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Chapitre 2.

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Severus se demanda si il n'était pas en train de rêver, mais la pluie glacée sur son visage lui sembla bien réelle, tout comme ce château et ces gens qui marchaient dans la rue boueuse et qui semblaient craintifs.

Pour la première fois de sa vie il se sentit dépassé par la situation.

Il lui fallait réfléchir à tout ça posément, qu'il comprenne ce qui avait bien pu lui arriver.

Il se tourna vers la porte devant laquelle il se trouvait et au fond de lui quelque chose lui dit qu'il la connaissait, comment c'était possible ça il n'en savait rien, mais n'ayant absolument aucune idée sur ce qu'il devait faire il se décida à entrer.

Après tout que risquait-il à part se faire jeter dehors par les habitants?

Mais peut-être pourrait-il demander au moins dans quel endroit il se trouvait.

Il entra avec circonspection et se retrouva dans une pièce où brûlait un grand feu et il entendit aussitôt quelqu'un qui riait, un rire plutôt nerveux et proche des larmes, ainsi qu'une voix.

« Neville c'est bien moi, Harry, je t'assure que c'est vrai, et lui...enfin...euh... elle, c'est bien Malfoy.

Severus ressentit un soulagement intense qu'il n'aurait jamais avoué à personne, il n'était pas seul.

Il s'avança dans la direction d'où venaient les sons et s'arrêta dans l'ouverture, surprit d'y trouver trois inconnus.

« Nev toi aussi tu as changé d'apparence! Continuait Harry sans s'apercevoir de la présence d'un nouveau venu, pas plus que Draco et Neville n'y firent attention.

Ce dernier, qui avait cesse de rire, leva des yeux pleins de larmes sur son ami.

« Moi aussi?

« Oui! Confirma le brun qui le détailla avec attention...en fait je trouve que tu ressemble beaucoup à...

Ce disant il se tournait vers Draco qui avait en effet exactement les mêmes traits que son ami, version féminine, ils étaient très beaux tous les deux, mais dans le même temps il aperçut un homme qui les observait du seuil.

« Qui êtes-vous? s'inquiéta t-il en se dressant d'un bond.

« Pas d'affolement Potter, je suis votre professeur.

« Severus? S'exclama Draco avec un grand sourire...tu ne peux pas savoir comme je suis content de te savoir là, est-ce que tu as une idée sur ce qui nous est arrivé?

« Aucune! Répondit la maître de potion qui les détailla à tour de rôle...et vos apparences sont...surprenantes, ai-je changé moi aussi?

Harry, Draco et Neville opinèrent d'un même mouvement de tête.

L'homme qui se trouvait devant eux était à peu près du même âge que leur professeur mais ses cheveux retenus par un lacet de cuir étaient d'un blond-roux, les traits de son visage étaient réguliers, séduisants, et ses yeux avaient la même couleur ambre que ceux de Neville et de Draco.

Il était grand, et malgré le manteau de laine épais qu'il portait on devinait une carrure athlétique et des muscles puissants.

Ce fut Harry qui lui fit le détail de son physique et il termina en disant.

« Je crois que vous êtes de la même famille tous les trois, vous vous ressemblez beaucoup.

Draco lui jeta un regard comme outré.

« Moi de la même famille que Lo...

Puis il se tu, il venait de réaliser tout seul que c'était stupide de chipoter pour des détails qui n'avaient finalement aucune importance.

« Cette maison doit être la nôtre alors! Fit Severus...nous avons donc au moins un endroit où nous sommes en sécurité, le temps que nous comprenions ce qui nous arrive.

« Si nous allions nous asseoir? Proposa Harry.

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Ron regarda avec ahurissement ses mains qu'il tenait au-dessus d'une source de chaleur.

C'était incompréhensible mais il avait la sensation de ne pas être là où il aurait dû et d'être en train de faire quelque chose dont il n'avait aucune idée la seconde d'avant.

Comme choqué il vit en face de lui un jeune homme qui le fixait en ouvrant de grands yeux éberlués, il paraissait perdu.

Mais le pire fut quand il se rendit compte de la tenue qu'il portait, lui-même étant vêtu exactement pareil.

Ils avaient un casque de fer sur la tête, en forme de bol, ils portaient une cotte de maille recouverte d'une tunique rouge qui leur arrivait au genoux, sans manche et ouverte sur les côtés, et sur laquelle étaient brodées des armoiries aux couleurs noir et ors.

Ils portaient aussi une ceinture de cuir où pendaient une petite bourse, en cuir aussi, un couteau, ainsi qu'une épée dans son fourreau.

« Qu'est-ce que c'est que ce déguisement? S'exclama Ron en posant les mains sur son torse pour se tâter, totalement ahuris...c'est quoi ce bordel? Où sont Harry et Neville...qu'est-ce qui ce passe ici?

Le soldat en face de lui, qui étrangement avait eut à peu près les mêmes réactions que lui, s'immobilisa.

« Potter et Longdubat? S'enquit-il...tu les connais? Qui es-tu?

« Et toi t'es qui? ...moi je m'appelle Ronald Weasley! Répliqua le rouquin en regardant autour de lui, il était dans une pièce ronde, tout en pierre, et à part un banc de bois et le brasero sur lequel il se chauffait les mains il y a peu, il n'y avait rien d'autre, sauf une porte...et je crois que quelqu'un est en train de me jouer un sale tour! Termina t-il.

« Weasley? S'étonna l'inconnu en face de lui avant de froncer les sourcils d'un air méfiant...je m'appelle Blaise Zabini et je connais Weasley, tu n'es pas lui, si quelqu'un est en train de jouer un sale tour ici, c'est toi.

Ron en resta un instant estomaqué, puis il se mit à rire.

« Ouai c'est ça, Zabini hein?...alors t'as sérieusement déteint, t'as eut un problème au lavage? T'as macéré trop longtemps dans ton bain?

« Déteint? Répéta Blaise interloqué.

« Oui, parce que là t'es à peu près aussi noir que moi! Railla le rouquin.

Le Serpentard porta les mains à son visage, et s'apercevant qu'il portait des gants il les retira précipitamment.

Il en resta sans voix en les examinant, elles étaient blanches.

« Mais...c'est quoi cette histoire de fou? Fit-il d'une voix où l'on pouvait entendre une incrédulité la plus totale...je suis blanc?...qu'est-ce qui s'est passé?

Il ne jouait pas la comédie, c'était visible, et Ron perdit son sourire ironique.

« Zabini c'est bien toi?

« Mais oui c'est moi! S'énerva le Serpentard...et si toi tu es bien Weasley et bien je te signale que tu te ressemble plus non plus.

« Co...comment ça?

« T'es brun et t'as les yeux verts.

Ron leva une main pour toucher ses cheveux, des mèches mi-longues dépassaient de son casque et il tira dessus pour les regarder en louchant, en effet elles étaient brunes.

Son regard effaré croisa celui de Blaise.

« Je n'y comprend rien, comment c'est possible?

« Je n'en sais rien! Répondit le Serpentard...la dernière chose dont je me souviens c'est de l'éclair , après c'est le noir.

« Oui moi aussi...mais que sont devenus les autres? C'est quoi cet endroit? Pourquoi on est déguisés en espèce de soldat?...pourquoi je suis pas dans mon corps?

« Je ne comprend pas plus que toi! Soupira Blaise en secouant lentement la tête...sortons d'ici, nous trouverons peut-être l'explication.

Ils se dirigèrent vers la porte qu'ils ouvrirent et une fois dehors ils s'immobilisèrent, stupéfaits par ce qu'ils voyaient.

La pluie de neige fondue avait cessée et le froid était glacial, mais ce n'est pas ça qui les laissa pantois, c'était ce qu'ils voyaient.

Ils se trouvaient au pied d'un grand mur, un mur d'enceinte, percé par un pont-levis flanqué de deux tour, et c'était de l'une d'entre elles qu'ils venaient de sortir.

Ils étaient à mi-hauteur d'une haute colline rocailleuse qui finissait en piton rocheux sur lequel se dressait un château-fort, château qui dégageait une atmosphère malsaine, même en plein jour il paraissait sombre et menaçant.

Plus bas, assez loin, ils aperçurent un petit village qui leur parut sortir tout droit d'une gravure du moyen-âge.

« Zabini...je crois qu'on est plus à Poudlard! Murmura Ron.

« C'est même sûr! Répondit le Serpentard atterré...je n'y comprend rien, comment sommes-nous arrivés ici?

Puis sur la route qui allait du village au château, ils aperçurent une charrette qui grimpait vers eux, chargée de tonneaux et tiré par un cheval près duquel marchait un homme qui le tenait par la longe.

Ils le regardèrent venir vers eux sans bouger en se disant qu'ils allaient peut-être pouvoir obtenir quelques renseignements.

Parvenu à leur niveau l'homme s'arrêta et baissa la tête sans un mot.

Toutes les semaines il venait livrer le vin au château et il connaissait l'agressivité dont faisaient preuve les soldats qui gardaient la porte, il ne fallait surtout pas leur donner l'occasion de laisser éclater leur méchanceté.

Totalement muet et immobile il attendit patiemment qu'ils lui donnent l'autorisation de pénétrer dans l'enceinte.

Ron et Blaise détaillaient avec surprise les vêtements dépenaillés et misérables que portait l'homme, s'arrêtant longuement sur les sabots de bois qu'il portait aux pieds, bourrés de paille pour avoir plus chaud.

Les deux jeunes hommes se jetèrent un regard médusé.

Des gens portaient encore des sabots de bois remplis de paille?

« C'est de plus en plus bizarre! Marmonna Blaise...et qu'est-ce que tu crois qu'il attend?

« Euh...dites monsieur! Le héla Ron en s'avançant vers lui et s'arrêtant aussitôt en voyant son mouvement de recul craintif.

Pourquoi avait-il peur de lui?

« Je ne vous veux pas de mal! Le rassura t-il en avançant encore...s'il vous plait, je voudrais juste que vous me disiez quel est cet endroit où nous nous trouvons.

Avec hésitation l'homme leva timidement les yeux sur lui, étonné, c'était bien la première fois qu'un soldat s'adressait à lui poliment.

En plus il trouvait la question plus que surprenante, comment ces soldats pouvaient-ils ignorer où ils se trouvaient?

Mais il ne lui serait pas venu à l'esprit de leur poser la question, cette idée ne l'effleura même pas, il n'avait absolument aucun droit à la parole, sauf si on lui posait une question.

Il n'était qu'un serf et tout les jours sa vie ne tenait qu'à un fil, chaque matin il ignorait si il verrait la fin de la journée, le seigneur du château, sa cour de petits nobles, et même ses soldats pouvaient faire de lui ce qu'ils voulaient, c'était la loi que faisait régner le seigneur de Kilsyth qui régnait en véritable tyran, et celui qui le tuerait ne serait même pas considéré comme un meurtrier, sa vie n'avait pas plus d'importance que celle d'un animal.

C'était ce que tous les gens de sa condition étaient, des bêtes de somme sur lesquels leur seigneur et maître avait un pouvoir absolu.

D'ailleurs ce dernier avait des loisirs très particuliers, il organisait des chasses à l'homme quelque fois, pour s'amuser, et la proie était choisie parmi les serfs condamnés pour des infractions très souvent mineures.

La justice rendue par le maître une fois par semaine était de toute façon en général très expéditive et cruelle pour tous.

Il y avait aussi ces femmes, et même des hommes, qui disparaissaient régulièrement, enlevés parce qu'ils avaient le malheur d'être beaux et d'avoir été repérés, ils étaient emmenés au château pour servir d'amusement les soirs d'orgie et de beuveries, certains en revenaient, complètement brisés, d'autres ne revenaient jamais.

Pour survivre il fallait se faire tout petit et surtout ne jamais attirer l'attention.

« C'est le château de Kilsyth votre seigneurie! Répondit l'homme avec déférence, depuis le temps il avait vite comprit que les gardes aimaient ces appellations largement au-dessus de leur condition, cela flattait leurs égo ...et le village porte le même nom.

« Kilsyth? Intervint Blaise en s'approchant lui aussi...on dirait un nom écossais non?

« Oui, nous sommes en écosse seigneur.

« Et en quelle année sommes-nous? Interrogea Ron en se demandant pourquoi il n'arrêtait pas de leur donner du seigneur à chaque phrase.

« D'après monsieur le curé en l'an de grâce 1025 seigneur.

« 1025? s'écrièrent en même temps Ron et Blaise, en croyant à peine leurs oreilles.

« Mon dieu! Souffla le rouquin abasourdis.

« Il faut absolument que nous réfléchissions! Fit le Serpentard l'esprit en ébullition...il faut rester calme et réfléchir...viens retournons dans la tour, au moins nous y serons au chaud.

« Oui...oui tu as raison! Répondit le rouquin sous le choc...merci monsieur, vous pouvez y aller! Dit-il à l'homme, lui donnant sans s'en rendre compte l'autorisation que ce dernier attendait.

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Severus, Harry, Draco et Neville, en étaient arrivés à la conclusion qu'ils s'étaient retrouvés propulsés dans le passé, apparemment au moyen-âge, suite à l'onde de choc provoqué par l'éclair qui avait dû ouvrir une sorte de porte temporelle.

Pourquoi s'étaient-ils retrouvés dans ces corps, ça ils l'ignoraient, y avait-il une raison ou bien était-ce un simple hasard? Ils penchaient pour la seconde option, mais ils savaient qu'ils n'auraient jamais la réponse à cette question .

« Alors vous pensez que Ron et zabini sont ici eux aussi? Fit Neville.

« Oui, il y a de fortes chances! Confirma le maître de potion...ils ont dû être touchés par l'onde tout comme nous.

« Dans ce cas il faut que nous les retrouvions! Décréta Harry...et qu'ensuite nous trouvions le moyen de rentrer chez nous.

« Pour le retour j'ai déjà ma petite idée! Annonça Severus.

Trois paires de yeux se braquèrent aussitôt sur lui avec intérêt et espoir.

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De leur côté Ron et Blaise en étaient arrivés aux mêmes conclusions, ils étaient là à cause de l'éclair et dans des corps dont ils ignoraient tout.

« Qu'allons-nous faire maintenant? S'enquit le rouquin...comment retrouver les autres? Même si on les a devant les yeux on les reconnaitra pas.

« Je sais bien! Fit pensivement le Serpentard, il réfléchissait rapidement tout en se frottant les mains au-dessus du braséro près duquel ils se réchauffaient...à première vue nous sommes des soldats censés garder le pont-levis non?

« Je dirais que oui! Confirma Ron.

« Les autres se trouvent certainement dans les environs, soit au château soit au village, et ils vont sûrement nous chercher eux aussi...

« Ouuuiii! prononça lentement le rouquin en se demandant où il voulait en venir.

« Alors ils finiront obligatoirement par passer par ici, je propose donc que nous restions ici et continuions à jouer notre rôle de garde...en espérant que ça ne dure pas trop longtemps...seulement le problème reste le même, comment va t-on se faire reconnaître?

« Je sais! S'écria subitement Ron, du ton de quelqu'un qui vient d'avoir une illumination...c'est tout simple, à chaque personne qui passera nous lui dirons...Poudlard...si c'est un des nôtres il réagira.

« Oui, pourquoi pas! Approuva Blaise qui ne voyait pas d'autre solution.

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« Vous croyez que ça marchera? Demanda Harry après qu'ils aient tous écouté Severus.

« Vous avez une autre solution à proposer? Répliqua le maître de potion.

« Euh...non.

« Mais il va falloir trouver du métal et attendre un orage! Intervint Draco...ça peut durer longtemps.

« Je sais que ce n'est pas simple! Admit Severus...mais je ne pense pas qu'il y ait un autre moyen, en attendant nous allons devoir vivre comme ceux dont nous occupons les corps...je suggère aussi que nous évitions à tout prix de nous faire remarquer, d'après le peu que j'ai vu cet endroit ne respire pas le bonheur et la joie de vivre, loin de là, le château est lugubre et dégage un air malsain, si le seigneur des lieux est au diapason je préfères que nous évitions de nous retrouver devant lui...n'oubliez pas que nous n'avons pas nos baguettes pour nous aider, nous sommes désarmés.

« Mais comment allons-nous faire pour vivre comme eux? Réagit Neville d'un air accablé, il aurait donné n'importe quoi pour rentrer à l'instant à Poudlard...nous ne savons même pas qui ils sont.

Le maître de potion jeta un regard vers la fenêtre à petits carreaux.

A cette époque le verre était très peu utilisé dans les maisons ordinaires, c'était des peaux ou du parchemin fin et huilé qui tenait lieu de vitre, ce qui faisait qu'on ne voyait pas très bien à travers, mais c'était suffisant pour se rendre compte que la nuit tombait.

« Ce soir nous allons rester tranquillement ici mais demain Potter et moi irons voir ce que nous pouvons glaner...ce n'est qu'un village, tout le monde doit se connaître, en faisant attention nous devrions apprendre tout ce que nous avons besoin de savoir.

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A bientôt!