2.
- Albator… Mais tu es censé être mort !
- Encore ? ! Et maintenant, Gaven, tu vas m'expliquer pourquoi tu as cette réaction ?
Autorisé depuis le matin à quitter son lit à l'Infirmerie de l'Arcadia, Gaven avait été escorté jusq'à l'appartement du capitaine du vaisseau pirate par une jolie blonde qui s'était présentée à lui comme étant Kei Yuki.
A présent remis sur pieds, ses blessures en voie de guérison, même si tout son corps demeurait douloureux, Gaven se retrouvait face à un homme en qui il ne retrouvait rien du camarade tout juste sorti de l'adolescence avec lequel il avait fait son apprentissage de militaire !
Il se racla la gorge.
- La dernière fois que j'ai entendu parler de toi, Albator, c'est quand tu as écrasé le Deathshadow sur Terre. Quant à moi, une fois mon propre cuirassé de notre flotte arraisonné par les Illumidas, j'ai…
- Déserté, je suis au courant. Ismal et le larbin de Premier Ministre ne se sont pas privés d'ironiser sur ta prétendue lâcheté.
- … Oui. Je ne voulais ni les servir ni mourir dans l'égout où ils m'auraient envoyé pourrir. J'ai eu mon compte d'horreurs durant tout ce temps où on avait cru avoir une chance d'éviter leur suprématie… J'ai fui, très loin, très longtemps. Et je suis arrivé sur cette station et vu où elle était positionnée, je ne sais si on doit dire en tant que poste le plus avancé face à des zones galactiques inconnues ou en tant que poste le plus reculé de notre Q.G., nous sommes demeurés assez à l'écart de tout, expliqua alors Gaven. Nous avons eu des escarmouches, plus ou moins sérieuses, avec des escadres Illumidas de passage, mais sinon on n'a pas vraiment été dérangés. On vivait complètement repliés sur nous-mêmes, en parfaite autonomie, avec nos usines pour le matériel et l'alimentaire. Bref, on était parfaitement bien, oubliés de tous je pense et sans aucun intérêt pour ce qui nous entourait. Notre seul rôle aurait été de donner l'alerte si de nouveaux envahisseurs se seraient pointés ! En réalité, nous avons été la cible de ces bandes pirates ! Elles nous ont assiégés des semaines durant… Et tu as vu notre fin.
Le pirate haussa un sourcil surpris.
- Donc tu ne sais rien de ce qui est arrivé après ta désertion ?
- Il s'est passé des choses importantes ?
- Rien de bien significatif… Mais cela ne pouvait cependant pas te donner à penser que je pouvais avoir trépassé !
Le regard bleu clair de Gaven s'assombrit.
- Je te connaissais, Albator. Tu devais refuser le même avenir qui s'offrait à moi. Mais tu n'aurais jamais opté pour la désertion. Donc pour moi, tu n'avais pu donc que mourir au
combat en tentant vainement de repousser ces Illumidas. Je n'ignore cependant pas qu'ils ont été défaits : des débris de leur flotte nous ont pris pour cible en se repliant !
Le jeune homme eut alors un sourire.
- Mais alors, Maya… ?
- Non, elle est bien morte, elle.
Albator avait rempli de vin rouge deux verres ballons, avait pris le sien et s'était levé pour se planter devant la baie vitrée, Tori-San venant se percher sur son épaule.
Guère désireux de raviver ses propres souvenirs, il avait rapporté en quelques mots la défaite des Illumidas, mettant davantage en avant l'intervention surnaturelle qui avait détruit leur planète que sa propre participation ainsi que celle de la capitaine du QueenEméraldas.
- Bref, j'ai vu leur base écrasée et je suis reparti, conclut-il. J'ai volé comme toi : très longtemps, très loin. Tant et si bien que, oui, même ceux qui pouvaient avoir entendu parler de moi à l'époque ont dû aussi me croire disparu !
En tout cas, pour ce que j'en ai vu, ton vaisseau est impressionnant, unique en son genre, reprit Gaven après un long moment de silence de part et d'autre. Ce Toshiro Oyama, quand me le présenteras-tu ?
- Son corps humain est mort, son âme est dans le Grand Ordinateur de l'Arcadia.
A la mine de Gaven qui s'allongeait, le pirate devina sans difficultés que son interlocuteur devait songer que ses proches avaient une fâcheuse tendance à rencontrer prématurément
La Camarde !
- Mais, à toi, qu'est-il arrivé ?
Albator secoua négativement la tête.
- Une autre fois. Beebop est dans le couloir, il te reconduira à ton studio.
- Albator !
- Je ne veux pas en parler, pas aujourd'hui… Et tu dois poursuivre ta convalescence.
- Où m'emmènes-tu ?
- Là où tu voudras. On en rediscutera, j'ai dit !Congédié, et ne pouvant de toute façon pas s'opposer au capitaine d'un cuirassé pirate, Gaven se retira.
Son ami de l'Académie Militaire sorti, le pirate revint s'abattre dans son étroit et inconfortable fauteuil de bois, avec un regard pour le petit meuble jumeau.
- Qu'est-ce que je ne donnerais pas pour un peu de compagnie… soupira-t-il, son regard qui faisait le tour de la pièce s'arrêtant une fraction de seconde sur une harpe qui décorait le coin « musique ».
Relevant la tête, il aperçut les silhouettes évanescentes de deux femmes blondes, aux visages sereins et qui demeureraient éternellement jeunes.
- Lunia… Maya… Toi, Lunia ma camarade de Promotion à l'Académie Militaire, le premier bouton de rose qui a pris mon cœur. Et toi, Maya, la Voix de la Liberté qui a fait de moi ce pirate dont le seul acte de gloriole fut de défaire l'avant-garde Illumidas sur Terre alors que je ne cherchais qu'un lieu paisible… Ces ironies du destin me dépassent et se jouent de moi comme d'un fétu de paille ! Lunia, Maya, mes roses, fanées, quand donc vous retrouverai-je… ? J'ai tellement hâte !
Une larme d'épuisement, de résignation aussi, roula sur la joue balafrée du capitaine de l'Arcadia.
