Notes: On vous avait averti dès le premier chapitre qu'on allait poster rarement. On peut se voir à peu près six fois par an, dont trois pendant des conventions. Ecrire quand on se parle qu'à travers internet? Ca marche plus aussi bien qu'avec LTEM. On vous avait avertis. Si vous voulez poster une review, on aimerait que ça soit autre chose qu'un "hé, mais vous updatez quand là?" Merci.


Chapitre 2 : Un Américain dans la ville.

-Pilote zéro un.

-Hey, junior...

-... gamin...

Le rêve commença comme tant d'autres, à poursuivre une fillette sans visage, qui riait et qu'il ne devait surtout pas perdre de vue.

-Grand frère!

Au début ce fut entre des ruines d'immeubles, avec quelques cadavres ici et là -- carbonisés, déchiquetés -- et puis le béton céda lentement la place à du bois. Les cadavres étaient de moins en moins abîmés, de plus en plus juste... endormis. Il suivait la fillette, qui riait et le menait vers quelque chose d'énorme et d'inévitable, et les gens morts se relevaient, vaquaient à leurs occupations sans se soucier de lui, le meurtrier, le coupable en leur sein -- le garçon comme tant d'autres.

-...ro?

La petite fille riait, courait, toujours hors d'atteinte, toujours plus proche de cette chose énorme qu'il pressentait sans pouvoir la nommer. Les maisons s'espaçaient, laissant place à la forêt -- des arbres et des rochers, des pentes qu'il dévalait, plus vite, toujours plus vite -- il l'avait presque ... Et puis de l'eau, partout, dessus, dessous -- un dernier rire, et le noir s'abattant sur lui, l'étouffant, l'écrasant, s'insinuant dans sa gorge, dans ses poumons, le poids de son destin --

-...iro-sama!

Il ne se rendit compte que le rêve était terminé que quand il réalisa qu'il pouvait de nouveau respirer.

oOo

Bon, d'accord, Duo n'aimait pas la ville. Mais ce n'était pas une raison pour laisser Wufei s'y promener. Wufei avait des raisons bien plus valables que Duo de ne pas l'aimer. Sur le chemin, hier, déjà, il avait refusé de regarder autour de lui, et avait été encore plus tendu et renfermé que dans le bus. Aussi quand Quatre mentionna le besoin de faire de la reconnaissance, Duo se porta volontaire tout de suite.

Quatre leva les yeux, coupé dans sa répartition des taches de la journée. A sa droite, Wufei sirotait son thé. Heero s'était installé plus loin avec son ordinateur portable, dans le salon, à portée d'oreille mais trop loin pour participer activement à la discussion. Trowa était, aux dernières nouvelles, toujours dans le hangar.

-Duo, tu ne parles pas japonais...

Duo haussa les épaules.

-Et alors ? Je pourrais passer pour un touriste ! Personne ne s'étonnera de me voir fouiner partout avec un appareil photo...

-Nous sommes dans une ville industrielle...

-Je dirai que je me suis perdu ! En plus le seul qui parle japonais couramment ici, c'est Heero, et il est occupé.

Quatre grimaça brièvement.

-C'est vrai, mais...

Duo sortit son argument final.

-De toute manière les gens vont me voir à un moment ou à un autre, et je passerai jamais pour un asiatique. Autant pas avoir l'air de me cacher. Vaut mieux être un touriste aux goûts farfelus qu'un type super louche qui sort que la nuit.

Abandonnant la partie, Quatre agréa.

-Très bien, très bien... Il faudra que je sorte aussi dans ce cas.

Duo lui sourit.

-On peut toujours y aller ensemble, suggéra-t-il.

-Malheureusement, j'ai trop de choses à faire aujourd'hui, soupira le blond.

Il déposa sa tasse de café dans l'évier, salua Wufei et Duo, et partit voir Trowa pour lui faire part des décisions.

Wufei finit sa tasse de thé et lui jeta un long regard pensif.

-Tu sais, Maxwell, je parle japonais.

Duo cligna des yeux.

-... ah bon ?

Il regarda Wufei et son air pas convaincu pendant quelques secondes, puis grimaça. Il était grillé.

-Tu voulais y aller ? demanda-t-il à contrecoeur.

-Non.

Soulagé, Duo sourit. Wufei n'avait pas l'air fâché par son intervention. Il avait été presque sûr que Wufei n'apprécierait pas du tout qu'on le ménage.

L'asiatique posa sa tasse dans l'évier avant de faire signe à Duo de le suivre à l'étage.

-Avant de partir, viens voir.

Intrigué, Duo obéit, suivant Wufei jusqu'à la chambre qu'il partageait avec Heero. Quand il entra, Wufei, déjà assis au bureau, branchait son ordinateur.

-Fais vite, faut que je parte...

-Ca prendra cinq minutes, assura Wufei en sortant un CD soigneusement emballé de son sac.

Malgré les soins dont il l'entourait, le cd était un bête disque gravé maison, et labellé au gros feutre; Duo se demanda ce qu'il y avait de si précieux dessus, et pourquoi Wufei n'en avait pas fait plusieurs copies. Il s'appuya sur le dossier de la chaise alors que Wufei l'insérait dans l'ordinateur et commençait à chercher dans l'arborescence des fichiers.

-J'ai plusieurs vieux plans de la ville, ça pourra peut-être t'aider...

En effet, les tunnels désaffectés et les caves communicantes, entre autres, c'était toujours bon de les connaître.

Wufei était un peu tendu. Duo essaya de ne pas regarder pendant qu'il cherchait, saisi par le pressentiment qu'ils passaient à côté de beaucoup de données personnelles, mais ne put s'empêcher de relever quelques noms de dossiers au passage -- Colonie, Dusan, Dwayne, Ichi... quelque chose, Meiran, "nous trois"... Ouaip, définitivement personnel.

Il s'apprêtait à se détourner entièrement, quand son regard se posa sur la miniature d'une des photos -- noir et blanc, et qui ressemblait furieusement à un Wufei d'une vingtaine d'années, mis à part le costume d'époque... bon, il savait pas quelle époque, mais une vieille.

Encore une fois, sa bouche alla plus vite que son cerveau.

-C'est qui ce type ?

Wufei se tut pendant si longtemps que Duo fut persuadé qu'il allait se retourner et lui en balancer une.

-...Un ancêtre de mon clan, finit-il par répondre à voix basse, tendue.

-Ah. Je ... je me disais bien qu'il te ressemblait, marmonna l'Américain, se maudissant pour sa grande gueule. Alors, euh, ces plans?

Finalement, Wufei se débrouilla pour les retrouver. L'un des plans était si vieux qu'il ne montrait que quelques maisons sur les pentes; il était daté du dix-huitième siècle après JC. Les autres plans étaient, Dieu merci, un peu plus précis. Duo les étudia pendant un moment, penché au-dessus de l'épaule de Wufei.

Le Chinois était toujours tendu, mâchoire crispée. En colère, ou hésitant? Duo allait lui demander ce qui n'allait pas, quand il ouvrit la bouche.

-Je voudrais que tu essayes de retrouver quelque chose pour moi.

Ca avait l'air d'être tellement important; la réponse de Duo ne lui demanda même pas une minute de réflexion.

-Bien sûr. C'est quoi ?

-Tu sauras quand tu l'auras trouvé.

Ca c'était une réponse de Jedi.

-Je saurai, t'es sûr ?

-Ne t'en fais pas pour ça. C'est... quelque chose qui n'aura pas l'air à sa place. Je ne peux pas être plus précis que ça, ajouta-t-il avant que Duo puisse poser une question. C'est juste quelque chose qui ne correspond pas au reste.

-La VILLE a pas l'air à sa place, répondit Duo sans réfléchir, comment veux-tu que je trouve quelque chose qui n'aurait pas dû y être?

Wufei se tourna pour le dévisager, surprenant Duo par l'intensité de son regard.

-... Heu... Quoi?

-Rien. C'est... Quelque chose d'avant. Quand mon -- mon clan vivait encore ici.

-Oh, okay. Quand c'était pas encore industriel et dégueulasse. D'accord, j'essayerai.

Wufei se décrispa. Duo voulait croire qu'il était sur le point de le remercier, mais il n'en serait jamais sûr, car Heero choisit ce moment pour frapper à la porte brusquement, leur jetant un regard noir qui refroidit considérablement l'atmosphère.

-Arrêtez de perdre du temps à discuter. Vous avez du travail.

Duo roula des yeux et soupira. Wufei s'était déjà refermé comme une huître.

-Oui, Heero-sama.

Heero se tendit, lui jeta un regard étrange, puis disparut dans le couloir sans ajouter un mot. Duo haussa les épaules, habitué à l'asociabilité du Japonais.

-Bon bah j'y vais. Je garderai les yeux ouverts, promis.

Il était presque dans l'escalier quand il entendit le "merci".

oOo

C'était dur d'être aussi proche de Duo et de ne pas pouvoir le toucher. Duo n'avait pas changé; il changeait si peu. Il était toujours amical, attentif, il souriait toujours de la même manière et il se précipitait toujours tête la première dans la bataille. Plusieurs fois Wufei s'était empêché d'attraper sa natte au vol pour l'attirer contre lui, d'appuyer son front contre son épaule et de pleurer les siens dans ses bras.

Mais même si Duo n'avait pas changé, Wufei, lui, était différent. Dans cette vie, ses priorités n'étaient plus leurs retrouvailles. La guerre -- et sa vengeance -- passaient en premier. Et puis ce n'était peut-être pas une bonne idée de troubler Duo avec cette histoire de réincarnations; pour le moment, le plus important, c'était le présent. Mais il espérait quand même, égoïstement. Duo avait déjà plusieurs fois paru troublé par la ville; Wufei l'interprétait, à tort ou à raison, comme la résurgence de ses souvenirs. S'il se souvenait de lui-même, là, ce serait différent.

Heero avait beaucoup, beaucoup trop changé. Wufei ne l'avait même pas reconnu tout de suite; il n'y avait pas grand-chose de son Rônin sarcastique et sensuel dans le Soldat Parfait. S'il avait su que d'abandonner son statut de divinité pour suivre Duo dans le cycle des réincarnations pouvait les altérer autant, il aurait probablement essayé de décourager Heero. Mais ils ne pouvaient pas suivre Duo dans l'espace tant qu'ils étaient liés aussi étroitement à leur eau.

Alors Heero avait renié son statut.

Wufei avait toujours été un dragon, il ne pouvait donc devenir un humain si facilement. Il avait vécu comme un dragon aussi longtemps que possible, attendant que Heero se souvienne et trouve Duo pour le ramener. Ca avait marché, trois ou quatre vies de suite. Et puis un jour, il avait assisté, via la télévision, à la décompression explosive d'un secteur en construction de L2. L'un des techniciens avait une longue natte; la seule part reconnaissable de son corps flottant dans l'espace.

Heero avait continué de vieillir et mourir et renaître, continué de chercher. Les cycles s'étaient décalés. Ses souvenirs s'étaient érodés. Il avait cessé de naître au Japon, et puis carrément cessé de naître sur Terre.

Quelques vies plus tard, lassé d'attendre et d'espérer, Wufei avait décidé de les suivre. Son clan ne s'était jamais vraiment mélangé à la population Japonaise, et avec les tensions et les guerres civiles, ils désiraient plus que jamais un endroit à eux. Ils s'étaient tous lancés dans la construction de leur propre colonie. Wufei avait fourni l'eau.

Son immortalité avait été affaiblie, par le déménagement tout autant que par la pollution. Il avait décidé de renaître aussi; mais étant lié à son clan, à son eau, il ne s'était pas incarné au hasard, comme les deux autres, une âme ordinaire avec quelques souvenirs de trop, bien enfouis dans leur inconscient. Il était passé d'avatar en avatar dans le clan Long, cédant à chaque vie un peu de son influence au conseil des Anciens, à chaque vie se réconciliant un peu avec Meiran, qui rachetait son mauvais karma en vivant comme une humaine dans le clan de Wufei, mais à part ça, ne changeant pas du tout. Il gardait la plupart de ses souvenirs de vie en vie.

Il avait été si proche de retrouver Heero la dernière fois. Il avait été dans la foule, à écouter son discours -- le pacifisme, ça lui ressemblait tellement peu, et pourtant cet idéalisme passionné, que d'ordinaire il cachait si bien...

Et puis Heero avait été assassiné. Une seule balle.

Wufei soupira, frôlant du doigt l'écran de son ordinateur, le regard déterminé d'un Heero Yuy quinquagénaire, haranguant la foule.

Amusant comme, de vie en vie, ils se trouvaient entraînés de plus en plus près des pivots de cette guerre. Son assassinat avait marqué le début du conflit qu'ils essayaient à présent de remporter.

Peut-être que c'était pour ça qu'on interdisait aux kami de se mêler des affaires des humains; plus ils devenaient humains et plus ils s'emmêlaient dans les roues du destin de l'humanité. D'un autre côté, il préférait encore laisser sa nature s'abâtardir plutôt que d'agoniser, écrasé par les hommes et leur manque de foi et de respect pour tout ce qu'ils ne pouvaient pas toucher.

Il ouvrit un autre dossier, scans de photos de groupe jaunies, des anniversaires et des pique-niques et des moments comme ça, des occasions spéciales seulement parce qu'ils y étaient tous les trois. Des Duos enfants, des Heeros grisonnants, des fausses disputes à coups d'oreillers et des blagues stupides et des étreintes ...

Il ne les avait même pas cherchés cette fois-ci, et pourtant il les avait à portée de main tous les deux. Mais avec la vie qu'ils menaient, pour combien de temps? Est-ce que ça valait vraiment la peine, de les retrouver, si endommagés, pour les perdre si vite?

Dans cette vie, Heero était rigide, froid. Wufei doutait de sa capacité à éprouver des émotions. Duo... Duo ne changeait pas. Duo allait vers lui, offrait son aide sans rien attendre en retour; ce ne serait pas facile de le garder à distance. Wufei était trop égoïste et trop faible pour le repousser, pour s'assurer qu'il ne se souviendrait pas.

D'un autre côté, c'était Duo. Il était trop têtu pour que Wufei l'éconduise bien longtemps.

Ah, il réfléchissait trop. S'ils se souvenaient d'eux-mêmes, tant mieux. Sinon... il les retrouverait. Eventuellement.

A moins, bien sûr, qu'il ne meure avant d'avoir réinstauré son clan... ou retrouvé son plein statut de dragon. Ce qui, sans le lac, et avec seulement quelques barils de son eau cachés dans son Gundam, n'apparaissait pas comme évident. Il pouvait toujours ressentir quelques traces fantômes de lui-même dans la ville, mais c'étaient des traces fossiles, quelques vagues souvenirs de légendes enfouies dans les mémoires des plus âgés. Un kami tirait son existence même de la croyance. Sans son clan pour avoir foi en lui, il n'était guère plus qu'un simple humain.

Bah; il aviserait le moment venu. Pour le moment, l'important c'était la guerre, et il avait des plans à finir.