Tous les personnages appartiennent à Stephenie Meyer, sauf ceux qui sont sortis de mon imagination.

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Coucou !

Vous allez bien ? J'espère que oui. Voilà la suite qui c'est faite attendre, le site refusait de publier le nouveau chapitre. Grrrrr!

Enfin, j'espère que cette suite ne vous déroutera pas trop. Bonne soirée ou bonne journée !

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Réponses aux reviews anonymes :

Lunaa : Merci beaucoup pour ta review ! J'espère que la suite te plaira, la réaction de Carlisle risque d'être brutale. Merci pour tes encouragements ! Bonne fin de week-end et à bientôt !

Law : Et ouais je suis de retour ! Lol. J'espère que la suite ne te décevra pas. Merci beaucoup pour ta review ! Bonne fin de week-end et à bientôt !

Fat : Edward et Carlisle sont de retour ! J'espère que cette nouvelle histoire te plaira. Merci beaucoup pour ta review ! Bonne fin de week-end et à bientôt !

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Bonne lecture !

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Chapitre 2 : Londres

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Le Duc de Gloucester avait chassé pendant un temps qui lui avait paru interminable, cependant, il ne pouvait nier qu'il en avait besoin, l'odeur, la présence d'Edward avaient finalement eu raison de son contrôle. A plusieurs reprises, il n'avait pu s'empêcher d'effleurer son visage, de caresser ses joues, il avait même failli embrasser le jeune homme alors qu'il était endormi ! Comment avait-il pu agir ainsi ? Comment avait-il pu laisser son désir prendre le dessus sur sa raison ? Carlisle s'en voulait. C'est pour cela que malgré son envie de retourner au chevet de son valet, il poursuivit sa chasse, vidant cerfs, biches et tout animal croisant sa route. Il cessa sa folle course quand il ne sentit plus sa gorge brûler. Il se pencha au-dessus d'un petit court d'eau pour se laver les mains et passer un peu d'eau sur son visage, il sourit en voyant que ses yeux avaient retrouvé une belle couleur ambrée. Il se redressa et ne fut pas surpris de voir qu'Eléazar l'observait accoudé contre un arbre.

« -Tu es enfin repus, constata son ami, je ne pensais pas te voir un jour de sustenter autant. Edward a vraiment mis à mal toutes tes résistances.

Carlisle se releva lentement, il ne répondit pas et ne chercha pas à nier, son ami ne l'aurait pas cru. Des images défilèrent dans son esprit et il aurait pu rougir s'il avait été humain, comment avait-il pu offrir son corps nu au regard du jeune homme alors que ce dernier était manifestement mal à l'aise ? Il avait passé des heures à le regarder et avant que Carmen ne vienne le sortir de force de la chambre, il avait effleuré ses lèvres, qui sait jusqu'où il serait allé si son amie n'était pas intervenue ? Comment avait-il pu profiter ainsi du jeune homme?

-Calme-toi, souffla Eléazar en posant une main sur son épaule, tu n'as rien fait d'irréparable alors cesse de t'en vouloir. Edward va s'en remettre et je te promets que les Newton ne sont pas prêts à revenir à Stafford Manor. Donc, rentrons.

-Je ne sais pas, hésita Carlisle, je crois qu'il vaudrait mieux que je rentre chez moi.

-Pourquoi ?

-Je… Je ne pense pas être capable de me retenir, Edward a une trop forte emprise sur moi. Il vaut mieux que je parte avant que mon obsession ne tourne au drame.

-Carmen et moi avons effectivement remarqué ton inclination, avoua Eléazar, mais es-tu sûr que la fuite est la bonne solution ?

-Que veux-tu dire ? Questionna Carlisle perdu.

-Bien que nous ressemblions aux êtres humains, nous n'en sommes plus. La part animale qui sommeille en nous et que nous domptons s'éveille parfois au contact de certains mortels. Si tu t'éloignes de lui, je ne pense pas que tu parviennes à l'oublier, ton penchant va se transformer en obsession et tu n'auras pas de repos avant de l'avoir retrouver et là les choses pourraient effectivement mal se passer.

-Qu'essayes-tu de me dire ? Que je dois me laisser aller en priant pour ne pas le tuer ?

-Oui, admit Eléazar, notre espèce est ainsi, une fois que nous avons obtenu ce que nous désirons, le jeu n'a plus lieu, nous nous en lassons car la chasse est terminée. C'est le prédateur qui est en toi que le jeune Edward a éveillé.

-Non, je… Je ne peux me résoudre à lui faire du mal. Non, je ne peux pas et puis de toute manière qui te dits qu'il le veut ? Jamais, je ne pourrais m'imposer à lui !

-Tu le feras s'il ne cède pas.

Un violent grognement franchit le seuil de ses lèvres, Carlisle fit un effort surhumain pour ne pas bondir sur son ami pour lui faire ravaler ses propos.

-Calme-toi, j'ai dit que tu ferais cela s'il ne cédait pas, cependant, tu ne serais pas le premier des nôtres à utiliser son charme pour obtenir ce qu'il souhaite d'un humain.

-Je m'y refuse, déclara Carlisle d'un ton buté. Je peux résister, d'ailleurs, tu le fais bien, ne m'as-tu point dit que son odeur t'attirait ?

-C'est exact, reconnut le Comte, Edward est un jeune homme trop attirant pour son propre bien, son sang semble être une invite à la dégustation. Néanmoins, pour Carmen ou moi, nous pouvons résister à l'appel de son être ce qui ne semble pas être ton cas. J'ai fait quelques recherches cette nuit et je me demande s'il n'est pas ton Tua Cantante.

-Mon chanteur ?

-Oui, son sang chante pour toi, il t'enivre. J'ai lu que peu de vampires avaient la chance de croiser leur Cantante, mais si tu veux mon avis, c'est aussi une malédiction.

-Pourquoi dis-tu cela ? Interrogea le Duc avec curiosité.

Eléazar soupira avant de s'arrêter pour lui faire face et planter son regard ambré dans le sien.

-Si Edward est bien ton Cantante et je dis bien si, alors, tu ne trouveras pas de répit tant que tu n'auras pas bu son sang.

-Je ne le tuerai pas ! Je ne boirai pas son sang !

-Nous n'en sommes pas là, tenta de le rassurer le Comte, voyons déjà s'il s'agit de ton Cantante ou d'une simple attirance ?

-Et comment faire ? Questionna Carlisle d'une voix lasse.

-Faut-il que je te fasse un dessin ? Railla Eléazar.

-Non, c'est trop risqué, je risquerai de…Non !

-Il y a aussi une autre solution, tu pourrais répondre à cette attraction, goûter son sang et…

-Je ne pourrais jamais m'arrêter, murmura-t-il avant de se taire en réalisant qu'il envisageait cette éventualité.

-Il suffit que tu t'arrêtes avant de le vider et il ne sera ainsi pas tout à fait mort, ton venin pansera ses plaies, il deviendra l'un des nôtres.

-Le… Le transformer ? Non ! Je ne veux ni lui prendre son innocence, ni le faire entrer dans notre monde de noirceur. Non, il est temps que je parte, déclara fermement Carlisle alors qu'ils arrivaient devant Stafford Manor.

-Bien, céda le Comte, je vais demander à Albert de faire préparer tes affaires ainsi que ta calèche. J'imagine que tu préfères rester dehors ?

-Oui.

Eléazar l'observa avec tristesse et inquiétude avant d'esquisser un léger sourire en voyant son comportement. Carlisle serrait les poings tout en s'obligeant à rester sur les marches du perron, pourtant, son regard ne cessait de fixer les fenêtres de ses appartements. Le Duc fit son possible pour ne pas contredire son ami lorsqu'il informa Albert du départ précipité du Lord. Le Majordome hocha la tête avant d'aller réquisitionner d'autres serviteurs pour faire au plus vite ses bagages.

-Que faites-vous ? Pourquoi n'entrez-vous donc pas ? Questionna Carmen surprise de les trouver là.

-Figurez-vous, ma chère, que Sa Grâce souhaite nous quitter, annonça Eléazar alors que deux valets portaient l'une de ses malles vers son fiacre.

-Pourquoi donc ? Ne vous plaisez-vous donc pas parmi nous ?

-Bien sûr que si, Madame, mais je pense que pour la tranquillité de chacun, il vaut mieux que je parte.

-Enfin, il dit ça, mais il n'est toujours pas parti, souffla Eléazar dans un murmure alors qu'il observait pour la énième fois les fenêtres de ses appartements.

-Je vais y aller… Je… Je devrais peut-être aller voir comment il va avant de partir ? Murmura soudain Carlisle. Après tout, c'est mon patient.

-Oui, ton patient, ricana le Comte peu dupe face à son excuse.

Carlisle le fusilla du regard avant de monter les dernières marches du perron menant à l'intérieur de Stafford Manor. Il allait emprunter le grand escalier conduisant à l'étage quand Carmen l'arrêta.

-Il est parti.

Le Lord se figea. Les trois mots de la Comtesse parvinrent à son esprit, si son cœur avait battu, il aurait manqué un battement.

-Parti ? Murmura-t-il.

-Oui, Edward a préféré rentrer chez lui, confia-t-elle.

-Mais pourquoi ?

-Je ne sais pas, il paraissait effrayé et pas seulement à cause des Newton.

-C'est ma faute, murmura Carlisle en repensant à son comportement plus que déplacé. Depuis combien de temps est-il parti ?

-Carlisle, je ne suis pas sûre qu'il souhaite que tu te lances à sa poursuite, remarqua Carmen.

-Il est malade, il a pris plusieurs coups et je suis sûr qu'il est à pied, comment as-tu pu le laisser partir ? Il n'est pas en état de voyager !

-Je suis désolée, avoua la Comtesse, mais je ne pouvais pas le retenir contre son gré.

-Quelle direction a-t-il pris ? La pressa-t-il.

Un grognement de mécontentement secoua son torse quand il vit Carmen baisser la tête, aussitôt, Eléazar se plaça devant son épouse et le fusilla du regard.

-Si tu veux ne pas en découdre avec moi, je te conseillerais de ne pas grogner sur mon épouse !

-Désolé, souffla Carlisle en se redressant, mais il faut que je le retrouve.

-Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, admit Eléazar, que feras-tu si tu le retrouves ?

-Je ne sais pas, marmonna le Duc.

-Carlisle, il a peur de toi, il ignore sûrement ce que nous sommes, mais il semble plus observateur que les autres humains, il sait que nous sommes différents, confia Carmen.

-Raison de plus pour que je le retrouve, si jamais il en parle à quelqu'un je ne donne pas cher de sa tête avec les mesures que son Altesse Royale Victoria va faire passer pour éviter les rumeurs à notre propos.

-Rien de ce que nous dirons ne te fera changer d'avis ? Comprit Eléazar.

-Nous ferions peut-être mieux de t'accompagner, proposa Carmen.

-Non, ça ira.

-Milord, vos affaires et votre calèche sont prêts, annonça Albert.

-Merci.

-Carlisle, fais attention, tu joues avec le feu, le prévint Eléazar, bon nombre d'immortels ont tué le mortel qui leur était destiné parce qu'ils n'ont pas su se contrôler.

-Je ne lui ferai pas de mal. »

Tout en se répétant cette phrase, il salua ses amis et monta dans son fiacre qui venait d'être avancé. Le cocher lui demanda où ils allaient, Carlisle se tourna vers Carmen qui secoua doucement la tête. Il sut à cet instant que la Comtesse savait quelle direction avait pris Edward, mais qu'elle ne souhaitait pas le lui dire. Réprimant un accès de rage, il demanda à être conduit à Londres. Les chevaux ne tardèrent pas à avancer sur la route menant vers la capitale. Carlisle aurait sûrement déjà retrouvé le jeune homme s'il avait été à pied, sa vitesse inhumaine lui aurait permis d'explorer plusieurs routes en un temps record. Cependant, il faisait encore jour et quelqu'un aurait pu remarquer sa course qui n'avait rien d'humaine et puis, il ne tenait pas à effrayer Edward plus qu'il ne devait déjà l'être. Le vampire se crispa quand il remarqua que le ciel s'était soudain obscurci, des rafales de vent de plus en plus violentes venaient percuter la calèche, un orage se préparait. Il tapa contre le toit du fiacre, ordonnant ainsi à Sirius, son cocher d'accélérer. Il se réinstalla sur la banquette, ses yeux fouillant les alentours de la route à la recherche du jeune homme.

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Edward resserra l'étreinte de ses bras autour de son corps tremblant. Le vent s'était brutalement levé et lui faisait courber l'échine. Ses yeux humides se posèrent sur le ciel soudain obscurci, il n'allait pas tarder à pleuvoir. Le jeune homme observa les alentours, peut-être que s'il s'enfonçait dans la forêt il pourrait trouver un abri ? Cependant, s'il restait sur la route, il trouverait probablement une auberge ou une ferme, les propriétaires l'autoriseraient peut-être à dormir dans leur grange en échange de quelques services ? Le jeune homme stoppa ses pas à cause d'une violente quinte de toux. Dès qu'il fut capable de se remettre à marcher, il le fit. Ses yeux étaient de plus en plus brûlants, sa fièvre devait sûrement être revenue. Tout à coup, un coup de tonnerre déchira le silence qui l'entourait, il frémit quand un éclair lacéra le ciel. Il devait se dépêcher de trouver un refuge avant que la pluie ne tombe, il accéléra le pas. Trop rapidement, il sentit une goutte, puis une seconde, une troisième s'abattre sur son visage. Le jeune homme toussa tout en observant les alentours à la recherche d'un abri, mais il n'y avait rien d'autre que la forêt obscure et peu accueillante. Alors qu'il se morigénait en se disant que les branches le protègeraient un peu de la pluie, son corps se raidit l'empêchant de rejoindre la forêt. Un frisson parcourut son échine, son esprit lui disait de pénétrer dans les bois, mais une partie de ce dernier l'obligeait à rester sur la route. La peur étreignit son être quand il entendit le galop de chevaux. Il se poussa en bord de route quand une calèche lancée à vive allure déboula. Cette dernière le dépassa et il se détendit avant de voir le véhicule stopper à quelques pas. Sa respiration se bloqua dans sa poitrine quand il vit une haute stature sortir du fiacre et se diriger vers lui.

«-Edward !

Etait-ce du soulagement qu'il percevait dans sa voix, oui, sans aucun doute. Lord Gloucester tendit une main vers son visage, aussitôt, il recula d'un pas.

-Tout va bien, le rassura le Duc d'une voix douce, je ne te veux aucun mal. Viens te mettre à l'abri dans le fiacre.

-Non, je…

-Où comptes-tu aller ? Le coupa le Lord. L'orage gronde et la pluie ne va pas tarder à tomber durement, viens, je t'en prie.

Edward hésitait toujours. Il sursauta lorsqu'un coup de tonnerre résonna violemment à ses oreilles. Le Duc profita de son sursaut pour s'emparer de son bagage, son bras enlaça sa taille alors qu'il le poussait déjà vers la calèche. En quelques secondes, il se retrouva face à la portière ouverte.

-Monte, je t'en prie, demanda la voix suppliante du Duc, tu ne risques rien, je t'en fais le serment.

Le jeune homme finit par se laisser convaincre. Il réunit ses forces pour essayer de grimper dans la calèche dont le marchepied n'avait pas été abaissé, mais il fut retenu par le bras du Lord qui enserrait toujours fermement sa taille. Il vit ce dernier donner son bagage au cocher qui le rangea sur le toit du véhicule, les mains du Duc enserrèrent ensuite sa taille pour le hisser à l'intérieur. Une fois à l'abri, il s'assit derrière le cocher, laissant l'autre banquette, qui était la place du Maître, au Lord. Celui-ci le rejoignit et sans qu'il ne puisse l'en empêcher, il l'installa sur la banquette qui lui faisait face. Profitant de sa torpeur, le Duc retira son manteau pour le draper sur ses épaules. Lord Cullen donna ensuite un coup sur le toit pour inviter le cocher à reprendre la route. Le Duc prit place à ses côtés, il se tassa contre la paroi du véhicule, mais le Lord s'approcha tout de même pour poser sa paume froide contre son front.

-Comment te sens-tu ? Ta fièvre est revenue, constata le Duc, tu n'aurais jamais dû partir alors que tu étais malade. Ne m'as-tu pas donc entendu lorsque le médecin que je suis t'a ordonné le repos ?

-Si, Milord, pardon, murmura Edward un peu honteux, je suis navré de vous avoir inquiété.

-Ce n'est rien, dit le Duc en balayant ses paroles d'un geste de la main. Il y a une auberge à quelques miles, nous y passerons la nuit, tu pourras t'y reposer.

-Je vous remercie pour votre prévenance, Milord, mais je ne souhaite pas vous importuner par ma présence et…

-Chut, coupa le Duc, tu ne m'importunes point. Repose-toi jusqu'à notre arrivée.

-Mais…

-Silence, Edward ! Oserais-tu contester mes paroles ? !

-Non, Milord.

Edward se renfrogna dans son coin, n'osant ajouter quoi que ce soit. Le jeune homme ferma les yeux tout en se demandant comment échapper à son bienfaiteur. Certes, le Duc était quelqu'un de profondément gentil et prévenant, mais combien de temps cela durerait-il ? Il devait trouver un moyen de lui échapper. Malheureusement, la calèche ne tarda pas à ralentir et il n'avait toujours pas trouvé d'échappatoire. Le cocher sauta du fiacre et vint ouvrir la portière ainsi qu'abaisser le marchepied. Le Duc descendit avant de lui offrir sa main pour l'aider à descendre. Edward retira rapidement sa main de celle si pâle du Lord, ce dernier l'observa et il put voir qu'il l'avait blessé, Edward s'en voulut. Le cocher ouvrit la porte de l'auberge avant d'aller chercher leurs bagages. Le Duc entra et il le suivit.

-Monseigneur ! S'écria l'aubergiste en venant s'incliner devant le Duc de Gloucester. Quel honneur de recevoir un homme de votre rang dans mon humble établissement !

-Auriez-vous une chambre pour la nuit ? Interrogea le Duc. Je ne souhaite pas poursuivre mon voyage par ce temps.

-Tout à fait, Monseigneur, je vais faire préparer la meilleure de mes chambres. Dois-je préparer une chambre pour vos serviteurs ?

A la vue du sourire de l'aubergiste, Edward était certain que ce dernier était en train de calculer la somme qu'il pourrait soutirer à son riche client.

-Sirius n'aime guère laisser mes chevaux, je pense donc qu'il passera la nuit à l'écurie.

-Et votre valet ? Interrogea l'aubergiste en l'observant.

-Je dormirai aussi à l'écurie si vous m'y autorisez, répondit Edward, je ne suis pas le valet de Lord Gloucester, je pourrai effectuer quelques travaux pour vous en échange de…

-Il suffit Edward, j'ai besoin d'un valet et d'après ce que je vois, dit le Duc en observant l'auberge, vous êtes le seul capable de vous occuper de moi !

Edward baissa la tête en entendant le ton hautain du Lord. Ce dernier posa discrètement sa main dans le bas de son dos pour le pousser vers les escaliers où l'aubergiste les attendait, il ne put rien faire d'autre que de s'avancer. Ils atteignirent rapidement l'étage, ils marchèrent jusqu'au fond d'un couloir où l'aubergiste ouvrit une porte avant de s'empresser d'aller allumer les bougies.

-Voilà, j'espère que cela conviendra à Monseigneur ? Interrogea l'aubergiste en faisant une courbette.

-Cela sera parfait si vous allumez un feu dans cette cheminée, il fait bien trop froid ici !

L'aubergiste se dépêcha de poser le bougeoir qu'il tenait sur le manteau de la cheminée avant de s'activer sur cette dernière où un bon feu ne tarda pas à réchauffer l'atmosphère.

-Monseigneur souhaite dîner ?

-Oui. Qu'avez-vous ?

-Mon épouse est fine cuisinière, Monseigneur, son ragoût est délicieux et sa tarte aux pommes est réputée dans la région !

-Parfait. Montez-nous cela avec un peu de vin et surtout un bouillon de légumes. Veillez aussi que mon cocher soit bien installé, ordonna le Duc en donnant quelques pièces d'or à l'homme pour s'assurer d'être obéi.

Les yeux de l'aubergiste s'illuminèrent à la vue des pièces et tout en se répandant en courbettes, il quitta la chambre.

-Mets-toi au lit.

-Milord, je vous remercie pour toutes vos attentions, mais je ne peux…

-Edward, te semble-t-il convenable de discuter mon ordre ?

-Je ne suis pas à votre service Milord, le défia-t-il en relevant la tête pour planter ses émeraudes dans ses pupilles ambrées.

Un fin sourire se dessina sur le visage du Duc face à sa rebuffade. Le Lord s'approcha du feu qu'il tisonna avant de murmurer sans le regarder.

-Mets-toi au lit tout seul ou dois-je t'y mettre ? Questionna-t-il en se retournant.

Edward déglutit. Il était certain que le Duc n'hésiterait en aucune manière à le mettre au lit. D'un pas hésitant, il se dirigea vers son bagage qu'il ouvrit pour prendre ses vêtements de nuit. Une fois ces derniers en main, il hésita, sentant toujours les yeux du Lord peser sur lui. Il chercha un endroit où se changer qui le déroberait au regard du Duc, mais il ne trouva rien. Le jeune homme reposa alors ses vêtements sur son bagage, il décida de n'ôter que sa veste et ses chaussures.

-Déshabille-toi ! Ordonna le Duc d'une voix rauque qui le fit frissonner.

-Milord, supplia-t-il dans un gémissement.

Sa supplique sembla faire reprendre ses esprits au Lord qui se racla la gorge avant de se retourner.

-Change-toi, je ne regarde pas.

Edward observa pendant quelques secondes le dos du Duc avant de se décider à se changer. Voyant que le Lord tenait parole, il se hâta de se débarrasser de ses vêtements pour passer son pyjama. Une fois dans celui-ci, il hésita à se glisser dans le lit.

-Rentre dans ce lit, l'invita le Lord en se retournant et en repoussant le couvre-lit.

Edward n'eut d'autre choix que de se coucher. Le Duc s'approcha et il s'enfonça sous les couvertures, ses orbes émeraudes surveillant le moindre de ses gestes.

-Tout va bien, répéta le Lord en posant la paume de sa main contre son front. Tu as de la fièvre, je vais te donner un médicament qui la fera baisser.

Le Duc se releva et prit un verre sur une commode où il versa un peu de poudre blanche qu'il avait pris dans sa mallette, il rajouta de l'eau avant de remuer le tout et de lui tendre le verre. Edward avala son contenu.

-Merci, Milord, dit-il en reposant le verre sur le chevet.

-Repose-toi.

Edward hocha la tête, il avait toujours l'impression que ses yeux étaient en feu, il ferma ses paupières, apaisant ainsi le brasier qui couvait dans ses prunelles. Le jeune homme essaya de se détendre et d'ignorer le regard du Duc qui pesait sur lui. Le plancher grinça quand le Lord s'approcha du lit et donc de lui. Sa respiration se bloqua dans sa poitrine quand il sentit une main frôler son visage. Il sursauta en entendant quelques coups frappés à la porte, éloignant aussitôt le Duc de lui.

-Voilà votre dîner, Monseigneur, je…

L'aubergiste se tut et son regard passa du Lord à lui. Le regard soudain lubrique de l'aubergiste le fit tressaillir et il ferma les yeux pour s'y soustraire.

-Posez ça et sortez ! Claqua la voix sèche du Duc.

-Oui, bien sûr, Monseigneur !

Il entendit les gestes empressés de l'aubergiste qui sortit précipitamment de la chambre. Sans qu'il ne le voie, il sut que l'homme avait été effrayé par le Duc.

-Allez, sors de sous cette couverture, lui demanda le Lord d'une voix douce, je suis sûr que ce bouillon te fera le plus grand bien.

Le jeune homme repoussa la couverture avant de s'asseoir dans le lit. Le Duc lui tendit la gamelle de soupe. Il prit une cuillerée et le bouillon chaud coula le long de sa gorge, soulageant l'irritation de cette dernière. Du coin de l'œil, il vit le Lord prendre place dans un fauteuil près de la cheminée et ouvrir un livre. Tout en terminant son repas, il surveilla son bienfaiteur, il n'eut aucun mal à remarquer que ce dernier avait dû mal à se concentrer sur sa lecture, il était clair que le Duc faisait son possible pour ne pas l'épier. Alors qu'il avait terminé sa dernière cuillerée de bouillon, le Lord quitta son fauteuil pour le débarrasser de l'assiette.

-Veux-tu un peu de ragoût ? Questionna le Duc en soulevant la cloche d'une assiette. Il n'a pas l'air trop mauvais.

-Non, je vous remercie, Milord, je n'ai plus faim.

-La tarte aux pommes semble succulente, remarqua le Lord en lui apportant l'assiette.

-Pardonnez-moi, mais je n'ai plus faim, répéta Edward en refusant l'assiette.

-Quelques bouchées et je te laisse tranquille, assura le Lord.

Le jeune homme soupira avant de saisir l'assiette, un sourire espiègle se dessina sur son visage que le Duc s'empressa de remarquer.

-Qu'y a-t-il ? Questionna ce dernier.

-Je ne pourrais pas avaler cette délicieuse part de tarte, alors que, Milord n'a encore rien mangé.

Alors que ses mots venaient de franchir le seuil de ses lèvres, il réalisa que ses propos pouvaient être une offense envers le Lord. Il baissa brusquement la tête et s'apprêtait à s'excuser, mais le Duc le devança.

-Tu as raison, approuva Lord Cullen en prenant une assiette de ragoût.

Le Duc reprit sa place dans le fauteuil près de la cheminée et commença à manger. Edward l'observa quelques secondes avant de faire de même, le Lord faisait son possible pour sauvegarder les apparences. Il avait avalé la moitié de sa tarte qui était effectivement très bonne quand il vit son bienfaiteur se lever pour verser du vin dans deux verres, il lui en apporta un.

-Non, merci, Milord, refusa-t-il poliment.

-Tu n'as pas soif ? S'étonna le Lord.

-Si, avoua Edward en rougissant, mais je ne bois pas de vin.

-Quelques gorgées ne te feront pas de mal, assura son bienfaiteur en lui collant le verre dans les mains.

Edward acquiesça avant de contempler le breuvage rouge sang, cette pensée le fit frémir et il posa le verre sur le chevet. Il mâchouilla un nouveau morceau de tarte et ce dernier glissa difficilement le long de sa gorge sèche. Ne pouvant rien avaler de plus, il chercha du regard la carafe d'eau que le Duc avait utilisé pour préparer le médicament. Il repoussa les couvertures pour aller se servir, mais le Lord fut rapidement près de lui pour le forcer à se recoucher.

-Que veux-tu ?

-Juste un peu d'eau, Milord.

-Tu ne veux pas goûter le vin ? Je ne m'attendais pas à trouver un vin aussi bon dans une telle gargote.

-Non, Milord, murmura le jeune homme.

Edward déglutit péniblement en voyant le regard soudain obscurci du Lord. Il se tassa dans le lit quand il le vit s'asseoir sur le rebord du lit. Le jeune homme s'enfonça dans son oreiller quand il le vit se pencher vers lui. Son cœur se mit à battre violemment dans sa poitrine quand le Duc approcha son visage du sien. Un doigt vint caresser ses lèvres et il réprima un hoquet de peur mêlé d'autre chose qu'il ne souhaitait pas identifier pour l'instant.

-Goûte.

Le jeune homme ferma les yeux, ses lèvres s'entrouvrirent et le Lord fit glisser quelques gouttes de vin dans sa bouche. Edward déglutit. Le goût fruité et un brin amer de la boisson ne le dérangea pas trop. Ne voyant aucune grimace sur son visage, le Duc lui fit prendre une nouvelle gorgée. Il avala la boisson qui ne tarda pas à réchauffer son être, il put même sentir ses joues prendre une belle couleur rosée.

-Délicieux, susurra le Lord en le dévorant du regard.

Edward se raidit quand il vit le Duc récolter une goutte de vin à la commissure de ses lèvres pour la porter à sa bouche. La langue du Lord vint lécher le bout de son doigt sans qu'il ne le quitte du regard.

-Vraiment délicieux, assura le Duc en ne le quittant pas des yeux.

Le jeune homme put sentir le regard ambré quitter ses lèvres pour descendre le long de son cou. Lentement, le Lord se pencha pour rapprocher sa bouche de sa peau, elles se touchaient presque et il était certain que les lèvres du Lord se poseraient droit sur sa carotide.

-Milord, balbutia Edward d'une voix où transparaissait sa peur.

Il soupira de soulagement quand il vit le Lord se redresser rapidement pour se réfugier à l'autre bout de la pièce. Le Duc posa ses deux bras tendus contre le manteau de la cheminée, sa tête disparut entre ses épaules voutées et il le vit prendre plusieurs profondes inspirations. Edward repoussa doucement les couvertures et tout en contrôlant les tremblements de son corps, il sortit du lit. A peine avait-il posé un pied par terre que le Lord se tourna vers lui.

-Où comptes-tu aller ? Gronda le Duc.

Edward se figea, il serra les poings pour tenter de contrôler sa peur.

-Je… Je vais aller dormir à… à l'écurie. Je… Je ne veux pas vous importuner davantage.

-Tu ne m'importunes pas, recouche-toi.

-Milord…

-J'ai dit : recouche-toi !

Edward se dépêcha de se rallonger dans le lit effrayé par son ton sec et autoritaire. En quelques enjambées, le Duc fut à ses côtés et le borda avec des gestes brusques. Le jeune homme ferma les yeux pour que le Lord ne voie pas ses larmes. Ses poings agrippèrent les draps alors que les doigts du Duc caressaient sa joue.

-Je… Je ne te ferais pas de mal, répéta le Lord, non, je ne pourrais pas t'en faire. Dors, Edward, s'il-te-plaît, dors. »

Le jeune homme fit son possible pour se détendre malgré la proximité du Duc. Il inspira, mais sa respiration se bloqua dans son torse quand il sentit les doigts du Lord jouer avec ses cheveux. Une larme roula sur sa joue alors qu'il essayait de tourner le dos au Duc. Celui-ci récolta sa larme avant de quitter le lit. Edward rabattit les couvertures sur lui, se dissimulant ainsi autant qu'il le pouvait à la vue du Lord. Le plancher craqua, lui indiquant qu'il s'éloignait de lui. Le tonnerre résonna à l'extérieur le faisant se tasser un peu plus dans son lit. Il ferma les yeux et se recroquevilla sur lui-même quand un éclair déchira l'obscurité de la chambre. Il réprima un sanglot, souhaitant être n'importe où ailleurs que dans cette chambre. Une douce mélodie s'éleva soudain, le Duc de Gloucester fredonnait une berceuse. Peu à peu, il oublia tout ce qui n'était pas la musique. Le jeune homme se détendit et pria pour que Morphée le prenne dans ses bras.

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Carlisle s'autorisa à se détendre quand il entendit la respiration régulière du jeune homme, il s'était enfin endormi. Il cessa de fredonner pour se laisser à son tour bercer par les battements du cœur du jeune homme ainsi que sa respiration. Au dehors, l'orage s'était apaisé, la nature s'était calmée ce qui était loin d'être son cas. Le Duc passa une main lasse sur son visage, qu'avait-il fait ? Les paroles d'Eléazar ne cessaient de le hanter et il priait pour que son ami se trompe, il priait pour que cela soit une simple attraction et que le jeune homme ne soit pas son Tua Cantante. Une simple attraction, même animale, pouvait se contrôler, non ? Ses doigts se crispèrent sur les accoudoirs de son fauteuil alors qu'il repensait à son comportement plus que déplacé. Il avait failli se jeter sur le jeune homme ! S'il n'avait pas entendu sa voix transie de peur, il aurait embrassé sa peau qui semblait si douce juste là où il pouvait voir sa carotide pulser, juste là où il aurait pu goûter à son sang qui l'appelait tant. Carlisle soupira. Il devait sortir, il devait aller chasser. Oui, s'abreuver de sang animal l'aiderait à reprendre ses esprits. Cependant, il ne tarda pas à se rappeler qu'il s'était nourri le jour même. Logiquement, il n'aurait pas dû ressentir la soif, enfin, logiquement, car toute logique semblait disparaître quand il s'agissait d'Edward. Le vampire se leva et fit un pas en direction du lit. Non, il ne devait pas l'approcher, il devait s'éloigner. Le jeune homme bougea légèrement dans le lit et son odeur vint l'assaillir. Sortir, il devait sortir. Alors qu'il ne cessait de se répéter cette phrase, son corps le trahit en se rapprochant du lit. Son regard se posa sur les pieds qu'il devinait sous les couvertures pour remonter le long des jambes. Edward lui tournant le dos, ses yeux purent apprécier le fessier rebondi et il en était certain ferme qu'il avait pu déjà observer, il aurait aimé retirer les couvertures, mais il se retint. Son regard remonta ensuite le long du dos musclé que laissait deviner la fine chemise, puis, il termina par ses cheveux, ses cheveux qu'il aurait tant aimé empoigner en atteignant jouissance. Son corps réagit aussitôt aux pensées peu chastes qui l'étreignaient.

Sa raison lui hurla de sortir, d'aller courir dans les bois, d'aller s'abreuver d'un ou deux cerfs, mais au lieu de cela, il retira sa veste qui tomba lourdement sur le sol. Il se défit ensuite de ses chaussures avant de grimper sur le lit. Doucement, il s'allongea, moulant son corps à celui du jeune homme sans pour autant encore oser le toucher, le frôler. Sa main se leva doucement pour caresser le corps du jeune homme, mais le peu de conscience qui lui restait l'en empêcha lorsque soudain un petit gémissement échappa à Edward qui vint se coller contre lui. Carlisle ferma les yeux pour savourer le plaisir que leurs deux corps parfaitement emboîtés lui procuraient. Savoir qu'ils étaient ainsi compatibles le fit tressaillir de joie. Le vampire retint difficilement un grognement et surtout l'envie de plus en plus pressante de faire sien le corps blottit contre lui. C'est alors qu'il sentit, sans aucun autre stimulus que le corps près du sien, le désir naître entre ses reins. Doucement, sa tête s'inclina, ses lèvres touchèrent la peau du cou d'Edward pour y déposer un baiser. Le jeune homme gémit et il n'osa plus bouger. Le nez enfouit dans le creux de son cou, ses lèvres collées contre la douceur de sa peau, il laissa la nuit s'écouler.

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Edward s'éveilla lentement. Il se sentait bien, en sécurité. Il soupira de bien-être avant de se lover un peu plus entre les draps, de se blottir contre la chose douce qui l'étreignait. Ses paupières papillonnèrent alors qu'il essayait de se rappeler où il était. Il se souvint alors de son départ précipité de Stafford Manor, de l'orage et du Duc de Gloucester qui l'avait fait monter dans sa voiture avant de l'emmener dans une auberge. A ce dernier souvenir, ses yeux s'ouvrirent brutalement, toute trace de sommeil l'avait déserté et il voulut sortir du lit. Malheureusement, il ne put faire un seul geste, un bras enserrait fermement sa taille. C'est alors qu'il réalisa que ce n'était pas le mur qu'il sentait dans son dos, mais lui… Le jeune homme tressaillit quand il sentit quelque chose de froid et de doux contre la peau de son cou. La panique l'envahit brièvement. Que devait-il faire ? Parler ? Bouger ? Non, son corps de marbre le retenait prisonnier. Il ne pouvait rien faire à part attendre et prier pour s'en sortir. Les minutes passaient et son anxiété ne cessait de croître. Cette dernière s'amplifia quand il sentit les lèvres bouger lentement contre son cou, une langue frôla sa peau, dessinant doucement des arabesques. La main qui enserrait sa taille raffermit sa prise, l'attirant au plus près du corps blottit contre le sien. Le jeune homme ferma les yeux et une larme roula le long de sa joue quand des dents mordillèrent le creux de son cou. Un gémissement de peur franchit le seuil de ses lèvres pourtant serrées quand un bassin vint se coller contre ses fesses, lui apprenant par la même occasion ce que le Duc souhaitait.

« -Milord, murmura-t-il dans une supplique.

Le jeune homme n'obtint aucune réponse. L'emprise du Lord se raffermit sur son corps, les lèvres déposèrent des baisers dans le creux de son cou alors qu'il commençait lentement à se frotter contre lui. Edward déglutit péniblement.

-Milord, je vous en prie.

-Chut, souffla le Duc à son oreille, tout va bien.

-Non… Non, Milord, ça… ça ne va pas.

Les lèvres sur son cou se firent plus pressantes tout comme le bassin contre ses fesses. La pression de la bouche du Duc disparut soudain, il put sentir son souffle froid caresser son cou et son bras relâcher son étreinte autour de sa taille. Edward en profita aussitôt pour quitter le lit, mais à peine avait-il esquissé un geste pour s'enfuir qu'il se retrouva à nouveau bloqué contre le corps du Lord. Sans réfléchir aux conséquences de son geste, le jeune homme se débattit pour essayer de s'échapper. Un grognement sourd le figea soudain.

-Cesse de bouger ! Ordonna le Duc d'une voix sèche.

Edward obéit, sentant clairement la menace dans la voix du Lord. Ce dernier enfouit son visage dans ses cheveux et il put le sentir inspirer profondément avant de pousser un soupir de satisfaction. Un baiser fut déposé sur le sommet de sa tête avant qu'un feulement de rage ne résonne dans la chambre. Edward se rendit alors compte qu'il était seul dans le lit, un soupir de soulagement lui échappa. Le jeune homme prit une profonde inspiration, il ne se souvenait pas avoir retenu son souffle. Doucement, il s'assit dans le lit et parcourut la pièce du regard. Ses yeux s'arrêtèrent sur la silhouette du Lord qui lui tournait le dos, ses mains étaient appuyées contre le manteau de la cheminée et il pouvait voir son dos trembler. Sans qu'il ne réalise vraiment ce qu'il faisait, Edward sortit du lit et s'approcha lentement du Duc. Il avança une main tremblante vers l'épaule, n'osant pas le toucher.

-Mi… Milord ? Murmura-t-il. Vous allez bien ?

-Oui, lui répondit une voix rauque et tremblante. Je veux…

-Oui, Milord ?

-Je vais sortir. Prépare-toi, nous partons dans un quart d'heure.

-Milord, je peux me débrouiller. Je ne veux pas vous imposer ma présence plus longtemps.

-Non. Un quart d'heure ! »

A peine avait-il prononcé ces quelques mots que le Lord sortit précipitamment de la chambre. Edward sursauta quand la porte claqua. Que lui avait-il pris ? Pourquoi était-il allé vers lui après ce qui venait de se passer ? Qu'est-ce qui lui était passé par la tête ? Le jeune homme pinça l'arête de son nez, pourquoi se sentait-il aussi mal de voir le Duc dans un tel état ? Pourquoi se préoccupait-il autant de lui ? Le jeune homme sortit de sa torpeur quand on toqua à la porte de la chambre. D'un pas hésitant, il alla ouvrir. L'aubergiste le salua avant de déposer un plateau contenant du thé avec des tranches de pain, du beurre et de la confiture sur la petite table près de la cheminée. Edward le remercia et l'homme quitta la chambre. Le jeune homme prit quelques gorgées de thé avant d'aller enfiler des vêtements propres. Alors qu'il rangeait ses affaires, Edward fronça les sourcils en apercevant une bourse en cuir de couleur bordeaux. Il prit cette dernière en main et s'étonna de voir plusieurs pièces d'or. Son cœur se serra de gratitude et il se demanda quand la Comtesse avait glissé ses gages dans sa valise. Le jeune homme se promit de trouver un moyen pour la remercier. Une fois ses affaires rangées, il termina son thé tout en refusant de repenser à ce qu'il s'était passé quelques minutes plus tôt.

Edward prit ses affaires et descendit dans la salle de l'auberge où déjà quelques personnes étaient attablées devant un verre d'alcool dont les effluves lui firent froncer le nez. Il se rappela alors l'argent qu'il avait en sa possession, certes, il en avait besoin, mais jamais le Duc ne se serait retrouvé à devoir payer une chambre s'il n'avait pas été là. Il alla donc trouver l'aubergiste pour régler la chambre, mais celui-ci refusa son argent arguant que Sa Seigneurie avait déjà réglé. Edward acquiesça et sortit de l'auberge. Il aperçut non loin de l'écurie le cocher et la voiture de Lord Cullen, mais aucune trace de ce dernier. Lentement, il s'approcha de Sirius qui était en train de flatter les chevaux.

« -Bonjour, lança-t-il en souriant à l'homme.

-B'jour, marmonna le cocher en lui lançant un regard noir.

Edward mordilla sa lèvre inférieure mal à l'aise face au regard de Sirius. Le jeune homme posa son bagage sur le sol avant de fixer ses pieds tout en se demandant quoi faire pour détendre l'atmosphère et aussi ce que le cocher pouvait lui reprocher. Le jeune homme inspira profondément avant de se lancer, après tout, l'honnêteté payait toujours.

-Je suis navré si ma présence vous importune, mais…

-Importune ? Sa Grâce est quelqu'un d'exceptionnel, je n'ai jamais vu une personne aussi charitable et bonne. Cependant, je ne l'ai jamais vu dans un tel état, je pense que tu devrais partir tant qu'il en est encore temps !

Edward acquiesça aux propos du cocher. Lui aussi, il ne comprenait pas pourquoi il était encore là alors qu'il avait eu la peur de sa vie à peine une demi-heure plus tôt. Il tressaillit encore en repensant à la peur qui avait traversé son corps quand il avait senti ses dents contre son cou, son désir dans le creux de ses reins. Alors, pourquoi était-il toujours là ? Pourquoi n'avait-il pas pris la fuite ? Sûrement parce que même s'il avait dû mal à l'admettre, une partie de lui avait apprécié de se sentir désiré par le Duc. Peut-être même aurait-il pu accéder aux désirs du Lord si celui-ci n'avait pas agi de cette manière ? Après tout, au tout début avant que la crainte ne le submerge, il avait ressenti un étrange feu, encore inconnu, couver dans son corps. Edward ne savait pas vraiment ce que le Duc attendait de lui, était-ce simplement pour assouvir une pulsion qu'il s'accrochait autant à lui ? Cette idée lui déplut au plus haut point. Alors qu'il se demandait s'il ne devrait pas suivre les conseils de Sirius, un bras enlaça fermement sa taille, lui interdisant toute fuite.

-Allons-y, dit tout simplement le Lord en l'entraînant vers sa voiture.

-Et où allons-nous, Milord ? Questionna le cocher en leur ouvrant la porte.

-Edward, où habites-tu ? L'interrogea le Duc.

-Thotil Street, murmura Edward en baissant la tête.

-Thotil Street ? Répéta le Lord surpris.

-A Whitechapel? S'étonna Sirius.

-Je… Non, je… J'habite près de Big Ben…Une petite rue… Je peux y aller à pieds, je ne veux pas vous déranger, Milord.

-Tu ne me déranges pas et cela ne m'ennuie pas de te laisser à Thotil Street.

-Big Ben, ce sera très bien, assura le jeune homme.

-Alors, en route pour Big Ben, ordonna Sa Grâce au cocher.

Une fois à l'intérieur de l'étroit habitacle, il voulut s'asseoir dos au cocher, mais le Lord attrapa son bras pour l'installer sur la banquette opposée. Le Duc prit place en face de lui. Edward fut soulagé de constater que les yeux de son vis-à-vis aient retrouvé une belle couleur ambrée. Le jeune homme se perdit dans la contemplation du paysage, n'osant soutenir le regard du Lord. Ils avaient parcouru plusieurs lieues quand le Duc brisa le silence qui régnait entre eux.

-Je te prie de m'excuser, dit le Lord, mon comportement est inqualifiable et des plus irrespectueux envers toi. J'espère que tu trouveras la force de me pardonner.

-C'est oublié, Milord, chuchota Edward.

-Je suis vraiment désolé, répéta le Duc. »

Le jeune homme hocha lentement la tête ne sachant quoi dire. Il fut soulagé de voir le Lord esquisser un pâle sourire avant de se plonger dans la contemplation du paysage. Edward ferma les yeux souhaitant que le calme dans lequel était plongé l'habitacle se prolonge. Son corps se raidit légèrement quand il sentit le Duc prendre place sur la banquette à ses côtés, leurs doigts posés sur cette dernière se frôlaient sans pour autant oser se toucher. Edward ne chercha pas à éloigner son doigt quand le petit doigt du Lord s'enroula autour du sien.

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A peine était-il sorti de la chambre que Carlisle dévala rapidement les escaliers avant de s'élancer dans la forêt entourant l'auberge. Après avoir vidé deux cerfs de leur sang, il sentit le monstre s'apaiser quelque peu et il reprit le chemin de l'auberge. Ses pensées ne tardèrent pas à le ramener au jeune homme qu'il avait abandonné dans la chambre. S'il avait été humain, ses joues se seraient empourprées au souvenir de son comportement. Comment avait-il pu ainsi se laisser aller ? Il passa une main nerveuse dans ses cheveux en se souvenant qu'il s'était frotté à lui. Comment allait-il pouvoir le regarder en face après ça ? Soudain, il paniqua. S'il avait été à la place du jeune homme, il aurait déjà fui, il aurait mis le plus de distance possible entre eux. Le monstre en lui rugit face à cette idée alors que sa part humaine se réjouissait qu'il se soit éloigné. Sans qu'il ne s'en rende compte, ses pas devinrent plus rapide jusqu'à ce qu'il se mette à courir. Arrivé à proximité de l'auberge, un intense soulagement l'envahit quand il vit Edward en compagnie de Sirius. Avant que le jeune homme n'ait l'idée de s'enfuir, il passa un bras possessif autour de sa taille avant de l'entraîner vers la calèche. En se détournant, il eut le temps de croiser les yeux réprobateurs de Sirius, il fusilla le cocher du regard qui baissa la tête avant d'hausser les épaules et de grimper sur la calèche. Il monta à son tour dans le véhicule et remarqua qu'Edward s'était installé dos au cocher, il ne supporta de le voir à cette place, il méritait ce qu'il y avait de mieux. Le jeune homme fut surpris par son geste, mais ne broncha pas. Avant que tout son courage ne le déserte, Carlisle s'excusa pour son comportement. Edward accepta ses excuses, mais il ne savait si c'était parce qu'il était noble et lui un simple valet. Cependant, voyant son malaise, il n'insista pas et se perdit dans la contemplation du paysage. Seulement, au bout d'un moment, il ressentit le besoin d'être plus près de lui. Sans réfléchir, il quitta sa banquette pour s'installer à côté du jeune homme. Il observa sa main posée près de celle d'Edward, leurs petits doigts se frôlèrent et il enlaça celui du jeune homme avec le sien. Il fut heureux de voir que celui-ci ne le repoussait pas.

Carlisle ferma les yeux et savoura le simple fait de se trouver à ses côtés. Ce matin, il avait perdu son sang-froid, jamais il n'aurait dû quitter le fauteuil près de la cheminée, jamais, il n'aurait dû se glisser dans ce lit, mais la tentation avait été trop forte. Ses paupières closes se crispèrent alors qu'il tentait de refouler le violent désir qu'il avait ressenti à ce moment-là. Doucement, il soupira avant de bloquer sa respiration pour ne pas se laisser tenter. Alors qu'il faisait son possible pour rester maître de la situation, il repensa à la conversation qu'il avait eue avec Eléazar. Cette nuit, il avait été à deux doigts de succomber comme l'avait prédit son ami, mais heureusement, la peur qui transparaissait dans la voix du jeune homme l'avait empêché de commettre l'irréparable. Cependant, les propos du Comte ne cessaient de lui revenir en mémoire et si son attraction virait à l'obsession comme le craignait Eléazar ? Non, il ne pouvait pas le croire, Eléazar se trompait, il saurait résister, oui, du moment où il n'aurait plus son odeur, son corps près de lui, il retrouverait sa raison et tout rentrerait dans l'ordre. Fier de sa résolution, le Duc se permit de respirer un petit peu, après tout, il avait bien le droit de s'enivrer encore un peu de l'odeur du jeune homme puisqu'il n'allait plus le revoir ?

Cependant, trop rapidement à son goût, ils atteignirent les faubourgs de Londres. Carlisle se redressa pour s'asseoir convenablement, son petit doigt enlaçant toujours celui du jeune homme. Au fur et à mesure qu'ils s'enfonçaient dans la capitale, il sentit Edward se tendre. Pour le rassurer, il prit sa main dans la sienne et traça des petits cercles à l'intérieur de sa paume avec son pouce. La caresse eut l'effet escompté, le corps du jeune homme s'affaissa quelque peu et il put sentir ses muscles se relâcher. Sirius ne tarda pas à faire ralentir la calèche, il jeta un coup d'œil par la fenêtre et put voir Big Ben s'élever sur sa droite. Un sentiment de panique l'envahit quand il réalisa que l'heure de la séparation était arrivée, sans qu'il ne le veuille ses doigts se crispèrent autour de la main du jeune homme. Carlisle ne pouvait s'empêcher de fixer la haute tour qui se rapprochait de plus en plus, jamais il ne l'avait autant détesté. Un léger gémissement lui fit tourner la tête, le visage d'Edward était déformé par la souffrance. Il s'interrogea brièvement avant de lâcher précipitamment la main du jeune homme tout en se confondant en excuses.

« -Je suis désolé, vraiment désolé, montre-moi ta main.

Edward lui tendit cette dernière, délicatement, il fit bouger chacun des doigts et un soupir de soulagement lui échappa quand il vit qu'aucun os n'avait été cassé par sa poigne de fer. Il posa sa main à plat sur celle du jeune homme qui sembla apprécier sa fraîcheur. Tout à coup, la calèche se figea. Carlisle mordit violemment sa lèvre inférieure pour ne pas ordonner à Sirius de les conduire immédiatement loin de cette place. La portière s'ouvrit et il eut énormément de mal à lâcher la main du jeune homme.

-Je vous remercie, Milord, dit Edward avec sincérité, merci pour vos soins et votre gentillesse à mon égard.

-Ed…

Carlisle n'eut pas le temps de terminer sa phrase que le jeune homme était déjà sorti de la cachette. Il l'entendit remercier Sirius, puis, impuissant, il le regarda s'enfoncer au milieu de la foule des passants avant qu'il ne le perde du regard. Il ne revint à lui que quand il sentit le fiacre bouger à nouveau.

-Où allons-nous, Votre Grâce ? Interrogea Sirius. A votre pied-à-terre Londonien ? Ou prenons-nous la route de Gloucester Castle ?

Carlisle entendit vaguement la voix de son cocher, mais il ne comprit pas ses propos. Toute son attention était focalisée vers la rue où Edward avait disparu.

-Milord ?

-Arrête la voiture !

-Mais Votre Grâce…

-Je t'ai ordonné d'arrêter cette voiture Sirius ! Gronda Carlisle avec rage.

-Milord, je vous en prie, laissez-le partir, demanda Sirius dans un murmure qui lui était parfaitement audible malgré le bruit de la calèche et de la rue. Vous n'êtes pas vous même quand il est là, il n'est pas bon pour vous.

-Je t'ai demandé d'arrêter cette calèche ! S'énerva Carlisle.

-Votre Grâce, je vous en prie, laissez-le.

-Arrête immédiatement cette voiture où je te jure que tu ne feras pas de vieux os ! Menaça Carlisle dans un feulement effrayant.

Aussitôt la calèche se stoppa. Il bondit hors de l'habitacle, ignorant les cris de son cocher qui tentait désespérément de le ramener à la raison. Le Lord s'enfonça dans la foule, bousculant ceux qui ne s'écartaient pas sur son passage, pour rejoindre au plus vite la ruelle où il avait disparu. Une fois dans cette dernière, il le chercha, mais le jeune homme devait déjà être loin. Carlisle huma l'air et sourit, heureusement, son parfum était toujours présent, il allait pouvoir le pister. Tout en se laissant guider par l'odeur du jeune homme, il s'enfonça dans une rue, puis, une autre et encore une autre pour finalement atterrir sur Thotil Street. Ses pas ralentirent alors qu'il s'enfonçait dans cette rue tristement réputée. Il ne tarda pas à attirer l'attention des âmes perdues qui avaient élu domicile ici, les prostituées ne tardèrent pas à venir offrir leur service. Une petite cour se forma rapidement autour de lui, chacun ayant reconnu un riche client et voulant lui soutirer le plus d'argent possible. Il frémit en entendant les propositions qu'on lui faisait, il remarqua alors qu'elles émanaient aussi bien de femmes que d'hommes.

-Eloignez-vous immédiatement de Sa Grâce si vous ne voulez pas être pendu au gibet ! Cingla une voix froide qu'il connaissait bien.

Aussitôt, un mouvement de peur s'empara des pauvres hères et il put à nouveau se déplacer librement.

-Qu'est-ce que Lord Cullen, Duc de Gloucester, vient faire dans les bas-fonds de Londres ? Voudrais-tu t'acoquiner avec la canaille ?

-Je peux vous retourner la question, Cher Marquis de Dorset, lança Carlisle en souriant à son ami.

Le Lord étreignit brièvement son ami avant de l'inviter à faire quelques pas. Il jeta un coup d'œil au Marquis et vit avec plaisir que ce dernier n'avait pas trop changé. Ses cheveux légèrement ondulés et aussi blonds que les champs de blés encadraient son visage lui donnant l'air d'un ange, cependant, le Marquis était tout sauf un ange. Il portait un long manteau noir qui laissait deviner un pantalon bleu nuit, son haut-de-forme était bien à sa place sur sa tête et il tenait dans une de ses mains sa canne avec un pommeau en nacre et ses gants. Le Duc observa discrètement ses yeux et fut ravi de voir que ces derniers avaient une belle couleur dorée.

-Alors, Carlisle, l'interpella son ami après s'être assuré que personne ne les épiait, que fais-tu dans le coin le plus chaud de la capitale ?

-Et toi ? Questionna-t-il peu désireux de lui répondre.

-Que Votre Grâce ne pense pas s'en sortir aussi facilement, railla le Marquis, alors ? Quand je t'ai aperçu, j'aurais dit que tu étais en chasse ce qui m'a paru un peu inquiétant et intriguant.

Carlisle ne lui répondit pas, il venait de retrouver l'odeur d'Edward. Ses pas s'accélérèrent et il courut jusqu'au détour de la rue. Il se figea lorsqu'il se retrouva dans une partie de la rue bien plus éclairée, les trottoirs étaient propres et face à lui se dressait la riche façade d'une demeure qui semblait déplacée dans ce quartier.

-Je dois admettre que tu m'intrigues de plus en plus, avoua son ami qui avait suivi son regard.

-Qu'est-ce que c'est ? Demanda-t-il en observant un couple richement vêtu pénétrer dans la demeure.

-Quel inculte, souffla le Marquis en prenant un ton mélodramatique.

-Ma patience a ses limites, grogna Carlisle.

-Que t'arrive-t-il ? S'inquiéta son ami avant de lever les mains en signe d'apaisement lorsqu'il laissa échapper un feulement. Calme-toi, tu vois cette belle demeure, à ton avis que vient-elle faire dans le quartier de Whitechapel? Dans le quartier connu et reconnu pour sa prostitution ?

-Je ne sais pas.

-Tu te trouves devant le Manoir des Charmes, le plus grand bordel de Londres et ma foi aussi le plus sélect.

-Un… Un bordel ? Répéta Carlisle dépité.

-Dis, je ne m'y connais point en médecine, mais un vampire peut-il faire une syncope parce que tu me parais sur le point de défaillir et je ne sais que faire ?

-Cesse donc de babiller !

Le Marquis se tut, mais il put sentir son regard peser sur lui. Un bordel ! Pourquoi était-il rentré dans un bordel ? Qu'est-ce qu'Edward pouvait bien faire dans un lieu comme celui-ci ? Carlisle sentit la colère grandir en lui, ses poings se serrèrent et un feulement allait franchir le seuil de ses lèvres quand il sentit une violente vague de calme l'envahir et le figer.

-Ne me résiste pas, tu dois absolument te modérer !

La voix du Marquis résonna tout près de ses oreilles, il remarqua alors que son ami avait fermement empoigné ses mains avec les siennes pour l'empêcher de bondir dans la demeure.

-Calme-toi, ordonna une nouvelle fois le Marquis en utilisant à nouveau son don sur lui.

Carlisle ferma les yeux, il devait lui obéir, sinon, comme l'avait prédit Eléazar, il allait commettre un véritable carnage. Il allait reculer d'un pas quand une odeur parvint à ses narines. Ses yeux acérés qui avaient viré au noir se plantèrent dans ceux du vampire qui se tenait de l'autre côté de la rue. Le Marquis de Dorset le retint tant bien que mal alors qu'il voulait arracher la tête de son semblable qui s'apprêtait à entrer dans le Manoir des Charmes. Une intense satisfaction l'envahit quand il vit le vampire, qui lui était inconnu, faire demi-tour pour s'éloigner vivement.

-Bon, ça suffit ! S'énerva le Marquis. Vas-tu enfin me dire ce qui t'arrive ? Je ne te reconnais pas !

-Pourquoi… Jasper…Pourquoi ce vampire allait entrer dans le Manoir des Charmes ?

Son ami le dévisagea avec stupeur tout en secouant la tête face à son incapacité à comprendre la situation.

-A ton avis pourquoi un vampire va-t-il dans un bordel ? Sûrement pas pour faire du tricot !

-Mais… Mais…

-Le Manoir des Charmes est un endroit particulier, rien que la devanture du manoir a dû te l'apprendre. La mère maquerelle a su faire tourner son affaire et chose plus importante, elle a su charmer les Volturi.

-Quoi ?

-Aro ne s'en est sûrement pas vanté auprès de toi. Et bien figures-toi que ce cher Aro ainsi que Marcus et Caïus ont leurs habitudes et ils aiment tout particulièrement passer du temps ici quand ils sont à Londres. Cela fait donc du Manoir des Charmes un lieu protégé, les femmes et les hommes qui y offrent leur corps et même parfois leur sang sont eux aussi sous la protection des Volturi. Un groupe de vampires a un jour voulu faire main basse sur ce bordel, il n'a pas fallu deux heures aux gardes pour être sur place et les détruire.

-Attends, tu…tu veux dire qu'il offre son corps et son sang à des vampires ? Gronda Carlisle qui sentait sa colère revenir.

-J'ai dit qu'ils ou elles offraient leur corps et leur sang, qui est donc ce il qui te met dans cet état ?

-Je… Je…

Carlisle se tut soudain en voyant une porte se trouvant sur le côté du Manoir des Charmes s'ouvrir. Le venin afflua violemment dans sa bouche et il aurait déjà bondi sur sa proie si Jasper ne l'avait pas retenu. Inconscient du danger qui planait sur lui, Edward ferma sa veste avant de disparaître dans une ruelle adjacente.

-Carlisle, il faut absolument que tu te reprennes ! Ordonna Jasper d'une voix tendue. Je ne supporte pas…. Rappelle-toi que je ressens tout…Contrôle-toi… Je… Si tu ne le fais pas, je vais te lâcher et nous allons tous deux nous jeter sur cet humain !

Carlisle fit son possible pour retrouver son calme, mais comment pouvait-il le rester après ce qu'il venait d'apprendre ? Edward n'avait rien d'un jeune homme innocent et fragile, non, il était une créature maudite qui vendait son corps pour quelques pièces d'or. Alors qu'il tentait de contrôler sa rage, le jeune homme réapparut dans leur champ de vision, il portait deux paniers remplis de légumes et de viande. D'un geste souple, il se détacha de l'emprise de Jasper et en un clin d'œil, il s'interposa entre Edward et la porte du Manoir des Charmes.

-Milord ? S'étonna le jeune homme.

L'étonnement ne tarda pas à laisser place à l'effroi quand Edward remarqua la couleur de ses yeux ainsi que sa démarche agressive. Carlisle n'avait plus de doute, Edward savait qui il était !

-Suis-moi !

Carlisle ne reconnut pas sa voix tant elle était grave et froide, le jeune homme recula d'un pas, mais, contrairement à ce qu'il avait pu penser, Edward ne baissa pas les yeux.

-Non.

-Tu n'as pas le choix ! Claqua la voix de Carlisle. Tu ne peux rester là ! Je peux t'offrir bien plus !

-Je ne vous ai rien demandé ! Maintenant, Milord, je vous prie de bien vouloir me laisser passer, j'ai du travail !

-Et quel travail ? Railla le Duc. Tu t'es bien moqué de moi !

-Si c'est ce que vous pensez, j'en suis navré, mais, écartez-vous de mon chemin !

-Je te trouve tout à coup bien insolent, où est donc passé le jeune homme timide et bien élevé ?

-Il a disparu au moment où vous m'avez considéré comme un morceau de viande !

-Un bien beau morceau de viande, je dois bien l'admettre, reconnut Carlisle en se léchant les lèvres, quel prix ?

-Je vous demande pardon ? Murmura Edward perdu.

-Quel est ton prix ? Car c'est pour ça que tu t'es amusé avec moi, que tu as tout fait pour me rendre dingue, tu connais ma fortune et tu as voulu que je paie le prix fort. Et bien, tu as gagné, combien ?

-Je ne sais ce qui vous arrive Milord, mais je pense que vous n'êtes pas vous-même, je passerai donc outre sur vos propos offensants et vous demanderez simplement de vous écarter !

-Qui es-tu pour oser me parler de la sorte ? Tu n'es rien ! Rien, tu m'entends !

-Alors, si je ne suis rien, laissez-moi passer !

-Tu n'iras nulle part ailleurs que dans mon lit !

Avec plaisir, Carlisle vit le jeune homme trembler. Son assurance s'était lentement effritée au cours de leur discussion houleuse. Le Duc fit un pas vers sa proie, il était grand temps que la mascarade cesse et qu'il trouve enfin le repos après s'être rassasié du jeune homme. Cependant, il se retrouva stoppé dans son élan par Jasper qui entoura fermement sa taille avant de le traîner dans la rue. Il tourna la tête pour voir Edward s'empresser de rentrer dans le Manoir des Charmes.

-Pourquoi ? Pourquoi as-tu fait ça ? Lâche-moi !

-Non, je ne te lâcherai pas tant que tu n'auras pas retrouvé la raison. Ce gamin est peut-être un gigolo, mais ne m'as-tu pas entendu lorsque je t'ai parlé de la protection des Volturi ? S'exaspéra Jasper avec inquiétude.

-Je le veux ! Grogna simplement Carlisle.

-Et tu l'auras, le rassura le Marquis, mais les choses ne doivent pas se passer ainsi. C'est le Duc de Gloucester et non le vampire qui devra se présenter à la mère maquerelle pour demander ce prostitué, compris ?

-Oui.

-Donc, maintenant, tu vas me suivre jusqu'à ma demeure, tu vas reprendre tes esprits et nous viendrons louer ses services pour quelques heures, d'accord ?

-Oui.

Carlisle se sentit tout de suite apaisé, la logique rassurante ainsi que le don de son ami l'y aidant. Ils sortirent de Thotil Street et le Marquis héla un fiacre pour regagner son domicile qui se trouvait non loin de là, au bord de la Tamise. Carlisle était en train de s'asseoir quand il se souvint d'un détail.

-Dis donc, Jasper, ta moitié sait-elle que tu arpentes le quartier des prostitués ?

Le regard légèrement gêné de son ami lui arracha un sourire, il était sûr que Jasper aurait rougi s'il en avait été capable.

-Et bien, disons que j'avais quelques achats à faire pour nous deux, avoua Jasper avec un petit sourire en coin. »

Carlisle se raidit sur la banquette, c'était maintenant lui qui aurait rougi jusqu'aux racines s'il l'avait pu. Le Duc passa une main nerveuse dans ses cheveux avant de se laisser aller contre le dossier. Le don du Marquis agissait toujours sur lui et il lui en fut reconnaissant. Cependant, un feu jusqu'alors inconnu couvait dans le creux de ses reins en imaginant que dans peu de temps, il assouvirait enfin ses plus bas instincts…