Salut tout le monde, me voici donc avec le premier chapitre de cette fiction. Vous avez été assez sympa pour me laisser des reviews et je vous en remercie, j'espère n'avoir oublié personne en réponse, vous m'en verrez désolée sinon. Merci à Minzy pour sa review en anonyme, j'aime aussi quand l'auteur précise que la fiction est terminée, ainsi, on sait que la fin arrivera. C'est extrêmement rare que je poste une fiction en cours, mais ça arrive... à mes dépends :/

Bref, voici le premier chapitre de cette fic, 8700 mots environs avec pleins d'explications dès le début. J'espère que vous arriverez à suivre car les faits sont superbement mélangés. Il y a de la 3a en vrac et ça se passe plus tard dans le temps.

Pour ceux qui m'avaient remarqués, j'avais indiqué un "Past:Derek/Kate", à mon grand regret... je vais devoir retirer le "past" pour la suite... vous le comprendrez au moment voulu. Sinon, autre clin d'oeil pour une série que je surkiffe mais qui ne suscite pas un "xover" en règle, vous pourrez retrouver un bout des frères Winchester de Supernatural. Les faits peuvent vous faire sourire ou pas, n'hésitez pas à me le dire en review ;)

Bonne lecture.

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If you're through Hell, keep going

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Chris Argent ne savait plus quoi faire. S'il avait encore été un véritable chasseur de loups-garous, la solution aurait été simple, appeler les renforts, détruire la menace. Mais quand Allison lui avait annoncé le nouveau « code » qui – étrangement – l'avait satisfait quand le Darach avait été détruit, il n'avait pas pris la peine de garder des contacts proches. Tous les chasseurs savaient que sa fille avait lié sa vie à un loup-garou et ils avaient été méprisés à cause de cela, encore plus quand elle était tombée enceinte.

Toujours est-il que désormais il ne savait pas quoi faire, alors qu'il regardait fixement la grande salle où étaient regroupés les membres humains de l'ancienne meute des Hale. Il ne pouvait pas croire que tous les loups étaient morts. Ils étaient puissants, avaient de forts liens, mais avaient été abattus presque un par un, à la « déloyale ».

L'ancien chasseur ferma ses yeux bleu clair en se souvenant du sourire de son « gendre » quand il avait su qu'il allait être père, sa peur aussi, sa terreur en remarquant qu'il le fixait sans sourire. Scott avait sûrement pensé qu'il allait le tuer sans préavis, mais Chris s'était contenu… et avait été menacé par Allison. Il avait su, en voyant sa fille muette et au regard vide, berçant le corps sans vie de Scott contre sa poitrine, son ventre gonflé entre eux, qu'elle avait assisté à sa mise à mort sans pouvoir bouger, désarmée.

Ils étaient si jeunes, revenant de courses pour le couffin du bébé que Scott avait tenu à acheter, insouciants de la menace qui pesait sur leurs têtes depuis des années.

La meute d'Alphas avait été sournoise. Se manifestant lorsque la majorité des Bêtas de Derek avait dix-sept ans, mais ne s'annonçant pas, restant en retrait à observer. Leurs odeurs masquées, ils ne s'étaient jamais mêlés à eux pour attaquer. Leur venue avait aussi amené le Darach dans leur sillage, ce druide noir qui avait commencé à sacrifier des gens par trinité, des vierges, des guerriers, des soigneurs et des philosophes. Jennifer Blake, ou Julia Bacchari de son vrai nom, avait alors fait le geste de trop. Elle avait enlevé les gardiens, les pères de Stiles et d'Allison et la mère de Scott. De deux meutes non soudées, elle lia irrémédiablement son sort quand elles n'en formèrent plus qu'une. Scott devint facilement la voix de la raison pour Derek, son bras droit alors que Peter reprenait son ancien rôle dans la meute, le bras gauche de l'Alpha, celui qui n'hésiterait pas à tuer pour le groupe et s'en réjouissait. Derek savait qu'il donnait du pouvoir à son oncle qui n'était pas toujours sensé, mais Peter s'en était alors contenté, sa joie grandissant quand Derek et Stiles s'étaient accouplés, liant complètement Stiles à sa famille.

Lorsque les Alphas avaient tué Scott, toute la meute s'était regroupée, des formations de deux s'étaient alors créées, jamais un membre de la meute ne restait seul. C'était alors tout naturellement que Jackson et Danny s'étaient retrouvés sur le stade du lycée pour un entraînement de Lacrosse. En pleine journée, ils se pensaient intouchables, rassurés par le fait que le shérif faisait des rondes plus fréquentes avec ses hommes et l'adjoint Ryan Perish, un « né-humain » d'une ancienne meute, aujourd'hui éteinte, et qui avait rejoint les Hale par la suite. Danny avait été attaqué avec Jackson. Le Bêta blond n'avait pas été tué sur le coup, juste très amoché, devant rester quelques jours alité sans bouger et sans pouvoir quitter des yeux son ami immobilisé dans son lit. « Guerre psychologique », c'était ce que Chris avait avancé tandis qu'ils recherchaient la raison de l'agression envers Danny.

Et effectivement, ils se rendirent compte que la meute d'Alphas les détruisait de l'intérieur. Retirant la voix de la raison à l'Alpha et en touchant au frère de cœur de l'émissaire en premier, fragilisant l'esprit déjà faible du « petit frère de cœur » de Derek, Isaac, le petit ami de Danny.

Chris reverrait toujours la colère d'Isaac lorsque le brun affirmait ne plus sentir ses jambes, même si Derek lui piquait la plante des pieds de ses griffes. Le Bêta avait vu le visage de son Alpha se fermait lorsqu'il avait compris et avait simplement demandé si « ça » pourrait le guérir. Chris avait alors appris que la morsure d'un Alpha ne pouvait pas tout soigner. Danny resterait invalide, même en étant un loup-garou.

Le jeune homme brun s'était alors concentré sur les recherches, aidant Stiles qui poursuivait son apprentissage en tant qu'émissaire avec Deaton et ses cours en ligne pour soulager son père…

C'est d'ailleurs la mort de monsieur Stilinski qui mit le feu aux poudres. Ils avaient tous été sur leurs gardes, le shérif prévenu de l'arrivée agressive des Alphas et pourtant, quand l'attaque était survenue, ils n'avaient pas su l'anticiper. Un retour de garde, une rue mal éclairée par une nuit pluvieuse suffit à la voiture de police du père de Stiles pour quitter la route et s'encastrer dans un pylône électrique. Banal accident si ce n'était le « coup du lapin » que John Stilinski avait subi. Boyd, arrivé le premier sur place, avait senti la présence des Alphas près du véhicule de police et ils avaient compris.

Derek avait alors déclaré qu'ils attaqueraient, les bras entourant le corps immobile de Stiles qu'ils avaient été forcés de plonger dans un sommeil guérisseur par la suite. Ils allaient se battre ensemble, en tant que meute… seulement, les Hale étaient jeunes, même s'ils œuvraient en harmonie. Les décès avaient porté atteinte au moral et à leur confiance, ils n'étaient plus coordonnés comme lorsqu'ils avaient combattu le Darach, la voix de la raison n'était plus, l'émissaire était fragilisé par ces attaques au coup par coup, l'Alpha était terrifié à l'idée de perdre sa meute et son compagnon.

Erica mourut face à Kali, celle-ci la titillant sur le décès du shérif qu'ils adoraient tous. La rage qui envahit la jeune louve ne suffit pas à abattre son adversaire qui la trancha de part en part avant de l'égorger. Boyd, voyant sa petite amie tomber près de lui, perdit la tête et les jumeaux, métamorphosés à ce moment-là en un Alpha géant, l'égorgèrent à son tour.

Isaac avait craqué, devenant presque fou furieux, un stade de la lycanthropie que beaucoup craignaient car il supprimait la subtile différence entre frères de meute et ennemis. Il avait eu assez de retenue pour s'éloigner d'Ennis, alors à terre, pour que Derek puisse l'achever, ne désirant pas du tout accéder au stade d'Alpha, se jugeant incapable de supporter la charge de pouvoir.

Tandis que Derek tuait Ennis, Stiles détruisait Marin Morell, la sœur de Deaton qui était l'émissaire de la meute d'Alphas. Le jeune homme ne s'était pas retenu, usant des gestes meurtriers, que Peter lui avait enseigné pour combattre un loup-garou, mêlés au pouvoir des émissaires. La jeune femme l'avait blessé, mais Stiles n'avait ressenti aucune douleur jusqu'à ce qu'elle ne soit à terre, le regard vitreux levé vers le ciel et sa gorge fendue d'un coup de couteau habile.

La meute d'Alphas s'était éloignée pour panser ses blessures et la perte de deux d'entre eux, les Hale s'étaient alors retrouvés avec deux de leurs « frères et sœurs » en moins. La disparition du couple que formaient Erica et Boyd provoqua un vide dans le manoir que Derek et Peter avaient reconstruit avant l'attaque des Alphas. Le salon semblait si désert après leur départ. Isaac ne prononçait plus un mot, devenant peu à peu plus sauvage malgré la présence de Danny à ses côtés.

Pour le Bêta, c'était comme s'il avait perdu sa famille. Scott, son ami le plus proche, Erica et Boyd, ses frères et sœurs mordus en même temps que lui, le shérif qu'il avait commencé à voir comme un père de substitution et qui était méchamment drôle, dans une version adulte de Stiles.

Derek n'arrivait plus à toucher vocalement le jeune homme et un matin, lorsqu'ils se levèrent, ce fut pour découvrir l'absence d'Isaac. Ils le retrouvèrent bien vite avec l'appel de Perish qui leur signala son corps près du terrain municipal. Battu, Isaac était méconnaissable, le torse éventré sous les coups de griffes d'un « animal sauvage » comme l'avait proposé le nouveau shérif de la ville.

Danny se tapit dans sa chambre plusieurs semaines, provoquant la colère de Jackson qui gardait toujours ce côté personnel que tout le monde adorait détester chez lui. Le Bêta s'était alors rendu dans la chambre d'Isaac, devenue celle de Danny lorsqu'il avait emménagé avec le blond dans le manoir Hale. Ils les avaient entendu hurler, même ceux qui n'avaient pas l'ouïe surdéveloppée des loups-garous, les larmes de Danny coulant sur ses joues alors que Jackson le secouait pour qu'il continue à vivre.

Danny s'était repris… puis la meute d'Alphas était venue au manoir… tenant en otage Melissa McCall et Chris Argent.

Chris sortit de ses pensées en regardant Lydia se redresser sur sa chaise. Même si la jeune femme avait beaucoup souffert de la perte de son petit ami et compagnon, elle s'était relevée, forte et déterminée à la fois. Elle était la seule à pouvoir faire manger Stiles et Allison, la seule à les faire réagir au-delà de cet endroit dans leur tête où ils s'étaient enfermés.

Allison avait recommencé à parler un petit peu mais était trop faible pour se lever. Sa grossesse arrivait à son terme, son ventre gonflé semblait disproportionné au regard de son corps amaigri. Elle posait souvent sa main dessus lorsque le bébé bougeait, le regard vague avant que les larmes ne coulent sur son visage. Chris n'avait jamais su que Scott avait été le compagnon de sa fille, le prenant simplement pour son petit ami, un lien humain fort et fragile, mais pas dévastateur. Il ne l'aurait souhaité pour personne et encore moins pour sa fille.

Ses yeux bleu clair se tournèrent vers Stiles qui fixait la fenêtre près de lui. Le chasseur grimaça quand il se rendit compte qu'il voyait parfaitement la tache de sang qu'ils n'avaient pas pu nettoyer complètement avec Ryan. L'emplacement où le corps de Derek avait été massacré.

Lorsqu'Alan avait découvert l'état de Stiles après la mort de Derek, il avait aussitôt engagé des recherches intensives, aidé par Danny dans la bibliothèque monstrueuse que Derek et Peter avaient constituée. Ils avaient découvert les différents liens entre humains et loups-garous, les liens entre compagnons, entre liés… et les liens d'âmes.

Le simple lien, ou « liés », n'avait pas cette particularité. Ce n'était pas péjoratif, la morsure prenait, mais le loup ne vibrait pas sous leurs peaux. C'était comme un mariage humain, une évolution du stade de « petit ami ». Il n'était pas définitif et pouvait se rompre d'un commun accord entre les deux partis, même si le loup-garou restait un peu possessif.

Le lien d'âmes avait souvent été évoqué comme étant celui de compagnons alors qu'ils étaient différents.

Le lien de compagnons se mêlait à celui de liés et se révélait vraiment pendant la morsure, lors de l'acte. Si le nœud du loup-garou se formait pour rester dans le corps de son lié, son côté animal reconnaissait son partenaire en l'autre, son complément. Il les soudait pendant une demi-heure environ de bonheur post-coïtal où l'odeur de l'un se mêlait complètement à l'autre.

La différence avec le lien d'âmes était plus subtile. Deaton avait découvert un texte dans un des nombreux ouvrages que Peter Hale avait gardé secret, où le lien d'âmes était évoqué. A chaque loup-garou né existait une âme humaine qui le suivait. Cela pouvait prendre plusieurs années avant que cette âme naisse. Ni l'un, ni l'autre n'était conscient de ce lien entre eux. Pour le loup-garou, l'humain le tempérait, l'intriguait avant de le passionner. Pour l'humain, le loup-garou le fascinait et l'attirait.

Par contre, Danny avait découvert dans un autre ouvrage le revers de la médaille dans ce type de lien : la connexion mentale entre eux. Imperceptible et insoupçonnée, elle les titillait lorsque l'un des deux était absent… et pire, elle se déchirait lorsque l'un d'entre eux venait à mourir. Pour le loup-garou, il plongeait le plus souvent dans un état de folie complète et meurtrière « Berserk » comme certains l'appelaient. Personne ne pouvait le contenir et souvent, la mise à mort du loup-garou ramenait la paix dans la meute. Le côté humain était plus difficile à cerner, il sombrait dans une profonde dépression où rien ne pouvait l'atteindre, presque identique au lien de compagnons, mais cet état était suivi par une accalmie où il pouvait rester conscient et réactif avant d'entrer dans un stade d'agressivité pour finir par se suicider.

Depuis cette découverte, les humains toujours en vie de la meute Hale surveillaient Stiles à chaque instant. L'émissaire n'avait pas encore dépassé le stade de la dépression, restant inerte pour le moment. Il ne répondait à personne malgré les sollicitations de Lydia ou de Melissa. Deaton se récoltait un regard vide lorsqu'il essayait de lui parler d'obligation entre émissaires.

« Et lui donner… un but, cela ne fonctionnerait pas ? souffla Melissa près de lui.

— Un but ? demanda Chris en la regardant du coin de l'œil.

— C'est Stiles, s'il a quelque chose pour ce concentrer… peut-être que…

— Mais quoi ? se questionna-t-il. Sur quel…

— Peut-être une façon de les faire revenir ! proposa d'une voix désintéressée Deaton.

— Faire revenir qui ? l'interrogea Melissa tout en fixant celui qu'elle considérait comme son fils avec tristesse.

— Sa meute… faire revenir sa meute… ou modifier le cours des évènements… »

Pendant quelques secondes, personne ne prononça un mot, tous regardaient Deaton avec un air à la fois surpris et interrogatif. En tant qu'émissaire, il connaissait certaines choses qu'ils ne pouvaient même pas imaginer. Chris plissa les yeux en se demandant ce qu'envisageait Alan, le fixant d'un air impassible extérieurement alors qu'au fond de lui, la réponse faisait déjà son chemin.

Le voyage dans le temps. Un souhait souvent chimérique que beaucoup souhaiteraient réaliser. Changer le passé, effacer ce qu'il s'était mal passé et qui devait être modifié.

Le regard bleu clair de Chris se perdit dans le vague alors qu'il réfléchissait lui-même à cette éventualité. Que pourrait-il changer ? Que voudrait-il changer ? La mort de sa femme ? Celle de sa sœur ? L'homme secoua la tête doucement en songeant qu'il n'y avait aucune possibilité de sauver Kate de ce qu'elle avait été, c'était trop tard pour sa sœur, même s'il l'aurait désiré.

« Le voyage dans le temps est impossible. »

La voix rauque, presque difficilement reconnaissable les alerta, toutes les têtes se tournèrent vers la silhouette assise près de la fenêtre. Stiles venait de parler, d'un air neutre et absent, mais réagissait enfin. Son regard ambre était assombri par les cernes sous ses yeux et le visage couvert par une barbe naissante se retourna vers eux alors qu'un sourire méprisant se dessinait sur ses lèvres. Les traits émaciés du jeune homme faisaient peine à voir, il n'avait pas éprouvé le besoin de manger ou de se bouger jusque-là, avant cette proposition de Deaton.

« Comment peux-tu en être sûr ? demanda doucement Alan.

— C'est une illusion, de la poudre aux yeux. Personne ne réussit à changer le passé, ça se saurait.

— Mais as-tu exploré cette possibilité ? As-tu essayé de découvrir s'il y avait un moyen pour changer le passé ? »

Stiles détourna les yeux en réfléchissant. Il n'avait jamais vraiment recherché à retourner dans le passé. Pourquoi faire ? Son avenir était dans le présent, avec Derek… Le jeune homme inspira profondément en percevant une boule gonfler au niveau de son torse alors qu'il sentait une petite main douce prendre la sienne. Il tourna les yeux vers le regard de la rouquine près de lui. Lydia avait été à ses côtés depuis la mort de son compagnon, réunis dans la même douleur, la même perte profonde, même si la jeune femme ne pouvait pas vraiment comprendre la perte que Stiles subissait.

Jackson et elle avaient été liés et compagnons, mais elle n'avait pas éprouvé la sensation que son âme venait de mourir. Stiles avait presque perçu la douleur de Derek alors que celui-ci se faisait égorger sous ses yeux par Deucalion, il avait senti la rage monter en lui et s'il avait été un loup-garou, il aurait tué n'importe qui se trouvant sur le chemin le menant à son compagnon. Encore aujourd'hui… il se demandait parfois s'il ne ferait pas mieux de tuer tout le monde dans ce manoir de sa propre main au lieu d'attendre que sa barrière de cendres de montagne ne disparaisse ou que Deucalion n'embobine un autre émissaire pour détruire à sa place les protections qu'il avait posées dans la forêt.

« Stiles ? L'as-tu… commença Lydia.

— Non… Non, je… je ne saurais même pas où…

— Essaie de faire des recherches, je sais que tu peux trouver n'importe quoi.

— Et puis quoi, Lydia ? Qu'est-ce que je fais ensuite, hein ? Je repars dans le passé ? Et je sauve qui ? Derek ? Jackson ? Scott ? Depuis combien de temps Beacon Hill est menacée ? »

La voix colérique du jeune émissaire résonna dans le silence alors qu'il se levait enfin seul de sa chaise pour rejoindre la bibliothèque où il s'enferma aussitôt avec un claquement de porte violent. Ils entendirent peu de temps après de lourds grondements, des coups contre les murs qui leur laissaient supposer que Stiles évacuait sa colère comme il le pouvait. Un bruit plus sourd et un hurlement inhumain résonnèrent bientôt et tous se précipitèrent vers la salle, ouvrant brutalement la porte pour assister au triste spectacle du jeune homme.

Disparu le jeune homme souriant et plaisantin qu'ils connaissaient tous, un homme cassé, brisé par la mort de son âme sœur, leur faisait face, le regard sombre et les larmes coulant le long de ses joues. Il n'avait en aucun cas touché aux livres reposant sur les étagères, ceux de Derek ou de Peter étaient restés bien en place, droit comme leurs propriétaires les avaient laissés. Ceux de Stiles lévitaient dans la salle comme s'ils étaient portés par les vents violents d'une tempête, les papiers des bureaux voletaient vivement alors que dans un coin de la pièce, ils pouvaient voir, fracassés au sol, plusieurs tableaux, deux chaises, une hideuse lampe en fer forgé que Stiles avait acheté à Derek en plaisantant, les gravures sur la lampe représentaient une scène du conte du Petit chaperon rouge avec son loup.

Lydia sourit malgré elle entre ses larmes, la main sur la bouche, elle se rappelait du fou rire qui avait secoué Peter en remarquant la tête de son neveu face au cadeau de son petit ami, du grand sourire de Stiles, impatient de connaître sa réaction en voyant les yeux verts de Derek se teinter parfois de rouge alors que celui-ci essayait de se calmer et de ne pas tuer son compagnon… puis, dans le silence profond du salon, Stiles avait demandé « Alors, ça te plaît ? » sur un ton ravi qui avait déclenché les foudres de Derek. Lydia se souviendrait toujours de l'éclat de rire qu'avait eu Stiles lorsque le brun l'avait coursé, à moitié transformé en sa forme Alpha avec la ferme intention de l'écorcher. Ils avaient disparu dans les bois pour réapparaitre une heure plus tard, échevelés, les vêtements dans un état lamentable et un Stiles souriant comme s'il avait décroché le gros lot.

La jeune femme baissa la main en sentant les larmes couler sur ses joues en repensant à toutes ces vidéos qu'ils avaient prises à l'insu de Stiles et Derek, les filmant de façon ostentatoire ou furtive, juste pour s'amuser ou surprendre un instant magique qui arrivait tellement souvent quand la meute se réunissait. Un sanglot lui échappa malgré elle, attirant l'attention sur elle. Chris posa une main sur son épaule avant de la serrer contre lui alors que Melissa se collait à elle de l'autre côté. Alan Deaton les fixait avec cet air énigmatique qui agaçait au plus haut point Jackson, Derek et Stiles. Cela avait été d'ailleurs un de leurs nombreux points communs à leur plus grand agacement.

« Ils me manquent ! sanglota-t-elle en se mordant la lèvre inférieure, son menton tremblotant alors qu'elle fixait le regard sombre de Stiles. Tu me manques…

— Lyds… chuchota le jeune émissaire en serrant les poings. Je ne peux pas…

— Essaie ! Je sais que tu peux le faire… tu ne croyais pas que tu pourrais intégrer la première ligne au Lacrosse, tu l'as fait, essaie… s'il te plaît.

— Et s'il faut faire des sacrifices, Lyds, tu y penses ? dit Stiles en la regardant fixement, pleurant à son tour. Si je dois me transformer en Darach pour ça… Si je dois tuer des innocents…

— On ne peut pas savoir tant que tu n'as pas fait ces recherches, Stiles ! interrompit Deaton.

— Mais et si…

— Alors tu feras ces sacrifices, Stiles ! coupa Chris en le dévisageant d'un regard clair. Tu feras tout ce qu'il est en ton pouvoir pour empêcher que cela n'arrive.

— D'accord ! murmura le jeune émissaire des Hale après un long silence en fermant les yeux, soudainement fatigué. D'accord, je ferai des recherches.

— Nous ferons ! » corrigea Lydia en venant le prendre dans ses bras, enfouissant son visage dans son cou. « Nous le ferons ensemble, pour retrouver nos boules de poils. »

Le rire étranglé de Stiles résonna dans la pièce, juste avant que le jeune homme n'éclate en sanglots, s'effondrant sur ses genoux face à Lydia, l'attirant sur le sol à son tour. Les deux jeunes gens enlacés arrachèrent une grimace compatissante aux deux parents présents qui décidèrent de quitter la pièce sans un mot pour les laisser se recueillir seuls.

Alan Deaton observa la Banshee et l'émissaire, dans les bras l'un de l'autre et partageant leur chagrin. Il savait très bien dans quoi ils s'engageaient mais c'était pour le mieux. Ce monde ne tiendrait pas plus longtemps maintenant que le dernier des Hale avait disparu, laissant la voie libre pour Deucalion et les autres loups-garous. Il aurait voulu tout changer lui-même mais n'en avait pas le pouvoir… Stiles l'avait en lui, il pourrait le faire dès qu'il découvrirait cette petite possibilité.

« Je ne demanderai qu'une chose… pour toi, Stiles ! avança Alan en le regardant droit dans les yeux, ignorant les larmes qui coulaient sur le visage du jeune homme.

— Quoi ?

— Fais-toi un journal… écris tout ce qui se passe, ce qui te passe par la tête, que ce soit sur papier ou sur ton ordinateur. Garde une trace de ce que tu fais.

— Pourquoi faire ? demanda Stiles en fronçant les sourcils.

— Ainsi, tu seras au clair dans ta tête en relisant tes écrits. Concentre-toi.

— Vous n'allez pas nous aider, pas vrai ? comprit Lydia en le fixant avec un regard froid.

— Non… je n'en ai pas le pouvoir, vous m'en voyez désolé… mais je vous apporterai quelques livres en ma possession qui parle d'incantations, peut-être que cela pourrait vous aider.

— Pourquoi ne pas le faire directement, alors ? souffla le jeune émissaire en voyant Deaton se détourner pour partir.

— Marin était ma sœur… même si nous avions une vision différente de notre rôle d'émissaire et de la meute dont nous nous occupions… elle restait ma petite sœur…

— Et je l'ai tuée, comprit Stiles.

— Tu y étais obligé mais… oui, je ne pourrai pas faire plus que de vous fournir les livres ou en matériel mais… pas mon aide directe, vous m'en voyez désolé. »

Sous le silence des deux jeunes personnes, Deaton hocha la tête avant de partir. Stiles reporta son attention sur Lydia qui l'enlaçait toujours, assise sur ses genoux et sourit très légèrement en repensant à son « jeune lui » qui aurait tout donné pour être à sa place… mais Derek était arrivé dans l'équation, détruisant le plan qu'il avait concocté pendant dix ans pour faire sa vie avec elle.

« Lydia… je ne sais pas par où commencer…

— Je t'aiderai… Tu es mon meilleur ami, Stiles. L'un des seuls qu'il me reste… je t'aiderai du mieux que je peux, je t'en fais la promesse…

— Je t'aime Lydia ! soupira le jeune homme en l'embrassant sur le front tout en la câlinant. Ne change jamais.

— Je ne peux plus atteindre un niveau de perfection ! » répondit la jeune femme en levant le menton d'un air arrogant tout en se fichant de son visage humide, son petit nez rouge et luisant de sa crise de larmes précédente. « Je suis déjà au sommet, je ne peux plus monter… je t'aime aussi Stiles… par contre, si tu me refais un coup pareil, je t'arrache la tête, la fourre de tue-loup avant de la faire avaler à la meute d'Alphas, c'est clair ? »

Le rire étouffé du jeune homme engloutit son « très clair » amusé avant qu'ils ne se lèvent en regardant les étagères de Peter… ils avaient du travail maintenant.

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Ils s'étaient mis à trois avec Danny qui, une fois leur but expliqué, avait aussitôt proposé son aide pour le numérique. Avec Lydia pour le latin sous toutes ses formes, Stiles plongé dans les manuscrits très anciens que Deaton avait ramené avant de complètement disparaître en laissant la clé de son local sur le bureau de Stiles et Danny pour les recherches sur le net, ils avançaient lentement mais sûrement, jour après jour, jusqu'à atteindre un mois de recherches intensives.

Bon nombre de volumes de la collection de Peter abordaient le thème du voyage temporel, le loup-garou avait déjà exploré certains aspects qui n'avaient abouti à rien. Stiles se doutait bien que Peter avait recherché le moyen pour éviter le drame qu'il avait vécu, mais sans rien trouver.

En compagnie de Lydia et Chris Argent, il avait retracé ce qui était à l'origine des évènements qui se déroulaient à Beacon Hill : la mort de la famille Hale. Elle avait été très réputée pour la solidité de leurs liens entre loups et leur force commune, ainsi, à sa disparition, la ville était passée par un stade de liberté qui avait attiré à de nombreuses reprises des meutes et d'autres espèces qui avaient alors pensé à s'y installer. Les chasseurs de toutes sortes étaient également venus plusieurs fois, certains beaucoup plus connus que d'autres, ce qui étonna Stiles et Lydia qui les pensaient fictifs.

Après plusieurs jours de recherches sur ces Winchester, Stiles avait trouvé certains ouvrages sur Amazon, publiés par Carver Edlund lui-même. Il avait ensuite, en suivant la piste d'une super fan dont le pseudo était « beckywinchester176 », téléchargé la suite non publiée des romans. Danny et Lydia doutaient fortement de ces trouvailles, estimant que ce qu'il s'y passait était de l'ordre de la fanfiction, mais… après avoir appris que les frères étaient morts plusieurs fois et étaient encore en vie… ils décidèrent d'enquêter sérieusement sur eux.

Ce fut Danny qui retrouva un des numéros de téléphone que ces chasseurs utilisaient, en piratant la ligne téléphonique d'une des shérifs d'un des comtés voisins. Se fichant désormais des répercussions, ils ne se cachaient plus des autorités, Ryan leur servait souvent de tampon lorsque les appels des autres secteurs arrivaient à la centrale de Beacon Hill.

Les trois jeunes gens avaient décidé que Stiles passerait l'appel, plus pour le propre bien mental du jeune homme, déjà fragilisé par le journal qu'il tenait sur son ordinateur, sauvegardé sur sa clé USB qui ne le quittait jamais et où étaient déjà conservées plusieurs photos et vidéos d'eux. L'idée de Deaton avait pourtant eu du mérite. Plusieurs fois, leurs enquêtes avaient débouché sur un cul de sac avant que Stiles ne se relise et fasse machine arrière, débloquant ensuite la piste.

Stiles se décida à appeler ces Winchester, se demandant – alors que le téléphone de son correspondant sonnait – comment allait-il amener la conversation sur cette affaire. Le jeune homme se passa la main dans les cheveux, tirant sur les mèches plus longues sur le haut de son crâne avant de remonter de l'index ses lunettes à lourde monture. Le regard vague pendant qu'il attendait impatiemment qu'on lui réponde, il fixa le cadre contenant une photo posée sur le coin du bureau.

La meute était au complet ce jour-là, face au manoir nouvellement reconstruit. Derek se trouvait au centre, le menton levé alors qu'il regardait droit devant lui d'un air inexpressif. Scott se tenait à sa droite, souriant de cet air de chiot qui faisait rire Allison à chaque fois, un bras entourant celle-ci à ses côtés. Peter était de l'autre côté, une main reposant sur l'épaule de Derek. Peter paraissait lointain, les yeux un peu tournés vers la gauche et un sourire absent, comme s'il n'avait en aucun cas voulu être présent et Stiles s'en souvenait parfaitement, c'était pour lui que ce dernier avait accepté d'y figurer, pour que « Cet asticot le laisse enfin en paix ». A ses côtés, se trouvaient Boyd et Erica, dans les bras l'un de l'autre, souriants et heureux. Devant eux, on retrouvait Jackson avec Lydia sur ses genoux, la jeune rouquine refusant de s'asseoir par terre et se salir. Le blond était parfaitement satisfait de cette position si on pouvait en juger par ses yeux plissés de rire alors que le bas de son visage était dissimulé par le creux du cou de la jeune fille. Danny et Isaac se trouvaient aux pieds de Scott, Isaac s'appuyant sur l'épaule de son petit ami en riant. Stiles était agenouillé aux pieds de Derek, position qui avait fait hurler de rire ses amis, surtout en voyant le sourcil levé de Derek qui fixait son compagnon. D'où la photo avait été prise, on pouvait voir la main droite de l'Alpha enroulée autour du cou de Stiles, le pouce caressant la nuque de l'émissaire, sous le sourire charmé du jeune homme qui ne pouvait le cacher.

C'était une journée chaude et tous étaient plus ou moins habillés légèrement. Son père était celui qui avait pris les photos ce jour-là, voulant immortaliser sa nouvelle famille. On pouvait voir dans le coin droit de l'image, un morceau de son cruiser garé là. Melissa n'était pas présente, étant de garde à l'hôpital du comté, Chris n'avait pas accepté l'invitation de sa fille, préférant s'occuper de ses propres affaires.

La ligne se coupa et Stiles fronça les sourcils en fixant son portable. S'ils ne répondaient pas sur celle-ci, il allait essayer les autres, cela ne lui posait aucun problème. Le numéro suivant arriva directement sur messagerie, tout comme le troisième de la liste. Le quatrième était une ligne coupée ou en dérangement, le cinquième ne sonna que trois fois avant d'être renvoyé sur la ligne d'un certain Bobby Singer qui ne répondit pas non plus. Stiles soupira doucement en essayant de se calmer, son genou commençant à tressauter avec l'énervement qui montait. Une main se posa sur celui-ci, faisant reposer son pied bien à plat sur le sol.

Stiles releva les yeux pour regarder l'air agacé que Lydia lui adressait. La jeune femme lisait encore un des nombreux livres parlant de voyage temporel en latin, le récit tenait davantage issu de la mythologie que de la réalité mais elle ne négligeait aucune piste et il l'aimait encore plus pour ça. Un bout de gomme vint percuter ses lunettes et un ricanement amusé échappa à Danny quand Stiles le fixa avec un air meurtrier qui ne lui faisait pas peur.

« T'as fini, oui ?

— Rappelle le premier ! pointa Danny en indiquant de son crayon le numéro d'appel.

— Il ne m'a pas répondu.

— Rappelle, je te dis.

— Non mais…

— Rappelle, Stiles ! ordonna Lydia en tournant une page. Maintenant ! »

Le sifflement agacé du jeune émissaire ponctua les mouvements de son pouce sur l'écran tactile. La connexion s'établit et une nouvelle fois, la communication se fit attendre. Il ferma les yeux en soupirant, frottant son front d'une façon qui n'était pas sans rappeler aux autres, son père, leur arrachant un sourire triste quand une voix mal embouchée résonna dans son oreille.

« Ouais, putain, ouais ! » cracha une voix grave.

Stiles se redressa en regardant Danny face à lui, entendant d'une oreille son correspondant se faire rabrouer d'un « Dean » las. Il y eut plusieurs mouvements qui indiquaient que le portable venait de changer de main quand une autre voix grave prit la parole, légèrement plus doucement.

« Oui, allô ?

— Hum… Salut… je suis bien en communication avec un des frères Winchester ?

— Cela dépend de ce que tu lui veux, soupira d'une voix lasse l'homme.

— Je m'appelle Stiles Stilinski… j'aimerais savoir comment vous êtes revenus à la vie après avoir été tués. »

Il y eut un claquement et un bip de son portable qui lui indiqua qu'il venait de se faire raccrocher au nez. Le jeune homme leva un sourcil, baissant son téléphone pour rappeler sous le regard fatigué de ses amis.

« Très subtil Stiles, bravo, informa Lydia d'une voix moqueuse.

— La subtilité, ce n'est pas pour moi ! marmonna l'émissaire en entendant une nouvelle fois la tonalité d'appel.

— Clairement », ricana Danny en appuyant son menton sur son poing.

Le silence se fit entre eux alors qu'ils attendaient que quelqu'un leur réponde une nouvelle fois, ce qui fut rapidement le cas. Un soupir fatigué se fit immédiatement entendre, leur arrachant une grimace compatissante.

« Allô…

— Excusez-moi… c'est encore Stiles Stilinski…

— Bonjour, Stiles Stilinski… tu es au courant qu'il est deux heures du mat', ici ? marmonna l'homme.

— Hum… non… ici, il est onze heures, mais ce n'est pas pour ça que j'appelle…

Qu'est-ce qu'il veut, bordel ! maugréa l'autre voix grave, légèrement plus loin.

— J'en sais rien, Dean… Qu'est-ce que tu nous veux ?

— Vous êtes Sam Winchester, pas vrai ? demanda Stiles en baissant les yeux vers les feuilles étalées devant lui, regardant l'image imprimée du jeune homme, prise par un bureau du shérif, il y a près d'une dizaine d'années.

— Oui… que veux-tu ?

— Je… j'aimerais savoir comment… vous êtes revenus à la vie ? » questionna doucement Stiles en fermant un œil.

Un soupir d'agacement fut sa seule réponse avant qu'une nouvelle fois, son téléphone ne se coupe. Stiles posa son front sur le bureau, respirant à fond alors que déjà, son pouce venait chercher le dernier numéro appelé pour recontacter son correspondant et il mit le haut-parleur. La sonnerie ne résonna qu'une fois avant qu'on ne décroche… et ce ne fut pas Sam qui lui répondit.

« Bordel de merde, qu'est-ce que tu veux, gamin ?

— Déjà, je ne suis pas un gosse, j'ai vingt-trois ans, merci bien. J'aimerais savoir comment vous êtes revenus à la vie après avoir été tués !

— Ecoute-moi bien, Dugland, si tu rappelles ce numéro, je te jure que je vais pister le tien et je vais venir te botter le cul, tu m'as compris ?

— Attendez ! » cria Stiles, inconscient que Lydia et Danny avaient crié en même temps, ayant entendu la conversation. « S'il vous plaît, ne raccrochez pas ! »

Un profond soupir se fit entendre dans le combiné, ainsi que des bruits de draps qui se froissent avant que l'homme, Dean, ne leur reparle, la voix bourrue et impatiente.

« C'est quoi votre problème ?

— Je… beaucoup de gens sont morts, ici… et nous cherchons s'il existe une possibilité de les faire revenir à la vie.

— Il ne faut pas les faire revenir, gamin. Offrir ton âme à un démon pour ramener quelqu'un ne le vaut pas.

— Pourtant… Vous l'avez fait pour votre frère, non ? Vous êtes mort pour lui.

— Ecoute… qui les a tués ? C'est quoi votre problème, répondit Dean après un long silence.

— Nous… nous avons eu une meute de loups-garous qui est arrivée… et notre meute a disparu.

— Quoi ? Une meute… ils ont attaqué des humains ? Sam, recherche ça… vous êtes d'où ?

— Je… je ne vous le dirai pas, ce n'est pas pour ça que je vous appelle… je voudrais savoir si notre meute peut revenir, s'il y a un moyen que nos Bêtas et notre Alpha revivent.

— Al… Non mais attends… tu dis "notre" meute ? Tu es un loup-garou ? Tu déconnes là, tu appelles un chasseur alors que tu es un l…

— Non ! Un émissaire, je suis humain… il ne reste plus que des humains… pour l'instant…

— Bon débarras, alors…

— Ecoutez ! soupira difficilement Stiles, les larmes aux yeux. Je veux juste savoir si…

— Quand un être surnaturel meurt, il ne part ni au Paradis, ni aux Enfers.

— Où… où va-t-il ? chuchota Lydia.

— Au Purgatoire… il n'y a aucun moyen de revenir lorsque tu es au Purgatoire. »

Lydia laissa échapper un sanglot, vite étouffé par sa main alors que Danny fermait les yeux à son tour, le visage crispé. Stiles déglutit difficilement, la respiration haletante et la vision floue. Son téléphone lui échappa des mains pour retomber sur les feuilles étalées devant lui. Stiles enfouit ses mains tremblantes dans ses cheveux en posant ses coudes sur son bureau, entendant d'une oreille lointaine la voix de Dean qui s'était faite plus calme, presque douce à son oreille.

« Ça va, gamin ?

— Je viens d'entendre que mon petit ami est au Purgatoire… et ne me dîtes pas que c'est un bar gay, j'ai un gros doute… risquant sûrement encore sa vie… et qu'il n'y a aucun moyen pour lui de revenir.

— Désolé.

— Connaitriez-vous… connaitriez-vous une façon de remonter dans le temps ! hoqueta Lydia en se penchant vers le téléphone. S'il vous plaît.

— Qui… il y avait une possibilité… avec les anges, mais les deux qui auraient été susceptibles de vous aider ne… ils sont morts. Ceux qui restent sont presque tous des enfoirés, ils n'aideront pas une bande de gosses… Désolé.

— Personne…

— Non… dites-moi où vo… »

Stiles coupa la communication, le visage inexpressif alors qu'il se levait doucement de sa chaise pour quitter la pièce. Lydia et Danny n'étaient pas en état de lui prêter attention, sanglotant de leur côté sans pouvoir se reprendre pour l'instant. Ils entendirent clairement le claquement de la porte de la chambre de Derek et Stiles, suivi plus tard d'un hurlement de colère qui les déchira…

Leurs espoirs venaient de s'effondrer…

.


.

Quand Stiles était entré dans sa chambre, il s'était dirigé automatiquement vers son ordinateur pour sa séance journalière filmée par sa webcam. Ce journal que Deaton lui avait conseillé de tenir pour avoir les idées claires, était une chose qu'il faisait désormais machinalement. Les débuts furent très chaotiques, Stiles n'ayant pu sortir que quelques mots devant la caméra, avant de craquer plus d'une fois, la mort de Derek étant trop récente pour cette activité.

Encore aujourd'hui, son absence le déchirait chaque fois qu'il ouvrait les yeux pour les porter sur l'oreiller vide près de lui, là où il aurait dû tomber sur le regard vert et le sourire doux de son compagnon, le visage encore chiffonné de sommeil, toujours éveillé avant lui et l'observant dormir, riant ensuite doucement à son « pervers » marmonné dans son propre oreiller.

Stiles ne s'était jamais vraiment habitué à la façon dont Derek le fixait sans bouger pendant plusieurs minutes, semblant décortiquer chaque mouvement, même pendant son sommeil. Il n'aurait jamais cru que ça lui manquerait autant. Il était bien conscient que le lit était en désordre derrière lui et que presque tous les vêtements de Derek étaient sortis de l'armoire grande ouverte, sales ou portés une fois par l'émissaire, espérant retrouver l'odeur de son compagnon.

Le jeune homme inspira profondément et passa son doigt sur le carré tactile de son ordinateur portable, activant celui-ci, mis en veille depuis le matin. Le fond d'écran s'afficha, amenant un imperceptible sourire tremblant aux lèvres de Stiles quand il vit la photographie qui le composait.

Il se souvenait que c'était Peter qui l'avait prise, heureux de voir que pour une fois, son neveu baissait sa garde pour se comporter en « jeune » comme les autres, s'amusant avec son petit ami comme un gosse. C'était après une forte pluie en décembre, le terrain était boueux et le manoir en fin de restauration. La jeep de Stiles était dans le coin, proche de la Toyota « familiale-Derek-tu-ressembles-à-une-maman-là » de l'Alpha. Stiles l'avait taquiné plus d'une fois sur la voiture « passe-partout » de son compagnon, lui demandant souvent s'il comptait amener les gosses au Lacrosse un jour, histoire de faire une « sortie en famille avec Papa Stiles et Maman Derek », mais Derek se contentait de grogner et l'ignorait.

Ce jour-là, Stiles avait découvert qu'il pouvait concentrer son étincelle dans un index et avait fait le tour de la meute pour voir s'ils ressentaient un quelconque changement en eux après qu'il les ait touchés. Ils avaient pu le voir avec amusement bouger entre eux, l'index tendu pour le pointer au niveau des côtes sans succès… jusqu'à Scott, Peter et Derek. Les trois étant des Alphas, ou l'avait été pour Peter, ils avaient sursauté de façon presque identique quand le bout de l'index de Stiles leur frôla les côtes. Mais si Scott s'était aussitôt sauvé en riant comme un gosse, chatouillé par son meilleur ami, Peter avait levé un sourcil taquin en lui susurrant de « continuer, ça lui plaisait », d'un air grivois clairement moqueur. Derek, lui, avait serré les dents en le fusillant du regard, lui interdisant de recommencer.

Ce qui pouvait se traduire par un « si-tu-recommences-je-te-tue »… Stiles avait donc recommencé plus d'une fois dans l'heure, faisant sursauter régulièrement son Alpha qui laissait parfois échapper un « yip ! » aigu assez canin qui faisait rire aux larmes Stiles. Derek avait craqué et pris sa forme d'Alpha, devenant un majestueux loup noir. L'émissaire avait essayé de se sauver jusqu'à sa jeep, mais le loup avait immédiatement sauté sur son dos, le plaquant dans une mare de boue qui le colla au sol. Ils avaient vite compris que celle-ci ne les laisseraient pas partir de sitôt, Derek ne désirant pas se salir et étant beaucoup plus léger sous cette forme, il était resté assis sur le dos et les reins de son petit ami, fier et content de lui sous les jurons du jeune homme qui avalait la gadoue répugnante dès qu'il criait trop fort ou riait malgré lui.

Personne n'était venu l'aider, ils étaient trop occupés à rire aux larmes à ses dépends et Peter, amusé de voir la bouille contente du loup qu'était Derek, avait décidé d'immortaliser l'instant, appelant le couple qui s'était tourné vers lui, Stiles souriant et les yeux humides de larmes de rire, Derek avec un grand sourire canin, la langue dépassant de sa gueule et le dos bien droit.

Stiles sourit à l'image, sentant les perles salées couler sur ses joues et les essuya d'un revers de manche, se fichant que le tissu écossais de sa chemise lui râpe légèrement les joues, les rendant encore plus rouges qu'elles ne l'étaient déjà. Le jeune homme lança son logiciel avant de cliquer sur l'onglet pour s'enregistrer via le périphérique. Il se vit apparaître via sa webcam toujours allumée et se fixa quelques secondes sans bouger, se reconnaissant à peine. Il avait maigri, perdant ses joues un peu rondes que Derek adorait et flottait dans son tee-shirt noir et sa chemise sombre. Son regard ambre s'était obscurci à un marron clair qui lui semblait étranger. Il ne se rappelait plus quand il s'était douché pour la dernière fois, ou encore coiffé, mais se disait que si Lydia ne lui avait rien dit, c'était qu'il ne devait pas sentir pour le moment.

D'un clic, il lança l'enregistrement, un instant muet en regardant droit devant lui avant de minimiser sa fenêtre, préférant voir autre chose que son visage. Stiles s'humidifia les lèvres d'un coup de langue las et soupira avant de déglutir, débutant enfin son récit.

« Hé, bébé ! » chuchota-t-il.

Il faisait ça à chaque fois, préférant « discuter » avec Derek au lieu de se nommer ou parler dans le vide , c'était plus facile pour lui. Plus personnel aussi. Les vidéos qu'il gardait sur sa clé USB et que personne n'avait vues pour le moment, étaient toutes adressées à son amant, chacune d'elles était personnelle, même s'il racontait ses recherches dans les dernières, ses espoirs aussi depuis qu'ils avaient appris pour les Winchester.

« Tu te souviens ce que je t'ai dit hier ? Qu'on tenait une piste, Lydia, Danny et moi ? Avec ces chasseurs increvables ? Les Winchester… eh bien, je peux t'assurer que j'ai trouvé quelqu'un qui est de plus mauvaise humeur que toi au réveil ! gloussa Stiles en se frottant un œil pour espérer diminuer ses larmes. J'ai eu du mal à les faire parler, tu sais… je ne crois pas que mon "j'aimerais savoir comment vous êtes revenus en vie après avoir été tués" a vraiment été apprécié, et je sais, j'ai pas réfléchi sur le coup… hé, j'ai jamais dit que ma bouche avait un filtre, pas vrai ? »

Le jeune homme baissa les yeux en haussant une épaule, regardant son bureau qui commençait à s'humidifier peu à peu, de l'eau tombant en petites gouttes de plus en plus nombreuses. Il devait sûrement y avoir une fuite dans la toiture, songea-t-il d'un air absent.

« Il… Dean, je veux dire… le mal embouché du matin… il m'a dit où… où tu devrais être actuellement. Au Purgatoire… et pas le bar gay de Floride, hein ? Non, un autre endroit pour les êtres surnaturels… J'essaie de positiver en me disant que tu es avec ta famille… mais je ne peux pas, je ne suis pas assez fort pour ça… je ne suis plus… »

Ses mains plongèrent dans ses cheveux, tirant sur ses mèches alors qu'il avalait sa salive, sentant comme une boule se former dans sa gorge. Stiles redressa la tête pour observer son écran, voyant un peu de son reflet sur celui-ci qui lui montrait que ses cheveux se dressaient en pic sur son crâne. Il fit un petit rictus désabusé en songeant que son petit ami aurait adoré le voir comme ça, tout ébouriffé.

« Derek… je ne peux pas te ramener… Même si… même s'il y avait un moyen d'aller au Purgatoire pour nous… on ne pourrait pas tous vous ramener avec nous… et je ne pourrais pas te faire quitter ta famille, te faire choisir entre elle et moi… et cette ville merdique qui n'a pas été un cadeau pour toi. On a demandé s'ils connaissaient un moyen pour voyager dans le temps, après tout… j'avais lu qu'ils l'avaient fait plus d'une fois, mais… les anges qu'ils connaissaient sont morts… je ne peux donc ni te ramener… ni te sauver, putain… »

La colère montait en lui alors qu'il pleurait de plus en plus, la respiration haletante. Stiles se sentait trembler de tout son corps, essayant de se contenir mais il devait bouger à présent, ne pouvant plus rester assis. Se moquant que sa webcam ne pourrait pas capter ses mouvements, il se leva brusquement avant d'attraper sa chaise pour l'envoyer valser dans la pièce. Un bruit de verre brisé l'alerta sur le fait que la fenêtre venait de voler en éclats sans obtenir de réaction plus prononcée qu'un hurlement de colère. Stiles se déplaça dans la pièce, nerveux et en rage contre la vie elle-même, contre ce monde qui lui avait tout pris.

« Je peux rien faire, putain ! PUTAIN ! hurla-t-il. Je peux pas te sauver, je peux pas revenir en arrière et alors quoi, hein ?! Je dois laisser Deucalion me tuer, maintenant ? Détruire Beacon Hill ? Anéantir une autre meute après avoir terminé le travail ici ? Je dois fermer ma gueule et souffrir alors qu'il m'a pris mon père et mon compagnon ? »

Le jeune homme cogna brutalement son pied contre son bureau, ignorant le fait qu'il n'était même plus visible à la caméra et que son ordinateur venait de glisser dangereusement près du bord. D'un revers de bras, il fit tomber tout ce qui se trouvait sur la commode près de lui, regardant son téléphone voler dans la pièce pour exploser contre le sol. D'un air absent, il se félicita d'avoir sauvegardé les photographies de celui-ci sur sa clé avant que Derek…

« Qu'est-ce que je dois faire, bordel ? Qui je dois tuer pour pouvoir vous ramener ? Qui je dois détruire ? Putain… PUTAIN ! Tu ne peux pas savoir combien de fois j'ai haï Kate pour ce qu'elle t'a fait ! Pour ce qu'elle vous a fait ! Je sais que tu aurais été différent, tu ne m'aurais sûrement même pas regardé si ta famille était encore en vie mais… J'aurais aimé la détruire avant l'incendie, avant que tout ça n'arrive… »

Un violent coup de pied qui lui démolit les orteils fit bouger le lit, faisant tomber quelque chose dans un bruit sourd qui attira son attention. Le son venait du côté du lit de Derek où se trouvait aussi sa table de nuit assez spartiate : une lampe, un tube de lubrifiant dans le tiroir. Stiles se tut et s'approcha, intrigué malgré lui, essuyant ses larmes d'un revers de bras en inspirant profondément pour se calmer. Il s'abaissa près du lit, découvrant un livre d'histoire que Derek avait pris un soir avant d'aller se coucher, aimant lire avant de s'endormir, racontant parfois certains passages à Stiles d'une voix douce et chaude qui l'engourdissait avec bonheur.

Le jeune homme attrapa l'ouvrage et s'assit sur le matelas, faisant face à son bureau et sa webcam, toujours en route, sans y penser, lisant la page de couverture avec surprise. Celui-ci était centré sur la mythologie grecque et les divinités… toutes sortes de divinités. Il l'ouvrit au signet de Derek, regardant sans trop s'y attarder le titre au nom d'Aphrodite, mais ses yeux se figèrent sur la petite ligne située au-dessous du nom : « déesse grecque associée à l'amour et à la fécondité. ». Il tourna quelques pages pour tomber sur Arès, dieu grec de la guerre, puis sur Hadès, quand il feuilleta plus rapidement les pages, le dieu des Enfers.

Stiles leva les yeux en réfléchissant, tentant de se rappeler tous les livres et sites lus jusqu'à aujourd'hui. Sa respiration était redevenue calme, il avait arrêté de pleurer depuis qu'il avait découvert le livre. Il reposa les yeux sur l'ouvrage, essayant de trouver la table des matières et tomba sur celle-ci, listée deux fois, une par ordre alphabétique, une fois par l'ordre d'association. Il lut sans y croire les mots comme « amour », « vent », « tourment », « jalousie » qui référençaient les dieux et son regard se figea sur un mot.

L'émissaire se redressa en écarquillant les yeux, tournant les pages rapidement pour retrouver celle qui l'avait intéressé et découvrit quelque chose auquel il n'avait qu'il n'avait pas pensé : Chronos, dieu du temps.

Si des anges, des démons, d'autres créatures pouvaient exister, pourquoi pas eux ? Il essaya de se rappeler une des aventures des frères Winchester, il était sûr qu'il avait lu quelque chose sur les dieux à un moment donné et n'était pas trop chaud pour rappeler Dean ou Sam maintenant que les chasseurs pourraient être sur leurs traces.

Stiles se releva brusquement, avançant à grands pas vers la porte avant de se souvenir de son ordinateur qui tournait encore, semblant le fixer de son œil lumineux. L'émissaire revint vers lui rapidement, un sourire tremblant aux lèvres en tendant la main vers la souris pour agrandir la fenêtre de sa vidéo.

« Derek… je reprends un peu d'espoir grâce à toi… Sérieusement, merci à toi pour ton master en Histoire, sur ce coup, tu m'aides, même quand tu n'es pas près de moi… Tu me manques, bébé… j'espère que mon intuition est bonne… Je t'aime. »

Sur ces mots, le jeune homme coupa l'enregistrement avant de partir d'un pas rapide, criant les prénoms de Lydia et Danny dans sa course jusqu'au bureau. Les recherches n'étaient pas encore terminées, il était sûr qu'ils avaient vu quelque chose sur les dieux grecs lorsque Lydia traduisait un vieux manuscrit en latin de Peter… celui qui traitait d'invocations.

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Bien, comme pour la dernière fois, vous me retrouverez dans deux semaines, jour pour jour (ou à un jour près avant ou après, ça dépendra si je bosse ou pas).
N'hésitez pas à m'en dire quoi que ce soit ^^