Voici un premier chapitre. J'espère qu'il vous plaira.
Bonne lecture,
Chapitre 1 :Yuki
Le piaillement des oiseaux sur le rebord de sa fenêtre fit gémir la néréide qui était étendue dans son grand lit aux draps en coton et se délectait d'un doux rêve de son amant d'autrefois. A travers les rideaux légèrement entrouverts, les rayons du soleil filtraient pour venir réchauffer sa peau toujours aussi opaline par ce merveilleux matin de printemps. Son épiderme semblait même briller par endroits comme des cristaux. Ses cheveux soyeux et bouclés encadraient ses pommettes rosées alors qu'un délicieux sourire étirait ses lèvres. Ses courbes généreuses laissaient entrevoir des bretelles fines sur ses épaules nues. Tout en s'étirant et en geignant, la nymphe battit plusieurs fois de ses longs cils noirs afin d'émerger complètement et d'enrayer toute trace de sommeil. Une nouvelle journée l'attendait dans la meilleure guilde qui soit et cela lui ravissait le cœur. Songeant à cela, la fée réussit à trouver le courage de s'extirper de son lit alors qu'elle aurait aimé encore un peu savourer ce doux chant de l'aube foisonnant. Elle foula ses pieds nus sur le parquet alors qu'elle attrapait et passait rapidement une robe de chambre sur sa nuisette violette. Puis, elle farfouilla dans son armoire pour trouver la robe qu'elle porterait pour la journée. Fière de sa trouvaille, une robe légère bleue claire surmonté d'un nœud à la taille, l'élémentaire se rendit dans sa salle de bain pour apprécier le délectable contact de l'eau, son élément, sur son épiderme fragile. Les bienfaits du liquide la firent gémir alors qu'une imperceptible chaleur parcourait son ventre.
Après une bonne douche, où elle en profita pour se laver la tête, elle alla à la cuisine pour se préparer son petit déjeuner. Elle avait revêtu sa robe et s'était brossée les cheveux, qui soit disant passant lui tombaient jusqu'au creux des reins en des interminables boucles. Elle s'était également maquillée, rien de bien compliqué, juste un peu de mascara et de crayon afin de rester la plus naturelle possible. Fouillant dans les placards, elle sortit poêle, saladier et tasses. Dans le frigo, elle dénicha des œufs et du lait. Elle pourrait faire des pancakes, ce qui la fit sourire de plaisir. Tout en fredonnant, elle s'affaira à sa tâche avec grand sérieux et pressa des oranges fraîches pour agrémenter son repas. Une fois les crêpes cuites, la table dressée et la vaisselle faite, elle s'en retourna dans le couloir où elle prit la porte juste à côté de la sienne et se dirigea dans la pièce noire, connaissant parfaite celle-ci comme sa poche. Elle évita tous les obstacles avec élégance sur son passage. La jeune femme tira ensuite les rideaux avec lenteur puis s'approcha du lit dans lequel un bambin dormait. Juvia s'assit sur le rebord et caressa la chevelure de corbeaux qui dépassait au-dessus de la couette en de petites piques désordonnées. Elle pouffa en le contemplant avec amour. Le rejeton sourit imperceptiblement et la fée apprécia d'avantage cet instant. Chaque matin c'était le même rituel, mais elle ne s'en lassait jamais et adorait examiner le petit alors que la lumière du jour jouait avec sa crinière sombre. Son plus beau cadeau en ce bas-monde où elle avait tant souffert.
- Mon trésor, il faut se lever... susurra-t-elle au creux de son oreille.
L'enfant grimaça et couina alors que la femme-pluie se penchait vers lui pour lui donner un tendre baiser bruyant sur le front. Le garçonnet ouvrit les yeux et sourit en découvrant l'aquatique. Ces iris étaient d'un magnifique bleu océan et ceux-ci contrastait littéralement avec sa chevelure en pétard qui était indomptable. Juvia avait beau faire, ces cheveux là restaient indisciplinés malgré tous ses efforts. Celle-ci en retour le gratifia d'un immense sourire et le gamin tendit ses bras pour quémander un câlin et d'autres poutoux comme il aimait à les appeler.
- Maman...
Le brun soupira lorsqu'il finit par atteindre l'angle de la rue, déserte à cette heure-ci. La brume se dissipait tout juste alors que les premiers passants marchaient d'un pas rapide pour rejoindre leurs boulots. Il y était enfin après ce long voyage interminable. Ses fesses étaient en compote à cause de l'inconfort des sièges du train et ses muscles avaient besoin de se dérouiller après avoir été si immobiles. Il avait contemplé des paysages encore et toujours à perte de vu, ne pensant jamais en finir. Décidément, il préférait parcourir les sentiers que de rester amorphe, sagement assit sur une banquette. Réajustant son sac à dos, il épousseta sa veste avec nonchalance, souffla sur une mèche de cheveux qui lui tombait sur ses pupilles et s'engagea dans la ruelle d'un pas déterminé. Enfin de retour au bercail. Il avait vraiment hâte de tous les revoir, mais surtout de la revoir elle. Celle-ci lui avait tant manqué. Ses sourires, son rire, sa joie, son affection. Tout en elle lui avait manqué. Jamais il n'aurait imaginé que cela serait si dur à supporter. Il se rappelait encore parfaitement de sa douceur et de la chaleur de ses baisers divins. Mais, à présent, il était là et allait enfin pouvoir de nouveau la serrer dans ses bras. Il s'enivrerait de son parfum délicat et sensuel, alors que sa tiédeur le réconforterait.
Souriant bêtement alors que des promeneurs le dévisageaient incertains, l'homme observa la guilde qui se dressait devant lui. Non rien n'avait changé et l'odeur qui s'en dégageait était toujours la même. La famille avec un soupçon de folie. Le bâtiment s'imposait en maître dans cette ville et ses drapeaux se soulevaient légèrement tels des étendards à cause de la brise matinale. Des petits bruits se faisaient entendre à l'intérieur car il était encore trop tôt pour que les plus bagarreurs y soient et foutent un joyeux bordel.
Avec entrain, le taciturne poussa la lourde porte en bois qui grinça et aveuglé, il du refermer précipitamment les yeux. Lorsqu'il les rouvrit, un silence de plomb gagna la pièce et il entra prudemment alors que tous le dévisageaient, sidérés. Gray avança dans la foule, ses bottes résonnant en écho sur le plancher de bois. Plus personne ne bronchait comme si le temps avait finit par s'arrêter. Mirajane au comptoir vêtue d'une robe noire avait cessé d'essuyer sa choppe pour le reluquer avec méfiance. A vrai dire, tous les membres présents avaient cessé de respirer pour le détailler comme s'il s'agissait d'un revenant. L'homme soupira s'attendant bien évidemment à une telle réaction. Après tout n'était-ce pas lui qui avait dit qu'il ne reviendrait jamais. Retenant un juron dans sa barbe naissante, il s'avança au comptoir. Le maître, Macarov, avait ouvert un œil au moment où il était entré et ne somnolait plus au bout du meuble. Derrière sa canne, il scrutait la moindre parcelle du corps de son enfant. Il n'avait pas trop changé, si ce n'est sa musculature de rêve. Ses cheveux étaient toujours les mêmes, en bataille et sa mâchoire plus prononcée.
Se relevant avec difficulté, le vieillard sauta du bar et se dirigea résolument vers le mage de glace alors que celui-ci s'était arrêté pour le toiser.
- Et bien qu'avons nous là, fit le vieux avec une voix douce en souriant.
- Vite maman ! On va être en retard !
- Mais non mon chéri, ne t'inquiète pas, rit la fée.
Juvia et son enfant déambulaient dans les rues de Magnolia avec joie et légèreté. Le petit garçon fraichement lavé et habillé tirait la main de sa mère avec bonne humeur, impatient d'aller jouer avec les autres enfants de la guilde. Et puis, aujourd'hui une certaine personne venait leur rendre visite et il avait très hâte de la voir car il l'adorait. De plus, cela faisait quelques semaines que celui-ci était parti en voyage et le garçonnet avait hâte d'entendre ses merveilleuses histoires. Chaque soir, il le berçait d'une de ses fabuleuses péripéties. La bleue tentait de suivre désespérément la fougue de son garnement et sourit en songeant à quel point elle l'aimait. L'être le plus important à ses yeux. Le plus beau cadeau qu'elle avait reçu en ce bas monde. Il avait emplit sa vie d'un bonheur incommensurable, inimaginable. Dire qu'au départ, elle avait songé à s'en séparer. Finalement, il avait été une révélation et avait fait de sa vie un enchantement perpétuel. Non, jamais elle ne regretterait d'avoir été mère à ce si jeune âge. La tendresse qui émanait de lui l'avait maintenu dans le droit chemin et son existence avait irrémédiablement trouvé un sens.
Reconnaissant la guilde, le bambin lâcha la main de sa maman et sautilla d'impatience tout en courant autour d'elle en riant aux éclats. Il était si plein d'énergie que cela faisait chaud au cœur de l'amphitrite qui ne pouvait s'empêcher de le contempler. Elle avait failli le perdre lors de son accouchement et ne cesserait jamais assez de remercier dieu pour sa clémence. De plus, il semblait indubitablement avoir le même caractère que son géniteur. Elle adorait le voir si joyeux malgré le fait qu'il soit seul. Pas de frère ou de sœur, mais il ne s'en était jamais plaint.
- Attention où tu vas, tu risques de tomber...
- Mais non, aller maman, dépêche-toi !
Juvia accéléra le pas alors que l'enfant était déjà devant la grande porte et tenait sa poignée tout en frémissant et en se mettant sur la pointe des pieds. La fée hocha la tête une fois parvenue à sa hauteur et le petit ouvrit à la dérobée la porte et entra avec fracas. Une véritable tornade s'abattit.
- Bonjour tout le monde ! s'époumona-t-il.
L'enfant resta brusquement silencieux alors que tous les visages s'étaient tournés vers lui brusquement ne s'attendant pas à le voir débarquer. Tour à tour, le gosse observa les membres qui retenaient leur souffle, horrifiés. Le brun releva un sourcil intrigué en constatant que son oncle Natsu ne chahutait pas avec son propre fils alors que d'ordinaire il faisait un vacarme infernal en crachotant des flammèches partout. Son air était grave ce qui n'annonçait rien de bon.
Gray affalé sur un tabouret à boire une bonne bière et à raconter ses aventures s'était tut en constatant le nouveau bambin. Il fallait dire que la guilde en quatre ans s'était pas mal agrandie. Tant de nouveaux petits visages juvéniles. Erza avait eu une fille avec Jellal, leur liaison étant un grand secret pour le conseil qui recherchait toujours activement l'ancien mage saint. Cependant, cela n'empêchait pas la reine des fées de voir assez fréquemment son amant afin qu'il ait le loisir de profiter de sa fille et de cette mère aimante. Lucy et Natsu avaient bien entendu eudes enfants, des jumeaux, un garçon et une fille de trois ans. Lévy était fiancée à Gajeel depuis quelques mois et Mirajane venait d'annoncer quelques jours auparavant la venue du futur Draer, quatrième du nom. Autant dire que le taciturne se sentait un peu dépayser avec toutes ces nouvelles personnes. Mais ce nouveau regard avait quelque chose qui lui tirailla l'estomac. Comme si c'était de mauvais augure. De qui était-il ? Ces iris si limpides lui rappelaient étrangement ceux d'une autre créature mais il secoua la tête vivement pour la sortir de ses pensées sachant que c'était tout simplement impossible.
Juvia après avoir ôté sa veste à l'entrée, pénétra dans la grande salle et Mirajane laissa échapper son assiette alors que Lucy avait la mâchoire qui touchait le sol. Toutes les deux savaient très bien que la néréide finirait par débarquer, seulement, il y allait avoir un gros problème. Comment la guilde ne finirait-elle pas dévaster lorsque la fée découvrirait que son prince charmant était de retour. N'avait-elle pas laissé le temps guérir ses blessures ? Elle qui avait repris goût à la vie allait subir à nouveau un choc alors que tout semblait lui sourire.
L'aquatique tiqua en apercevant les regards contrits de ses amis. Quelque chose lui indiqua soudainement qu'il y avait un souci et qu'aucun n'osait s'aventurer sur ce chemin dangereux. Intriguée, la femme-pluie parcourut la moitié de la pièce pour rattraper son petit par les épaules alors qu'il était resté stoïque. Tout à coup, ses poumons se vidèrent de tout leur air lorsque ses prunelles croisèrent celles ardentes du maître des glaces. Il se tenait devant elle, à quelques mètres, toujours avec la même attitude désinvolte. Ses magnifiques cheveux ébène encadraient toujours ses traits froids et implacables. Et cette familière cicatrice au-dessus de son arcade, qu'elle aimait tant, était toujours aussi nettement visible. La seule chose qui avait changé était son corps. Encore un peu plus grand et surtout encore plus musclé. Inutile de dire que sous son tee-shirt, il devait avoir un abdomen en béton armé et que toutes les filles devaient soupirer sur son passage lorsqu'il se dénudait. Dire que l'élémentaire avait passé une nuit dans ses bras.
Ce vague souvenir refit surface comme une ride annonçant la marée, ce qui lui glaça le sang. Son cœur se serra aussitôt alors qu'elle avait du mal à déglutir correctement. Tant de pensées confuses se bousculaient en elle. Le désespoir qu'elle avait ressenti lorsqu'il l'avait abandonné à son triste sort, là-bas dans ces montagnes égarées. L'affection qu'elle lui avait témoignée et qu'avec un pincement, elle ressentait encore. La colère qui l'avait assailli comme une bombe à retardement alors qu'elle finissait par accepter le fait qu'il l'ait laissé en plan. Le remord d'avoir céder à ses charmes dévastateurs. Ce goût de trahison dans sa bouche sèche.
Un flot ruissela le long de sa pommette rougie suivit d'un autre. Sans s'en rendre compte, les larmes s'étaient mises à couler sans qu'elle ne puisse les enrayer. Plus rien ne comptait à part ce regard glacial face à elle. Le monde pouvait exploser cela lui était complètement égal. Une guerre aurait pu éclater, cela ne lui posait aucun problème car il était là. De retour, avec ces pupilles impassibles. Ô combien elle aimait cet homme après tout ce temps ! Même si de l'eau avait coulé sous les ponts, il n'en demeurait pas moins l'unique. Le seul amour véritable de sa misérable vie.
Son enfant en découvrant qu'elle ne semblait plus de ce monde, trop absorbée par son silence, décida d'intervenir et tira sur sa robe pour la sortir de sa rêverie. Sa mère pleurait, or il ne l'avait jamais vu ainsi, si démunie et désemparée. Cela l'effrayait de la voir ainsi, alors que c'était la maman, la plus géniale selon lui.
- Maman, qu'est-ce qu'il y a ?
Le muscle cardiaque de Gray ne fit qu'un seul saut périlleux dans sa poitrine. Avait-il bien entendu ce que ce gosse venait de dire ? L'avait-il vraiment appelé maman ? Non, il devait certainement se tromper. Ses oreilles devaient être encore bouchées à cause de la différence de pression entre ici et les monts enneigés. L'homme se laissa mollement tomber de son tabouret quand le garçon secoua plus vivement l'océanide.
- Maman ! Qu'est-ce qui se passe ? Maman !
Cette fois, la supplique éraillée de son fils finit par faire revenir la bleue de ses rêves et elle posa ses mirettes vers lui. Le poupon semblait inquiet au vu de ses grands iris ouverts. Incapable de se contenir d'avantage, l'amphitrite saisit le bambin dans ses bras, le serra fortement en expirant avant de le relever. Elle le pressa d'avantage sur sa poitrine, ses membres tremblants comme si elle avait froid ce qui désarçonna le petiot.
- C'est rien mon amour, on va juste rentrer.
- Quoi ? Mais on vient juste d'arriver ? se lamenta-t-il.
Personne ne disait mot jusqu'à présent, mais la dernière syllabe de la fée, fit finalement réagir Titania qui s'avança d'un pas alors que le fils de Silver s'était figé en entendant les paroles du petit garçon. Mère ! Elle était devenue mère en son absence ! Comment est-ce possible ?! Il pensait pourtant qu'elle l'attendrait et voilà qu'elle avait refait sa vie avec un autre !
- Juvia, attends. Tu dois écouter...
- Désolée, la coupa vivement l'autre en faisant un pas en arrière. Juvia ne se sent pas...Vraiment désolé…
Ces derniers mots furent étrangler par ses larmes qui ravageaient à présent son magnifique visage de dryade et elle se précipita vers la sortie en hoquetant. Sa précipitation fit tomber une chaise à la renverse alors que ses pas martelaient le sol. La porte claqua indiquant qu'elle venait de sortir pour fuir.
Bien entendu, les autres restèrent chagrinés sachant très bien qu'il en serait ainsi si un jour Gray réapparaissait dans sa vie. La jeune femme avait tant souffert par son absence. Il avait été si difficile pour elle de surmonter tous les obstacles qui s'étaient dressés face à elle. Par chance, tous avaient répondu présents pour la soutenir dans les bons comme les mauvais moments. Et pendant, ce temps où était-il-lui ? Quelque part là-bas dans ces montagnes perdues à ne pas avoir le courage d'affronter ses démons intérieurs. Les mages lui en voulaient pour son comportement qu'ils qualifiaient de puéril et sot. Même Natsu s'était juré de lui flanquer la plus belle de ses dérouillées pour avoir tant fait pleurer la pauvre ex-Phantom.
Le disciple d'Ul fut le premier à réagir alors que les filles dissimulaient du mieux qu'elles pouvaient leur effusion de sentiments. Il amorça un premier pas, le souffle court n'en croyant toujours pas ses yeux. Son instinct lui dictait de la suivre afin d'essayer de la retenir. Il voulait savoir. Qui était cet enfant ? Qui en était le père ? Qui était l'heureux élu qui avait fait pencher son cœur alors qu'il errait sans but ? Leur histoire était-elle réellement finie ?
- Juvia, parvint tout juste à articuler le créateur dans un murmure.
Oubliant ses affaires à ses pieds, le solitaire s'élança vers la sortie quand brusquement, il s'arrêta alors qu'une terrible vérité l'assaillait. Il ne savait plus où aller. Devait-il vraiment tenter de recoller les morceaux. Les autres n'avaient pas osé bouger tant ils étaient médusés par le spectacle offert. Une grande première. La plus belle des représentations pensa avec ironie le ténébreux. Se retournant prestement pour faire face à la foule, il croisa le bleu de la démone. Il serra les poings d'être à ce point ignare en ce qui concernait la naïade.
- Où vit-elle ? Est-elle toujours à Fairy Hills ?
Elle a quitté le pensionnat il y a deux ans de cela. Elle vit à l'angle du parc, entre le pont où passe le bras droit de la rivière et la bibliothèque municipale. C'est une grande bâtisse blanche dont les balcons sont décorés de fleurs. Tu ne pourras pas la manquer.
Gray hocha la tête d'un air entendu et remercia rapidement la barmaid pour ses explications avant de s'élancer au dehors sans leur accorder plus d'importances. Macarov marmonna puis remonta lentement les escaliers en direction de son bureau.
Le demon slayer courrait à perdre haleine. Une seule personne hantait ses pensées et ce n'était rien d'autre que cette belle sirène à la chevelure céruléenne qui faisait le beau temps et la pluie. D'ailleurs lorsque Gray leva les yeux au ciel, il constata que celui s'assombrissait à mesure qu'il galopait dans les rues. Bientôt les premières gouttes feraient leur apparition et il savait pertinemment qui en serait l'auteur. Le nudiste décida d'accélérer la cadence alors que son cœur était lourd. Il comprenait parfaitement qu'il l'avait blessé et voulait s'excuser pour ce qu'il avait fait mais selon lui à l'époque c'était le mieux à faire pour la jeune femme. Or, à savoir qu'elle referait sa vie avec un autre lui était insupportable et il se méprisait pour sa peur de vouloir connaître le bonheur.
Dans la guilde, certaines personnes expirèrent longuement au vu du phénomène puis retournèrent à leur vacation alors que Natsu demeurait immobile au milieu de la pièce, entre deux tables. La bouche grande ouverte, il papillonnait, ahuri que personne ne retienne Gray. Pourtant tous savaient ce qui l'attendrait s'il se rendait à l'appartement de la fée.
- Personne n'a jugé opportun de lui parler de Lyon ? hésita-t-il.
- Cela ne nous concerne pas, c'est à Juvia de le faire. J'entends Judo qui pleure, tu veux bien aller voir ce qu'il a, pendant que je vais border notre fille.
- Aye, aye...soupira l'autre en trainant des pieds vers l'estrade où un petit blond pleurait bruyamment.
Gray, le souffle court stoppa son allure en découvrant le haut bâtiment en pierres blanches. Il s'immobilisa devant et posa les mains sur ses genoux pour reprendre sa respiration. La dernière fois qu'il avait couru comme cela c'était lorsqu'une nuée d'animaux sauvages en avait eu après lui alors qu'il devait tout juste avoir dix ans. Sa gorge en feu, il avait l'impression de ne plus avoir bu une goutte d'eau depuis des lustres, ce qui lui arracha un sourire. Dire que la femme qu'il aimait était justement très brillante dans ce domaine. Il jeta rapidement un coup d'œil sinistre aux cieux. Une pluie fine commençait à se déverser, mais rien de bien méchant. Il en avait pour un moment avant de se retrouver tremper. Une fois remis, l'homme s'écarta de l'immeuble pour l'observer. Quelle fenêtre devait donner sur l'appartement de la bleue. Y avait-il un moindre indice traduisant sa présence ? Comme un idiot il n'avait pas pensé à demander le numéro de la porte et bien entendu, aucun nom n'était présent. Autant dire que s'il devait frapper à chacune, les habitants finiraient par appeler les autorités en pensant à un aliéné.
Scrutant balcon après balcon, le taciturne se mit à désespérer. Mirajane avait raison, cet endroit était rempli de fleurs de toutes sortes. Lesquelles pouvaient donc appartenir à la fille de Neptune. En y songeant, le brun s'aperçut qu'il ne connaissait pas trop ses goûts en matière végétale mais soudain, un vague souvenir le frappa de plein fouet. Alors que la guilde avait été dissoute et qu'ils déambulaient dans un marché à Crocus, il lui avait offert une rose blanche en guise de pardon après qu'il l'ait envoyé malencontreusement bouler. L'océanide s'était tant renfermée qu'il n'avait trouvé que cette solution afin qu'elle se remette à lui parler. Son sourire à cet instant lui avait paru si grand, si profond. Comment oublier ses pommettes qui s'étaient colorées d'un majestueux rose derrière sa façade timide. Il l'avait trouvé si craquante à ce moment là, qu'il n'avait pu s'empêcher de lui sourire bêtement.
Levant ses iris, il rechercha avidement l'objet de sa convoitise et le trouva, au détour du troisième étage. Un petit arbuste épineux dans une jardinière laissait entrevoir ses premiers bourgeons. Une grande porte-fenêtre laissait filtrer la lumière à travers des rideaux en voile bleu. Nul doute qu'il s'agissait bien du refuge de sa compagne. Ne perdant pas une seconde de plus, l'exhibitionniste se rua vers l'entrée.
Arrivé rapidement à l'étage voulu, pour avoir gravit les marches quatre à quatre, le magicien s'arrêta devant la porte, étant soudain pris d'angoisse. Que devait-il lui dire ? Comment rattraper le coup ? Accepterait-elle non seulement de lui ouvrir ? Comment se faire pardonner alors qu'il l'avait laissé comme une miséreuse dans ces contrées glacées. Elle aurait pu ne jamais en réchapper, mais il n'y avait pas songé sur le moment.
Le sculpteur inspira, chassant ses mauvaises pensées et frappa d'une poigne sûre. Derrière le battant, il entendit une voix cristalline crier, ce qui lui donna le tournis:
- Il est de retour ! Maman ! Vite !
Mais Juvia n'eut pas le temps d'indiquer que la personne dont son fils avait tant rêvé ne serait pas celle sur le seuil, que la silhouette du disciple d'Ul se dessina dans l'entrebâillement. L'enfant resta pendu à la poignée, déçu que ce ne soit pas l'argenté et afficha une moue triste. Ses petites mirettes perçantes toisèrent son interlocuteur avec méfiance, se souvenant que lorsque sa mère l'avait vu, elle s'était mise à pleurer.
- T'es qui toi ? demanda le môme méfiant.
- J'aimerai parler à Juvia, elle est-ici ? demanda calmement l'autre en serrant ses poings de frustration.
- Yuki, combien de fois Juvia doit-elle te répéter que tu ne dois pas ouvrir à n'importe qui ! sermonna la sirène en apparaissant à son tour.
La fée s'immobilisa en croisant la vision de son coéquipier et un frisson d'effroi parcourut son échine. Il avait eu le culot de venir jusqu'ici ! La néréide ferma un instant ses yeux pour contenir sa colère, ne souhaitant pas créer d'ouragan, avant de poser une main bienveillante sur l'épaule de son fils.
- Yuki, maman voudrait que tu ailles dans ta chambre.
- Mais, maman, je voulais...
- Ne discute pas ! répliqua l'amphitrite d'une voix plus autoritaire en lui jetant un regard aigre qui ne lui ressemblait pas.
- D'accord... souffla-t-il en s'affaissant.
Filant un coup dans le vide, le garçonnet traîna des pieds en direction du couloir, ce qui fit basculer un peu plus la porte en grand. L'aquatique la rattrapa alors que Gray rassuré de la tournure des évènements lui lançait un faible sourire en guise de salut. Pour toute réponse, il n'eut droit qu'à un regard noir de la part de la femme-pluie ce qui laissa coi. Bien évidemment qu'elle était furieuse contre lui et à sa décharge, il y avait de quoi. Ils restèrent un moment sur place à se fixer sans rien dire. Le visage de l'élémentaire était impassible, même ses prunelles ne brillaient pas de cette intensité qu'il avait déjà vu à son égard. Elle était là, sans y être avec son air farouche, une tigresse, ce qui glaça le sang du mage. Cela ne serait pas évident pour se faire pardonner.
- Ecoute, Juvia, je...
- Juvia n'a rien à vous dire. Au revoir Gray-sama...
Sur ces dernières paroles, la néréide referma brusquement la porte au nez du brun qui battit plusieurs fois des cils, choqué. Elle avait osé le couper en plein élan et de surcroit l'ignorait superbement ! De plus, elle avait employé le « vous, un comble pour ses oreilles ! Gray sentit la colère monter en lui comme un volcan en éruption mais s'abstint de se mettre à gueuler comme un veau devant une planche de bois. Il risquait de s'attiser les foudres des voisins pour tapage. Poussant un juron grossier, il posa sa main sur la porte ainsi que son front, ferma ses paupières et soupira de lassitude.
Pendant ce temps, la fée s'était affalée sur le battant, les larmes aux coins des yeux et son cœur martelait fortement contre sa poitrine. D'ailleurs, elle s'agrippa celle-ci avec force et gémit alors que les flots se déversaient sur ses joues. Vaincue, la jeune femme se laissa lentement tomber sur le sol, tel un déchet, alors que son garnement arrivait en courant vers elle, ne comprenant pas son brusque changement d'humeur pour la seconde fois de la journée.
- Maman, ne pleure pas !
Gray tressauta derrière le mur en entendant la supplique du petit et grinça des dents. Par sa faute, une fois de plus, elle était malheureuse. Ne serait-il donc capable que de ça ? La faire pleurer était-ce juste la chose qu'il pouvait faire ? Ne pourrait-elle jamais sourire en le voyant ? Comment recoller les morceaux ? Serait-elle à jamais brisée de sa traitrise après cette fabuleuse nuit où elle s'était offerte à lui et lui à elle. A ce moment là, il s'était senti si vivant, si rassuré, complet. Pourrait-il la laisser partir ? S'éloigner n'avait fait qu'empirer la situation plus que tordue et il le regrettait amèrement. Cependant, sans cela, il aurait été incapable de vaincre ses démons intérieurs car il se serait reposer sur son épaule pour le soulager de ses maux.
- Maman, dis-moi pourquoi tu pleures ? Qui est ce monsieur ? Est-ce que c'est lui ? Maman, ne pleure pas !
La voix rauque du gamin eut raison du degré de tolérance du maître de glace et il cogna vivement sur le mur. Du plâtre s'en détacha mais il s'en contreficha. Tout ce qu'il souhaitait s'était entré dans cette putain de pièce pour la serrer dans ses bras et de s'embaumer de son essence divine. Au dehors, le tonnerre rugit et un éclair aveuglant s'en suivi. Le ténébreux comprit alors qu'il n'y avait rien à espérer et que tout ce qu'il pouvait faire c'était d'attendre, comme elle l'avait fait autrefois. Jetant un œil par la fenêtre du couloir, il constata que la pluie était plus drue et avec un pincement, il commença son ascension vers la sortie.
Juvia en apercevant le regard inquiet de son rejeton, le saisit vivement et le plaqua sur elle en pleurant de tout son soûl. Le gamin resta incertain et entoura finalement les bras autour de son cou. Après tout n'était-ce pas de cette manière qu'elle le réconfortait lorsqu'il était triste de voir partir Lyon ou qu'il se blessait. La naïade gémit sa souffrance alors que des éclairs inondaient par alternance la pièce assombrie.
- Mon amour, Maman t'aime tant...
Gray ne savait plus où aller ni que faire. La pluie s'abattait sur ses épaules, alors que mains dans les poches, il errait l'âme en peine à travers les ruelles silencieuses. Les habitants qui avaient le courage de mettre le nez dehors, ne s'attardaient pas et se pressaient sous leur parapluie afin de se mettre à l'abri. Le regard vide, le ténébreux marchait lentement en fixant délibérément ses pieds. Plus rien n'avait de sens, ni d'intérêt. Aucune saveur. Il l'avait perdu…Elle…L'amour de sa vie…La belle océanide n'avait pas voulu lui parler, ni même un tant soit peu l'observer. Tout était réellement bel et bien fini entre eux. Il n'y aurait plus cette ivresse et cette chaleur dans ses pupilles océans. Plus ses mains sur son corps, dessinant chacune de ses cicatrises avant de leur déposer de tendres baisers dessus. Ses mains ne caresseraient plus ses cheveux afin de se perdre à l'intérieur. Plus le loisir de la sentir sous lui alors qu'il lui témoignerait sa plus sincère affection. Plus d'éclats, plus de soupirs…Le néant. Tout avait été balayé par le vent en fortes rafales. Le brun avait si mal dans sa cage thoracique qu'il avait envie de hurler à gorge déployée.
En y songeant, de toute manière, l'apprenti savait que cela finirait ainsi. En la laissant là-haut, il lui avait laissé ses souvenirs et son cœur. En revenant, il ne causait que du chagrin. Cependant, son envie de la voir avait été plus forte que tout le reste. Longtemps il avait médité sur son retour pesant le pour et le contre. Mais, c'était inévitable. Il voulait la revoir car elle lui manquait trop. Et là voilà mère ! Non décidément, le bonheur n'était pas fait pour lui.
Poussant un profond soupir de désespoir, il marcha dans une flaque qui eut raison de sa botte mais s'en ficha comme d'une guigne. Il n'avait pas d'attache. Pas de foyer, pas de famille, pas de femme…
- Gray ? fit soudain une voix face à lui.
Ledit magicien releva la tête en reconnaissant cette voix bien trop familière. La silhouette qui se dessina devant lui, ne le trompa pas au vu de sa musculature généreuse et de ce regard sévère. Lyon se tenait devant lui avec un sac balancé sur l'épaule. Il n'avait pas changé remarqua le fils de Silver. Toujours le même avec son manteau bleu et jaune et sa mèche rebelle qui partait sur le côté. Ses yeux espiègles le scrutaient de part en part, ce qui le mit mal à l'aise. Il avait l'impression d'être nu comme un vers, bien que la nudité ne soit pas une de ses principales causes de tracas.
Peu à peu, le visage de l'argenté vira en un rictus enthousiaste.
- Enfin de retour, il était temps.
- Ca faisait un bail, se contenta d'articuler l'autre d'une voix enrouée trahissant son désarroi.
- Tu m'as l'air tourmenté ? Que se passe-t-il ? Est-ce que par hasard, tu…
L'ainé des créateurs ne finit pas sa phrase pour la laisser en suspens dans le vide. Il avait compris au regard perdu de son comparse que celui-ci était entré en contact avec la sirène de Fairy Tail. Visiblement, les retrouvailles ne s'étaient pas très bien passées ce qui était à prévoir. Juvia lui en voulait tant pour l'avoir abandonner à son sort. De plus, elle avait dû subir tant d'épreuves seules, alors qu'il aurait dû être à ses côtés.
L'ancien ennemi fronça les sourcils, se concentrant pour maîtriser les émotions qui le submergeaient. En étant de retour, Gray allait mettre à mal sa relation avec la femme-pluie. L'homme ricana intérieurement sachant très bien que ce jour arriverait. Seulement, il aurait espéré qu'il ne vienne pas foutre la merde si vite. Il l'aimait comme un frère c'était indéniable, mais le mal qu'il avait causé à Juvia lui était insupportable. Il se retint même de le frapper ! Alors avec la courtoisie la plus serviable qui lui fut accordée, Lyon demanda :
- Viens, suis-moi, nous devons discuter.
- Discuter de quoi ? répliqua son interlocuteur sur la défensive.
- Tu le sais très bien, viens.
Sans plus de cérémonie, l'argenté fit signe au taciturne et celui-ci s'exécuta à contrecœur. Quelque chose lui disait qu'il allait apprendre des choses qui ne lui feraient pas très plaisirs et qui ne seraient pas agréables à entendre. Néanmoins, l'envie de se confier et de rester avec un visage familier l'incita à suivre son compagnon. Ils marchèrent au même rythme pendant un petit moment, tous deux très silencieux. Gray pouvait sentir l'électricité qui émanait entre eux si bien que cela accrue son angoisse déjà persistante.
Au détour d'un chemin, Lyon bifurqua en direction d'un pub. La cloche à l'entrée tinta, indiquant l'arrivée de nouveaux clients. Le patron émergea derrière son comptoir avec un torchon entre les mains. Un homme d'une cinquantaine d'année à la moustache sombre touffue et au crâne dégarni. En reconnaissant son hôte, il sourit à pleines dents.
- Lyon, quel plaisir de te revoir ! Que veux-tu aujourd'hui ? Je ne vois pas le petit Yuki, il n'est pas malade au moins ?
- Je suppose qu'il est avec sa mère, je ne suis pas encore passé, répondit l'autre poliment en lui serrant la main. Dis-moi, as-tu une table un peu à l'écart ? J'ai des affaires à régler.
- Pour toi, j'ai toujours ce qu'il faut.
L'homme agita la main et aussitôt, l'une des serveuses s'affaira à débarrasser une table au fond, bien à l'abri des regards indiscrets. Gray en profita pour balayer la salle des yeux. Visiblement il s'agissait d'un endroit plutôt agréable avec des boiseries bien entretenues et ses fauteuils confortables. Des couleurs chatoyantes peignaient les murs avec des tableaux rappelant des scènes maritimes ou dans les champs. Des gens de toute classe avec des enfants discutaient ce qui était un peu surprenant pour un bar. En faisant un peu plus attention, le brun s'aperçut que cela n'était pas un bar à proprement parlé mais plutôt une espèce de salon où l'on pouvait déguster pâtisseries et boissons. La pièce était peu bondée à cause du temps maussade au dehors, ce qui serait plus facile pour communiquer. De plus, il serait à l'abri et au chaud car à présent, le solitaire sentait son tee-shirt coller sur son torse mouillé. Cette sensation lui était forte désagréable. Il détestait se sentir étriqué et aurait bien opté pour tout enlever. Cependant, il ne voulait pas prendre le risque de se faire mettre à la porte avant de s'être enfin posé cinq minutes.
C'est dans le silence que les deux amis s'installèrent. Lyon se mit à l'aise en ôtant sa veste et posa un bras sur le rebord de sa chaise et croisa les jambes. Autant dire qu'il était plutôt bien et que cela ne le gênait pas que des filles un peu plus loin gloussent en découvrant ses biceps prononcés. Gray fulmina intérieurement et enleva également sa veste qu'il jeta d'un air dédaigneux sur la banquette à côté de lui. Il passa une main dans ses cheveux alors que des mèches lui collaient au front puis croisa les bras. Les deux hommes se défièrent pendant un long moment jusqu'à ce qu'une petite brune ne vienne les troubler en leur apportant à chacun une tasse de café bien fumante tout en rosissant à la vue du plus jeune. Visiblement, il lui faisait de l'effet.
L'arôme titilla le nez du ténébreux qui mourrait de faim et qui surtout n'avait plus bu une once de cet arôme depuis des lustres. Une fois le sucrier posé sur la table en bois vernis et après une petite courbette, la serveuse s'éclipsa alors que Lyon la remerciait platement pour sa rapidité. Il invita son comparse à boire d'un geste de la main et l'autre grinça des dents. Il ne supportait pas cette ambiance où il avait l'impression de ne plus rien maîtriser.
L'argenté tourna sa tasse dans sa main avant de la porter à ses lèvres et de sourire.
- Il n'y a pas à dire, ils font vraiment le meilleur café au monde.
- Bon et si tu arrêtais ton char et que tu me disais clairement ce qu'il en est, répliqua l'autre d'une voix cinglante.
- Ne te fâches pas, on a tout notre temps vu cette pluie. D'ailleurs, je suis sûr que c'est elle qui en est l'auteure. Tu l'as revu, n'est-ce pas ?
Gray repoussa sa tasse brûlante et leva les yeux au ciel puis lui lança un regard méprisant qui en disait long sur ce qu'il ressentait. Une fois encore, il se cachait derrière les apparences alors que quelques minutes avant l'ainé l'avait vu complètement déboussolé, à errer comme un spectre sans savoir où s'orienter. Lyon sourit mélancoliquement en ressassant leur passé commun. Le brun avait toujours été comme cela, derrière ses grands airs se cachait un cœur en or. Un être attentionné et surtout aimant ses proches. L'homme touilla pensivement sa boisson, un coude appuyé sur le rebord de la table pour y poser son menton. Etrangement le retour de son adversaire ne le gênait pas plus que cela. Il savait certes que la naïade hésiterait sûrement et que son choix serait difficile, mais savoir que son camarade était de retour avait en partie contribué à le rassurer. Il n'en pouvait plus de ce jeu dans lequel il s'était jeté la tête la première. Tôt ou tard, il en paierait les pots cassés et il risquait d'y avoir beaucoup de grabuges.
Inspirant calmement, le magicien leva ses pupilles vers le ténébreux qui l'observait, les lèvres pincées.
- Vu ta réaction, j'en déduis que tu l'as vu et qu'elle n'a pas très bien accepté ton retour...
- Si tu m'as fait venir pour remuer le couteau dans la plaie, vas-y fais toi plaisir mais je te préviens que je ne suis pas d'humeur clémente alors si je fourre mon poing dans ta gueule ne t'en étonne surtout pas !
- Du calme l'ami, répéta l'autre en levant les mains en signe de paix et en soupirant. Qu'est-ce que tu veux exactement savoir ?
- Qu'as-tu à m'apprendre ? rétorqua le nudiste sur le qui-vive.
- Et bien des tas de chose, sourit sardoniquement l'argenté.
Le taciturne sentit la colère s'accroître au plus profond de lui même. Cet idiot osait se foutre ouvertement de sa gueule ce qui commençait franchement à l'agacer. Il n'était pas de nature très patiente et ne supporterait pas qu'il le charrie pendant des lustres. Aussi, il déposa ses iris de tueur fou vers son coéquipier qui ravala son sourire prétentieux. Bien fait pour lui songea aussitôt le maître des glaces.
Le fils de Silver porta sa vue vers la fenêtre où la pluie se fracassait avec force, ruisselante sur les carreaux et réfléchit à quoi demander. Une seule question le hantait depuis qu'il avait croisé le chemin de l'océanide. Pourtant, il n'aurait jamais cru qu'un jour il penserait à une telle chose incongrue. Calmant sa hargne, il toisa de nouveau l'autre qui n'avait pas bronché et savourait son café, muet.
- Qui est le père de ce môme ?
Voilà, ça y est c'était dit…
Lyon reposa sa tasse avec lenteur ce qui accentua le malaise du créateur qui sentit ses pommettes s'empourprer légèrement. Soudain, les traits de son rival se figèrent dans une expression d'autorité. Pourquoi semblait-il si contrarié ? C'était sans doute le sien après tout vu les sous-entendus depuis le départ. Malgré le fait que cela le faisait rager Gray accepterait que sa merveilleuse nymphe ait refait sa vie avec cet imbécile heureux.
- Tu oses vraiment me le demander, Gray ?!
La voix du premier apprenti s'était rembrunie et son regard impassible. Ses pupilles dilatées comme ceux d'un animal sauvage se préparant à attaquer sa proie. L'exhibitionniste finit par hausser les épaules avec nonchalance pour indiquer qu'il se foutait de sa réponse bien qu'il mourrait d'envie de la connaître.
- D'ailleurs, il a quel âge ? Juvia ne m'a pas laissé placer un mot.
- Tu m'étonnes, s'emporta l'autre avec élan.
Constatant qu'il venait de commettre une bourde car le second le dévisageait avec véhémence, il se rassit prestement et déglutit péniblement.
- Il va avoir trois ans dans quelques semaines...
- Je vois.
Le naturiste se tut et porta sa tasse à sa bouche bien qu'une boule s'était formée dans sa gorge. Il ne serait sans aucun doute capable d'en avaler une seule goutte mais il voulait garder contenance devant cet espiègle qui le reluquait sans cesse. Le jeune homme ne souhaitait pas lui montrer à quel point ses révélations étaient difficiles à encaisser. Il tenterait de taire ses sentiments au mieux et devait surtout rester lucide. Malheureusement, son muscle cardiaque le trahissait car il bourdonnait dans ses tempes et son sang se répandait trop vivement dans ses veines, lui donnant des vertiges.
- Finalement, Lyon décida de combler le vide et enchaîna:
- Et toi, où étais-tu lorsqu'elle avait le plus besoin de toi ? Sais-tu au moins ce qu'elle a dû endurer seule ?
- Visiblement, elle s'en est très bien sortie, répliqua l'autre vexé. Elle a su me remplacer.
- Tu le crois vraiment ?
- Tu vis avec non ? Donc j'en déduis que ce petit est le tient et que tu n'as pas perdu une seconde après mon départ.
Lyon soupira exagérément en repoussant sa choppe alors que son rival le dévisageait d'un regard aigu. Malgré toute sa bonne volonté, Gray ne pouvait s'empêcher d'être aussi criard et lunatique. Cela lui était impossible de faire semblant en sachant que ce prétentieux de Lamia Scale avait profité de la bleue.
- Macarov et Obabassama acceptent que nous vivions ensembles, bien que nous soyons de guildes différentes. Je ne pouvais pas la laisser seule, pas après ce que tu as fait.
- Ce que j'ai fait était pour son bien ! s'écria le concerné.
- En es-tu certain ? Elle a tant pleuré pour toi...
- Elle s'en est remise non ? fit-il furieux en croisant de nouveau les bras. Elle a couché avec toi et vous avez eu ce gosse. Qui l'a touché sinon ! Juvia était mienne ! s'emporta le brun.
Cette fois, l'argenté frappa du point sur la table, furieux. Le ténébreux était vraiment infernal et borné quand il s'y mettait. L'ainé ferma un instant ses paupières pour chercher ses mots puis les rouvrit pour toiser son ancien camarade qui le scrutait intensément. Ses iris flamboyaient sous ses mèches sombres.
- T'es vraiment un crétin Gray ! De un, je n'ai jamais touché à Juvia et de deux, le père de cet enfant n'est autre que celui qui a prit la vertu de sa mère.
Gray sursauta comme si on venait de lui piquer les fesses avec un hérisson, puis se renferma brusquement. Comment pouvait-il prendre autant de plaisir à le tourmenter alors que le maître de glace s'enlisait dans une vase sans fond. Il suffoquait même déjà alors que ses membres tremblaient.
- C'est de mauvais goût ta plaisanterie.
- Parce que tu ne me crois pas ?! se scandalisa l'autre ahuri. La crois-tu capable d'aller voir ailleurs si l'herbe est plus fraiche ?! Elle n'a jamais aimé que toi !
Lyon sans s'en apercevoir s'était dressé d'un bond, de la sueur s'écoulant sur son front tiré alors que le temps était humide. Ses petits yeux noirs étaient injectés de défis et de mépris pour son compagnon d'arme qui était bien trop benêt pour accepter la réalité telle qu'elle était. Un idiot doublé d'un rustre voilà qui était son ami d'enfance. Il n'avait jamais saisi l'ampleur des sentiments que la sirène éprouvait à son égard et il le maudissait en cela. Il aurait tant aimé être à sa place ! Certes, après de départ du brun il avait consolé Juvia et l'avait réconforté mais malgré sa faiblesse jamais il n'aurait osé la séduire en de pareilles circonstances. Il voulait gagner à la loyale son cœur. Cependant, c'était une cause perdue d'avance car derrière ses façades, la bleue dissimulait son affection qui perdurait pour le brun. Le soir, il avait très souvent remarqué la tristesse à l'intérieur de ses prunelles alors qu'elle admirait les étoiles. Elle devait sans aucun doute se demander si son prince charmant ne les regardait pas au même moment.
L'argenté attrapa le col du tee-shirt de son comparse et le secoua alors qu'il lui hurlait dessus comme un dément. Les clients autour s'empressèrent de s'écarter de peur de recevoir un coup et le patron de la boutique, mécontent d'un tel raffut, s'empressa de sortir de derrière son comptoir.
Gray quant à lui était dans un état second. Son cœur avait cessé de battre et sa respiration était par intermittence. Ses pupilles s'étaient écartées sous le choc. L'émoi nouait ses entrailles lui créant une terrible douleur dans le ventre. Sa bouche légèrement entrouverte accentuait sa surprise. Un fils...Il avait un fils...Comment était-ce possible ? Par quel miracle cela s'était-il produit ? Il n'avait partagé la couche de la néréide qu'une seule et unique fois et pouvait encore se rappeler de cet arôme enivrant qui l'avait fait frémir entre ses doigts fins. Cette saveur exquise de ses lèvres pressées contre les siennes. Ses soupirs d'extase alors qu'ils dérivaient dans un autre monde. Une nuit impossible à oublier. Il en serait à jamais marqué tel le fer rouge sur un animal prêt pour l'abattoir.
Le gérant se racla la gorge en arrivant à leur côté et l'ainé lui lança un coup d'œil réprimant.
- Lyon, tu devrais te calmer où je devrais te mettre à la porte, chuchota-t-il dans sa moustache. Je t'aime bien, mais si tu fais fuir ma clientèle ça va chauffer mon garçon.
Le magicien observa la salle et croisa les visages stupéfiés des adultes pour un tel comportement excessif et ceux horrifiés des enfants. Inspirant profondément pour faire taire sa colère, il lâcha le fils de Silver qui restait inerte et se rassit en boudant. Le patron le remercia d'un petit hochement de tête puis s'en retourna à ses préoccupations en indiquant à ses hôtes que tout allait bien et qu'ils pouvaient continuer à savourer thés, gâteaux et autres mets délicieux.
Lyon croisa jambes et bras pour démontrer qu'il n'était pas très enclin à toute conversation inutile et ferma les yeux. Gray, quant-à lui était toujours dans un état second, ses paupières clignant par interruptions régulières. Sa tête vacillait sur ses épaules soudain devenues trop lourdes pour lui. La chaleur parcourait chaque centimètre de sa peau comme un volcan en fusion, le brûlant à plus de cent mille degrés. Ce petit être camouflé dans la jupe de sa mère alors qu'elle refermait la porte sur lui était son rejeton ! Incroyable ! Cela expliquait sans aucun doute le comportement de la fée dès qu'elle l'avait aperçu. Elle lui en voulait d'avoir été absent pour lui. Mais pour elle alors ? Que ressentait-elle à présent ? Cette jeune femme-pluie était-elle toujours amoureuse de cet être égoïste qu'il était ?
- Tu sais, repris l'argenté, Juvia n'a pas eu une grossesse facile. Lorsqu'elle l'a découvert, elle était anéantie et ne savait pas à qui se confier. Je l'ai croisé près de la rivière à pleurer de tout son soûl. Elle t'en voulait déjà terriblement pour ton départ précipité, mais je ne pouvais pas l'en blâmer car moi-même je ne comprenais pas ton geste. Alors, je suis resté et elle a fini par se confier. Personne dans votre guilde n'était au courant. Elle a dû traverser cette épreuve seule. Alors, je me suis proposé de faire croire qu'il était le mien. Elle m'a regardé avec de ses yeux si horrifiés. Comment pourrai-je un jour les oublier...Elle m'a dit qu'elle n'en ferait rien, que ce petit était le tien...Je n'en revenais pas. Toi et elle...Alors que tu as toujours été si distant avec elle...
Lyon se tut un instant à ses souvenirs douloureux partagés avec l'aquatique et le brun resta de marbre, écoutant attentivement chaque phrase pour en mesurer la portée. Cependant, ses poings tremblaient contre une rage incontrôlable envers lui-même. Quel idiot il avait fait ! Il n'avait pris aucune précaution et jamais n'aurait songé qu'un enfant verrait le jour pour un seul instant de faiblesse.
- Bref, elle a longtemps hésité à le garder. Il était ton enfant et en cela, elle voulait le chérir. Elle disait que si un jour tu revenais et qu'elle n'était plus là, tu aurais eu toi aussi besoin de quelqu'un à aimer. Ce sont ses mots propres. Mais, être mère à tout juste vingt-ans lui semblait exubérant et aussi le fait que ce petit grandisse sans connaître son père. Une décision douloureuse. Bien entendu, comme tu as pu le voir, elle a opté pour le garder. Juvia l'a annoncé à la guilde sans mentionner qui en était le père. La plupart suppose que c'est moi pour avoir peu de temps après aménagé à Magnolia. Je lui rendais visite le plus souvent possible car sa maternité ne se passait pas très bien. Elle a été malade comme un chien pendant des semaines, à régurgiter tout ce qu'elle arrivait à ingérer. J'ai cru qu'on allait la perdre tant elle était devenue maigre. Mais, pour toi et pour l'amour qu'elle te portait, elle a tenu bon et son état a fini par s'améliorer. Huit mois se sont écoulés et elle a perdu les eaux avant le terme. Son accouchement a été la pire chose de ma vie. J'ai attendu des heures dans le couloir sombre alors que l'orage au dehors se déchaînait et qu'elle hurlait sa souffrance. Wendy qui assistait Polyussica est sortie à un moment, la robe couverte de sang et là j'ai compris que quelque chose clochait. Elle a failli y rester !
Le ténébreux fut soudain pris de malaise en songeant à la situation dans laquelle il avait précipité l'élémentaire. Il regrettait énormément son geste bien qu'il était nécessaire pour leur vie à tous les deux. Jamais il ne pourrait éradiquer ce malaise qu'il avait créé par son abandon. Savoir qu'il aurait pu ne jamais la revoir lui provoqua des frissons qui hérissèrent les poils de ses bras et de sa mage de glace culpabilisait à l'idée d'imaginer la naïade se tordre de douleur, son visage déformé et humide de larmes en pensant à lui qui était si loin. Le disciple d'Ul ferma les iris et grinça des dents, son ire atteignant son apogée.
L'ainé poursuivi son long monologue.
- Elle est restée un moment alitée et tout ce qui la préoccupait c'était son bébé qui était né avant le terme car elle craignait pour sa petite vie alors que la sienne était dans un état critique. Par chance, les poumons de Yuki étaient suffisamment murs pour lui permettre de respirer. Finalement, elle a eu assez de forces pour refaire surface et six mois plus tard, d'un commun accord, nous aménagions ensemble. Je ne pouvais pas la laisser seule avec ce nourrisson alors que je percevais dans ses yeux cet infini chagrin à ton égard. Si tu savais à quel point j'ai pu te détester pour ton acte de lâcheté. Fairy Tail n'a jamais cherché à savoir si j'étais vraiment le géniteur de ce gosse. Et le temps a passé. Yuki a grandi avec l'amour de sa mère, a fait ses premiers pas, dit ses premiers mots, a usé de ses dons. Je me rappelle lorsque Juvia complètement paniquée m'a appelé alors que j'étais à Lamia Scale pour un compte rendu. Yuki s'était enfermé le bras dans un bloc de glace et elle ne savait pas quoi faire de crainte de lui faire du mal. J'ai du repartir en trombe par le premier train.
A ce souvenir, un sourire chaleureux s'était dessiné sur le visage de Lyon alors qu'il posait son menton dans ses mains, l'air rêveur. Gray sentait son mal-être progresser en lui comme une trainée de poudre. Tout ce temps perdu à ses côtés, toute cette peine non dissimulée. Comment pourrait-il racheter ses erreurs ? Visiblement aucun autre n'avait pris possession de son cœur et il la voulait pour lui tout seul. Ce long périple lui avait fait prendre conscience de bien de choses et notamment son amour sincère pour la belle sirène qu'il savait en sécurité à Fairy Tail. Néanmoins, celle-ci ne semblait pas d'accord pour qu'il ressurgisse comme un cheveu sur la soupe. Son regard se fissura alors que son rival le fixait avec insistance.
- Tu t'en veux n'est-ce pas ?
- Je ne vois pas de quoi tu parles, mentit Gray en détournant la tête pour observer la rue.
L'argenté soupira par l'attitude si désinvolte de son camarade. Il savait très bien que ce n'était une fois de plus qu'un masque. Pas besoin d'être un grand génie pour voir les mirettes troublées du nudiste. Une lueur étrange en avait pris possession, même un aveugle s'en serait rendu compte. Les deux hommes restèrent un moment silencieux. Lyon dégustait sa tasse alors que Gray scrutait toujours le ciel par la fenêtre trempée.
- Crois-tu qu'elle me pardonnera ? souffla, dans un murmure, le ténébreux.
L'ainé redressa la tête vivement, n'en croyant pas ses oreilles et constata que son compagnon d'arme tremblait d'effroi alors qu'il gardait la vue sur la rue. Finalement, celui-ci décidait enfin de se laisser aller. Juvia avait vraiment fait des merveilles avec cet être au cœur de glace. Jamais de toute son existence Lyon aurait cru capable cela un jour. Le cadet finit par reposer son attention sur son ami et celui-ci en mesura l'intensité. Il était vraiment attristé de ce qui s'était passé pendant son absence, pas de doute là-dessus. Une nouvelle facette de lui, la plus belle qui soit.
- Tu l'aimes, n'est-ce pas ? chuchota à son tour son rival.
- A en mourir, répliqua le fils de Silver, malgré ses joues cramoisies.
- Alors laisse-lui le temps, elle reviendra vers toi. Je vais essayer de lui parler pour la raisonner.
- Merci, se contenta de dire l'autre abasourdi de la tournure de leur discussion.
Les magiciens continuèrent à savourer leur café et puis quand vint l'heure Lyon se retira alors que Gray resta là, pensif, à contempler la pluie.
Alors, est-ce que ce premier chapitre vous a plu ? Il devrait y en aura deux autres et un épilogue.
A bientôt
