Voilà déjà le deuxième chapitre, je ne posterai pas toujours à cette vitesse! ^.^
Le lendemain matin, je me levais de bonne heure pour pouvoir profiter de cette nouvelle journée à bord du Titanic. Je fis la rencontre de plusieurs autres personnes de troisième classe, et de quelques jolies filles que je tentais d'aborder, mais sans succès. De toute façon, aucune n'était aussi belle que la demoiselle du pont. Son image me trotta dans la tête toute la journée, je tentais de l'oublier en m'occupant, par exemple en dessinant les passagers du paquebot ou en explorant toutes les parties du navire ou je pouvais aller. Ce navire était vraiment immense, je me perdis même une fois en tentant de faire une farce à Fabrizio. Bref, je m'occupais de toutes les manières possibles, mais dès que je laissais mon esprit vagabonder un instant, la jeune fille aux boucles rousses reprenait sa place dans mes pensées.
Le soir venu, je n'avais vraiment pas envie de retourner dans ma cabine. Alors je m'allongeais sur un banc vers l'arrière du bateau, l'air revigorant me fouettait le visage et faisait voler mes cheveux. J'allumais une cigarette, et restais là à regarder les étoiles en imaginant ma vie une fois en Amérique. Le ciel était parfaitement dégagé, et malgré le bruit des vagues, j'entendais le bruit des conversations des première classe qui étaient en train de dîner.
Donc j'étais là, à rêvasser paisiblement, quand j'entendis des pas marteler le parquet en courant. Je vis passer une silhouette à côté de mon banc, je me levais d'un coup, et je vis détaler une crinière de cheveux flamboyants. Il me semblait qu'elle pleurait. Pendant quelques secondes, j'eus du mal à faire le lien entre cette jeune fille qui paraissait extrêmement bouleversée et la demoiselle du pont, si droite et fière, si sûr d'elle. Je pris finalement conscience que c'était une seule et même personne, et je décidais d'aller voir.
Elle avait commencé à escalader le garde-fou. Je l'observais d'abord sans rien dire, puis je vis qu'elle passait de l'autre côté de la barrière. Ne voulant pas l'affoler, je m'approchais doucement. Voyant qu'elle mettait sa vie en danger, je lançais:
- Ne faites pas ça!
Elle se retourna. Son visage était plein de larmes.
- N'approchez pas! répondit-elle, se voulant menaçante. N'approchez pas ou je saute!
- Allons, donnez-moi la main, je vais vous ramener ici, lui proposais-je!
- Non! Restez ou vous êtes! Je ne plaisante pas! Sinon je saute.
J'enlevais ma cigarette de ma bouche, et m'avançais un peu, faisant mine de la lancer à la mer pour me rapprocher de la jeune fille. Je voyais bien qu'elle ne sauterait pas.
- Vous ne le ferez pas, lui dis-je.
Elle me répondit assez brutalement, choquée que j'aie l'audace de dire ça:
- Que voulez-vous dire, je le ferai pas? Vous n'avez pas la prétention de me dire ce que je ferai ou non, vous ne me connaissez pas!
J'hésitais un instant, puis déclarais:
- Vous l'auriez déjà fait, sinon.
Elle prit un air agacé.
- Vous me déconcentrez, allez-vous en!
- Je ne peux pas, je suis concerné maintenant, lui répondis-je. Si vous sautez, je vais être forcé de plonger pour vous sauver.
- Ne soyez pas absurde, vous vous tueriez, me dit-elle.
Je retirais ma veste et mes chaussures, à la fois pour les protéger de l'océan glacé si je devais plonger, et pour lui montrer que j'étais réellement prête à sauter pour aller la chercher. Je la rassurais:
- Je suis un bon nageur.
- Rien que la chute vous tuerait.
J'acquiesçais:
- Ça ferait mal, je ne dis pas le contraire. Mais si vous voulez mon avis, ce qui m'inquiète le plus, c'est que l'eau soit si froide.
- Froide comment? demanda-t-elle.
- Glaciale. Elle ne doit pas faire plus d'un ou deux degrés. Vous êtes déjà allée dans le Wisconsin?
Elle me regarda, l'air de ne pas comprendre. Puis elle dit:
- Quoi?
- C'est connu pour avoir quelques-uns des hivers les plus froids. J'ai grandi là, près de Menomonee Falls. Je me rappelle quand j'étais gosse, mon père et moi, nous allions à la pèche sous la glace sur le lac Michigan. La pêche sous la glace, vous savez...
- Je sais ce que c'est que la pêche sous la glace! répondit-elle, visiblement agacée que je la prenne pour la dernière des cruches.
- Pardon. Mais vous semblez être... enfin plus habituée aux salons. Toujours est-il que, je suis passé une fois à travers la glace, et vous pouvez me croire, de l'eau si froide, comme elle est là-dessous, c'est comme si des centaines de lames vous poignardaient toutes en même temps. On ne peut plus respirer, on ne peut plus penser, ou seulement à la douleur qu'on éprouve. Voilà pourquoi je n'ai pas très envie de sauter pour aller vous repêcher. Mais comme je l'ai dit, je n'ai pas le choix. Je crois qu'en fait j'espère que vous allez repasser la rambarde et éviter ce genre d'ennuis.
- Vous êtes fou! me lança-t-elle.
- Oui, c'est ce que tout le monde dit, enchaînais-je, oui, mais malgré tout le respect que je vous dois, ce n'est pas moi qui suis suspendu à la poupe d'un bateau. Allez, donnez-moi votre main. Vous n'avez pas envie de faire ça.
Je lui tendis la main. A mon grand soulagement, elle la saisit sans rechigner, et commença à escalader la barrière pour revenir sur le pont. Je me présentais:
- Je m'appelle Jack Dawson.
- Je m'appelle Rose DeWitt Buckater.
- Je pense que vous allez devoir me l'écrire, dis-je avec amusement.
Soudain, Rose se prit les pieds dans sa robe et glissa. Heureusement, je la tenais toujours par les mains. Elle était suspendue dans le vide, moi seul pouvais la sauver.
- Je vous tiens! Venez! Venez!
- Au secours! Aidez- moi je vous en prie! hurlait-elle.
- Ecoutez-moi! Ecoutez-moi, je vous tiens, je ne vous lâcherai pas! Alors maintenant hissez-vous, remontez! Vous pouvez y arriver, je vous tiens!
Je réussis finalement à la hisser et à la remonter à bord. Nous tombâmes tous les deux sur le pont.
Alertés par les cris de Rose, des matelots à proximités arrivèrent en courant. Ils la trouvèrent par terre, encore toute tremblante.
- Toi, relève-toi! m'ordonnèrent-ils.
Je me relevais, et m'efforcais de prendre un air décontracté, les mains dans les poches.
L'homme que j'avais aperçu la veille avec Rose arriva, suivi de son vallet. Rose était emmitouflée dans une couverture. Il m'adressa la parole pour la première fois:
- Qu'est-ce qui vous a fait croire que vous pouviez toucher à ma fiancée!?
Rose intervint:
- Cal, arrête! C'était un accident.
- Un accident? interrogea le dénommé Cal. Il voulait en savoir plus.
- Je m'étais un peu trop penchée pour admirer les...les...les…
- Les hélices? compléta Cal.
- Les hélices! Je voulais les admirer et je suis tombée, mais ce jeune homme m'a sauvée…mentit-elle.
Un matelot lança:
- Les femmes et les machines, j'ai toujours dit que ce n'était pas une bonne paire!
On me demanda:
- Est-ce bien comme ça que ça s'est passé?
Rose me regarda avec insistance. Je mentis alors à mon tour:
- Oui...oui, c'est comme ça que ça s'est passé.
- Alors, ce garçon est un héros! me gratifia un vieux matelot barbu.
Cal prit Rose par les épaules, et fit mine de partir, visiblement déçu de n'avoir rien trouvé à me reprocher, quand un homme lança:
- Peut-être un petit quelque-chose pour remercier monsieur?
Cal ordonna à son vallet:
- Donnez-lui vingt dollars.
Mais Rose s'opposa, trouvant que ça n'était pas assez:
- Est-ce là le prix pour avoir sauvé la femme que vous aimez?
- Rose désapprouve! s'esclaffa son fiancé. Eh bien, venez donc dîner avec nous demain soir.
Et ils partirent pour de bon. Le vallet allait les suivre, quand je lui lançais:
- Je peux vous taxer d'une cigarette?
Il m'en lança une, et, avant de partir, déclara avec ironie:
- C'est amusant, cette jeune dame qui tombe, et vous qui trouvez tout de même le temps de retirer votre veston et vos chaussures...
