Le soleil, filtré par une fente entre les rideaux, laissait une raie de lumière sur les yeux de Kanon, ce qui le réveilla. Il était chez Miyavi depuis environ une semaine et dormait sur son canapé depuis. Les quelques vêtements qu'il avait étaient en pile à côté de son lit de fortune et le reste des ses effets nécessaires dans son sac à dos.

Il se leva et alla prendre sa douche le plus discrètement possible. Celui qui l'hébergeait dormait toujours et il n'avait aucune envie de le tirer de son repos bien mérité, il lui était beaucoup trop reconnaissant.

Depuis qu'il avait emménagé là, il avait reprit confiance en lui, grâce au soutient du gringalet et à son éternel optimisme. Sans s'en rendre compte, il commençait à s'excuser beaucoup moins souvent. Lui qui avait l'habitude de marcher la tête baissée, il arrivait à la maintenir haute en présence de ses amis. Seul la mention de Matsui le faisait se refermer comme une huître. Sous les recommandations de son nouvel ami, il ignorait toutes les interpellations du manageur, prétextant avoir une occupation plus importante lorsque ce dernier le faisait demander.

Il sortit de la douche et, après s'être habillé, alla se préparer un petit déjeuner, soit des toasts. Il se dépêcha à les manger et, comme il était pressé, ne prit pas le temps de saluer le chanteur lorsque celui-ci sortit de sa chambre. Ce dernier, à peine réveillé, les yeux péniblement ouverts, ne comprit pas immédiatement que son locataire venait de quitter les lieus.

* * *

Son arrivée fut ponctuée d'un petit clopinement joyeux ainsi que du son de sa basse qui rebondissait sur son dos. Bou le rattrapa alors qu'il pénétrait dans l'ascenseur.

-Hé, Kanon! Ça va?

Ce dernier lui adressa un sourire resplendissant auquel les autres commençaient à peine à s'habituer tant c'était tout le contraire de son caractère introvertie habituel.

-Parfaitement! S'exclama-t-il. Et toi?

Le blond fit un petit hochement de tête positif et commença à lui raconter la soirée qu'il avait passé avec Miku et Teruki la veil. Lorsque la porte s'ouvrit sur leur étage, ils croisèrent Minami et Sana en grande discussion qui entraient alors qu,eux sortaient, ainsi que Matsui qui écoutait distraitement la mère de Bou au cellulaire. Ce dernier fixa Kanon tout le temps qu'il fut dans son champs de vision, tandis que celui-ci faisait tout pour éviter son regard. La bassiste s'était raidit en le voyant, chose que le guitariste ne manqua pas de voir, et ne se détendit que lorsqu'il entendit l'ascenseur se refermer.

-Quelque chose ne va pas? Demanda le blond, le ramenant à la réalité.

Le danger étant passé, il se remit à sourire, un peu moins jovialement cependant.

-Oh, c'est rien… simplement, j'ai un peu peur que ton père m'en veuille…

Ce qui était la vérité, enfin, en partie. Le plus vieux fut intrigué par cette remarque.

-Comment ça?

Se rendant compte que son ami ne connaissait pas Matsui comme lui le connaissait, il se ravisa sur ce qu'il avait failli laisser échapper.

-C'est juste que je n'ai plus le temps d'aller le voir lorsqu'il me fait demander ces temps-ci…

-Ah bon…

Ils atteignirent leur local et, y pénétrant, le noiraud en profita pour changer de sujet, tandis que les deux autres étaient là.

-Au fait… tu ne devineras jamais! S'exclama-t-il, soudainement encore plus enjoué.

L'excitation dans sa voix eut l'effet escompté et le blondinet tomba immédiatement dans son jeu, désireux de savoir.

-Je sens que, peu importe si j'essaie ou pas, tu vas me le dire avant que je devine, répondit Bou avec un sourire en coin.

Kanon inspira profondément. Il devait contrôler son humeur pour ne pas laisser paraître son euphorie presque hystérique qui s'insinuait tranquillement en lui pendant qu'il racontait son histoire.

Depuis qu'il avait emménagé chez lui, Miyavi avait une drôle d'influence sur les humeurs du bassiste, même si celle-ci était bénéfique.

-Hé bien… j'ai déménagé, il y a quelque jours… et tu ne devineras jamais chez qui! S'exclama-t-il.

Le guitariste haussa un sourcil dans un moment de perplexité.

-Bon, comme je veux garder le suspens plus longtemps, je vais te raconter ce qui s'est passé… Il inspira un bon coup puis se lança. Alors, tu te souviens, l'autre jour où j'étais malade? Ben en fait, j'ai tout de même essayé de venir à la réunion, mais comme j'atteignais l'entrée de l'immeuble, j'ai rendu le peu que j'avais dans l'estomac, de la bile entre autre… alors j'air rebroussé chemin…

Bou fronça les sourcils en s'apercevant que Kanon leur avait mentit ce jour-là.

-Mais… commença-t-il.

Je sais! L'interrompit Kanon en levant les mains, geste signifiant qu'il s'en excusait. Désolé pour ça… Lorsque j'ai rebroussé chemin, j'ai bousculé une personne au passage. Enfin bon, sur le coup je n'ai pas trop remarqué qui c'était. Le lendemain, après ma rencontre avec Matsui, -il prononça son nom avec beaucoup de contrôle pour éviter que asa voix ne tremble-, hé bien, j'ai aidé cette même personne qui cherchait le local où Minami faisait sa session de photo et je me suis finalement rendu compte que c'était Miyavi.

S'immisçant soudainement dans la conversation, Teruki interrompit Kanon alors que celui-ci allait continuer sur sa lancée.

-Et pourquoi tu n'as pas demandé à l'un de nous si tu vouais déménager?

Le mensonge, comme à son habitude, coula de lui même.

-Eh bien, Miyavi était chez moi lorsque ma plomberie à sauter et il ma gentiment invité à rester chez lui quelques temps, jusqu'à ce que tout soit réparé. Les voisins du dessus ont aussi des problèmes de tuyaux et ceux du dessous sont inondés à cause de ça…

Se contentant de ce mensonge, Teruki alla s'installer à sa batterie et se mit à la marteler de coup, signifiant aux autres qu'il était peut-être temps de commencer, ce qu'ils firent. Le temps sembla passer beaucoup trop rapidement pour le bassiste qui n'avait pas pris autant de plaire à être là depuis longtemps. Durant un instant, il souhaita que Miyavi soit également présent, songeant que son bonheur serait complet à ce moment-là. Seulement, rien n'est fait pour durer éternellement et Kanon eut l'impression de recevoir une grande claque lorsque la porte du local s'ouvrit sur Matsui, interrompant leur répétition.

-Kanon, -il avait l'air calme, mais ses yeux exprimaient une colère que seul l'interpellé remarqua-, j'aimerais que tu passes me voir après la répétition s'il te plaît.

Pétrifié, le bassiste ne put que faire un hochement de tête à l'attention du manager. Celui-ci, satisfait, referma la porte, un sourire triomphant aux lèvres.

Quant à lui, Kanon se sentait de plus en plus désespéré. Il était dégoûté d'être encore aussi soumis à ce monstre et découragé de sentir les larmes lui monter aux yeux. Il dut se faire violence pour les contenir.

Interprétant le silence songeur du bassiste comme une réflexion sur ce que lui voulait le père du guitariste, Teruki s'en mêla.

-Eh bien, je crois que la répétition est terminée…

Sur ce, il se leva et alla ranger ses baguettes dans son sac, aussitôt suivi de Miku, qui prit son manteau et son foulard, et par Bou, qui déposa sa guitare sur son socle.

Résigné, Kanon rangea sa basse dans son étui et la passa en bandoulière. Il prit sa veste sous son bras et quitta la salle silencieusement derrière les autres. Ils se séparèrent devant la porte du bureau de Matsui. Quand les trois autres furent à l'autre bout du couloir et que leurs voix ne lui parvinrent plus, le jeune homme aux cheveux noirs ouvrit la porte et pénétra à l'intérieur.

* * *

Ce fut Bou qui vit Miyavi le premier lorsqu'ils furent à l'extérieur du bâtiment. Il fut sur lui en moins de deux, le sourire aux lèvres.

-Je sais pas ce que tu lui as fait, dit le blond sans se présenter, mais Kanon n'a jamais eut l'air aussi heureux!

Lui prêtant vaguement attention, Miyavi jeta un regard vers la porte de l'immeuble, mais ne vit pas le bassiste se joindre aux membres de son groupe, ce qui l'inquiéta légèrement.

-Et il est où, lui, au fait? Demanda-t-il.

-Il est avec mon papa! Clama le blond joyeusement.

Le guitariste de haut renom eut du mal à faire comme si de rien n'était en apprenant cela, ne voulant pas éveiller les soupçons des amis du bassiste. Il se contenta donc de hausser les épaules et de remercier le guitariste de An Café avant de pénétrer à l'intérieur de l'édifice où Erika afficha un sourire des plus adorable, dévoilant sa joie et sa surprise de le voir en ces lieux. Il ne fit pourtant que la saluer, prenant directement l'ascenseur pour monter à l'étage du bureau de Matsui.

* * *

Cette fois, il avait décidé de rester debout près de la porte pour pouvoir fuir à tout instant. Seulement, l'homme assis au bureau ne semblait pas de cet avis, car il se leva et, avant que Kanon n'ait le réflexe de prendre la poignée dans sa main, le père de son meilleur ami lui encerclait les épaules et le conduisait à son siège habituel, retournant ensuite au sien. Ses traits étaient plus doux qu'à l'habitude, mais son expression restait indéchiffrable.

-Tu sais, commença-t-il, je me suis particulièrement ennuyé de toi ces derniers temps…

Kanon se crispa. Il détestait l'intonation mielleuse que l'homme face à lui avait prise. C'était si inhabituel et si hypocrite.

Car tous deux savaient que ce n'était pas pour finir par une chaude poignée de main et des sourires heureux et entendus. Seulement, cette fois, il eut une soudaine poussée d'adrénaline qui l'empêcha de se laisser écraser par Matsui.

-Vous vous êtes surtout ennuyé de mon cul oui… siffla-t-il, hargneux.

Son manager se figea, surpris par ce brusque changement d'attitude de la part de son jeune protégé. Il se plut pourtant à jouer le jeu, continuant son manège hypocrite.

-Ne dis pas ça… continua-t-il de sa voix mielleuse. Tu sais parfaitement bien que je t'aime…

Fait étrange, le bassiste parti d'un rire bruyant, autant amusé et écœuré que nerveux.

-Comme si vous étiez capable d'aimer quelqu'un… Vous trompez votre femme et utilisez votre fils à des fins personnelles… Alors ne venez pas me dire que vous aimez le petit inconnu que je suis.

Ces paroles firent éclater Matsui. Ce petit se croyait beaucoup plus fort qu'auparavant et ce n'était pas bon du tout. Cet enfant n'était rien et il allait le savoir dans les prochaines secondes.

Le plus âgé se leva donc de son siège et contourna son bureau. Il tourna la chaise du musicien face à lui empoigna celui-ci par les cheveux, plaquant ensuite ses lèvres surmontées de poils sur les siennes. Kanon tenta de se débattre de son mieux, mais rien n'y fit. Lorsque le moustachu tenta d'insérer sa langue, elle fut accueillie par une dentition plutôt agressive qui l'attaqua. Le jeune homme tint un moment, laissant son agresseur enfoncer ses doigts dans sa chaire de douleur et de colère.

Lorsqu'il finit par lâcher, il eut droit à un coup de poing assez violent au visage.

Les coups se mirent à tombe sur lui comme la pluie battante lors d'une tempête, violemment et répétitivement, l'empêchant de voir quoi que ce soit.

Alors qu'il croyait que tout était perdu pour lui, les coups cessèrent. Pourtant, le bruit d'un poing qui s'abat dans le ventre de quelqu'un ainsi que le bruit de la chute d'une personne se firent entendre, obligeant Kanon à ouvrir des yeux qu'il voulait garder clos.

Sa surprise fut à son comble lorsqu'il vit que Miyavi était penché sur Matsui et qu'il le vit cracher à son visage avant de se tourner vers lui.

-Ça va aller? Demanda ce dernier en lui tendant la main.

L'ombre d'un sourire passa sur le visage de Kanon.

Heureusement pour lui, il n'était plus seul dans ce gouffre et c'était ce qui lui avait donné la force de résister.

* * *

Tous deux étaient couchés depuis près de deux heures, seulement, Kanon n'arrivait pas à s'endormir, beaucoup trop agité par les événements vécus un peu plus tôt. Il aurait donné cher pour avoir Miyavi à ses côtés à ce moment précis.
Soudainement mû par un drôle d'instinct, le jeune bassiste se leva et fila comme une ombre jusqu'à la chambre de Miyavi où celui-ci dormait paisiblement, sa respiration régulière résonnant de manière rassurante dans la pièce. Le plus jeune referma silencieusement la porte derrière lui. Tout en sachant ce qu'il faisait, il savait également qu'il était totalement en train de perdre le contrôle de lui-même.
Il se glissa jusqu'au lit de son ami et monta rapidement dessus, ce qui perturba le sommeil de Miyavi.
Le visage de Kanon au-dessus du sien fut la première chose qu'il vit.

"Mais qu'est-ce que…" Commença le chanteur, mais tous mots furent interdits de sortis par les lèvres de Kanon se pressèrent sur les siennes.

Le plus vieux ne considéra pas ce réveil désagréable, bien que brutal, mais il se défit rapidement de la proximité que Kanon avait mis entre eux, roulant sur le côté vide du lit.

"Mais qu'est-ce que tu fais? " S'exclama Miyavi tout en dévisageant Kanon avec une certaine incrédulité.

Ce dernier tenta à nouveau de briser la distance que les séparaient l'un de l'autre, mais Miyavi ayant les bras beaucoup plus longs que les siens, il le maintint à une distance raisonnable par leur seule force.

"Je voudrais te remercier de tout ce que tu as fait pour moi jusqu'à présent…" susurra le plus jeune en se penchant une nouvelle fois sur le plus vieux qui avait relâché sa vigilance ainsi que la pression de son bras.

Le chanteur n'était pourtant pas sans réflexe, il l'empêcha donc une nouvelle fois d'atteindre ses lèvres, mais qui l'encercla tout de même de ses bras dans une accolade surprotectrice.

"Putain…" soupira tristement Miyavi. "Ce mec t'a complètement déconnecté de la réalité! " déplora-t-il, ce qui ramena brutalement Kanon à sa pauvre réalité.

Violé, battu et surveillé constamment par son manager, toujours dans la crainte que cela ne soit découvert, la honte l'engloutissant lentement avec la peur, la colère et la douleur qui le rongeait. L'équilibre instable d'une vie, la sienne en l'occurrence, ne pouvait tenir bien longtemps face à tant de choses qui, dans son cas à lui, duraient depuis trois ans. Trois années de trop à se laisser détruire par un homme qui ne méritait que de mourir.
Toutes ces pensées lui donnèrent les larmes aux yeux, aussi s'accrocha-t-il de toutes ses forces au chanteur, puisant dans cette étreinte protectrice le courage nécessaire pour laisser couler les dernières larmes qu'il avait. Il ne pleurerait plus. Il ne laisserait plus tomber. Il ne marcherait plus la tête baissée. Il ne pleurerait plus.

Sous l'émotion, il dirigea sans y penser son visage vers celui de l'autre où il souda ses lèvres à celle d'un Miyavi plutôt déconcerté. Cette fois, il n'avait pas vu le coup venir. Il se détacha encore une fois, la dernière, du plus jeune, lui dit qu'il n'avait pas besoin de le remercier de cette façon. Sans y réfléchir, Kanon lui balança la première chose qui lui vint à l'esprit.

"Mais je t'aime! " s'écria-t-il, pleurant de plus belle alors qu'il cherchait à remettre le contacte entre ses lèvres et celle du guitariste.

Guitariste qui, face à son propre étonnement, ne put que répondre à cette touchante déclaration que par une passion toute nouvelle.

* * *

Le lendemain, Miyavi se réveilla le premier, le plus jeune toujours contre lui. Ils n'avaient rien fait. Par chance. Car le chanteur se sentait coupable d'avoir répondu à la déclaration du bassiste. Certes, il aimait sa compagnie et voulait son bonheur, tentant sans cesse de le protéger. Mais il avait bien plus l'impression que c'était parce qu'il se sentait responsable de lui que par amour. Pourtant, il aurait vraiment voulu que ce soit le cas, si cela pouvait rendre Kanon heureux.
Les yeux de la tête noire appuyée sur son torse se mirent à remuer. Le bassiste était réveillé. Le vocaliste en profita donc pour bouger. Sortir de leur cocon de chaleur et revenir à la réalité. « Ne surtout pas le blesser » était son mot d'ordre. Mais comment ne pas faire de la peine à une personne qui dit vous aimer si vous lui dîtes que ce n'est pas réciproque?
Ce fut pourquoi le guitariste-chanteur préféra lâchement garder le silence sur le sujet. En lieu et place de cet élément primordial, il en mit un autre en avant-plan.

"Dépêche-toi! " lui dit-il. "Aujourd'hui, je vais te regarder répéter avec les membres te ton groupe ! " s'enjoua-t-il faussement, quoi qu'il ne fut pas démasqué.

Au contraire, l'annonce de la présence de l'asperge sembla illuminer le pauvre petit musicien.

* * *

Lorsqu'ils arrivèrent au local de répétition, deux heures plus tard, tout le monde était là, Matsui y comprit, et l'ambiance était particulièrement pesante.
La matinée ne s'annonçait plus si attrayante tout à coup.