Disclaimer : Mise à part l'univers et l'OC, tout les personnages apparaissant dans cette fiction sont tirés de l'animé Yu-Gi-Oh 5D's.
Rating : Toujours T pour le moment, mais il vaudrait mieux ne pas trop s'y attacher, même s'il va quand même planter sa tente pour un petit moment.
Eh bien, aurais-je donc attendue si longtemps avant de poster la suite ? Mes aïeux, toutes mes excuses, la faute est entièrement mienne - j'ai tenté de trouver une autre personne à accuser, sans grand succès je dois dire - Ce n'était peut-être pas la plus sage des idées que j'ai eu que d'avoir débuté une fiction l'avant-veille de mes partiels. Eh bien, tout cela est derrière nous à présent. J'espère être un peu plus productive à l'avenir.
Je tiens d'ailleurs à remercier ange, tes reviews ont été pour moi aussi douce et agréable que la créature céleste dont tu portes le nom. J'espère que ce chapitre saura combler tes attentes et me faire pardonner pour cette longue pause de ma part.
Je me suis aussi " amusée " à relire mon premier chapitre pour y dénicher à mon grand désarroi quelques fautes d'orthographes et de syntaxes, que je me suis bien évidemment empressée de corriger - vous auriez pu me prévenir, bande de malotrus ! -.
Ah oui, j'ai oublié de le préciser la dernière fois, mais j'utilise les noms japonais des personnages de l'animé pour cette fiction, tout simplement parce que je l'ai visionné en version originale sous-titré, et que ça me perturberait de devoir appeler Aki, Akiza. Ou Kiryu, Kalin. Ou encore Lua et Luka, Léo et Luna... Brrrr.
Du coup je viens de vous dire qu'il y aurait Lua et Luka à l'avenir. Bon. Tant pis pour le suspens.
Enfin bref, voici dont le second chapitre de ce récit, avec beaucoup de discussions - parce que j'ai un talent plus que bancale pour les longs paragraphes sans dialogues -, des négociations et un peu de franche camaraderie.
Je vous souhaite, à tous et à toutes, une bonne lecture !
Chapitre 2
Rapt
« Deux heures passées à déblatérer avec tout ces vieux croulants du Conseil, et tout ça pour quoi ? Rien, absolument rien ! On va rester là gentiment, à lustrer nos armures en attendant patiemment que ce timbré vienne toquer à notre porte avec sa jolie petite armée pour tous nous éradiquer ! »
Depuis que le Conseil s'était dissout après délibération, Crow était incontrôlable. L'ambiance était déjà pesante à l'arrivée de Yusei et du reste du groupe, et les discussions fusaient dans tout les sens. Il avait fallu l'intervention du roi, brève et sans appel pour restaurer un semblant d'ordre dans la pièce et débuter proprement la séance. Après un débat houleux et non sans quelques frictions – il avait presque fallu que Yûki attache Crow à son siège pour éviter qu'il ne saute à la gorge d'un des conseillers – , les membres du Conseil ainsi que le roi Fudo avaient décidé à la majorité de n'attenter aucune initiative d'attaque à l'encontre de leur voisin du Nord, jugeant que ses agissements ne concernaient pour l'instant en rien le royaume et ne valaient pas de prendre le risque de déclencher un conflit inutile entre Metropolis et Domino.
Bien évidemment, cette majorité était loin d'englober l'ensemble des personnes présentes à cette assemblée.
« Calme toi Crow, tempéra Aki, t'énerver ne fera pas avancer les choses.
- Peut-être, mais c'est la seule chose qu'on semble avoir le droit de faire, alors je ne vais pas m'en priver !
- Ça ne m'enchante pas plus que toi, fit Yûki, mais malheureusement le père de Yusei a raison, Crow. Provoquer une guerre préventive serait une grave erreur au vu du peu d'information dont nous disposons, et pourrait être lourd de conséquence pour le royaume si nous ne sommes pas suffisamment bien préparés.
- Et pourquoi est-ce qu'on ne le serait pas ? Notre armée n'est peut-être pas la plus grande, mais c'est de loin la plus puissante de ce continent. C'est quand même pas pour rien si notre pays n'a plus connu de guerre depuis maintenant près de deux siècles ! Nous pourrions réduire ce Jack Atlas à néant si nous frappions les premiers, surtout en ce moment vu que les rangs de son armée sont affaiblit par la guerre qu'ils viennent de mener. Et au lieu de ça on devrait se contenter d'attendre bien gentiment qu'il vienne nous assener le premier coup ?
- Crow, j'ai l'impression que tu n'as pas écouté un traître mot de ce qu'il vient d'être dit à l'instant au Conseil, fit-elle, le ton grave. Nous ne connaissons pas la puissance de son armée, ni son niveau de compétence au combat et encore moins le nombre exact de ses soldats. Nous prendrions un risque énorme si nous l'attaquions à l'aveugle. Oui, notre armée est composée de bien plus d'Invocateurs que la sienne, mais je te rappelle que cet Atlas est lui même Invocateur, et pas des moindres. Son Invocation est un dragon, Crow. Il pourrait mettre au tapis dix de nos plus puissants Invocateurs en un souffle.
- Et alors ? maugréa t-il. C'est un Invocateur de Dragon ? La belle affaire ! Il est le seul dans son armée. Nous, nous en avons quatre ! Tu en es toi même une, ainsi que moi, Yusei et Aki ! Son dragon seul ne peut pas être assez puissant pour nous battre tous ensemble !
- Je te rappelle qu'Aki ne compte pas parmi les soldats de notre armée Crow, gronda Yusei en se mêlant à la discussion, et qu'il est hors de question qu'elle participe à quelque combat que ce soit. C'est une princesse, pas une guerrière.
- Et je te prierai d'arrêter de parler en mon nom, Yusei, s'offusqua Aki en s'approchant du prince, le regard dur. Tu sais aussi bien que moi que je suis parfaitement apte à me défendre lorsque les circonstances l'exige.
- Excuse-moi, souffla t-il en tournant un regard désolé vers sa fiancée, je ne voulais en aucun cas t'offenser. Ce que j'essaye de dire, c'est qu'aucune circonstance n'impose de telles mesures pour le moment. Je suis aussi à cran que la plupart d'entre nous face aux agissements de cet Atlas. Mais le fait est que malgré l'évidente provocation qu'il nous fait, aucunes de ses actions ne suggèrent qu'il s'apprête à attenter une guerre contre notre royaume.
- Mais bien sur, ironisa Crow avec amertume, c'est évident qu'il va juste venir histoire de discuter des derniers potins mondains et demander des nouvelles de toute la famille avant de repartir avec son petit plat à emporter.
- Tu sais aussi bien que moi qu'il a raison Crow, poursuivit Yûki. Nous ne savons rien de ses intentions, tous ce que nous pouvons faire est supposer. Et déclencher une guerre sur des suppositions est loin d'être la meilleure chose à faire. Et puis de toi à moi, je n'ai pas tellement envie que notre pays soit vu des autres royaumes comme étant l'instigateur d'un conflit entre nations. Ce n'est certainement pas à nous de porter le rôle du méchant de l'histoire. Ça m'enrage autant que toi, mais le mieux qu'on puisse faire pour l'instant est de resserrer les rangs de la garde, recueillir plus d'informations... et nous préparer au pire. »
Crow passa nerveusement sa main dans ses cheveux auburn, grognant d'exaspération. À côté de lui, Yusei soufflait lourdement, observant son ami faire les cents pas sur les dalles de la Cour comme un lion en cage ruminant son agitation. Soupirant d'agacement, Yûki vint se planter devant lui et attrapa son épaule d'une main ferme, obligeant son ami à stopper ses mouvements fébriles.
« Crow, ça ne sert à rien de ressasser tout ça pour le moment. La décision à été prise, il n'y a plus rien que nous puissions faire contre ça. Maintenant, il faut qu'on se concentre sur les directives du Conseil et qu'on commence dès à présent à réorganiser l'ensemble de la garde du pays, en commençant par la capitale.
- Et surtout se tenir au courant des moindres fait et geste d'Atlas », ajouta Yusei.
Yûki acquiesça en silence. La main toujours sur son épaule, elle ne lâchait pas Crow du regard, semblant attendre une réaction de sa part avant de relâcher sa prise.
« Crow ? » sonda Yûki.
Crow émit un grognement agacé en guise de réponse. Les mains enfouis dans ses poches, il évitait volontairement le regard des autres comme un enfant revêche, mordant le creux de sa joue dans un tic nerveux. Piqué au vif par son attitude, Yûki resserra sa main libre en sortant légèrement son majeur de sa poigne et donna un coup sec dans l'épaule de Crow, le faisant gémir de douleur.
« Réponds poliment quand on te parle, gronda t-elle.
- Aïe ! Oui, oui ça va, râla Crow en frottant douloureusement son épaule. C'est juste que c'est pas dans ma nature de me rouler en boule sans rien faire en attendant que les coups tombent...
- Ce n'est dans la nature d'aucun d'entre nous, reprit Yusei. Mais c'est la meilleure aptitude que nous pouvons adopter à l'heure actuelle si nous voulons préserver la sécurité du royaume.
- Et puis, restructurer l'ensemble de la sécurité du pays dans un délai de quelques jours, je n'appellerais pas ça rien faire, ajouta Aki.
- Sérieusement... Je me ferais jamais à cette politique de- Mais, aïe ! Hey, j'avais rien dit de grossier là !
- C'était qu'une question de temps, avec toi faut savoir prendre des initiatives, fit Yûki, le regard torve alors que Crow passait sa main sur son autre épaule en grimaçant.
- Je t'en donnerais des foutus initiatives... C'est bon, c'est bon je dis plus rien ! Bon, on y va ? Cette nation va pas se défendre toute seule.
- Toi, tu passes vraiment d'un pôle à l'autre, ironisa Yûki.
- Inutile de trop presser les choses, pondéra Yusei. La fin de la journée approche, nous ferions mieux de tous retourner au palais pour prendre un peu de repos. Nous commencerons la mise en place des nouvelles formations demain aux premières aurores. »
Aki et Crow hochèrent tout deux d'un même mouvement. Aki s'avança vers Yusei, glissant sa main dans la sienne avec un petit sourire qu'elle savait avoir toujours son petit effet sur lui. Il était hors de question que cette réunion mine d'avantage le moral de son fiancé aujourd'hui, pas le jour où ils pouvaient enfin se permettre d'exprimer librement leur affection l'un pour l'autre sans s'inquiéter des retombées. Yusei se pencha pour déposer un chaste baiser sur ses lèvres et partit calmement en direction du palais, suivit de près par Crow et Yûki qui lui emboîtaient le pas.
Les mains enfouis comme à son habitude dans les poches de son jean, Crow observait Yûki du coin de l'œil, interloqué par son mutisme.
« Ben alors, qu'est-ce qui cloche maintenant ? Toi qui me tannais quelques minutes plus tôt pour mon attitude grognon. On dirait qu'on vient de t'annoncer que tu allais devoir t'occuper de l'entraînement des nouvelles recrues pendant le reste de l'année », se moqua Crow en remarquant la mine contrariée qu'affichait Yûki.
Yûki grommela quelques mots incompréhensibles en rentrant la tête dans les épaules, regardant fixement devant elle l'air passablement agacée.
« Pourquoi faut-il toujours débuter aux premières lueurs du jour ? Tch, sérieusement. Je déteste me lever tôt... »
ψ ψ ψ
« Vous voulez que je quoi ? »
Assit confortablement dans l'un des luxueux fauteuil en tissu rouge de la nouvelle demeure de Rex Godwin, le jeune homme aux cheveux bleu clair tirant sur le gris dévisageait son interlocuteur du regard, faisant tranquillement infuser quelques feuilles de verveine dans une théière remplit d'eau chaude. Il en avait reçu des requêtes tordues au cours de ses années de travail, mais rien ne s'approchait d'un truc aussi barré que celle-ci.
« Que tu captures un membre de la Garde Royale de Metropolis, répéta calmement Godwin. Cela pourrait-il te poser problème ?
- Vous plaisantez ? Ma mère fait ça tout les jours pour le sport avant d'aller se coucher. Sérieusement Godwin, vous êtes au courant que cette ville est réputée imprenable depuis sa création. J'ai quelques doutes quant à l'idée de réussir à m'infiltrer à l'intérieur avec mes hommes et d'en ressortir avec un otage sans me faire remarquer.
- C'est indéniable, confirma Godwin, sans se défaire de son sourire.
- Dans ce cas comment vous voulez que je fasses pour sortir un garde hors des remparts de la ville ? Un membre de la Garde Royale en plus. C'est que ces gars là savent foutrement bien se défendre à ce qu'on dit.
- Ça c'est à toi de trouver, après tout c'est pour cela que je te paie.
- Je n'ai pas encore eu la chance de voir ne serait-ce que la couleur de cet argent.
- Tout n'est qu'une question de point de vue, Kiryu. »
Le dénommé Kiryu grogna d'agacement et s'enfonça un peu plus dans son siège, passant distraitement sa main sur l'accoudoir en bois sculpté du fauteuil. Il aurait de quoi vivre pendant plus d'un mois s'il revendait un meuble de ce genre au marché noir. Il jeta un regard vers l'homme assit sereinement face à lui. Les mains jointes sur ses genoux croisés, Godwin attendait avec son flegme habituel la prochaine réaction de son interlocuteur. S'imposant naturellement par sa maîtrise totale et inébranlable de la situation. Kiryu fit claquer sa langue, contrarié. L'attitude politiquement correcte de Godwin commençait à sérieusement lui sortir par les yeux.
« Ça m'a l'air un peu foireux comme contrat, finit-il par dire.
- Mais cela pourrait malgré tout te convenir, fît Godwin comme si c'était l'évidence même.
- Vous connaissez mon fonctionnement, Godwin. Du moment que je suis payé en conséquence, tout me va. C'est juste que ce n'est pas une requête des plus communes.
- Son bénéficiaire ne l'est pas non plus.
- Oh, je vois. Une sourire sarcastique apparu sur le visage de Kiryu. Satellite est à peine conquit que notre cher Jack a déjà des vues sur la Cité d'Or.
- Le fait de solliciter tes services vient néanmoins de ma propre initiative, fit remarquer Godwin, et son sourire s'effaça l'espace d'un instant. Aussi je te saurais gré de ne faire part de cette demande à personne, au risque d'en subir les lourdes conséquences.
- Tout doux, Rex, fit Kiryu en levant ses mains devant lui. Depuis le temps que nous collaborons ensemble, j'aurais pensé avoir gagné une certaine confiance de votre part.
- La confiance n'empêche pas de remettre de temps à autre les choses à niveau », expliqua simplement Godwin, et son sourire cordial réapparu aussitôt sur son visage.
Un frisson parcourut l'échine de Kiryu. Cet homme avait vraiment le talent pour lui foutre la frousse quant il le voulait. Il savait que malgré son apparence propre sur lui, Godwin était un homme qu'on se devait de craindre, même après des années de collaboration. Malgré le fait qu'il soit devenu un de ses clients les plus fidèles, et qu'il savait de l'homme qu'il avait un grand honneur, Kiryu ne pouvait s'empêcher de toujours surveiller ses arrières en sa présence.
Croisant les bras sur son torse, son visage prit un air songeur que Godwin reconnut rapidement. Un éclair de satisfaction apparu dans son regard.
« Bon, concernant votre requête, reprit Kiryu en prenant un ton professionnel, aucune autre exigence particulière quant à la cible mise à part son grade ? Sexe, âge, apparence physique, qualifications particulières, origines ?
- Une bonne santé et un dialecte compréhensible suffiront amplement. »
Kiryu hocha la tête avec sérieux, notant mentalement les exigences du client.
« Aucune blessure grave n'est autorisée, je suppose.
- Cela va de pair avec la bonne santé.
- Ça risque d'être un peu compliqué de capturer un garde metropolisien sans devoir utiliser la force contre lui.
- J'ai confiance en tes compétences, je suis sûr que tu sauras trouver la solution adéquate.
- La flatterie fonctionne pas avec moi. » gronda Kiryu.
Godwin se contenta de sourire, ayant l'air de s'amuser de la situation. Face au mutisme agacé de Kiryu, il saisit tranquillement la théière posée sur la table basse face à lui et remplit une tasse au trois-quart, le liquide encore chaud créant un léger nuage de vapeur en s'échappant du récipient. Il se leva la tasse à la main, s'approcha vers Kiryu et lui tendit poliment. Kiryu leva les yeux vers lui, fronçant un instant les sourcils avant de se saisir machinalement de la tasse offerte. Godwin retourna sur ses pas pour s'asseoir, et reprit :
« Si ces conditions te conviennent, dans ce cas je me permet d'en ajouter une.
- Je me disais bien qu'il y avait anguille sous roche, grinça t-il avec cynisme. Après tout en l'état actuelle des choses j'ai encore une chance de m'en sortir, ça manque un peu de challenge de votre part.
- Je veux que tu sois revenu avec le garde dans les dix jours. Passé ce délai, garde ou pas tu n'auras rien de moi.
- Oh, fit-il en approchant la tasse de son visage pour en humer le parfum. Moi qui m'attendait à devoir aller voler une collier sacré sur le cou même de la reine de Metropolis. Je suis quelque peu déçu, je dois dire.
- Cette clause est absolue et non-négociable. Si cela ne te plais pas tu es toujours en droit de refuser cette mission, je trouverais aisément quelqu'un d'autre afin de l'accomplir à ta place.
- C'est ça, foutez vous de moi. Vous ne trouverez personne d'autre dans tout le continent à part moi qui soit assez timbré pour s'attaquer à Metropolis. Si nous collaborons aussi bien depuis maintenant près de six ans ce n'est pas pour rien, je suis le seul qui puisse convenir à toutes vos attentes. »
Godwin rit à sa remarque, un rire profond et contrôlé, en accord avec le personnage. Kiryu se renfrogna, il se retrouvait toujours à avoir la désagréable impression de n'être rien de plus qu'un enfant colérique en sa présence. C'était peut-être un truc qu'avait en commun tout les hommes de pouvoir. Il poussa un profond soupir, avant de reprendre :
« Il vaudrait mieux pour vous que la récompense soit au niveau de la demande, hors de question de faire cette mission pour le montant habituel. S'attaquer à un Invocateur de Metropolis est loin de valoir ce prix. Cela ne devrait pas vous poser de problème au vu de votre récente promotion. Toute mes félicitations pour votre montée en grade d'ailleurs, félicita Kiryu à demi sarcastique.
- Ton salaire t'attendra au lieu habituel en échange du garde, fit Godwin en ignorant passivement sa dernière remarque. Si tu réussis ta mission avec succès, je te paierais le quintuple du prix usuel. Cela te convient-il ? »
Kiryu se figea sur son fauteuil. Il jeta un regard dur à Godwin, attendant un signe de sa part confirmant la véracité de ses paroles. Voyant que Godwin lui renvoyait le même regard il se leva en silence, la tasse toujours dans sa main. Il amena le récipient en porcelaine à ses lèvres, bu son contenu d'une seule traite et reposa la tasse sur la table basse, une grimace de dégoût déformant sa bouche. Il détestait vraiment le thé non sucré.
« Vous aurez votre garde dans huit jours. »
ψ ψ ψ
L'annonce des fiançailles de Yusei et Aki, en même temps que la mise en place des nouvelles organisations de la garde metropolisienne avait mis le pays dans tout ses états. À l'approche de sa majorité en tant qu'héritier, c'était la première situation de crise que Yusei devait gérer aux côtés de son père. Et il ne pouvait pas être plus reconnaissant envers Crow et Yûki, qui faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour l'aider à maîtriser au mieux les remous du pays.
Adossée au sommet d'un des remparts de la capitale, Yûki relisait la liste des nouvelles équipes mise en place au Rempart Est, les brises estivales remuant par instant ses cheveux châtains.
« Vous devriez vous éloigner du bord, Général. Les courants d'airs sont plus puissants en hauteurs, une bourrasque plus forte que les autres pourrez vous faire perdre l'équilibre.
- Ah, Sherry, fit Yûki en levant les yeux vers la jeune femme aux cheveux blonds qui s'avançait vers elle. Ne t'en fais pas, je peux facilement gérer les chutes.
- Certes, mais ce serait idiot d'avoir à vous épuiser en appelant votre Invocation pour qu'elle vous rattrape en vol.
- Oui, c'est vrai, admit-elle en s'approchant de Sherry. Ou en sont les mises en places des nouvelles formations ?
- Un tiers des soldats de la Garde Intra-Muros a été affecté temporairement à la Garde des Remparts afin de renforcer la vigilance des allées et venues dans la capitale. Nous avons aussi restructurés les équipes de nuit et doublés la fréquence des rondes à l'extérieur des murs. Les derniers changements ont été effectués ce matin, et tout semble bien se dérouler pour le moment.
- Parfait. Des nouvelles de Crow ?
- Taka, Nerve et Blitz l'ont accompagnés au Nord pour l'aider à fortifier la sécurité des frontières, en particulier les chemins de passage les plus vulnérables. Ils devraient tous être de retour pour les réjouissances de ce soir.
- Ah, oui c'est vrai. Les festivités débutent aujourd'hui, tiqua Yûki, manifestement ennuyée.
- Vous ne comptez pas y aller ? demanda Sherry, l'étonnement visible dans ses yeux verts.
- J'y suis bien obligée, Aki me le ferait payer au centuple si j'essayais de m'esquiver. Et puis tu me connais suffisamment pour savoir que je fais toujours partie des premières à faire la fête, derrière Crow bien sûr, mais lui il est complètement dérangé quant il s'y met. C'est juste que je suis de garde ce soir, ça risque d'être compliqué pour moi de jongler entre les deux. Je me demande comment Yusei arrive à gérer tout ce bazar tout en étant disponible pour fêter ses fiançailles, fit-elle en soupirant.
- Maintenant que vous en parlez, que fait le prince au sujet de tout ça ?
- Il aide son père à gérer tout ce ramdam. Il a aussi fait envoyer des indicateurs à Satellite pour évaluer la situation là-bas. Ça doit être un travail harassant je dois dire, toutes ces nouvelles responsabilités à assumer en plus de l'organisation de son mariage. Je ne saurais plus où donner de la tête à sa place.
- C'est sûr, mais je suis certaine qu'il est parfaitement capable de régenter tout ça, après tout il s'agit de notre prince, fit Sherry avec un sourire confiant. Et puis il n'est pas seul, le pays tout entier est derrière lui. Si la garde est si réactive face à toute cette restructuration c'est avant tout parce que nous voulons tous essayer de retirer au plus vite le poids qui pèse sur ses épaules.
- Oui, c'est ce que j'ai remarqué ces derniers jours. Yusei a vraiment un talent inné pour conquérir le cœur des citoyens. »
Sherry sourit à sa remarque. Cela faisait longtemps que Yûki avait cessé de se demander comment Yusei arrivait à créer un tel climat de confiance aveugle autour de lui. La vérité, c'est que ça devait tout simplement faire partie de lui. Son père était comme ça, et son grand-père également, c'était comme un héritage familiale chez les Fudo. Inutile de se demander pourquoi les metropolisiens étaient connus pour être si fidèles envers leur roi.
« Vous savez, reprit Sherry, votre présence nous manque toujours dans l'équipe. Les autres demandent souvent de vos nouvelles quant ils n'ont pas le temps de passer vous voir au Quartier Général.
- Il n'y vraiment pas de quoi, je vous vois tous régulièrement et vous avez l'air de très bien vous débrouiller sans moi. J'ai appris que tu étais passée major, sourit Yûki.
- Ah, oui, répondit-elle en passant nerveusement la main dans ses cheveux. Il faut bien quelqu'un pour gérer cette équipe de bras-cassé.
- C'est certain, se mit à rire Yûki. Et je suis certaine que tu t'en sors très bien.
- Mais, comment dire... Vous ne vous ennuyez pas trop ?
- Comment ça ?
- Pardonnez moi, c'est juste que je n'ai jamais vraiment comprise pourquoi vous avez décidé du jour au lendemain de quitter notre unité pour rejoindre la Garde Royale. Votre truc à vous c'était le terrain, pas la gestion.
- Ah ah, c'est vrai qu'avoir des responsabilités ça ne m'intéressait pas tellement, c'est toujours le cas d'ailleurs. Mais disons que j'ai simplement trouvé un meilleur moyen de mettre à profit ma personne pour contribuer au bien-être de mon pays. »
Sherry acquiesça en silence. Elle savait que ça ne servait à rien d'en demander plus, son Général n'était jamais très bavarde lorsque la conversation venait tourner autour de sa vie personnelle. En fait, elle savait très peu de chose sur sa supérieure, si ce n'est qu'elle ne lui connaissait pas de famille proche, et qu'elle n'était pas originaire des quartiers riches de la capitale. La seule personne qui semblait la connaître intimement était le Général Hogan. Ils se connaissaient depuis l'enfance apparemment, et c'était le seul dans son entourage à l'avoir connu avant son entrée dans l'armée. Un sourire de coin apparu son visage, se remémorant les théories farfelues que son unité avait imaginé pour tenter d'expliquer les zones d'ombres dans la vie de leur Général : l'unique héritière d'une famille fortunée décimée pour ses richesses, venue demander asile auprès du pays de Metropolis. Ou encore une criminelle recherchée ayant choisit d'intégrer l'armée afin de se repentir le restant de ses jours pour ses horribles méfaits. Bien sûr, ils auraient simplement pu essayer de lui demander directement, après tout le pire qu'il aurait pu leurs arriver aurait été qu'elle leurs disent gentiment d'aller voir ailleurs. Mais c'était bien plus amusant de laisser aller leurs divagations.
« Général Rivers ! s'écria un garde en s'approchant du duo, Son Altesse, le prince Yusei, m'envoie vous quérir afin que vous le rejoignez immédiatement à la Porte Nord.
- Très bien, j'arrive tout de suite. Bien, je te laisse t'occuper du reste, Sherry.
- Bien sûr, Général », répondit-elle en se tournant vers sa commandante pour lui faire le salut militaire.
Yûki hocha la tête en remerciement, et partit l'instant d'après en direction du rempart adjacent. Elle aurait pensé qu'après les années passées à se côtoyer, Sherry aurait finit par abandonner le côté formel en sa présence. Enfin, elle avait quand même l'air plus décontracté qu'avant. Et puis ce respect et cet honneur sans faille qu'elle avait, pas seulement pour elle mais aussi envers tout ses camarades et ses supérieurs faisait partie des raisons pour lesquelles elle appréciait ses discussions avec elle.
Le Rempart Nord était l'un des accès menant directement au centre de la capitale, par lequel des milliers de commerçants et voyageurs transitaient chaque jour. Une gigantesque porte en bois massif en gardait l'entrée, haute de huit mètres sur sept pour une épaisseur d'un mètre, fortifié par des armatures et des gonds en acier trempé. Dans la tour de garde construite au dessus, qui servait de premier contrôle des personnes, Yusei et Crow étaient en pleine discussion, une expression sérieuse sur leur visage, au moment où Yûki entrait dans la pièce.
« Ah, tête d'hérisson. T'es en avance ma parole, s'exclama t-elle en s'avançant vers Crow, la mine souriante.
- Et toi en retard, tête de nœud ! répliqua t-il, le regard furieux.
- Savoir se faire désirer fait partie des premières leçons qu'une jeune fille apprend durant ses premières sorties dans le monde. Alors, en quoi ma présence peut-elle être utile ici, Votre Majesté ? demanda t-elle en se tournant vers Yusei.
- Crow était en train de me faire le compte-rendu de son aller-retour aux frontières nord du pays, au niveau du Passage du Millénium, expliqua Yusei, bras croisés sur son torse.
- Oh. Et alors, comment cela c'est-il passé ?
- C'est ce que j'étais en train d'expliquer à Yusei justement. Nous avons été attaqués juste avant notre départ, une bande d'idiots sans grande envergure. Ils ne nous ennuierons plus de si tôt.
- C'est déjà ça, se tranquillisa Yusei. Qu'en est-il de tes troupes ?
- Toutes saines et sauves. Nous allons continuer à surveiller la frontière comme prévu. C'est juste que quelque chose me tracasse dans tout ça...
- Qu'est-ce que tu veux dire ? questionna Yûki.
- Ces rebelles venaient de Satellite, et au vu de leur nombre en comparaison au notre, il était évident que nous allions avoir très rapidement l'ascendant sur eux. De plus aucun d'eux n'avaient une réelle expérience au combat, et pas un seul ne possédait une Invocation. Je ne pense pas qu'ils aient été assez stupides pour penser pouvoir gagner ce combat. Pourtant, ils ont foncés têtes baissées dans nos formations en hurlant comme des espèces de sauvages. Ça m'a un peu troublé, je dois dire.
- Tu crois qu'il y avait une raison cachée derrière cette attaque ?
- Nerve m'a juré avoir vu du mouvement en direction de la forêt derrière nous pendant que nous stoppions ces rebelles. Nous avons fait des recherches mais elles n'ont rien donné. Pourtant je persiste à croire ce qu'il m'a dit, il a une excellente vue et un instinct sur lequel je me suis souvent appuyé par le passé, j'ai confiance en lui et en ses paroles.
- Qu'est-ce que tu pense que c'était, ces mouvements je veux dire ?
- Je crois qu'un groupe plus entraîné a payé ces hommes pour distraire notre vigilance pendant qu'ils entraient illégalement dans notre pays.
- Des contrebandiers ? fit Yusei, l'air peu convaincu.
- Non, je suis persuadé qu'il s'agissait... Je ne sais pas, d'autre chose. Raah laissez tomber, je m'inquiètes sûrement pour rien. C'est juste que toute cette histoire me semble louche depuis le début, ça a sans doute fini par me monter au cerveau.
- Voilà au moins une bonne nouvelle, fit Yûki, un demi-sourire courbant ses lèvres.
- Comment ça ?
- Ça veut dire que quelque chose arrive au moins monter jusque là, dit-elle en donnant un léger coup sur le front de Crow.
- Je vois que tu n'as perdu ton sens de l'humour durant mon absence, remarqua t-il, le regard las.
- J'avoue être un peu rouillée depuis quelques jours, trop de responsabilités à endosser, ça fauche l'inspiration. Heureusement, maintenant que tu es là, je sens que tout ça va vite revenir. Oh et pour l'autre pique, excuse moi. Tu sais, j'ai toujours pensé que tu avais un semblant d'intelligence. Contrairement à ce que tout le monde dit. Ah, tu vois, ça revient tout seul !
- Vous avez bientôt fini vos enfantillages tout les deux ? demanda Yusei, désabusé.
- Pardon ? s'offusqua Crow. Tout ce que j'ai fait c'est soumettre mon rapport, et avec sérieux qui plus est ! Et je t'interdis de me sortir une remarque déplacée qui associerait ma personne et le verbe soumettre, ajouta t-il aussitôt en pointant Yûki du doigt.
- C'est toi qui y a pensé, mon beau, fit-elle en levant les mains vers lui, un sourire innocent sur le visage.
- … Raah, et merde !
Crow envoya sa main dans le vent, blasé par cette conversation, et sortie par la porte de derrière, débouchant sur les escaliers de la garde menant au sommet du rempart, sans doute pour débuter son tour de garde. C'est vrai, se rappela Yûki avec un petit soupir de contentement, je suis officiellement en pause jusqu'à ce soir.
« Il faudrait que tu arrêtes de le taquiner autant, tu sais, surtout lorsqu'il est aussi d'humeur aussi acariâtre comme aujourd'hui, fit Yusei avec un sourire qui suggérait tout le contraire de ses paroles.
- Acariâtre ? Qu'est-ce que tu me racontes, c'est son humeur journalière ça. De toute façon il n'y a pas de raison, c'est comme ça qu'on exprime notre amour mutuel, tout les deux. Et puis il fallait bien que je le taquine un peu. Toi aussi tu l'as remarqué, c'est tout juste s'il répondait à mes petites piques. Il doit vraiment être exténué par tout ces voyages.
- C'est le cas de nous tous, de toi aussi d'ailleurs. Tu devrais rentrer chez toi te reposer un peu, conseilla Yusei, tu n'as pas arrêté de la semaine.
- Rentrer au QG ? railla t-elle. Avec le désordre causé par la nouvelle organisation des gardes, je ne crois pas que ce soit le meilleur endroit pour trouver un peu de repos en ce moment.
- Dans ce cas il faudrait que tu commences enfin à adhérer à l'idée d'avoir un véritable chez toi. Tu ne vas pas passer le restant de tes jours dans ta chambre d'officier.
- On en a déjà parlé Yusei, ce que j'ai me conviens parfaitement. Ma vie se résume presque entièrement à la Garde Royale, je ne vois pas pourquoi je devrais perdre mon temps à trouver un logement loin de mon principal lieu de vie alors que j'ai la possibilité d'y être en tout temps.
- Oui, je sais tout ça, dit-il en fronçant les sourcils. Et c'est bien ce qui m'inquiètes justement. »
Yûki lui lança un regard interrogateur. Yusei s'avança vers elle, un petit sourire peiné sur le visage ressemblant d'avantage à une grimace.
« Il serait temps que tu commences enfin à vivre un peu pour toi plutôt que pour les autres, Yûki. Il posa une main sur son épaule. Je dois y retourner, il me reste encore des centaines de choses à voir avant ce soir. D'ici là, essaye tout de même de ne pas en faire trop. Je veux te voir en forme pour la fête, ou Aki risque de faire une scène sinon. »
Il alloua Yûki d'une dernière pression sur son épaule avant de retirer sa main et de sortir par la porte principale, la laissant seule dans la pièce. Yûki fronça les sourcils, contrariée. Qu'est ce qu'il venait de se passer ? Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas inversé les rôles pour se retrouver à la place de celui qu'on raisonne, comme à l'instant. Une éternité, en fait. Yûki poussa un soupir heureux ; le prince avait assurément bien mûri depuis ces dernières années pour en arriver au point d'être celui qui lui donne des conseils. Malheureusement pour lui, elle était bien trop débordée pour pouvoir rendre proprement honneur au nouveau fait accompli de son monarque. La pause allait devoir attendre. Sortant à son tour du poste de garde, elle descendit en hâte l'escalier principal, saisissant au passage la liste des horaires de changements d'équipes ainsi que celle des tours de rondes, et se dirigea d'un pas vif vers la tour de garde du Rempart Ouest.
Pour l'instant, elle avait d'autres préoccupations plus importantes.
ψ ψ ψ
« La vache, vous avez vu un peu la taille de ces murs ? s'exclama Bommer, médusé devant la façade du Rempart Nord. Ils doivent faire au moins trente mètres de haut.
- Cinquante mètres, corrigea Kiryu, pour douze mètres d'épaisseur.
Stupéfait, Bommer s'avançait un peu plus vers la muraille avec la grâce d'un éléphant. Un mètre quatre-vingt dix huit de force brut campé dans une cuirasse et des bottes en cuirs remontant jusqu'aux mollets, les yeux bleus sombres du colosse brillant d'excitation détonnaient sur son visage basané aux traits brutaux. Chacun de ses pas lourds faisaient basculer ses épaules en rythme, deux fois plus massives que la plupart des hommes, et son corps colossal semblait presque compressé dans ses vêtements. Ses longs cheveux noirs tombaient en cascade dans son dos d'une implantation en V sur le front. L'aspect quasi primaire qui se dégageait de lui rendait son large sourire jovial d'autant plus étrange, il donnait à cette brute apparente un côté benêt, presque enfantin.
« Ces metropolisiens sont encore plus barrés que ce je croyais », ajouta un deuxième homme, marchant en retrait derrière le duo.
Dissimulé derrière une longue cape noire à capuche aux finitions dorées, Demak arborait une expression fermée et un regard sévère. Son visage aux traits irascibles était traversé de deux étranges bandes pourpres, qui partaient de son menton pour remonter jusqu'à ses yeux en passant sur son crâne rasé. Il observait le mur devant lui avec un certain ennui, les bras croisés sur son torse trapu, bien que moins imposant que son équipier à l'allure de forteresse humaine.
Encadré ainsi de ces deux mastodontes, Kiryu faisait l'effet d'un gringalet. Pourtant, son aptitude confiante et l'assurance presque intimidante qui émanait de sa personne lui conférait étrangement bien plus de présence que les deux gorilles qui l'accompagnaient. Avec son esprit affûté et son aisance quasi sinistre face à n'importe quel obstacle, il était en quelque sorte l'attache qui permettait à cet étrange trio de fonctionner correctement. Son tatouage jaunâtre qui traversait sa joue droite en passant sur son œil, marque imposée à tout les prisonniers ayant séjourné au Bloc I de Satellite, suffisait à lui seul à intimider la majorité des personnes, pour la plus grande satisfaction de ce dernier.
À eux trois, le groupe formait une joyeuse bande de mercenaires dégénérés.
« Ils sont juste très regardant sur leur patrimoine, justifia Kiryu. Bien, il est temps de se mettre en place. C'est bientôt le crépuscule, ils vont sans doute pas tarder à débuter les roulements d'équipes de jour par celle de nuit. Ce sera le moment idéal pour s'avancer vers la porte sans se faire repérer. Une fois la mise en place terminé, on attend la tombée de la nuit avant de mettre notre plan en action. Des questions ? »
Face au silence qui lui répondit, Kiryu se retourna, interloqué, uniquement pour apercevoir son acolyte au visage peinturluré seul face à lui, le visage aussi inexpressif qu'à son habitude.
« Il est passé où, Bommer ? »
Demak lui indiqua sa gauche d'un signe du pouce, sans détourner le regard des remparts face à lui. Suivant la direction du regard, Kiryu aperçu son second partenaire à quelques mètres de là. L'air de s'amuser comme un gosse, il se battait à mains nue contre un garde metropolisien, sans doute en train de faire une dernière ronde autour des remparts avant de rentrer.
« Bordel, Demak ! s'écria Kiryu. Pourquoi tu m'as pas avertis plus tôt ? T'aurais pu tenter de l'arrêter au moins ! Avec le bol qu'on a cet idiot va nous faire repérer !
- Tu aurais pu le remarquer de toi même si tu avais sortie ton Invocation, répondit-il, la voix grave et blanche de toute émotion. Après tout, c'est une de tes spécialités de pouvoir tout voir grâce à elle, en plus de la rendre imperceptible aux yeux des autres. Et puis, ajouta t-il en tournant finalement son regard vers lui, se faire repérer c'est un peu ce qu'on veut, non ?
- Oui, mais ce serait bien de ne pas l'être aussi tôt si possible, histoire d'avoir une chance de se tirer le moment venu ! Je te rappelle que la nuit est censée nous servir de distraction. Si on se fait cerner avant, on l'a dans l'os.
- Tes stratégies m'ont toujours semblé trop compliqués, Kyosuke. Pourquoi ne pas simplement défoncer leur porte histoire d'avoir leur attention, et attendre qu'un Garde Royale finisse par se montrer ? Ce serait beaucoup plus commode que toutes ces ruses et ces dissimulations que tu imagines.
- Tu vois, dit-il en le pointant du doigt, c'est exactement pour ça que je suis le chef de cette équipe, et pas toi. Ni Bommer d'ailleurs.
- Hum. »
Kiryu se tourna de nouveau vers son second coéquipier et aperçu Bommer revenir vers eux l'air plus guilleret qu'à l'accoutumé, le pauvre garde metropolisien ayant perdu connaissance posé négligemment sur une de ses larges épaules comme un vulgaire sac.
« Mission accomplie ! annonça t-il fièrement, balançant le garde assommé au pied de Kiryu.
- Qu'est ce que tu crois avoir accompli au juste ?
- Ben, le contrat. On a le garde metropolisien.
- Bommer, s'exaspéra Kiryu, c'est un Garde Royal qu'on veut, pas le premier soldat metropolisien qu'on croise.
- Qui te dit que ce n'en est pas un ? lança Demak. Il est trop sonné pour pouvoir te répondre. »
Kiryu ferma un instant ses yeux et se pinça fortement l'arrête du nez, inspirant un grand coup pour récupérer un peu de sa patience qui semblait se dissoudre un peu plus chaque seconde comme un morceau de sucre dans un liquide. Pourquoi avait-il choisit ces deux arriérés pour l'aider dans cette mission ?
Ah, oui. Parce que ce sont les seuls au moins aussi fou que moi pour accepter de le faire.
« Je n'ai pas besoin de lui demander pour le savoir. Un Garde Royal ne patrouille pas autour des remparts. Leurs missions principales est de protéger la famille royale, et pour les quelques chouchous du roi ayant un échelon supérieur de garder constamment un œil sur l'ensemble de la sécurité du royaume, ainsi que sur les différentes gardes. La quasi-totalité de leur travail se passe bien à l'abri, à l'intérieur de la capitale. Autrement dit, il est extrêmement... compliqué d'en faire sortir un hors de ces murs, étant donné qu'ils n'ont aucune raison de s'y aventurer. À part si quelque chose les y oblige. Sans oublier que, de part leurs importantes responsabilités, ils se doivent d'être les meilleurs au combat, qu'il soit rapproché ou à distance, et bien entendu posséder obligatoirement une Invocation. Donc oui, au vu de toutes ces informations que j'ai eu la clairvoyance de récolter et de la facilité flagrante avec laquelle Bommer a maîtrisé ce garde, je suis positivement certain qu'il ne s'agit en aucun cas d'un membre de la Garde Royale, affirma Kiryu.
- Ah... D'accord, marmonna Bommer en jetant un œil au garde évanoui, visiblement déçu.
- Mais quand même, faudrait vérifier, proposa Demak. On sait jamais. »
Kiryu poussa un long soupir, complètement découragé. Résister, résister...
« Vous ne savez pas reconnaître leurs emblèmes ? fit-il, la voix las en s'accroupissant près du garde, saisissant le devant de sa veste pour dévoiler un emblème cousu au niveau de la poitrine. Là, regardez, ce gars fait partie de la Garde des Remparts. C'est pourtant pas compliqué à reconnaître, leur insigne représente une muraille. Ouvrez un peu les yeux les gars, c'est pas ce qu'on recherche.
- C'est du pareil au même, râla Demak. Un garde reste un garde, y'a aucune différence entre un soldat affilié à la Garde des Remparts ou à la Garde Royale à part leur insigne et leur paye à la fin du mois. Personne ne fera la distinction.
- Si il a été spécifié quel type de garde il fallait qu'on capture, c'est qu'il devait y avoir une bonne raison. On nous a demandé un membre de la Garde Royale, alors c'est ce qu'on ramènera à notre client, trancha Kiryu. Je ne tiens pas à laisser passer la prime qu'on nous a promis à cause de votre fainéantise. »
Kiryu se releva, visiblement agacé. À cause de cet idiot de Bommer, il allait falloir qu'il revoit légèrement le plan de base.
Bon, le Soleil commence juste sa descente. Sachant que l'équipe de nuit se met en place à vingt heures, qu'il faudra attendre que l'appel soit fait pour que la Garde remarque l'absence d'un des leurs, plus encore quelques minutes pour qu'ils mettent en place des recherches dans son périmètre de patrouille, ça nous laisse environ...
« Qu'est-ce que j'en fais du coup, de celui-là ? demanda Bommer en pointant le soldat du doigt.
- Mais j'en sais rien moi, c'est ton garde, pas le mien ! s'emporta Kiryu, agacé d'être coupé dans ses réflexions.
- T'as qu'à le balancer au milieu des fourrés, juste là », fit Demak en montrant un bosquet d'un signe de tête.
Bommer se baissa pour attraper le soldat par le col de sa veste et le traîna au pied d'un arbre entouré de plusieurs buissons épais, le jetant négligemment au milieu de l'un d'eux. Le soldat s'écroula dans un bruit sourd, cassant plusieurs petites branches dans sa chute, et disparu derrière les feuilles épaisses.
« Bien, il va falloir accélérer les choses, reprit Kiryu. Dès qu'ils auront remarqué qu'un soldat manque à l'appel, ils vont envoyer plusieurs gardes dans le secteur pour le rechercher. On va faire en sorte de les éviter autant que possible, en espérant que la nuit soit tombée d'ici là. Si jamais ils nous repèrent avant, on démarrera notre plan plus tôt. Et si l'un de nous est blessé au combat avant que le Soleil soit couché, fit-il en se tournant pour fixer Bommer droit dans les yeux, on utilisera ta part de la prime pour payer les frais médicaux.
- Hey ! Pourquoi juste moi ?
- Parce que c'est uniquement de ta faute si on se fait griller avant qu'il fasse nuit, gronda Demak.
- Oui bon, ça va j'ai compris, bougonna Bommer. Tout ce que je voulais moi, c'était aider...
Kiryu leva les yeux au ciel, se tournant un instant pour observer distraitement les immense remparts ocres qui leurs faisaient obstacle. Au vu de la discrétion des deux colosses qui se chamaillaient derrière lui, si cette mission se déroulait sans encombre il pouvait aussi bien se jurer de ne plus jamais boire une seule goutte d'alcool. Jusqu'à la fin de l'année. Hors de question de fêter le Nouvelle An avec un verre de jus de pomme à la main.
Kiryu se tourna vers le duo, les faisant taire d'un regard.
« Bon, allons-y. »
ψ ψ ψ
Les festivités avaient commencé dès la tombée de la nuit, et la fête battait son plein dans toute la capitale. Les quartiers étaient éclairés par des centaines de guirlandes aux lanternes multicolores, et dans chaque recoins de ruelle plusieurs dizaines de musiciens jouaient des sérénades entraînantes dans une gigantesque et enivrante cacophonie. Partout les habitants dansaient, riaient à gorge déployés ; les enfants passaient entres les jambes des adultes avec des girouettes et des bougies feux-d'artifices dans les mains, pendant que leurs parents discutaient tous joyeusement autour d'une table, verre de bière à la main.
Au plein centre de la capitale, la Grande Place s'était transformée en gigantesque scène improvisée sur laquelle se trémoussaient des centaines de danseurs. Les violons, tambours, guitares sèches, flûtes et cornemuses créaient un rythme endiablé qui faisait virevolter les gens avec frénésie et lâché-prise.
Au milieu de cette foule entraînante, Yusei sautait au rythme des coups de tambour et des envolées du violon, faisant tournoyer Aki dans un grand éclat de rire. Elle portait pour l'occasion une robe de satin verte, et à son annulaire gauche brillait une discrète bague en or stylisée, signe silencieux mais désormais visible de tous de sa promesse mutuelle avec Yusei. Partout autour d'eux les gens venaient congratuler leurs fiançailles, les félicitant longuement, les enlaçant ou simplement en les saluant d'un signe de tête, sous l'œil attendrit de leurs parents assit non loin de là autour d'une table disposée sur une estrade qui surplombait la place, buvant à la santé de leur enfant respectif et de l'alliance durable qui s'instaurerait bientôt entre leur pays.
À des centaines de mètres de cette effervescence, Yûki arpentait avec circonspection le sommet du Rempart Ouest, saluant d'un signe courtois les soldats en poste qu'elle croisait par instant. Sa tête dodelinait par moment en rythme avec la musique, qui raisonnait jusqu'au delà des murailles de la capitale.
Elle n'avait pas arrêté de la journée. Sa pause méritée avait malheureusement dû passer aux oubliettes. Entre ses réunions qui n'en finissaient pas avec les différents majors de chaque nouveau bataillon, et les confusions entres plusieurs équipes qui avaient toutes échangées leurs horaires par mégarde, elle n'avait pas eu un instant pour elle. Et maintenant il paraissait qu'un soldat de la Garde des Remparts manquait à l'appel pour le roulement d'équipe...
Elle avait beau s'être plainte sur le ton de l'humour à Sherry, Yûki avait en réalité, malgré son état de fatigue, l'envie de se rendre à la fête qui la démangeait. Cela faisait quelques temps déjà qu'il n'y avait plus eu célébration de cette ampleur à Metropolis, et pouvoir passer une soirée de réjouissances en compagnie de Yusei, Crow et Aki n'était pas sans lui déplaire, et lui ferait même le plus grand bien. Après tout, c'était une metropolisienne, elle avait la fête dans le sang.
Yûki passa paresseusement sa main sur l'arrière de sa nuque, faisant craquer ses cervicales endolories dans un soupir de bien être. Son service se terminait dans une demi-heure, juste le temps de faire une dernière ronde et elle irait rejoindre les autres. Elle espérait juste qu'Aki ne lui tienne pas rigueur de garder son uniforme pour la fête, elle ne se sentait vraiment pas de faire un aller-retour au QG pour se changer...
« Tu veux bien arrêter de faire ça ? Tu sais bien que je supporte pas d'entendre tes articulations claquer comme ça.
- Crow ? demanda t-elle en s'approchant de son ami, assit sur le rebord du rempart les jambes pendantes, dos à la ville. Qu'est-ce que tu fiches ici ? Tu devrais déjà être à la fête.
- Je... réfléchissais.
- Réfléchir, toi ? se moqua t-elle. Qu'on sabre le champagne, le Général Hogan a finalement réussit l'exploit de connecter ses synapses entres elles ! »
Crow ne rebondit pas à sa remarque, se contentant de fixer vaguement l'horizon. Voyant qu'il laissait passer cette vanne sans réagir, Yûki s'assit en tailleur à côté de lui, interloquée par son attitude.
« Toi, tu es frustré parce que Yusei t'as dit qu'il ne voulait pas d'enterrement de vie de garçon, tenta t-elle une nouvelle fois, lui donnant un léger coup d'épaule.
- Il paie rien pour attendre, celui-là, souffla t-il en expirant un léger rire. Autorisation ou pas, il y aura droit à sa soirée entre hommes. »
Yûki ricana à sa remarque, plaignant d'avance le pauvre Yusei qui était encore dans la douce ignorance de ce que Crow lui réservait. Si Taka, Nerve et Blitz décidaient de se joindre à la fête - ce qui était plus que probable – elle n'imaginait même pas dans quel état Aki allait retrouver son cher et tendre le lendemain de leur soirée.
Un silence s'installa. Yûki leva un instant les yeux pour observer les étoiles, parfaitement visible ce soir là. Une bourrasque de vent venant des plaines soufflait jusqu'à eux, ramenant quelques feuilles d'arbres avec elle. Yûki se saisit de l'une d'entre elles, la lissant un instant entre son pouce et son index avant de l'amener à ses lèvres closes, la tenant posée contre elle avec ses deux doigts. Elle inspira pleinement, puis se mit à souffler doucement contre la feuille. Un doux sifflement s'échappa, formant peu à peu une douce mélodie, apaisante et harmonieuse. Les sons à peines soufflés s'enchaînaient avec légèreté, comblant délicatement le silence ambiant. Crow ferma un instant les yeux, se laissant emporter par les notes familières à tout metropolisien.
C'était l'hymne de leur royaume. L'hymne qui à lui seul pouvait rassembler tout un pays. Pas seulement une mélodie qui représentait leur nation, mais un chant d'espoir gagné au prix d'années de malheurs durant lesquelles le royaume avait faillit sombrer sous le poids de multiples guerres sanglantes. Il rappelait à tout les metropolisiens de ce pays le prix que leur patrie avait dû payer pour instaurer cette quiétude que le royaume tout entier chérissait depuis des siècles. Ce n'était pas qu'un chant pour Metropolis, c'était un hommage et un principe de vie, que chaque habitant adaptait à sa vision des choses et suivait avec fierté.
Yûki finit par souffler la dernière note, laissant de nouveau planer un silence, bien que plus doux que le premier.
« Rien ne vaut un peu de patriotisme pour remonter le moral, ironisa Crow.
- Et bien oui, se mit-elle à rire en souriant avec chaleur, je ne vois pas ce qu'il y a de mal là dedans. J'aime ce pays, fit-elle en regardant l'horizon. Ses habitants, ses villes, ses fêtes aussi. Et ses dirigeants, ajouta t-elle avec un sourire de coin. Quand je regarde Metropolis d'en haut de ses murailles, j'ai toujours ce petit pincement qui me prend au cœur l'espace d'un instant. Tu sais, le genre de sensation que l'on a lorsqu'on est heureux d'être enfin chez soit ? Crow hocha la tête en silence. Et bien c'est un peu la même chose. »
Crow eu un léger sourire, se penchant en arrière en s'appuyant sur ses bras pour lever ses yeux vers le ciel, sans y prêter réellement attention.
« Tu repensais encore au Conseil, n'est-ce pas ?
- Je me suis peut-être calmé, soupira t-il, mais je ne suis pas encore d'humeur à festoyer.
- Comme nous tous. Mais je suis contente que Yusei et Aki prennent quand même plaisir à célébrer leurs fiançailles ce soir, ils le méritent bien. »
Crow tourna son regard vers la ville, jetant un œil au centre de la cité éclairée de toute part, où Yusei et Aki devaient sans doute être en train de s'amuser en les attendant. Il soupira lourdement. Il était supposé être déjà là-bas depuis plus d'une heure maintenant. Mais il n'avait pas encore pu se résoudre à se lever pour aller les rejoindre. Il n'arrivait simplement pas à se mettre dans l'humeur de fêter quoi que ce soit.
« Je sais bien que ça sert à rien que je rumine comme ça, reprit-il, mais c'est plus fort que moi. J'arrive pas à... Je suis désolé, j'agis comme un gamin.
- C'est certain, fit Yûki, qui reçu un regard offusqué de Crow. Mais tu as aussi été le seul à dire tout haut ce que tout le monde à pensé tout bas. On sait tous que notre pays ne pourra pas faire l'autruche éternellement face aux agissements d'Atlas.
- Ouais, à part ces ancêtres du Conseil, rumina Crow en avançant son dos pour se remettre droit.
- Tu sais que leur décision a été prise de manière réfléchit. Il ne faut pas les blâmer de vouloir chercher à tout pris à éviter une guerre. Nous ferons en sorte de renforcer notre vigilance et de fortifier notre pays comme prévu. De cette façon, si le jour où nous devrons prendre les armes vient à arriver, nous serons près.
- Mais c'est ça qui va pas justement ! explosa Crow. Sérieusement, je n'arrive pas à comprendre comment vous arrivez tous à rester si apathique face à ce qui est en train de se passer sous nos yeux. Tu sais aussi bien que moi qu'on est près pour ça, et que peut importe ce que nous faisons, les tensions sont devenues trop importantes pour qu'on soit encore en mesure d'éviter un conflit. Et pourtant des crétins de conseillers persistent à détourner le regard et refusent d'assumer les responsabilités qu'ils ont envers notre pays, et je... Raah ! »
Crow secoua furieusement ses cheveux des deux mains, à bout de nerf. Yûki l'observait, attendant patiemment qu'il se calme de lui-même. C'était toujours comme ça avec lui, il fallait simplement lui laisser un peu de temps pour remettre ses idées en place.
« Je ne veux pas qu'on pense que ma réaction lors du Conseil suggère que je n'ai aucune confiance en leurs jugement, reprit-il, se tournant vers Yûki. C'est vrai quoi, je les apprécie bien ces vioques. »
Yûki lui lança un regard lourd de propos.
« Oui, bon... C'est sûr que je ne les porte pas non plus dans mon cœur. Mais j'ai néanmoins un grand respect envers eux. Après tout, c'est principalement grâce ces vieux si notre pays est prospère depuis si longtemps. Mais c'est là que ça ne va plus justement.
- Tu veux dire que tu rechignes le fait que notre pays n'ait pas connu de grande guerre depuis près de deux siècles ?
- Bien sûr que non, rumina t-il. Ce que je veux dire, c'est que je pense qu'ils ont perdus tout sens des priorités et des initiatives, par peur de perdre cette paix absolue dont tout le royaume est si fier. Le problème, c'est que ce n'est pas en esquivant un combat qu'on y échappe. Ils ont commis la même erreur il y a onze ans. S'ils avaient choisit d'agir au lieu d'attendre en espérant que les choses s'arrangent d'elles mêmes, notre pays n'aurait pas eu à connaître les émeutes de Satellite- »
Crow se tût presque aussitôt. Il avait oublié l'espace d'un instant le sujet sensible que cette conversation représentait pour Yûki. Tournée vers les plaines bordant la capitale, elle observait les steppes qui s'étendaient sur plusieurs kilomètres face à eux, laissant le vent secouer ses cheveux à sa guise, le visage blanc de toute émotion. Pourtant, Crow la connaissait depuis suffisamment longtemps pour percevoir un éclat de douleur traverser ses yeux, tordant son ventre de culpabilité et de colère envers sa propre stupidité.
« Excuse-moi, ça m'a échappé... Je suis désolé.
- Ce n'est rien, fit-elle en se tournant pour le regarder, un sourire mélancolique mais sincère sur le visage. Je ne suis pas plus à plaindre que toi. Et puis, ce qui est passé est passé, ça ne sert à rien d'être désolé pour ça. On m'a appris à toujours voir le verre à moitié plein plutôt qu'à moitié vide. Il faut juste savoir trouver le bon côté dans chaque chose.
- Parce qu'il y a eu un bon côté à ce massacre ?
- Bien sûr. Sans ça on se ne serait probablement jamais rencontrés, toi et moi », fit-elle remarquer, un petit sourire lubrique aux lèvres.
Crow eu un rire franc, le premier depuis le début de leur conversation.
« On joue les enjôleuses ce soir ?
- Uniquement pour toi, mon petit piaf, plaisanta t-elle. Mais plus sérieusement, il faut mieux se concentrer sur aujourd'hui et demain plutôt qu'hier. Je suis tout à fait d'accord avec toi concernant la décision du Conseil. Je ne pense pas qu'engager une guerre préventive serait non plus très avisée, mais nous devrions faire plus que simplement réorganiser les défenses de notre royaume en attendant que quelque chose se passe du côté de cet Atlas. Mais le Conseil a décidé de jouer l'indifférence, et même si cela me déplaît au moins autant qu'à toi on doit savoir s'en contenter, pour l'instant du moins.
- " L'indifférence est synonyme de médiocrité ", n'est-ce pas ? récita Crow avec un sourire malicieux.
- Je vois qu'il t'arrive d'être parfois attentif à mes paroles, dit-elle avec contentement. Et oui, c'est exactement ce que je pense. Néanmoins, on se doit d'avoir confiance en leur décision. Malgré ce qu'on peut penser d'eux, s'il sont les conseillers du roi ce n'est pas pour rien. Ce sont tous des gens compétant qui œuvrent au même titre que nous à préserver ce pays de tout type de menace. Alors pour l'instant, nous allons suivre comme prévu leurs directives et faire en sorte que ce territoire devienne plus imprenable qu'il ne l'est déjà. En attendant dans l'immédiat, il faut qu'on se rende en vitesse à la Grande Place. Ce soir c'est fête au royaume, et Yusei et Aki célèbrent leurs fiançailles. Par conséquent nous avons le devoir, je dirais même l'obligation en tant que futur témoin et demoiselle d'honneur, d'être joyeux et de faire en sorte qu'ils le soient aussi.
- Dit comme ça, j'accepte avec fierté cette mission, approuva t-il en se levant, tendant une main vers Yûki. Et pour sceller cet arrangement, je t'invite pour la prochaine danse.
- Que de galanterie ce soir, humorisa t-elle. Ce sera pour moi honneur, Général Hogan. »
Yûki saisit la main offerte et se leva à son tour, époussetant distraitement ses habits d'une main, l'autre toujours nichée dans celle de Crow.
Leur relation exacte était pour beaucoup de gens un point d'interrogation géant, tant leurs rapports semblaient complexes à définir. Les deux concernés n'étaient pas plus informés sur le sujet d'ailleurs. Ils s'étaient embrassés une fois lorsqu'ils étaient au jardin d'enfants, à cause d'un pari idiot qu'un autre gamin avait fait sur eux et qu'ils n'avaient pas refusé par esprit de compétition. Mais il ne s'était plus rien passé de semblable depuis. Ils ne s'étaient jamais dit je t'aime non plus, et n'avaient jamais cherché à mettre au point l'état de leur relation. Ils savaient simplement qu'ils étaient l'un comme l'autre la personne la plus importante à leurs yeux, et c'était plus que suffisant pour eux.
« Général Rivers !
- Et bien ? Qui a t-il capitaine ? demanda Yûki face à l'homme qui s'approchait d'eux, lâchant discrètement au passage la main de Crow qui la ramena nonchalamment dans sa poche.
- Je vous pris d'excuser mon intrusion Général, mais votre aide est requise à la Porte Nord. Plusieurs rebelles ont été repérés aux abords des remparts, et auraient volontairement agressés plusieurs gardes sans raison apparente. L'une des factions qui se charge actuellement de stopper leurs agissements nous a signalé avoir vu l'un des assaillants posséder des capacités suggérant qu'il serait un Invocateur.
- Où est ton supérieur ? C'est à lui que tu aurais dû faire part de la situation avant de venir me voir.
- Il a été demandé à la porte Est, Général. Une émeute s'est déclarée près des Quartiers des Sables, et notre commandant a du être appelé en renfort pour aider les bataillons de l'Intra-Muros à contenir les gêneurs. Il nous a dit qu'en cas de problème, nous devions aller nous adresser directement à vous.
- Je vois.
- Ne te dérange pas, fit Crow en amorçant un mouvement pour suivre le capitaine de section, je vais m'occuper de ce problème.
- Non reste ici, dit-elle en attrapant son poignet, c'est encore mon tour de garde de toute façon. Tu devrais descendre rejoindre les autres et essayer de t'amuser un peu, je ne devrais pas être absente très longtemps. Dis à Yusei et Aki de m'attendre avant d'entamer le dessert. »
Sans attendre de réponse, Yûki descendit immédiatement la muraille pour rejoindre le poste de garde le plus proche, suivit de prêt par le capitaine. À l'intérieur, les gardes en pause profitaient de leur bref moment de repos pour jouir de la fête qui animait le royaume à leur manière. La salle toute entière était grouillante de soldats éméchés festoyant entre deux gorgées de bière, dansant sur les chaises et les tables, ou simplement pour certains s'accordant un court instant de détente dans un coin de la pièce avant de reprendre leur garde. Inutile de dire que l'animation régnait dans toute la ville ce soir.
Traversant distraitement la pièce en évitant ses compères, Yûki se hâta aux écuries, saisissant un cheval déjà sellé attaché près de l'abreuvoir qu'elle enfourcha sans attendre et partie aussitôt en direction du Rempart Nord, le commandant sur ses talons. Sur le chemin, le capitaine expliqua en détail la dernière position connue de la garnison, précisant du mieux qu'il le pouvait les dernières informations qui lui avait été transmis sur les ennemis qui causaient des troubles sur leurs terres.
« Combien sont-ils ? demanda Yûki par dessus le bruit de sabot des deux montures.
- Nous avons repérer trois hommes, Général.
- Seulement trois ? Et le bataillon présent sur place n'a pas pu en venir à bout ?
- En effet, Général, avoua le capitaine, quelque peu gêné. Plusieurs explosions sont survenues durant la tentative d'appréhension des rebelles, et ont entièrement balayés les hommes présent sur place. C'est le fait que nous n'ayons aperçu aucun canon ni dispositif explosif dans les environs qui nous laisse penser que l'un des hommes au moins doit être un Invocateur, bien que personne n'ai pu distinguer d'Invocation autour des assaillants.
- Un Invocateur capable de provoquer des explosions, grimaça Yûki. Voilà qui s'annonce fastidieux. »
Le duo arriva à la Porte Nord au bout d'une vingtaine de minutes, et après avoir aimablement saluée les gardes postés à l'entrée, Yûki stoppa un instant sa course pour se tourner vers le capitaine, qui tirait faiblement sur le harnais de sa monture pour freiner son avancée.
« Vous allez rester ici pendant j'irais voir ce qu'il en est avec la faction qui se trouve déjà sur place, ordonna t-elle. La major LeBlanc ne devrait plus tarder à vous rejoindre pour prendre son tour de garde. Lorsqu'elle sera là, expliquez lui la situation afin qu'elle décide éventuellement de nouvelles mesures si je ne suis pas revenue d'ici là.
- Bien, Général. »
Saluant une dernière fois le capitaine, Yûki fît claquer son harnais et franchit au galop la Porte Nord que les gardes s'empressèrent de refermer derrière elle, chevauchant aussi vite que le permettait sa monture. Cela faisait des années que Yûki n'avait plus combattu en utilisant son Invocation. C'était l'un des avantages à occuper le poste de Général dans un royaume en temps de paix. Bien sûr elle s'entraînait toujours régulièrement, le plus souvent en compagnie de Crow qui restait le plus disponible du groupe, mais combattre un adversaire hostile était différent d'une petite séance d'entraînement entre amis de longue date. Et pour être tout à faire sincère, elle espérait ne pas avoir à engager de combat qui mènerait jusque là. Les combats d'Invocateurs causaient toujours énormément de dégâts, et elle ne tenait pas particulièrement à être tenue pour responsable de l'apparition d'un cratère dans les terres agricoles de Metropolis.
Une lueur rougeâtre se dessina bientôt dans la nuit, à environ deux kilomètres de sa position. Yûki ralentit progressivement l'allure de son cheval, s'avançant en silence vers la source de cette lumière.
Un feu ?...
Elle s'approcha avec vigilance de l'incendie qui grandissait devant elle, embrasant les arbres et les fourrées environnant. Nul doute que les rebelles devaient se trouver non loin d'ici. Merde, pesta t-elle, encore un feu. Pourquoi fallait-il toujours qu'il y ait un feu ? Elle poussa un soupir agacée. Elle détestait vraiment, vraiment le feu.
Son cheval s'agitait sous elle, effrayée par la proximité des flammes. Yûki resserra sa prise sur son harnais en tapotant doucement le cou de sa monture, tentant de trouver un chemin au travers du brasier.
« Là, tout doux mon beau, souffla t-elle. Moi non plus ça ne m'enchante pas d'être au milieu de tout ce foutoir. »
Se faufilant avec vigilance entre les buissons roussies, elle avança à tâtons à la recherche de la garnison envoyée un peu plus tôt. Il lui sembla distinguer du mouvement sur sa droite, non loin d'une vieille grange utilisée pour stocker les récoltes de la moisson. À une cinquantaine de mètres de là, trois hommes se tenaient debout au milieu d'une espace d'herbe épargné par le feu, leurs voix se discernant par dessus le crépitement des flammes :
« Hey, Bommer ! s'écria l'un d'eux. Vas pas foutre le feu autour de nous, espèce idiot !
- C'est toi qui m'as dit de faire de grosses explosions pour attirer l'attention par ici.
- Oui, mais pas au point d'embraser toute la plaine ! »
Deux des hommes semblaient se chamailler, le troisième les observant un peu à l'écart avec un certain ennui. Yûki repéra immédiatement les deux individus aux allures de géants, les bras aussi épais que ses cuisses. Elle plissa les yeux pour mieux les distinguer. Ils n'avaient pas l'air d'être des amateurs en matière de combat, sans compter leurs corps plus qu'entretenus ; leur garde était parfaite, sans la moindre faille. Néanmoins, les maîtriser restait du domaine du possible, avec un peu de vitesse et d'agilité bien placée. Ce genre d'homme restait la plupart du temps tellement dépendant de leurs muscles qu'il suffisait de quelques coups savamment dosés pour leur faire perdre l'équilibre sous leur propre poids.
Son attention se porta vers le troisième. Celui-ci pourrait poser d'avantage de soucis. Il avait l'air réfléchit et débrouillard. D'après son attitude par rapport aux deux autres il devait sans doute être le meneur du trio. Et malgré son air goguenard et railleur, il ne laissait absolument aucune ouverture pour une possible attaque. Il était expérimenté dans l'art du combat, et pas depuis peu. Mais ce qui attira surtout l'attention de Yûki, c'était les deux Invocations campées placidement derrière le trio.
La première, qui dépassait les cinq mètres de haut, ressemblait à un homme en armure doté d'immense pinces acérées à la place des mains et de gigantesques ailes d'acier pourvues de plusieurs hélices en métal. La seconde, de moitié plus petite que la première, s'apparentait à un gorille au poil bleuté, affublé d'un heaume et d'épaulettes en or ainsi que d'une cape verte émeraude, avec dans sa main gauche un sceptre bleuâtre surmonté d'une sculpture dorée en forme de U stylisé, rappelant un corsèque.
Trois contre un, le dernier homme sans Invocation visible ; elle avait déjà fait face à pire. Prenant une grande inspiration, Yûki fît claquer son harnais pour intimer à son cheval d'avancer, sortant en silence des fourrées qui la dissimulaient jusqu'à présent de la vue des trois hommes.
« Oh, une nouvelle, fit remarquer Demak en levant les yeux vers elle.
- Une ? demanda Kiryu avec un regain d'intérêt, s'avançant joyeusement vers son acolyte. Enfin un peu de variété ! Je commençais à croire que l'armée metropolisienne était entièrement dénuée de femmes. Bienvenue à toi, noble cavalière. »
Kiryu lui fît une révérence théâtrale, ses yeux bleu pâles l'étudiant avec attention. À l'écart derrière lui, l'énorme singe jusque là immobile tourna brusquement son regard vers elle, ses yeux écarlates plantés dans ceux de Yûki. Un feulement d'intimidation remonta des tréfonds de sa gorge, son sceptre se mettant à rayonner d'une lueur incarnat. Yûki se retint de reculer d'un pas sous la surprise. Cette Invocation ne lui indiquait rien qui vaille. Elle étudia son sceptre d'un œil perplexe ; un magicien. De toutes les Invocations qu'elle avait eu à affronter par le passé, les magiciens faisaient partis de ceux qu'elle exécrait le plus. Il était presque impossible de deviner à l'avance leurs aptitudes, et celles-ci se révélaient quasiment toujours être, en citant les mots de Crow, de vrais combines de vicelards. Et de part ses propres expériences, Yûki ne pouvait qu'adhérer à son opinion. Elle allait devoir redoubler de vigilance.
Saisissant le manche de son épée d'une main pour se donner contenance, elle avança avec mesure vers le trio, sans quitter plus de quelques secondes les deux Invocations du regard.
« Toute forme d'Invocation quelle qu'elle soit est proscrite à l'intérieur et aux abords de Metropolis sans autorisation préalable, ou raison qui la justifie, débita Yûki avec force et autorité. Veuillez immédiatement ramener vos Invocations et décliner vos identités.
- C'est qu'elle a savamment appris son texte, la mignonne, répliqua Kiryu. Dis moi, tu ne ferais pas partie de la Garde Royale à tout hasard ?
- Si quelqu'un doit poser des questions ici, c'est moi. Maintenant faites ce que je vous dis sans faire d'histoire et tout ira pour le mieux.
- Elle m'a l'air bien plus confiante que les autres, fit Demak. On a sans doute déniché une Commandante, au moins.
- Major, je dirais, » hasarda Kiryu.
Yûki serra la mâchoire, irritée. Quelle chance, ironisa t-elle, elle était tombée sur une bande de plaisantins. Renvoyant un regard acerbe à Kiryu, son attention fût attirée par un détail sur son visage. Un tatouage ambré en forme de ligne géométrique, traversant sa joue droite jusqu'à son front en passant sur son œil. La marque des détenus des prisons de Satellite. Une réalisation la frappa.
« Vous venez de Satellite, n'est-ce pas ? demanda t-elle, la voix caverneuse. C'est vous qui avez provoqué cette émeute au Passage du Millénium pour pénétrer illégalement sur le territoire metropolisien.
- Perspicace. Et je devine à l'emblème sur ta veste que tu fais bien partie de la Garde Royale. C'est parfait tout ça. »
Yûki resta un instant bouche bée. Comment avait-il pu voir son emblème ? Elle était à plus de vingt mètres de lui ! Quelque chose ne tournait pas rond ici, et le fait qu'elle n'arrive pas à mettre le doigt dessus la mettait dans une position d'infériorité par rapport à ses opposants. Il fallait qu'elle renverse au plus vite la balance avant que la situation ne tourne à son désavantage. Et ce singe qui ne la lâchait pas un instant du regard...
Cette Invocation... Je suis certaine d'en avoir déjà entendu parler quelque part.
« Sérieux, c'est une Garde Royale ? fit Bommer, la voix remplit d'espoir.
- Sans aucun doute.
- Enfin ! C'est que ça commençait à sérieusement m'agacer de rester debout à simplement regarder défiler tout ces gardes.
- Il ne faut pas leurs en tenir rigueur, ils fêtent tous les fiançailles de leur bien-aimé prince en ce moment même. Ils n'ont sûrement pas la tête à la bataille ce soir.
- Ça ne pose pas de problème que ce soit une femme ? demanda Demak.
- Non, c'est sans importance, assura Kiryu. Et puis, je trouve la mission bien plus attrayante maintenant, ajouta t-il avec lubricité.
- Tu sais qu'on ne peut pas mettre la main sur l'objet de notre mission, n'est-ce pas Kyosuke ?
- Qui t'as parlé de ça ? T'as vraiment les idées de travers parfois, mon pauvre Demak.
- Qui est votre employeur ? l'interrompis Yûki, estomaquée de l'audace avec laquelle ils se mettaient à discuter comme si de rien était. Vous êtes mercenaires, je le sais. Dans quel but avait vous été engagés ? »
Kiryu tourna son attention vers elle et s'avança d'un pas dans sa direction, un sourire moqueur naissant sur son visage.
« Juste pour toi, ma belle. »
Un frisson la parcourut malgré elle. Ces gars-là... Yûki dégaina brusquement son épée, provoquant un tintement strident en sortant de son fourreau. Bommer eu un sursaut de surprise, déconcerté par le changement radical d'attitude de la garde. C'était comme si une toute autre personne se trouvait soudain face à eux. Il émanait de cette fantassin une telle hargne, que même les flammes autour d'elle semblaient s'être éloignées d'effroi.
Demak siffla d'étonnement. Alors c'était ça, un Garde Royal ? Cela faisait longtemps qu'il ne s'était plus sentit aussi fébrile face à un adversaire. Il fit craquer son cou d'impatience. Il avait envie de la combattre, maintenant. Et peut importe ce que Kiryu ait à dire là dessus. Il en avait plus qu'assez de se battre contre des gardes au niveau pitoyable depuis maintenant plusieurs heures. Il avança un pied vers elle, les mains tremblantes sous l'excitation du duel.
Yûki resserra sa prise sur le manche de sa lame. La tension devenait presque palpable autour d'eux, comme deux meutes ennemis attendant un mouvement du clan adverse pour leurs sauter à la gorge. Il fallait qu'elle agisse maintenant. Elle savait que quelque chose de crucial lui échappait, mais chaque seconde de plus passée avec ces hommes entourés de flammes augmentait dangereusement ses chances d'être entraînée malgré elle dans un combat qui serait à son désavantage.
« Je vais vous demander une dernière fois de ramener vos Invocations et de me suivre sans broncher. Si vous ne coopérez pas, je me verrais dans l'obligation d'utiliser la force.
- Oh, mais on attends que ça, grogna Demak d'excitation. Fais nous voir la puissance d'un membre de la Garde Royale dont ton pays semble si fier.
- Tout doux mon grand, tu sais très bien qu'il ne faut surtout pas l'abîmer, l'avertit Kiryu.
- S'ils sont aussi fort qu'on le dit, elle n'aura aucun mal à contrer mes attaques.
- On a pas le temps pour ça Demak, et tu le sais très bien. Contente toi de faire ta partie du contrat, qu'on puisse se barrer d'ici en vitesse.
- Une fois la mission accomplie je n'aurais plus l'occasion de me confronter à elle.
- Si ça te tiens tant à cœur tu n'auras qu'à revenir plus tard te chercher un autre Garde Royal, là on a autre chose à faire que s'occuper de tes petites envies personnelles. »
Demak eu un grondement sinistre, les poils de son gorille s'hérissant au même moment de rage sous son armure. Hors de question que ce sale gosse se permette de lui manquer de respect sous prétexte qu'il menait les opérations.
Kiryu lui lança un regard d'avertissement, lui intimant clairement de ne pas l'obliger à sortir de ses gongs. Demak avait intérêt à se tenir à carreaux. Il n'était pas idiot. Il savait très bien que si Demak avait accepté de l'accompagner dans cette mission suicide ce n'était pas en premier lieu pour l'argent, mais par surtout par curiosité envers la force d'attaque de Metropolis. C'était un guerrier, il vivait uniquement dans le but de se confronter à d'autres combattants. Mais à cet instant précis, il n'avait vraiment pas besoin de devoir gérer les déviances de son camarade. Hors de question que ce gorille sociopathe vienne foutre en l'air sa mission à cause de ses stupides pulsions guerrières.
Profitant de l'agitation qui régnait entre les deux hommes, Yûki attrapa discrètement de sa main libre une fumigène de signalisation clipsée dans le bas de son dos. Sherry devait avoir commencé son tour de garde maintenant. Il fallait qu'elle signale au plus vite sa position dans le cas où la situation devrait dégénérer.
« Je ne ferais pas ça, si j'étais toi, l'avisa Kiryu d'un ton lugubre, sans détourner le regard de son acolyte. Nous ne voudrions pas alarmer inutilement la Garde et causer d'avantage de dégâts. »
Yûki figea instantanément sa main. Comment a t-il pu voir ça ? Son regard n'est même pas tourné dans ma direction !
Kiryu braqua son regard dans le sien, lui adressant un sourire amusé. Impossible, pensa t-elle en fronçant les sourcils, il est physiquement impossible qu'il ait pu voir mon mouvement d'où il se trouve. Il aurait fallu qu'il soit derrière moi pour pouvoir vraiment voir ma main bouger. Yûki sembla soudain comme heurtée par la foudre, un souvenir lui revenant brusquement en mémoire.
« Vous êtes Kiryu, n'est-ce pas ? Le Mercenaire Aux Cents Yeux.
- Je vois que ma réputation me précède, dit-il l'air enjoué. Et à qui, si je puis me permettre, ai-je l'honneur ? »
Yûki garda le silence et fléchit les genoux, se mettant en position d'attaque.
Kiryu Kyosuke. Elle avait entendu des rumeurs à son sujet, comme quoi il était capable de voir d'absolument partout sans avoir à bouger d'un pouce, tout ça grâce à son Invocation. Impossible de le surprendre ou de jouer sur les feintes avec lui ; il les voyait toutes arriver de loin. Yûki avait apparemment vu juste en pensant qu'il serait celui qui lui poserait le plus de problème.
« Où est passé le bataillon qui occupait ce périmètre ? demanda t-elle sombrement, se rappelant des soldats qui étaient censés se trouver ici.
- Oh, eux. Nous les avons tous mit dans cette vieille grange, là-bas. Ne t'en fais pas, ils sont tous sains et saufs. »
Elle tourna un instant son regard vers la remise abandonnée campée derrière le trio, épargnée par les flammes encerclant la plaine. La vieille chaîne rouillée utilisée pour verrouiller l'entrée avait été sectionnée, mais la porte restée fermée l'empêchait d'avoir un aperçu de l'intérieur. Impossible de savoir si les soldats étaient effectivement à l'intérieur, et surtout s'ils étaient en bonne santé.
Yûki plissa le front. Quelque chose ne tournait pas rond avec leur manière d'agir. Pourquoi restaient-ils là, à faire la conversation sans l'attaquer ?
« Combien de temps ça va encore prendre, Demak ? se plaignit Bommer. Ça a jamais été aussi long avant.
- La ferme, Bommer. »
Yûki ne l'avait pas remarqué tout de suite à cause du flamboiement érubescent des flammes, mais le sceptre du singe était maintenant plus éclatant qu'un phare dans la nuit, luisant d'un éclat rougeoyant tel qu'il fallait plisser les yeux pour l'observer. C'était comme si... il était en train de se recharger. Yûki écarquilla ses yeux d'effroi. Merde ! songea t-elle soudain. Ils essayent de me distraire depuis le début !
« Elle a compris, dit sombrement Demak, crispant ses muscles d'anticipation sous sa cape en se penchant instinctivement vers l'avant, le regard sombre.
- Merde, jura Kiryu. Bommer, balance tout ce que t'as ! »
Yûki eu juste le temps de lâcher son épée pour se jeter bras tendus sur la droite avant qu'un projectile armé ne vienne exploser à quelques mètres d'elle dans un bruit fracassant, provoquant une gigantesque déflagration en balayant des dizaines de kilos de terre dans les airs. S'écroulant durement au sol face contre terre, elle se protégea de justesse la tête des projections causée par l'explosion.
« Mais bordel fais gaffe à pas la tuer, crétin ! » s'égosilla Kiryu.
Yûki se relevait avec difficulté en s'appuyant sur ses coudes, retenant entre ses dents un gémissement de douleur. Elle s'était faite avoir comme une débutante. Depuis le début leurs petites discussions sans objectif n'avaient eu d'autre but que de gagner du temps, en attendant que ce maudit singe ait récupéré entièrement ses pouvoirs. Il devait sans doute les avoir épuisé en se battant contre les soldats du bataillon qui l'avait précédé.
Ils voulaient la capturer, vivante. C'était la seule explication possible au fait qu'ils ne l'ait pas attaqué jusqu'à présent, et qu'ils ne souhaitent pas la blesser. Et cette Invocation devait être leur atout principal dans cette entreprise. Ce devait être une sorte d'hypnotiseur ou quelque chose du genre, qui affluait sur l'esprit de son opposant pour le rendre inoffensif. Yûki réprima un grognement de frustration. Ces gars là avaient tout prévus depuis le départ.
Sur sa gauche, Demak s'élança brusquement en sprintant dans sa direction, profitant de la joute de ses deux acolytes pour foncer droit vers elle, prêt à la charger comme un taureau. Roulant sur le côté, Yûki détacha la fumigène de sa ceinture, l'arma et la tira droit vers le ciel, créant une énorme traînée de fumée rougeoyante qui s'élança en sifflant dans les airs à plus d'une centaine de mètre au dessus des arbres. Ces fumigènes étaient conçues pour être perceptibles même en pleine nuit, Sherry n'aurait aucun mal à repérer sa position depuis les remparts.
Rangeant en vitesse son arme vide dans son dos, elle bascula en avant pour se remettre sur pieds, et se sentit vaciller l'espace d'un instant. Merde, elle était sûrement déjà... Secouant rapidement la tête pour se ressaisir, elle aperçue juste à temps Demak fondre droit sur elle, un sourire tordant son visage irascible. Sans son épée réduite à néant par l'explosion, elle allait devoir repousser ce colosse au corps à corps. Heureusement pour elle, il avait plus l'air d'être du style à taper du poing plutôt qu'à se servir d'une arme. À moins de deux mètres d'elle, Demak s'élança dans une dernière impulsion, balançant son poing en direction de sa mâchoire. Levant les mains au niveau du buste pour feinter une attaque de face, Yûki balança son corps au dernier moment sur la gauche, attrapant au passage le poing de Demak qui lui était destiné, et utilisa son propre élan contre lui pour l'envoyer valser sur sa droite. Surprit, Demak partit s'écraser au sol quelques mètres plus loin, se balançant sur le côté juste à temps pour atterrir sur le dos.
Yûki se replaça au mieux sur ses appuis et posa ses deux mains sur ses genoux, quelque peu pantelante. Elle n'avait pas pensé que son ennemi serait aussi imposant que ça. S'il n'avait pas prit autant de vitesse dans sa course elle n'aurait sans doute pas pût le projeter aussi loin.
Étendu au sol, Demak était encore sous le choc. Comment pouvait-elle être encore à ce point réceptive après l'envoûtement que lui avait lancé son Invocation ? Il s'était fait contrecarrer avec une telle facilité que s'en était déconcertant. Il refoula un grognement de frustration. Il se foutait royalement de savoir par quel moyen cette garde arrivait à résister plus longtemps que prévu à son sort, ni combien de temps il lui faudrait pour fléchir. La seule chose qui l'intéressait était la manière dont il allait pouvoir renvoyer la pareil à cette petite farceuse pour le tour de passe-passe qu'elle venait de lui faire.
Resserrant la prise sur ses genoux, Yûki sentait son esprit osciller entre conscience et rudes vertiges. Elle savait qu'elle ne tiendrait plus très longtemps, et qu'elle ne serait pas capable de repousser une deuxième fois son ennemi s'il venait à la charger de nouveau. Et ces satanés tournis qui l'empêchaient de se concentrer pour appeler son Invocation... Elle jeta un œil vers Demak et aperçue le mercenaire récupérer peu à peu ses esprits, se retournant sur le sol pour tenter de se relever. Elle n'avait plus de temps à perdre.
Inspirant à plein poumons, Yûki se redressa complètement, ignorant les vertiges qui redoublaient d'intensité et se tourna avec empressement vers le brasier qui s'attisait à quelques mètres d'elle. Il fallait à tout pris qu'elle leurs dissimule son identité. Ces hommes là savaient déjà qu'elle faisait partie de la Garde Royale, s'ils venaient à apprendre toute son identité ainsi que ses relations avec Yusei, ils seraient capable de les utiliser contre Metropolis. Il était hors de question qu'elle devienne l'élément déclencheur d'une guerre entre nations. S'approchant de la fournaise, Yûki retira prestement sa veste d'uniforme et l'envoya avec force dans le brasier, faisant disparaître dans les flammes les sigles attestant de son grade de Général et Protectrice du Royaume.
La seconde d'après, elle sprintait en direction des arbres qui délimitaient le terrain vierge.
« Bommer, stoppes la ! hurla Kiryu. Il ne faut pas qu'elle puisse s'enfuir ! »
D'un signe de tête de la part de Bommer, l'immense Invocation au semblant de machine de guerre jeta ses bras mécaniques en avant et se mit à tirer des dizaines des projectiles enflammés sur la plaine, explosant tout autour de Yûki pour entraver ses mouvements. Le terrain jusque là épargné par les flammes s'embrassait comme un feu de paille sous les tirs de l'Invocation, formant une gigantesque masse de fumée noire et opaque au dessus du canton. Les émanations étaient si épaisses qu'il était impossible de discerner ses propres mains en les tendant devant soit.
« Stop, arrêtes tout ! Merde, on y voit que dalle maintenant. Est-ce que t'aperçois quelque-
- M'enfuir ? railla soudain Yûki dans la brume. Qui t'as dit que je comptais me barrer, l'albinos ? »
Kiryu eu juste le temps de tourner la tête en direction de sa voix avant de sentir un poing s'écraser avec force droit sur son arcade sourcilière. Le choc de l'impact le fit s'écrouler violemment en arrière, coupant sa respiration l'espace d'un instant en heurtant le sol avec son dos. La petite vicelarde... Elle avait foncée délibérément vers les bordures de la plaine pour feinter sa fuite et obliger Bommer à balancer ses projectiles afin de l'empêcher de soit disant s'échapper. Elle savait que les explosions allaient créer un écran de fumée, et qu'elle pourrait l'utiliser à son avantage pour s'approcher d'eux sans qu'il ne puisse la repérer. C'était une sacré roublarde.
Kiryu chercha distraitement du bout des doigts une plaie au dessus de son œil gauche, et tiqua en discernant une entaille ouverte de la taille d'une pièce de monnaie en plein sur son sourcil. Il sentait la texture poisseuse du sang s'insinuer jusque sous ses ongles. C'est qu'elle en avait dans les bras, cette fille. Encore étourdit par le coup, il tenta de s'appuyer sur ses coudes pour se relever, lorsqu'il sentit un poids s'effondrer sur lui, le faisant de nouveau basculer en arrière dans un bruit sourd. Il s'étala brutalement au sol comme une étoile de mer, le souffle à nouveau coupé.
« Qu'est-ce que- ?... »
Incapable de soulever entièrement son buste, Kiryu releva comme il le put sa tête jusqu'à ce que son menton vienne se caler entre ses clavicules, où son nez entra en contact avec une chevelure duveteuse.
Étalée sur son torse, Yûki se débattait avec le reste de conscience qui subsistait encore en elle pour rester éveillée. Cet enchantement l'avait totalement vidé de ses forces. Après le coup qu'elle venait de donner à Kiryu, il ne lui restait même plus assez énergie pour tenir debout par elle-même. Quelle humiliation, pensa t-elle, couchée ainsi sur la poitrine de son assaillant sans rien pouvoir faire.
Le cou tendu dans une position saugrenue, Kiryu ne pouvait s'empêcher d'observer un instant cette demi-femme qui s'agitait faiblement sur lui. Vu de près elle semblait tellement fine, presque chétive. S'il entourait ses bras autour de sa taille, il était certain de pouvoir en faire entièrement le tour jusqu'à joindre ses propres mains. Elle était aussi beaucoup plus petite qu'il ne l'avait cru, c'est tout juste si elle devait lui arriver à l'épaule. Qu'elle ai réussit à envoyer balader Demak avec une telle aisance lui semblait d'autant plus hallucinant.
Les bras de la garde se remuèrent faiblement contre lui. Lentement, il approcha sa main de son visage pour dégager quelques mèches de cheveux, essayant de voir si elle s'était finalement assoupie. Immédiatement, il la sentit se tendre sur lui, et la seconde d'après un poing partit violemment vers sa mâchoire. Il attrapa de justesse son poignet avant que son poing ne vienne heurter son menton.
« Là, tout doux ma belle, susurra tendrement Kiryu en se tournant sur le côté pour la déposer en douceur sur le sol, son poignet toujours dans sa main. Il ne faudrait pas avoir à abîmer un joli minois comme le tiens, n'est-ce pas ? Bommer, héla t-il ensuite, le ton beaucoup plus atone, donne nous un peu de clarté, tu veux ? On voit que dalle ici.
- C'est comme si c'était fait. »
De brusques bourrasques se mirent à souffler sur le terrain embrasé, générées par les immenses hélices de l'Invocation de Bommer, et en quelques secondes la plaine fût dégagée des flammes qui la consumaient ainsi que des émanations obscures qui embarrassaient leur vue.
Yûki sentait les dernières fibres de lucidité qu'il lui restait sombrer peu à peu dans l'inconscience. Elle détestait l'admettre, mais elle avait peur. Elle ne s'était pas retrouvée dans une situation de telle impuissance depuis des années. Renonçant à garder les yeux ouverts, elle dévisagea une dernière fois son assaillant, son tatouage étrange, ses yeux qui la fixaient avec intérêt, avant de sentir son esprit s'enliser dans la torpeur, incapable de résister d'avantage à ce sommeil imposé.
Kiryu observa avec curiosité la garde le fusiller d'un regard assassin dans ses derniers instants d'éveil, avant que son visage ne retombe mollement sur le sol, inconsciente. Sacré Dieu. Ses yeux ne correspondaient pas du tout à l'apparence fragile de son corps. Un sourire complice se forma sur ses lèvres. C'était les yeux d'une guerrière. Grand, sombre, avec des reflets cuivrés qui s'embrasaient à la lueur des dernières étincelles de flammes subsistant sur le terrain noirci par l'incendie. Des yeux graves, sérieux, ils lui rappelaient le regard de ceux qui avaient combattu et survécu à de nombreuses batailles. Le regard de quelqu'un qui avait vécu plus que son âge.
Kiryu réprima un frémissement d'extase. Pas de doute, il allait s'amuser avec elle. Quel dommage de devoir la livrer si vite à Godwin.
« Quelle fougue, commenta Bommer par dessus son épaule.
- Bordel, c'est quoi cette meuf ? brailla Demak. Une ninja ? »
S'avançant avec rage vers le duo, Demak paraissait plus tendu que jamais. Sa cape noire était couverte de terre, et son visage noircie par les cendres sur lesquelles il s'était écrasé plus tôt. Il s'était fait ridiculisé, balancé au sol comme un simple novice puis ignoré comme s'il ne méritait pas d'avantage d'attention. Cette garde l'avait humilié, et il n'allait pas laisser passer cet affront. Mission ou pas, il aurait sa revanche sur cette metropolitienne avant d'arriver à Satellite.
Accroupie à côté d'elle, Kiryu continuait d'étudier silencieusement la garde endormie à même le sol, traçant inconsciemment des petits cercles avec son pouce sur le dos de son poignet. Elle était tellement petite couchée ainsi, encore plus petite avec ces yeux graves cachés derrières ses paupières closes. Mais même dans son sommeil, elle gardait cette expression dur qui lui donnait cet air imposant, malgré sa taille de lutin. Il ne pouvait que se retenir de rire en voyant son coéquipier fulminer au dessus de lui d'une rage quasi-meurtrière face à cette femme assoupie tranquillement sur le sol.
« Pas une ninja, souffla t-il en retirant une mèche de cheveux de son visage, une metropolisienne.
- C'est qu'on t'entendrait presque ronronner, Kiryu, cracha Demak. Dépêches toi, mettons lui le bracelet et allons-y. J'ai pas envie de rester traîner plus longtemps ici, et on a de la route à faire. »
Kiryu se releva dans un soupir amusé, glissant les mains dans ses poches sans lâcher Yûki du regard. Devant le regard agacé de Demak, il fît claquer sa langue d'ennui et passa devant ses deux coéquipiers en enjambant nonchalamment Yûki, un masque d'indifférence sur son visage.
« Bommer, attrape la. On s'en va. »
Petite info sur les Invocations que j'attribue aux personnages : ce sont toujours jusqu'à présent des monstres issus du Deck du personnage concerné, le plus souvent leur carte maitresse. Ainsi pour ce chapitre:
Bommer : sa Forteresse Volante FEU DU CIEL ( Oui oui, les majuscules font bien partie du nom originel. )
Demak : son Singe Sorcier ( Oui, parce que je ne pouvais décemment pas lui mettre son espèce de ouistiti géant de Pactisant des Ténèbres, l'Esprit de la Terre Immortel Cusillu, ça l'aurait pas fait. Du tout. )
Pour ce qui est de la prochaine publication, je n'ai pas d'idée même approximative de son arrivée. Je posterais le chapitre suivant lorsqu'il sera, ben, près. Les dates butoirs et les quotas à respecter ça m'a jamais vraiment réussit.
Sinon l'autre nuit j'ai rêvé qu'on enlevait Yûki en l'enfermant dans une de ces vieilles malle en bois sombre avec des lanières en cuir, et qu'on la trainait ainsi jusqu'aux portes de Domino City, où elle en sortait comme si de rien était et partait tranquillement en direction du palais de Jack avec l'immense malle à la main. La seconde d'après ils se retrouvaient tout les deux dans une montgolfière, et ils chantaient à s'en briser les cordes vocales en survolant une immense forêt de pins.
Voilà voilà.
C'est la première fois que je rêve d'un de mes personnages, c'est assez cool je dois dire, même si c'était franchement étrange.
J'attends toujours avec une grande impatience vos avis, si vous en avez bien sur. Vous en avez forcement au moins un, non ?
Ciao !
H.
Petit lexique de fin de chapitre, sur des trucs et choses utiles à savoir ou à se rappeler, si vous avez du temps à perdre. Je le reposterais autant dans les chapitres qui suivront si jamais des choses se rajoutent avec le temps. Ça m'a bien occupé durant mes pannes d'inspirations.
Invocation : Esprit aux pouvoirs fabuleux venant d'un autre monde coexistant avec celui des hommes, capable de passer d'un univers à l'autre en choisissant un humain pour devenir son Invocation. L'esprit met alors sa force au service de l'humain qu'il a choisit lorsque celui-ci le demande, et le protège en tout temps à la manière d'un gardien. Le lien entre l'Invocateur et son esprit est souvent très fort, et il n'est pas rare de voir une Invocation se lier à la famille de son humain, et se léguer de parent à enfant comme un héritage familial.
Invocateur : Personne possédant une Invocation. Le titre d'Invocateur est souvent synonyme de puissance, et beaucoup d'entre eux affichent leur esprit avec fierté au cours de duel avec d'autres Invocateurs afin de mesurer leurs pouvoirs. Parmi les centaines d'Invocations existantes, les dragons sont connus par les hommes pour être parmi les plus puissantes mais aussi les plus rares, rendant leurs Invocateurs souvent célèbres de part les royaumes.
Metropolis : Royaume vaste et ensoleillé situé en bord d'océan et composé principalement de plaines et de vallées. Sa capitale, qui porte le même nom que le royaume, a la particularité de posséder d'immenses remparts réputés imprenables qui entourent la totalité de la cité. Il est connu des autres royaumes pour ses terres agricoles fertiles, ses nombreux festivals et fêtes et ses citoyens patriotiques très attachés à leur famille royale.
Spartan : Royaume situé à l'Ouest de Metropolis, connu pour ses forêts épaisses, ses nombreux lacs et ses femmes au fort caractère. Il est dirigé par le roi Hideo Izayoi et sa femme Setsuko, qui entretiennent depuis de longue années une forte amitié avec le roi et la reine du royaume de Metropolis.
Satellite : Royaume situé à la frontière nord de Metropolis ayant été par le passé le théâtre de nombreuses guerres civiles, et le champ de bataille principal de plusieurs grands conflits entres divers royaumes ennemis qui ont entièrement ravagé le pays. Les dirigeants se succèdent les uns après les autres sans rester plus de quelques années, et le royaume a fini par devenir une terre d'accueil pour toutes sortes de brigands, mercenaires et autres scélérats. Le temps y est souvent maussade et pluvieux, et de nombreux villages et villes détruits durant les guerres sont restés abandonnés à l'état de ruines, et constitue des refuges pour les pauvres, les truands et les nombreux marchés noirs. C'est une contrée extrêmement renfermée sur elle-même et très rancuniers envers les autres royaumes qui ont totalement dévasté leurs terres par le passé, et ne leurs ont offert aucune aide après coup.
Domino : Royaume situé au nord de Satellite, constitué en grande partie de nombreuses montagnes rocheuses et connu pour son climat souvent frais. Il est régenté par le roi Jack Atlas, réputé pour être aussi froid et brut que son pays. Il gère sa nation d'un main de fer depuis son jeune âge, et a fermement l'intention de restaurer la gloire passé de son pays par tout les moyens.
