Titre : Les noces de sang
Auteur : n0vembre
Raiting : M, bien mérité à partir du troisième / quatrième chapitre !
Disclaimer : Les personnages appartiennent à Stephenie Meyer, dont je ne suis pas ce qu'on pourrait appeler une fan, mais quelques uns de ses personnages me plaisent bien !
Chapitre 1
La chaleur de l'enfer. Vaguement, le corps prostré se demanda ce qu'il avait mérité pour se trouver ici. Il était mort, de cela au moins il était certain – mais il lui semblait sentir de lourdes chaines au bout de chacun de ses membres, qui résonnaient à chaque mouvement. Il était presque nu, il avait mal. Il entendait des voix tout autour de lui, qui murmuraient son nom avec angoisse. C'était une monstrueuse litanie de « Edward » chuchotés, qui chaque seconde le rappelaient à son échec. En tentant de leur tourner le dos, il réalisa qu'il n'y avait aucune issue, qu'elles ne le laissaient pas en paix. Il reconnaissait certaines – certaines de ces hommes et femmes, morts à ses côtés. Qui les avait menés ici ? Ils n'avaient pas mérité l'enfer, ils s'étaient battus jusqu'au bout. Cependant, il parvint enfin à ouvrir les yeux.
Son ventre se révulsa, il bondit vers l'avant pour vomir cette vérité. La chaine à son pied se tendit, il retomba lourdement sur un dallage brûlant. Son cœur battait avec angoisse dans sa poitrine, il n'était pas normal qu'il batte encore. Son poignet droit, immobilisé dans une attelle sommaire, diffusait dans son bras entier une douleur sourde. Il parcourut la pièce du regard : les lourdes colonnades, le marbre blanc, les rideaux pourpres, et ces corps aussi faibles que le sien. Son ultime seconde de conscience revint à sa mémoire : le visage. Les diamants, le regard fixe, et ce sourire étrange, animal, sous la lourde couronne de boucles pâles. Et ce nom. Jasper. Jasper. Jasper. Le nom du monstre, le nom du plus cruel, le nom de celui qui l'avait piétiné, et ne lui avait même pas permis de mourir enfin. La frustration nouait sa gorge, pourtant il ne fut pas capable de crier. Recroquevillé sur la pierre, il plongea son visage dans ses mains et enfonça ses ongles dans son crâne. Le nom battait dans sa tête, il n'en finissait pas.
« Arrête, Edward ! Tu vas saigner, il ne faut pas que tu saignes ! ». Une main tenta de défaire sa pression, il s'entendit plus qu'il ne se sentit rugir, bondir, s'éloigner autant que les liens le lui permettaient. Il avait compris le plus horrible : ils étaient prisonniers. Ils n'étaient pas morts en héros – non, leur mort à eux serait lente, douloureuse, atrocement humiliante. Qu'il saigne. Qu'il provoque les bêtes avec le sang qu'ils aimaient tant, que les bêtes le déchiquettent, qu'elles le laissent en paix.
« Calme-toi Edward ». Cette voix était plus douce. Le touché d'une femme effleura sa tête. Inconsciemment, il en oublia le suicide. Il releva la tête : elle était magnifique. Plus vieille, très brune, l'oeil doux et tendre. Il distingua des crocs, elle n'était pas humaine – il bondit à nouveau. Prudemment, patiemment, elle refit le même geste, répéta les mêmes mots. Son échine se détendit, il tomba à ses pieds.
« Je m'appelle Esmée, je ne suis pas ton ennemie. Je suis là pour veiller sur vous ». Elle parlait très lentement, détachait chaque syllabe, et ces manières faisaient de sa voix une étrange mélodie. « Je ne me nourris pas de tes semblables. Je ne vous veux aucun mal. Je ne te veux aucun mal. Alors cesse de te blesser. C'est inutile. ». Sonné, il l'écoutait parler, immobile. Elle avait un sourire très doux, qui le terrifiait et l'apaisait à la fois. Il la haïssait tout autant qu'il sentait pouvoir lui faire confiance.
Elle se saisit avec douceur de sa main blessée, ajusta l'attelle de fortune, enroula tout autour un bandage. Il parvint à ne pas gémir sous la douleur. Il garda les yeux fixés dans les siens, la couleur était strictement identique à celle du vampire qui l'avait terrassé. A intervalles réguliers, la terreur venait le terrasser. Il avait pu reconnaître quelques visages autour de lui, il n'avait pas retrouvé Alice. Alice, son Alice. Et si elle était morte... ? Elle l'était peut-être, ou bien elle était parvenue à s'enfuir.
« Que faisons-nous ici ?
Nous ne pouvions pas tous vous tuer. Les vampires ont besoin des humains. »
Il ne parvint pas à répondre. Il savait tout cela. Il savait que ces monstres buvaient leur sang. Il savait aussi que leurs femmes étaient stériles. Une voix au creux de sa tête se mit à psalmodier le nom d'Alice. Il la préférait morte, les yeux rivés vers le ciel, sans pensée, sans peur. Il la préférait morte plutôt que portant dans son ventre... Non. Il n'osait même pas demander à cette femme si elle l'avait aperçue. Sa jolie Alice. Minuscule, jolie, ses cheveux noirs, deux yeux comme des perles. Il la préférait morte après tout, morte ou libre, que dans cette attente atroce.
« Tuez-moi.
Non, le maître me tuerait à mon tour. Vous n'avez pas remarqué ?
Remarqué quoi ?
Vous êtes le seul à être soigné. »
Il sentit alors l'odeur des cadavres. D'un seul regard, il comprit qu'ils n'avaient laissé mourir que des hommes. Des hommes qu'il avait toujours connu, certains qui l'avaient presque élevés. Une bile brûlante remonta sa trachée, il rugit encore. Esmée se saisit de son visage, il vit l'un de ses fidèles tenter de défaire cette étreinte. La vampire le projeta au loin sans vergogne, il y eut un bruit horrible d'os qui se brisait. Il essaya de se lever, de s'enfuir, trébucha dans l'étreinte des menottes. Alors Esmée l'entoura de son corps en murmurant une suite de syllabes insensées. Il ne pouvait plus arrêter de trembler. Elle l'avait tué. C'était une femme, elle était faible, une femelle mince et belle, et elle avait balayé cet homme d'un seul revers de la main. Les larmes brûlaient ses yeux, mais elle le tint fermement jusqu'à ce que les sanglots cessent. Elle l'avait tué. Mais peut-être que cet homme était plus heureux que lui. Il était mort. Il était mort, putain, en mourant il avait survécu au pire.
« Tu vas confirmer ce que je vais te dire. Tu es Edward Cullen. Tu as dix-neuf ans. Tu es le fils d'Anthony et d'Elisabeth Cullen. Tu as mené les révoltes jusqu'aux portes de notre domaine. Tu es parvenu à tuer deux d'entre nous. »
Il hocha machinalement la tête à chaque affirmation, sans même chercher à nier. La vampire esquissa un sourire étrange, atroce et magnifique. « Tu es vraiment très beau Edward, le maître n'a pas menti. Ces cheveux – elle glissa sa main dans les mèches bronzes -, ces yeux – elle appuya ses pouces glacés sur ses paupières -, ce corps ». Pétrifié, il frémissait à ce contact froid. Les mots ne parvenaient plus à son cerveau. Il ne chercha pas à comprendre comment elle avait su tout cela à son propos. Une brume semblable à celle du champ de bataille l'envahissait tout entier. D'abord, il ne sentit plus le toucher de cette femme. Puis sa vue se brouilla, et sa tête s'alourdit jusqu'à ce qu'il s'écroule au sol. Avant l'inconscience, il entendit le bruissement des cheveux d'Esmée quand elle se retourna.
Entre deux colonnes blanches, il lui sembla voir un homme couronné de boucles d'or. La femme soupira : « Tu n'avais pas à lui faire ça. Il était en train de se calmer. ». Il perdit encore connaissance.
Une autre pièce, étrangement semblable – ou bien la même, vidée de tous ces visages qui n'avaient eu de cesse de le scruter. Esmée se tenait dans son dos, tout contre lui, et elle manipulait son corps. Son évanouissement ne semblait pas avoir duré plus de quelques minutes. Elle faisait bouger son corps avec des précautions rare, comme s'il avait été une poupée de porcelaine : elle fit se déplier, puis se replier ses jambes, elle exposa chaque parcelle de ses bras, souleva sa tête pour montrer sa gorge, releva ses cheveux. Encore perdu, Edward entendit pourtant distinctement un grognement quand elle ouvrit sa main et montra sa cicatrice. Le grognement ne pouvait être celui d'une femme.
Le souvenir de l'homme le secoua d'un grand tremblement. « Non ! » Il ouvrit les yeux. Il se tenait juste devant lui, et pourtant la seule chose qu'il parvint à voir fut son sourire âcre.
« Laissez-moi partir ! » Une fois, deux fois, il hurla cette phrase trois fois. Esmée maintenait fermement sa pression, il sentit ses doigts s'enfoncer dans ses épaules, puis une autre pression s'exerça sur ses deux joues.
Cette peau-là était si froide qu'elle lui semblait brûlante. Il ne pouvait pas lui échapper, il avait mal, tellement mal. Il tenta de ruer, projeta ses jambes contre un torse trop dur. Trop rapidement, les mains passèrent de son visage à ses deux mollets. Le contact le révulsait, il crut qu'il allait encore vomir. A son tour, Esmée maintint sa tête en place.
« Calme-le. Ne l'endors pas. Ca ne règlera pas le problème. »
La brume était plus légère, et cependant tout son corps s'apaisa. L'homme s'approcha jusqu'à ce que son ventre frôle ses genoux. Dans cet étrange cocon, il ne pouvait plus se détourner du visage de celui qui avait détruit son existence : sa gorge se noua quand il ne put plus que reconnaître son absolue beauté.
Jasper. Son visage semblait avoir été taillé dans le marbre, du nez droit à sa mâchoire aiguë. Cet homme était un dieu. Sous le poids de ses lourdes boucles blondes, il semblait toujours pencher nonchalamment con crâne en une expression d'ennui et de dédain. Sa haute stature, les courbes des muscles, contrastaient violemment avec la courbe parfaite et volontaire d'yeux bien trop noirs. Il put y lire avec stupeur un désir dévorant. L'envie y luttait avec un éclat de méfiance, chez un être à qui bien peu de choses devaient être refusées. Car cet homme ne pouvait qu'être le maître – et le maître bascula la tête pour venir effleurer de l'arrête de son nez l'emplacement de son artère. Jamais Edward n'avait été si conscient du battement furieux de son sang, et ce sang se glaça quand un râle sourd échappa de la bouche honnie. Les mains blanches avaient quitté ses jambes pour entourer fermement son cou et sa taille. Les dents. Ils sentaient les deux crocs frôler sa peau, aller, venir sur la surface, y tracer un sillon sans jamais entamer la chair. Elles n'en finissaient plus, il ne parvenait pas à hurler, il ne parvenait pas à s'enfuir, il ne parvenait même plus à pleurer. Il aurait voulu détruire ce sang, le retirer tout entier de sa peau, ne plus être qu'un cadavre inutile. Et à l'instant où il se mit à souhaiter tout entier la mort, son bourreau s'éloigna en retenant un nouveau râle.
« Il sera parfait, Esmée. Emmène-le dans mes appartements. »
Il avait disparu.
