Adrien écrivait à toute allure, ses yeux verts alternant rapidement entre les différents manuels ouverts à côté de lui et sa feuille de note. Il regardait la pendule de la bibliothèque du collège, le stress montant de plus en plus vite dans sa poitrine. Il allait être en retard, très en retard. Et s'il y avait bien quelque chose que Monsieur Agreste détestait, c'était les retards répétitifs de sa progéniture à ses shootings photos !

- La pendule indique le moment, mais qu'est-ce qui indique l'éternité selon toi ?

Adrien releva la tête, ses prunelles vertes toutes écarquillées. Nino était en pleine réflexion, en train de mâchouiller l'un de ses stylos, les yeux rivés sur la pendule de la bibliothèque de l'école. Adrien passa une main dans ses cheveux blonds et regarda à son tour l'objet des réflexions de son ami. Il chercha quelques instants, peut-être quelques secondes en fait, pour comprendre ou du moins essayer de trouver une explication, à la nouvelle fascination de Nino pour la pendule de la bibliothèque. Sans succès. Il ne pouvait qu'entendre les tic et les tac incessants et énervants… Puis il se souvint que son ami lui avait posé une question :

- Euh, bah je ne sais pas vraiment Nino.

Il avait l'air embêté, comme s'il y avait une bonne réponse à donner… Nino leva les yeux au ciel et se remit au travail. Adrien et lui avaient un exposé en géographie à faire sur les migrations pendulaires. Et il avait beau cherché, il ne trouvait toujours aucun intérêt au sujet. Il continua de mâchouiller son crayon, jeta un bref coup d'œil à un manuel posé sous son nez et prit la peine de recopier une brève définition de la notion. Il se concentra, et s'empara finalement du manuel pour se plonger dans ses recherches.

Une minute. Deux minutes. Quatre, cinq… Puis le métisse se tortilla sur sa chaise, ne pouvant définitivement pas tenir en place. Les tics et les tacs de la pendule ricochaient dans sa boîte crânienne, il n'entendait que ça. C'était intenable.

- Adrien ?

- Oui, Nino ? répondit le blond, toujours en train de lire son manuel de géographie.

Nino avait besoin d'une pause. Vraiment ! Ces tics et tacs le taquinaient en silence, le narguaient narquoisement.

- Si la pendule est en panne et qu'elle s'arrête, elle indique quand même l'heure exacte au moins deux fois dans une journée…

Adrien releva une fois de plus la tête de son travail, sans avoir rien comprit aux divagations de son ami.

- Je trouve que c'est une belle métaphore de la vie quand même… ça veut dire que même si tu trompes presque toujours, bah tu peux quand même avoir raison de temps en temps !

Le sourire de Nino montait fièrement sur son visage. Adrien était totalement interloqué :

- Euh oui, j'imagine…

Ils se remirent au travail.

TIC.

TAC.

TIC !

TAC !

Vraiment, pour un endroit dédié à la concentration et au calme, cette pendule était décidément un appel au massacre et à la crise de nerfs. Adrien secoua la tête pour chasser le bruit de la pendule. Nino lui, la fixait, hypnotisé par ses mouvements de vas-et-viens, par le balancement rythmé de la pendule…

- Adrien ?

- Quoi encore Nino ? rétorqua Adrien d'un ton un peu las.

- T'es en retard d'une demi-heure pour ton shooting…

Adrien releva encore et une dernière fois la tête, assez brusquement il faut dire puisqu'il se fît mal au cou. Son cœur s'arrêta un instant. Pour repartir. Et s'arrêter une nouvelle fois. Il ferma les différents manuels, les rangea, s'empara de son sac et fila à toute allure. Nino planta son regard sur l'objet à l'origine de la fuite de son meilleur ami et s'engagea dans un duel perdu d'avance :

- Pendule de malheur ! Tu dictes nos vies à donner l'heure !

Alya et Marinette, assises sur la table d'à côté, ne purent retenir leur rire plus longtemps. Elles n'avaient pas perdu une seule miette des réflexions métaphysiques de Nino. Il n'y avait vraiment que lui, pour dire autant de choses sur une simple pendule…