ornèrent de redoutables griffes qui s'enfoncèrent dans le sol comme s'il n'était fait que de beurre et non de roche. Elle étira son dos, sentant frémir ses muscles et dérouler la longue queue reptilienne qui poursuivait la course de sa colonne vertébrale, ornée à son extrémité d'une rangé de plumes blanches. Un frisson remonta le long de son échine, hérissant des écailles noires sur ses bras et ses épaules, menaçant quiconque tentant de la toucher de s'entailler sévèrement la peau. Ses six ailes s'étirèrent, dévoilant leur envergure : les deux premières étaient plumeuses, d'un duvet au blanc immaculé, alors que les deux dernières étaient membraneuses, leur couleur noire rivalisant avec le bleu obscur d'une nuit sans lune. Les deux ailes intermédiaires étaient, elles, un curieux mélange des deux genres. Deux cornes sombres se dressaient fièrement vers l'arrière de sa tête, alors que ses oreilles se recouvraient de longues plumes blanches qui se levaient et s'affaissaient de manière féline. Sa peau cristalline n'ayant jamais vu le Soleil prenait maintenant une nouvelle teinte, légèrement luisante à cause du reflet lumineux des petites écailles presque invisibles qui recouvraient son corps.
L'esprit de l'Arme s'obscurcit et elle perdit alors sa conscience d'être, sa notion même d'exister, la réduisant à l'état de bête régie par ses plus primaires instincts. Devenue animale, elle grogna et montra ses dents, dévoilant ses redoutables canines, avant de se relever soudainement pour tirer sur ses chaines et se débattre comme une forcenée. Elle ne ressentait rien d'autre qu'une insatiable voracité, le furieux désir de se libérer de ses entraves et de s'élancer à la poursuite d'un être vivant pour combler le désir qui la rongeait. Sa gorge lui brulait, comme marquée au fer rouge : elle avait faim, elle avait si faim ! Et cette envie s'insinuait en elle comme un terrible poison, la rongeant en lui hurlait de massacrer tout ce qui l'entourait pour s'en repaitre.
- Alors voilà la sienne… souffla Ham Shatan en observant son Arme se débattre furieusement, scrutant son corps démoniaque attentivement.
Sa première pensée fut qu'elle lui ressemblait… Bien qu'il était loin de se voir comme un père. Il avait achevé le Nodecem avec un autre démon, et bien qu'ils n'appartiennent tous deux pas à la même race, ils étaient plus ou moins tous les deux les ascendants de cette créature, faisant d'elle une hybride improbable mais parfaite.
- Oui, Mon Seigneur. Elle l'a acquise dans ses jeunes années. Grâce à elle, l'Arme écrasera nos ennemis.
A ses mots, Maúrnan s'absenta quelques instants et revint alors avec de quoi la nourrir. Il ouvrit prudemment la cellule, sous le regard de son souverain, et aussitôt, l'Arme les attaqua avec une vitesse surprenante.
Ses menottes remplirent cependant leur fonction et l'arrêtèrent à quelques mètres de la porte, ses chaines conçues pour ne pas céder face à sa puissance destructrice. Elle n'arrêta pas pour autant de se débattre, excitée par l'odeur de son repas, et elle tira férocement sur ses liens en fixant le seau qu'on lui apportait avec convoitise, fouettant nerveusement l'air de sa queue car impatiente de se jeter sur la seule chose capable de répondre à sa faim.
Maúrnan s'avança prudemment dans la cellule, sachant que s'il s'approchait trop alors qu'elle était sous l'influence de la Nouvelle Lune, il risquait de se faire déchiqueter… Mais il faisait confiance aux chaines qui n'avaient jamais cédé en l'espace de maintenant dix ans. Il posa le seau qu'il avait dans les mains avant d'envoyer un coup de pied dedans, le faisant glisser sur le sol avant de rapidement ressortir.
A l'instant même où le récipient pénétra le rayon d'action que lui permettaient ses attaches aux poignets, elle s'en saisit et se délecta du liquide écarlate qu'il contenait. Le gout du sang explosa sur sa langue, inondant sa bouche. Son esprit désormais perverti par l'Appel ne put s'empêcher de songer à l'excitation de la chasse, prendre sa proie dans une étreinte mortelle et enfoncer dans le cou fragile d'un être vivant ses crocs pour se délecter du précieux fluide qui affluait à flot.
Le Roi de Septentrion ne put s'empêcher d'afficher un sourire mauvais, fier de l'être qu'il avait conçu et qui dans quelques années, lui apporterait une victoire écrasante sur les Hommes. Elle n'aura de toute façon pas le choix : son corps ne se nourrissait que de sang, elle n'aura donc pas d'autre possibilité que de le faire couler.
Il regarda intensément le spectacle, et il n'en détourna les yeux que lorsque le gardien se racla la gorge pour se manifester.
- Mon Seigneur, il nous faut nous en aller… Lors des Nuits de Nouvelle Lune, Telum évacue le donjon afin que l'Arme ne soit pas d'avantage animée par l'envie de tuer un être vivant en percevant une odeur ou une quelconque présence dans le bâtiment. Son appel au massacre la rend plus forte, et nous ne voulons pas lui donner une raison de s'acharner sur ses entraves… Nous avons beau savoir qu'elle est la nature de la sienne, nous n'avons aucune idée de ce qu'elle est capable de faire puisqu'elle n'a encore jamais tué… Alors nous préférons être prudents.
Ham Shatan attendit un peu, mais il acquiesça finalement et fit demi-tour pour le suivre dans les escaliers du donjon de Telum.
Ce dernier se vida alors de toute vie, habité seulement par les râlements d'un être corrompu par la noirceur des nuits de Nouvelle Lune.
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Voilà pour ce premier chapitre ! J'espère qu'il vous aura plu :)
Je vous ai donc présenté un peu mieux l'Arme, ainsi que l'influence qu'à la Nouvelle Lune sur elle. Influence qui vous vous en doutez bien, a sa petite importance.
Je ne m'étale pas trop sur la raison de ce phénomène d'« Appel » car je ne veux pas vous spoiler mon scénario, mais en revanche je peux vous éclairer sur ce qui m'en a donné l'idée : je me suis inspirée ( une fois encore ) d'un extrait du livre Le Paradis Perdu. A un moment donné, un Ange désigne à un Démon la partie de la Terre éclairée par le Soleil, puis la partie non éclairée. Il dit toutefois que les Ténèbres ne peuvent dominer, même la nuit, car la Lune agit comme un miroir et renvoie la lumière du Soleil sur la partie nocturne. Cependant, tous les mois, le cycle doit recommencer : l'Ange évoque ici la Nouvelle Lune, ce fameux moment où plus aucune lumière n'éclaire les Ténèbres pour les dissiper. On peut ainsi librement en conclure que les nuits de Nouvelle Lune sont les points culminants des forces maléfiques ! :D ( les loups garous et leur Pleine Lune peuvent aller se rhabiller X) )
En ce qui concerne la folie qui s'empare de l'Arme lors de ces périodes… Je vous laisse à vos suppositions :) Et bien sûr, je vous laisse aussi deviner ce que Ham Shatan a laissé sous-entendre par « la sienne »…
Pleins de bisous et à la prochaine ! :D
