Deux jours s'étaient écoulés depuis que Severus s'était décidé à franchir cet étrange brouillard qui l'avait pendant si longtemps séparé du royaume des vivants. Ses attentes à l'égard de ce dernier n'avaient jamais été bien élevées (en particulier à l'époque où il passait ses journées à enseigner aux cornichons de Poudlard), mais il devait bien avouer qu'il ne s'était pas attendu à ce que son séjour à l'hôpital Ste Mangouste se révèle aussi pénible. Pour commencer, il était dans l'obligation de rester cloué au lit, et ce, du matin au soir, chose qui restreignait considérablement l'éventail de ses activités. De plus, son esprit subissait encore le contrecoup d'une année passée dans le coma, ce qui lui donnait l'horrible impression d'être affublé du même QI que ce cher Londubat. Néanmoins, et heureusement pour lui, l'ancien maître des potions restait capable de sarcasmes et de remarques acerbes dont lui seul avait le secret. D'ailleurs, il ne manquait jamais une occasion d'en faire profiter le personnel. À vrai dire, ces moments-là étaient les seuls à lui apporter un semblant de divertissement.. Enfin, si l'on ne comptait pas ceux durant lesquels les guérisseurs lui changeaient ses bandages (Severus en profitait toujours pour se montrer étonnamment sensible à la douleur, ce qui faisait à chaque fois sourire Hermione qui assistait un collègue visiblement désemparé). Sa seule consolation était de ne pas avoir à partager sa chambre avec un inconnu, ou pire encore, un ancien collègue. En effet, il avait appris que Gilderoy Lockhart lui-même séjournait également à Ste Mangouste, trois étages au-dessus.
- Quand vais-je pouvoir déguerpir de ce trou à rat ? cracha-t-il sans ménagement un soir, tandis que Hermione, toujours vêtue de son uniforme vert, était occupée à lui prendre sa tension. À l'extérieur de l'hôpital, le soleil glissait lentement dans le ciel rose mêlé d'orange, comme s'il s'apprêtait à laisser la place à la beauté du crépuscule.
- Lorsque vous serez capable de vous tenir sur vos deux jambes sans tomber, lui répondit-elle gentiment, mais fermement. Severus poussa un soupir d'exaspération.
- C'est déjà le cas.
- Oui, mais seulement pour aller aux toilettes, qui sont situés à seulement quelques mètres de votre lit, répliqua Hermione en s'efforçant de ne pas rire. Ça ne compte pas.
La jeune femme retira alors sa baguette du bras de son ancien professeur devenu patient. Au même moment, une plume à côté d'elle, d'une couleur beaucoup moins criarde que celle utilisée par Rita Skeeter auparavant, se mit à léviter dans les airs afin de noter les résultats sur un parchemin déjà rempli d'annotations diverses.
- Tss, reprit Severus avec une certaine véhémence. De toute façon, ça ne m'étonne pas que je ne sois pas encore sorti d'ici.. Quand l'on voit qui Ste Mangouste embauche..
- Je vous demande pardon ?
- Votre collègue, Mr Boot, est particulièrement maladroit, expliqua-t-il en faisant référence à un ancien élève de Serdaigle qui avait effectué sa scolarité à Poudlard en même temps qu'elle. Vraiment, c'est à se demander si vous avez passé vos ASPIC..
Là-dessus, il considéra longuement Hermione, comme s'il espérait la voir se mettre en colère, mais lorsque celle-ci leva la tête vers lui, elle affichait un air imperturbable.
- Pour devenir guérisseur, il faut obtenir au moins un Effort exceptionnel en potions, botanique, métamorphose, sortilèges et défense contre les forces du Mal aux épreuves d'ASPIC, récita-t-elle calmement. Tous ceux qui travaillent ici ont passé leurs examens et les ont réussi haut la main, sinon, ils ne seraient pas là.. Et vous non plus.
La jeune femme détourna brièvement le regard pour vérifier le contenu de sa prise de notes, laissant à Rogue le temps de digérer ce sous-entendu on ne peut plus clair. Quelque part, clouer le bec de l'ancien maître des potions de Poudlard avait quelque chose d'appréciable, voire de réjouissant. Lui qui avait pendant si longtemps abusé de sa position de supériorité dépendait désormais des élèves qu'il harcelait jadis.
- Pourtant, reprit finalement Severus, toujours en l'observant, vous avez quitté Poudlard un an avant votre diplôme, lorsque vous êtes partie camper avec Potter..
- Je ne suis pas.. Oh, et puis, laissez tomber, se ravisa la concernée. J'y suis retournée l'année d'après, si vous voulez tout savoir. Terry aussi, comme beaucoup d'autres..
- Et n'y a-t-il pas une formation à suivre après l'obtention des ASPIC ?
Son interlocutrice sembla mal à l'aise pendant l'espace d'un instant, ce qui lui suggéra qu'il avait visé juste cette fois-ci. Tout comme pour le métier d'Auror, une fois ses études terminées, il fallait suivre une formation spéciale si l'on souhaitait devenir guérisseur, ou encore médicomage. En se débarrassant une bonne fois pour toute de la menace du Seigneur des Ténèbres, Potter et ses amis en avaient-ils été dispensés ?
- Normalement, oui, il le faut, mais.. C'est-à-dire que.. Il y avait tellement de blessés après la deuxième guerre que Ste Mangouste a revu ses exigences à la baisse. Ensorcellements, maléfices, morsures de loup-garou, d'acromentule, et j'en passe.. En sortant de Poudlard, j'ai directement commencé à travailler ici, tout en étant formée.
- Je vois, répondit Severus après une légère pause. Eh bien.. Je retire ce que j'ai dit.
Hermione lui adressa un sourire attristé en guise de réponse. Dans le couloir, les autres guérisseurs étaient occupés à guider un jeune homme qui, vraisemblablement, venait d'être mordu par un Murlap. De la fumée semblait s'échapper de son pantalon.
- Bon.. Eh bien, faites en sorte de ne pas veiller tard, car Terry viendra vous administrer une potion de régénération sanguine à la première heure demain, lui annonça-t-elle alors en se levant. À cet instant, le sorcier laissa échapper un sorte de grognement agacé en guise de complainte. Qu'y a-t-il encore ? Je commence à croire que ce n'est pas lui le problème.. Mais son patient !
- Tss.. Qu'avez-vous donc à le défendre de la sorte ? Vous vous êtes entichée de lui ?
- Quoi ? Mais non, pas du tout ! s'offusqua aussitôt la brune, tandis que les lèvres de son aîné semblaient désormais lutter contre un rictus moqueur.
- Vraiment ? Pourtant, vous avez les joues aussi rouges qu'un uniforme de Durmstrang..
- C'est parce que votre curiosité est totalement déplacée !
- À moins que vous ne l'ayez oublié, Miss Granger, j'ai été à moitié mort pendant plus d'un an, rétorqua Severus, comme si cette phrase seule suffisait à excuser son comportement.
Hermione ouvrit la bouche en signe de protestation, mais au même moment, un de ses supérieurs fit irruption dans l'encadrement de la porte, ce qui la coupa dans son élan.
- Granger ? Nous avons besoin de vos compétences au troisième étage, lui annonça-t-il rapidement.
- Je.. Oui, j'arrive tout de suite ! bredouilla rapidement la concernée en guise de réponse. L'homme en question avait déjà disparu en s'engouffrant dans le couloir, contrairement à Severus, qui, lui, n'avait pas l'air de vouloir en démordre.
- De toute façon, vous avez toujours eu mauvais goût en matière d'homme.. Il suffit de regarder avec qui vous trainiez à l'époque : Potter et Weasley..
Il ponctua sa remarque d'un léger rire sordide, mais contre toute attente, Hermione lui adressa un sourire amusé. Était-elle en train de prendre goût à sa compagnie ?
- Bonne nuit, Severus !
Sur ces quelques mots, la plume qui s'était trouvée à ses côtés un peu plus tôt vint caresser le visage du sorcier d'un air espiègle, avant de suivre sa propriétaire dans le couloir. Pendant un instant, l'ancien maître des potions sembla incapable de parler.
- La porte ! s'exclama-t-il néanmoins, quelques secondes plus tard.
Terry Boot, qui avait la malchance de passer par là, sursauta alors brusquement, puis s'exécuta. Severus Rogue ne lui adressa même pas le plus bref des regards. Hermione Granger avait pris l'habitude de l'appeler par son prénom, et il ne savait pas quoi en penser.. La seule chose dont il était certain, c'était que cela ne le laissait guère indifférent..
