Et voilà le chapitre 2 ! Bonne année tout le monde ! =) J'espère que vous avez pris de bonnes révolutions, pour ma part je n'ai pas encore vraiment réfléchis sur le sujet =P
Chapter 2
Je me rappelle de ce moment où je suis arrivé... De ce moment où les autres enfants me regardaient tel un prédateur ou alors un objet pleins de curiosités. J'ai peur... Oui, mon cœur qui battait furieusement dans ma poitrine me confirmait mes sentiments qui arrivaient en vague. Les murmures que je parvenais à entendre ne faisaient qu'attiser ma crainte qui se traduisait par ma prise plus forte sur la jupe longue de la jeune femme qui me servait de barrière face à ces regards incessants. Je n'osais pas les fixer, que pouvais-je faire de toute façon ? Le malaise ne faisait que rendre les choses plus difficiles, tortillant mes entrailles pour me donner l'envie de vomir. Une main vint caresser alors mes cheveux, ma première réaction fut la crispation de mon corps, se crispant au maximum. Je n'osais pas regarder la jeune institutrice qui devait trouver mon comportement incompréhensible.
_ Voici Sebastian Michaëlis les enfants ! Soyez gentils avec lui d'accord ?, me présenta la femme d'une voix douce.
_ Oui Madame !, répondit-en cœur les élèves d'une voix enthousiaste.
Dans un geste si vif, elle s'en alla, me laissant seul avec ce troupeau qui me sauta tout de suite après son départ. Je n'eus le temps de faire quoique ce soit que tout le monde arriva en me posant tellement de questions.
_ Eh tu viens d'où ?
_ T'es qui toi ?
_ Vous avez vu ces yeux ?
_ On dirait du sang !
_ C'est moche ! ! Je suis sûr que c'est un méchant !
Subitement, les élèves partirent comme si j'étais effrayant. Les ennuies commencent... Je le sais... Père, mère... Pourquoi m'avez-vous abandonné ?
J'ouvris brusquement les yeux, mon cœur battant toujours de manière excessif dans ma poitrine. Comment se fait-il qu'un tel sentiment ressurgisse maintenant ? Je claque ma langue alors que ma main passa furieusement dans mes cheveux ébènes dont certains étaient collés sur mon front, dû à ma transpiration. Je me relevai alors, tentant de retrouver une respiration stable mais je n'y arrive pas... Mon corps jubilait encore de cette immonde sensation, je pensais pourtant avoir passé le cap. Je pensais m'être habitué à cette solitude. Dans un soupir, je remontai mes genoux pour y laisser reposer ma tête entre. Tout va bien... Tout va parfaitement bien, j'ai surmonté tout cela. Je suis devenu ce que je suis grâce à ce passé, je n'ai pas à avoir honte, tout va bien. Petit à petit mon rythme cardiaque se stabilisa et tout mon être retrouva son calme, rendant ma respiration plus confortable. Peut-être que l'arrivée de cet orphelin a fait ressurgir ce passé que j'avais pensé oublié, évidemment, le passé nous rattrape éternellement mais je ne m'attendais pas à que cela arrive aussi tôt. Un soupir franchit mes lèvres alors que je me levai, me débarrant de mon haut de nuit pour me diriger à la salle de bain qui se trouve juste à côté de ma chambre. Je ne supporte pas la sensation du vêtement collant sur ma peau. Lorsque mes pieds nus entrent en contact, je frémis, sentant la chair de poule parcourir ma peau. Je ne supporte vraiment pas le froid. Prestement, je me dirigeai vers la salle de bain pour une bonne douche bien chaude, au moins l'eau détendra un peu plus mes muscles qui sont encore engourdis par les prémices du sommeils. Cependant, avant même d'avoir pu entrer dans la salle d'eau, j'entendis un bruit mat au niveau du salon. Je fronçai des sourcils, serait-ce Ciel qui est tombé ? Me pressant, j'ouvris rapidement la porte du couloir menant vers le salon encore sombre. Quelque chose de plus sombre se détachait de l'obscurité, je m'en approchai et remarquai qu'elle était au pied des escaliers, cependant, cela était trop petit pour que ce ne soit le jeune garçon. La... La valise ? Comment a-t-elle pu arriver là ? Je levai mes prunelles pour fixer la porte de l'enfant qui semblait pourtant fermée. Il doit sûrement être endormi. Bon, je suppose que ma douche est toujours au programme donc rapidement je me dirigea vers la salle de bain, ne faisant plus attention à l'objet tombé.
Cette douche fut fort agréable, me rendant de bien meilleure humeur. J'espérai que ce rêve ne va pas se déteindre sur cette journée. Rapidement, je refais mon lit d'un geste brusque et commença à ouvrir les volets. Le soleil éblouit mes yeux me forçant à fermer les yeux un moment. Je ne supporte guère cette lumière... Peu après, mes yeux s'habituèrent à la vivacité de la lumière qui commençait peu à peu à se répandre dans mon petit habitacle.
Tel un robot, j'effectuai toutes mes tâches habituelles, aérant les nombreuses pièces de l'appartement, faisant le ménage, cuisinant le petit déjeuné mais cette fois pour deux personnes. Je jeta un coup d'œil à l'horloge, se trouvant à côté de la télévision, déjà 9h42. Ce satané cauchemar m'a fait prendre du retard... Je brisai la coquille d'œuf dans l'agacement, il ne faut pas que j'y repense de nouveau, sinon je risquerai de me montrer encore plus désagréable qu'il ne le faut déjà. Finissant les dernières retouches du plat, je les posa sur le bar de la cuisine et examina de nouveau la pendule, 9h53. Je devrai peut-être aller réveiller Ciel. Il serait fort agréable de manger tant que le repas est encore chaud mais n'est-il pas épuisé après tout ces changements ? Je soupire pour la troisième fois, j'avais l'impression de ne faire que cela depuis le début de la journée. J'espère qu'il a pu dormir, j'ai fais en sorte qu'il ait un bon lit. Mon cœur battait lentement... Mais ce qui me dérange était ce sentiment étrange qui prenait possession de mon cœur, je ne trouvais pas de mots pour le décrire, que m'arrive-t-il ? Depuis son arrivée, je ne pouvais m'empêcher d'être anxieux et de paniquer pour un rien, tel... Un tout nouveau père. Mon visage se décomposa automatiquement lorsque cette pensée effleura mon esprit. Cela ne me servait à rien de paniquer ainsi, je ne me comprenais pas. Arrivant finalement à la porte, je laissa évacuer tout mon stress dans une inspiration avant de toquer. Pas un bruit. Je toqua une nouvelle fois mais de manière plus forte. Toujours rien. Que devrai-je faire ? Je devrai peut-être essayer d'entrer... Cependant, ai-je vraiment le droit ? Ne va-t-il pas se sentir comme... Épié ? Ma main reposa délicatement sur la poignée, encore hésitante, peut-être ne devrai-je pas néanmoins, j'ouvris la porte dans un silence de moine et rentra à pas de loup. Ma discrétion me surprendra toujours.
Je perçus une petite boule dans le lit dont la respiration est calme vu les mouvements réguliers que faisaient ce petit corps recroquevillé. Il semblait si vulnérable... Tellement vulnérable. Je me rapprocha de lui, la couverture couvrait entièrement son corps pourtant son visage était encore là, sur les coussins. Je pouvais y voir ses mèches gris-perles retomber gracieusement sur ses paupières fermées dont ses longs cils enfantins recourbés sur ses joues de porcelaine. Sa respiration est calme, douce, il devait être dans un rêve qui devait lui être fort agréable, sans même m'en rendre compte je souriais. Il me faisait penser à un enfant si innocent, reposant tranquillement dans un lit réconfortant. Cependant, Morphée devait retirer ses bras. Après un moment de réflexion, je me releva pour m'assoir sur le lit, ma main vint caresser délicatement ses cheveux, tel une brise soulevant une plume. Son sommeil ne se troubla point, seulement un léger tressaillement avec un petit gémissement avant de quémander un peu plus le contact de ma main. Mon sourire s'élargit légèrement, je ricanais intérieurement, un enfant... Il reste un simple enfant.
_ … Ciel..., chuchotais-je aux creux de son oreille.
Aucune réponse, simplement un petit geignement de sa part avant de se blottir un peu plus dans les tissus douillets.
_ Ciel... Réveille toi, repris-je en en levant ma main de sa tête pour le secouer lentement.
Ses orbes s'ouvrirent en grand, me laissant parfaitement lire la terreur. Je recula légèrement sous la surprise mais brusquement je sentis quelque chose m'emporter, me bloquant la nuque tandis que les ressors du lit grincèrent sous ma violente chute. Mon corps ne bougea pas alors que je sentais le danger traverser chaque veine de mon corps, pourtant, je ne bougeais pas. Étrangement, je n'avais pas peur mais ce qui était dérangeant était que ses petites mains bloquaient ma respiration et par la même occasion la circulation de mon sang dans la veine jugulaire. Je risquais bien de mourir alors que je le regardais droit dans les yeux. La terreur et l'angoisse. Il semblait effrayé par ma présence et compressa un peu plus ma nuque, m'empêchant un peu plus de respirer mais peu importe, je le laissais faire. Il agissait sur l'instinct, peut-être s'était-il senti en danger d'où cette attaque surprise, autant ne point enflammer les choses. Doucement, il retrouva une respiration normale, ces mains qui étaient moites commencèrent à desserrer, le souffle me revint peu-à-peu tandis que son regard vitreux commençaient à retrouver un regard normal, chargé de surprise.
_ Se... Sebasti...an ?, souffla-t-il en retirant complètement ses mains.
Je toussais légèrement et retrouva calme rapidement, comment pourrai-je me soucier de mon état lorsque je croisais ce visage d'enfant complètement pétrifié ?
_ Tu vas bien ?, demandais-je d'une voix basse en reprenant mes esprits.
Il semblait hésitant, regardant son environnement avant de commencer à paniquer, respirant rapidement. J'ai bien peur qu'il fasse de l'hyperventilation. Je tenta de me rapprocher de lui alors que mon cœur battait vivement dans ma poitrine. Mais je m'arrêtais dans le geste, peut-être va-t-il mal l'interpréter... Je devrai rien faire.
_ Je-Je vais bien..., finit-il par dire en voyant mon initiative.
Il serra un peu plus son habit avant de fermer les yeux, il transpirait abondamment, ses habits collant à sa peau. Dans un geste lent et calculé, ma main se posa dans une grande douceur son épaule. Son corps se raidit automatiquement, les tremblements qui le prirent ne se calmèrent pas tout de suite, mais j'avais l'espoir que ce geste puisse le calmer et le rassurer un peu.
_ Ciel, prends tout ton temps..., lui dis-je finalement avant de retirer ma main pour me lever.
Il me regarda surpris, ne s'attendant pas à une telle réaction de ma part. Je sais... Je connais la sensation horrible qui nous ronge lorsqu'on est orphelin, de se retrouver dans un nouvel environnement, l'angoisse emportant sur notre conscience pour nous braquer encore plus. Je la connaissais cette sensation. Certes, je ne pourrai sûrement jamais comprendre ce sentiment qu'il doit ressentir, être accusé de meurtre, cependant je sais à quel point cela peut-être dur de vivre seul. Brusquement, je me dirigeai vers la fenêtre pour ouvrir les volets, mais surtout pour calmer les palpitations de mon pauvre cœur qui ne semblait pas vouloir se calmer. Le soleil pénétra lentement dans la pièce, nous partageant sa chaleur qui nous enveloppa peu à peu. Je me retourna pour faire face au jeune garçon qui semblait admirer les lueurs dorées de cet astre. Ces yeux reflétant ces rayons me montraient à quel point il est... Un enfant. Et j'en suis quelque part heureux, ce battement dans ma poitrine me l'annonçait parfaitement. Le petit enfant se leva alors, je constatai qu'il portait une simple chemise qui lui allait trop grand. Je ne dis rien, préférant me rapprocher du lit pour remettre les draps en place. Ses yeux cobalt ne me lâchèrent pas, observant avec attention le moindre de mes gestes, je commençais à avoir l'habitude d'être observé ainsi même si je dois l'avouer que cela fait poindre en moi une certaine gêne.
_ Bien. Et si nous allions manger ? J'ai bien peur que le petit-déjeuner ne soit déjà froid à l'heure qu'il est..., annonçais-je en tapant dans mes mains.
Cette fois, ces orbes bleues papillonnèrent brusquement tandis que sa main enfantine vint serrer un peu plus le bout de sa chemise.
_ … Tu-Tu ne me grondes pas ?...
Mes sourcils se lèvent dans l'étonnement avant que je penche ma tête, laissant un doigt effleurer mes lèvres l'air penseur. Pourquoi une telle question ?
_ Pourquoi le ferrai-je ?, interrogeais-je à mon tour en me redressant.
_ … Peut-être parce que j'allais te tuer ?
_ … Je n'y vois aucun intérêt. Allez, habille toi et descends pour qu'on puisse manger ce petit-déjeuné.
Avant même qu'il ne puisse répliquer, je sortis de la chambre rapidement. Je ne compris même pas mes propres propos, non en réalité, je ne me comprenais même plus. Comment pouvais-je laisser une telle chose arriver ? En principe, je ne me serai jamais laissé ainsi faire, j'aurai dû me défendre mais mon corps n'a point réagi... Tout comme mon cerveau qui réfléchissait à plein régime. Imperceptiblement, j'effleurai ma nuque, j'avais encore la sensation de ses doigts osseux sur ma peau, cherchant à m'étouffer et ce regard... Il me rappelle moi... Moi plus jeune. Lorsque je devais vivre avec les autres enfants de l'orphelinat. Non, ce temps est révolu. Je ne dois plus y penser. Descendant les escaliers, j'entendis les cliquetis de la porte, je me retourna pour faire face à un Ciel complètement réveillé. Je lui souris tendrement alors qu'il faisait son chemin, ne prêtant aucune attention. Au moins, les choses étaient clairs. L'incident de ce matin était révolu. Je le vis alors s'installer au bar, face à une assiette que j'avais posé qui était encore fumante. Sans plus de cérémonie, il prit sa fourchette et planta dans le bacon pour le manger d'une délicatesse qui me surpris. Il a quand même les bonnes manières. Je le rejoignis et mangea aussi mon assiette mais rapidement mes yeux détaillèrent l'enfant à mes côtés. Sa posture était droite et dégageait une aura puissante, montrant toute sa noblesse. Je me surpris à sourire, ce gosse était vraiment admirable.
_ Alors, pourquoi m'avoir adopté ?, déclara-t-il après avoir bu une gorgée d'eau.
Je ne dis rien, redoutant cette question qui devait arriver à un moment ou un autre. Étonnement, je parvins à rester calme mais je pouvais sentir mon sang bouillir en moi, tel une lave en fusion et je ne comprenais pas cette sensation.
_ La raison m'est encore un peu inconnu pour moi-même..., dis-je simplement en récupérant nos plats à présent vides.
_ … Tu es vraiment un mec bizarre...
_ Je le sais.
Sans un mot, je me dirigea vers le lavabo pour entamer la vaisselle, ne supportant pas de laisser encore des plats sales traîner. L'eau coulant vivement nous servait alors de bruit de fond, brisant légèrement le silence qui s'était imposé entre nous. Je ne parvins pas vraiment à trouver quoique ce soit à dire, bien que mon état était encore relativement calme, j'avais l'impression pourtant de ne pas être aussi calme.
_ Je ne t'aime pas.
Dans la surprise, je lâcha le plat qui tomba dans l'évier dans un fracas assourdissant, l'eau continuant de parcourir sur sa surface lisse tandis que je me retourna pour faire face aux garçon qui soutint son regard dans le mien. Ma main trouva rapidement le robinet pour fermer le liquide, nous permettant ainsi d'obtenir une plus grande intimité. Quelle belle détermination, j'en frémis légèrement, ce garçon est intéressant. Il a changé du tout au tout, je ne parvins plus à reconnaître l'enfant que j'avais vu hier, peut-être est-ce parce qu'il était parvenu à retrouver sa confiance ? Dans une vitesse qui m'est inconnu, je me retrouve en face de lui, seul le bar m'empêche de rapprocher son corps du mien mais mon visage était assez proche pour que nos souffles puissent se mélanger. L'intensité de sa lueur de détermination augmenta à notre rapproche, je souris un peu plus, je crois bien que cela devait être la première personne à me regarder dans les yeux sans éprouver aucune crainte.
_ Je l'avais bien senti que tu ne m'appréciais pas..., lâchais-je d'une voix sombre.
_ … Qui es-tu ?
_ Et toi ? Qui es-tu à mes yeux ?
_ …
Subitement, il brisa notre contact visuel pour descendre de son siège, se dirigeant vers les escaliers sans esquisser un regard. Peut-être que notre petite discussion l'avait troublé ou du moins, c'est ce que j'ai cru voir un instant dans ces prunelles sombres. Je le laissa partir, observant simplement sa silhouette s'éloigner de moi pour se rapprocher de sa chambre, lieu qui devait lui être sûrement sa seule pièce intime dans cet endroit. Cependant il s'arrêta, me faisant froncer des sourcils.
_ Tu sais Sebastian... Ce nom me dit quelque chose. Mon père m'a sûrement déjà parlé de toi mais tu ne m'inspires pas confiance, annonça le jeune homme en remontant les escaliers sans me jeter un regard.
Un frisson parcourus mon être. Monsieur Vincent a parlé de moi à son fils ? Qu'a-t-il bien pu lui dire ? Je laissa ma main parcourir mes cheveux, ce geste m'étant toujours d'un réconfort lorsque je sens une forte inquiétude s'emparer de ma conscience. Comme cela est étrange. Mon cœur battait de manière fulgurante à nouveau et la gêne me rongeai de l'intérieur pour aucune raison. Je devrai songer à autre chose, comme taper la suite de mon roman. Je dois penser à autre chose, pourtant les mots que Ciel venaient de prononcer ne s'effaçaient pas de ma conscience. Ils étaient toujours présents dans ma tête et peu importe à quel point j'essayais d'oublier. Je le savais. Malgré tout mes efforts, je savais que le jeune enfant ne pourrait m'accepter tel qu'elle, mais le fait qu'il me le dise de lui-même ne faisait qu'approfondir la blessure présente dans mon âme et bien évidemment, ce genre de douleur ne pouvait s'effacer, seul le temps était capable de la cicatriser. Je savais qu'au plus profond de moi, il était blessé lui-aussi, bien plus profondément que moi. Je ne devrai pas penser ainsi, je devrai lui laisser au moins le temps, je n'avais pas à m'en faire. Je trouverai bien un moyen de cicatriser cette blessure mais pour le moment, je dois le laisser seul. Oui, c'est le meilleur qui soit pour le moment.
Je reposa mes lunettes sur le clavier de l'ordinateur, repensant aux évènements produits plus tôt. Il n'avait pas voulu déjeuner, prétextant qu'il était occupé encore à ranger ses affaires. Aussi ai-je proposé mon aide, en vain. Cela ne me surprit guère d'ailleurs, j'étais dans ce même genre d'état à une époque sûrement. Je frotta mes tempes dans la fatigue, mes yeux encore fatigués par la lumière puissante de l'ordinateur. Je me demandais ce qu'il pouvait bien faire... Je ne pense pas que ce soit le genre d'enfant qui puisse s'amuser avec des jeux, ni même s'enthousiasmer devant un quelconque passe-temps donc que peut-il bien faire ? Rapidement je me releva de la chaise, déjà dix neuf heure. J'avais déjà préparé le repas, il ne restait plus qu'à réchauffer, je commençai à me dégourdir les jambes qui semblaient encore bien engourdis. Rester pendant des heures dans la même position ne me réussissait pas vraiment. Je devrai peut-être aller le voir, juste histoire qu'il mange et après je le laisserai tranquille. D'un pas lent, je me dirigeai une nouvelle fois vers sa chambre tout en tentant de calmer ma propre anxiété. Je déglutis difficilement alors que je sentais ma gorge s'assécher, devenant désagréable. Je ne voyais pas pourquoi je ressens une telle crainte, peut-être le rejet. J'avais beau être son père adoptif, je voyais à quel point il tentait de rester droit et de survivre contre ses propres ténèbres mais ce qui me chagrinait, en réalité... Je n'en avais aucune idée. Peut-être le fait de ne pas pouvoir être à ses côtés ou bien le laisser à son triste sort. Je m'arrêta subitement, serrant un peu plus la rambarde froide qui semblait être la seule chose me permettant de retrouver conscience. Depuis quand ai-je ce genre de pensées ? Je ne m'attendais pas à m'attacher autant avec cet enfant... Ou bien alors, m'identifierai-je à lui ? D'où cette constante envie de le rassurer, de le voir s'épanouir. Un soupir s'échappa de mes lèvres pour mourir dans l'air, mes muscles se détendirent contrairement à mon organe vitale qui continua de battre à la chamade. Que de stupidité, je ne devrai pas me préoccuper de genre de chose. Au bout de quelques secondes, j'arrivai devant la porte de la chambre de mon fils, toquant pour la troisième fois de la journée, seulement la deuxième fois qu'il ne me répondit pas. Étrange, peut-être dormait-il ? Je vais devoir encore violé son intimité. J'ouvris la porte avec le double de ses clefs et je rentra dans la chambre. Un courant d'air traversa mon corps, me faisant légèrement frémir, la fenêtre était ouverte ? Et lui, où était-il ? Mon regard balaya la salle qui était vide, je constatai juste que la fenêtre menant au balcon était simplement ouverte. Aurait-il fugué ? Je trembla légèrement à cette idée, il est inutile de perdre son sang-froid, je dois garder la tête froide. Vu la température de la pièce, la fenêtre devait être ouverte depuis un bon moment, décidé, je me rapproche de la fenêtre pour voir que... Le jeune homme dormait tranquillement dans un siège qui était présent dans le balcon. Un sentiment de soulagement traversa mon être, m'allégeant du poids de la crainte qui m'avait fait paniquer pendant un instant.
Je me rapprocha de lui, sa cage thoracique montant et redescendant à allure réduite, il devait dormir profondément. Un sourire traversa mon visage, il est plutôt adorable, endormit ainsi, tel un enfant. Cependant, j'arrêtai mon admiration pour le prendre délicatement dans mes bras, ayant peur qu'il ne se réveille durant la manœuvre. Néanmoins, il semblait bien plongé dans les bras de Morphée, me facilitant la tâche. Nous retournons dans la chambre de Ciel dont la température a bien diminué, il est vrai que c'est un jour glacial. Je le sentis se blottir un peu plus contre moi, son souffle caressant légèrement ma nuque. Il doit avoir froid, il était tout à fait normal. Sa chaleur était agréable, d'une certaine manière, elle me réconfortait mais je chassa rapidement ces idées pour le déposer dans son lit.
_ Hm... Sebas... Tian ?, chuchote le petit garçon en se frottant les yeux.
Je me figea complètement, pourquoi s'était-il réveillé alors que je n'avais commis aucun acte brusque ? Dans un soupir, je le laissa tout de même dans le lit, où il resta assis, baillant et s'étirant tel un chat. Je me releva et me dirigea vers la fenêtre pour la fermer, il me regarda faire, semblant plus confiant que ce matin, chose qui me surpris encore une fois.
_ Tu ne me grondes toujours pas ?, me demanda-t-il d'une voix glaciale.
_ Je n'en vois pas l'intérêt puisque tu es toi-même conscience de tes actes et je ne suis pas si doué pour gronder les jeunes gens, répondis-je simplement en retournant auprès de lui.
_ … Je vois, souffla-t-il en plantant ses yeux pacifiques dans mes yeux de flammes.
_ …
_ Alors ? Pourquoi cette adoption ?
Encore cette question pour laquelle j'ai répondu sincèrement. Mon soupire ne lui échappa pas mais je ne fis rien, le fixant simplement pour lui montrer la vérité après tout, ne dit-on pas que la vérité de l'âme se reflète à travers nos yeux ?
_ Je n'en sais rien... Pour être franc, c'était une demande de ton père, je n'en sais pas plus.
_ … Tu lui obéis comme un chien ?, sa voix était sanglante et tranchante.
_ Pas un chien, mais disons que je lui dois moi-même un service.
_ Au point de vouloir héberger un assassin ?
Cette fois l'ambiance refroidit à cette réplique. Un sourire attristé pointe sur son visage, me montrant la souffrance qu'il ressentait dans ce petit corps chétif.
_ Je ne pense pas que cela soit une vérité, affirmais-je dans une voix sérieuse.
_ … Tu es vraiment anormal.
_ Je n'ai jamais dis que je ne l'étais pas.
_ Cependant tu ne réponds pas à ma question.
_ Tout comme toi.
Il me fixa, jugeant du regard, sachant parfaitement où je voulais en venir. Il soupira avant de dériver son regard, mettant un terme à notre petit combat verbal. Je savais parfaitement que je n'aurai pas de réponse de sa part, tout comme lui, mais peut-être est-ce notre désespoir qui nous avait incité à le faire, espérant faire tomber l'autre pour gagner une guerre, obtenant finalement une réponse que nous cherchons.
_ … Tu me ressembles, annonça le garçon d'une voix étrange, mélangeant peine et joie.
_ … Je ne le nie pas. Tu me ressembles.
Mon cœur se compresse, devenant presque étouffant, j'avais l'impression de pouvoir ressentir toute sa douleur à travers ses mots. Espérait-il que je le comprenne ?
_ Au fait, tu es venu pour ?
_ Le dîner, répondis-je automatiquement en m'apprêtant à me diriger vers la porte.
_ J'arrive.
_ Bien.
Je tourne les talons, sortant avec grande joie de cette chambre devenu trop étouffante à mon goût. Cependant, sa voix nette et sérieuse résonna dans la pièce, me rendant curieux de ces propos.
_ Sebastian. Bien que je ne désire pas t'accorder ma confiance, tu peux la gagner, puisque toi et moi, nous nous ressemblons, étrangement.
Je me retournai vivement, ne m'attendant pas à une telle déclaration. Si jeune mais pourtant si mature, quel contraste. Une vague de nostalgie s'empara rapidement de mon être avant que je ne m'agenouille, comme à cette époque. Je prononça alors solennellement ces mots qui n'étaient destinés qu'à un seul être, mon ancien maître.
Yes, My Lord.
