CHAPITRE II : Qui es-tu?

Harry marchait donc en silence à ses côtés, le suivant à travers les rues sombres de la ville. Les gens qu'ils croisaient les regardait d'un drôle d'air, mais Draco n'en avait cure. Personne ne le connaissait ici… Ils longèrent la rivière un moment, puis se dirigèrent vers un quartier marchand mal famé adjacent au parc qu'ils venaient de traverser.

-Il fait froid ce soir… est-ce que l'hôtel est bien loin? Il n'y a vraiment rien de bien dans ce quartier, tu es sûr d'être au bon endroit?

-Absolument… Nous sommes tout prêt, ne t'inquiète pas. C'est juste que l'endroit est disons, réservé à une clientèle très spécifiques… Il n'a donc pas été construit dans un beau quartier, pour ne pas trop attirer l'attention, si l'on peut dire.

Harry haussa les épaules.

-C'est la première fois que j'entends parler d'une telle chose. Mais tu ne sembles pas être un homme ordinaire, n'est-ce pas? Alors j'imagine que ça ne devrais pas me surprendre…

Draco acquiesça d'une signe de tête et Harry poursuivit.

-La plupart de mes clients sont des hommes d'affaires ou des fonctionnaires, des hommes plutôt banals… Je les connais par cœur, dit-il en riant. Mais toi tu ne dégages rien de ça… Qu'est-ce que tu fais dans la vie?

Draco haussa les épaules et avant qu'il n'ait eu le temps de prononcé un seul mot, le jeune homme l'interrompit.

-Non, attend… Je vais essayer de deviner, puisque tu m'as engagé pour mes dons de voyance, dit-il en ricanant.

Harry s'arrêta net et regarda le blond marcher un moment. Il fit mine de se concentrer, puis le rejoint en courant. Draco leva les sourcils, étonné par l'enthousiasme de ce jeune homme. Harry agita les bras une seconde dans un geste théâtral, puis saisit sa main dans la sienne en fermant les yeux.

-Ça y est, dit-il, je suis prêt. Alors… Tu n'es très certainement pas dans les affaires, parce que je reconnais ce genre d'hommes parmi tout autre, et tu n'exerces sûrement pas un travail manuel parce que tu es trop bien habillé pour ça et tes mains sont douces…. Tu n'es probablement pas dans le commerce non plus; tu es beaucoup trop raffiné et tu n'as pas de crayon dans la poche de ton veston…

Draco approuva ses déductions.

-Tu es peut-être un artiste… Mais j'en doute. À première vue tu sembles quelqu'un de trop bien rangé pour ça. Tu n'as ni tache d'encre sur tes mains, ni peinture sur tes habits et tu n'es pas assez athlétique pour être un danseur… Mais je peux me tromper, ajouta-t-il. Peut-être un acteur... Mais comme tu sembles rechercher l'anonymat et que tu ne parles pas beaucoup, j'en serais très surpris. Et puis les acteurs sont des gens toujours très bien entourés, alors que toi, à t'entendre, tu es vraiment quelqu'un de solitaire. Je crois que tu ne dois pas être du domaine public non plus… Tu ne ressembles pas à un médecin, ni à un quelconque professionnel… Tu n'as pas cette flamme convaincue au fond du regard. Qu'est-ce qui reste? réfléchit-il à voix haute… Avocat? Tu as les yeux trop clairs pour être avocat, non, je suis certain que tu n'en es pas un. Architecte… peut-être, ou designer. C'est vrai que tu as un goût parfait pour les vêtements et cette cape est si étrange et avangardiste, que c'est possible. Mais j'ai déjà eut une relation avec un couturier et il était plutôt excentrique et il avait une étrange façon de marcher… Tu marches d'une façon impeccable, le dos droit et tu regardes toujours devant. Je ne crois donc pas que tu sois un des leurs.

Harry se retourna vivement vers Draco en poussant une exclamation de joie, puis lui saisit les épaules pour le faire se retourner vers lui.

-Tu es un homme d'état ; un ambassadeur, un politicien, un organisateur politique, quelque chose dans ce goût là... Est-ce que j'ai raison?

Draco le regarda un moment; ses yeux verts brillaient de malice et une mèche de cheveux rebelle retombait avec désinvolture sur son front. Il était si vivant, si lumineux à cet instant que l'homme eut envie de lui sourire. Il eut envie de lui sourire vraiment… Mais il se contenta d'incliner la légèrement la tête.

-Je te lève mon chapeau. Tu as vraiment un don, Harry…

Le jeune homme lui offrit un sourire radieux et croisa les bras contre son torse pour se réchauffer.

-Alors tu fais quoi, plus exactement, s'enquit-il?

Draco leva les yeux au ciel, embêté.

-Disons que je m'occupe d'un ministère… Je suis quelque chose qui ressemble à un sous-ministre. Je travaille dans le domaine judiciaire, plus particulièrement…

-Mais tu es très jeune, pour exercer une telle fonction! Quel âge as-tu?

Draco haussa les épaules.

-Ça n'a aucune importance. Les gens comme moi occupent ces postes par nomination. Je ne suis en rien compétent dans ce domaine. À vrai dire, j'y suis parce que c'était bon pour la popularité du Ministre de m'y nommer. Je suis une image, un visage, qu'on promène de soirée en soirée pour faire la promotion d'un monde de paix et de justice. N'est-ce pas magnifique? dit-il avec ironie.

Harry arrêta à nouveau de marcher, un air franchement choqué sur le visage.

-Si, ça l'est! Que crois-tu donc! Tu as un poste très influent, et avec un minimum de volonté, tu pourrais peut-être faire avancer les choses… Avoir le pouvoir de changer des vies, ça c'est une mission merveilleuse!

Draco le dévisagea un long moment.

-Tu es bien naïf, pour croire une telle chose, dit-il sèchement. Le pouvoir politique ne sert pas à changer le monde… Il ne sert qu'à le rendre plus laid, plus malhonnête; c'est un mystificateur. Voilà tout.

Le regard de Harry s'assombrit.

-Moi, je crois que chaque personne a le pouvoir de changer un peu les choses. Et c'est par la faute d'hommes comme toi que le monde va si mal; tu te fous complètement d'essayer de poser des gestes favorables; tout ce qui t'importe, c'est ta vie et ta petite personne! Tu es tellement bien à te complaire dans ta mélancolie et dans ta solitude que tu en oublis tout ce que tu pourrais faire pour améliorer le sort d'autres personnes, même malgré le poste très important que tu occupes... Regarde-moi! Je suis une pute de mauvais quartier, je n'ai aucune famille, rien dans la vie. Mais pourtant, je suis convaincu à chaque matin quand je me couche, d'avoir fait un truc bien dans ma nuit, d'avoir réalisé quelque chose. Parce que les hommes qui finissent dans mes bras, ceux qui viennent s'oublier en me prenant pour m'occuper d'eux, eh bien quand ils me quittent, ils sont en paix. Je leur offre un coin de ciel bleu, l'espace d'une seconde. Je leur souris, je les cajole, je les écoute me parler et je les laisse réaliser leurs fantasmes. C'est dérisoire me diras-tu, oui bien sûr, ça l'est! Mais l'un d'eux, un jour, m'a raconté que j'étais l'objectif de sa semaine; il m'a avoué qu'à chaque fois, il comptait les jours avant ma prochaine visite… et que ces petits instants volés étaient ce qui lui permettait de continuer à se lever le matin, tu comprends? Alors si je peux accomplir ces choses uniquement avec mon cul et ma jolie tronche, alors imagine ce que des gens comme toi pourrais faire, s'ils le voulaient vraiment! Tu as le pouvoir entre tes mains et tu as quand même cet air blasé. Je trouve que c'est un vrai outrage envers la vie. Voilà.

Harry fouilla dans ses poches et retrouva les quatre billets que lui avaient donnés Draco tout à l'heure.

-Reprend-les, je n'en veux plus; je ne supporte pas ce type de faiblesse et cette ingratitude... Si tu continues sur cette rue et que tu tournes à gauche à la prochaine, tu trouveras d'autres mecs comme moi. Je te suggère Joey, il est très bien et je crois qu'il te plaira aussi. Mais de toute façon, au prix que tu es prêt à payer, il n'y aura personne pour te refuser quoi que ce soit. Pour ma part, je ne me sens pas tellement à l'aise avec l'idée de travailler pour un homme tel que toi; peu importe ce que je ferai cette nuit, je doute que ma compagnie te fasse te sentir mieux demain matin, de toute façon… J'ai donc mieux à faire. Au revoir.

Le brun lui rendit son argent et tourna les talons sans un mot.

Draco le regarda s'éloigner, sidéré. Il semblait si fragile dans ce pull trop grand qui dénudait ses épaules que le blond en fut troublé. Si fragile en apparence, mais si fort, si convaincu…Sa nuque où venait mourir des cheveux d'un brun presque noir, ses hanches étroites, sa démarches un peu gauche… tout en lui l'attirait irrémédiablement; ce jeune homme avait été le premier dont les paroles avaient réussies à l'atteindre depuis des années, le premier en cinq ans dont le regard avait réussi à éveiller un quelconque intérêt … Et il l'avait repoussé... et il avait été le premier à le rejeter en 5 ans…

Draco était déstabilisé, voir même ébranlé.

Quand il comprit ce qui venait de se passer, Harry avait déjà tourné le coin de la rue, disparaissant dans l'ombre. Le blond, sans se poser de question, décida qu'il n'allait pas le laisser s'en aller ainsi. Il transplana quelques pas devant lui et le jeune homme qui regardait par terre le percuta de plein fouet. Harry laissa s'échapper un petit cri alors qu'il perdait l'équilibre mais blond referma ses bras sur lui à la dernière seconde pour l'empêcher de tomber.

-Mais regardez où vous allez, bon sang! s'exclama Harry.

Il leva les yeux pour rencontrer le regard du maladroit qui l'avait bousculé et hoqueta de surprise. Draco le retint dans ses bras et planta son regard d'acier dans le sien :

-Je veux que tu me prouves que j'ai tord d'être si indifférent à tout ce monde qui m'entoure. Prouve-moi que je me trompe… prouve-moi qu'il existe encore des raisons valables d'aimer la vie. Je me fous de l'argent, demande ce que tu veux; mille, deux milles, je m'en balance. Mais reste avec moi cette nuit… Et je refuse d'aller en voir un autre. C'est toi qui m'a approché et c'est toi que je veux, dit-il, catégorique.

Harry cligna des yeux à plusieurs reprises.

-Comment, bafouilla-t-il, comment… as-tu fais ça? Tu étais derrière moi il y a une seconde, je viens de te voir en tournant le coin! Comment…

-Oh! Allons, Harry, ne dit pas de bêtises… J'ai couru après toi dès que tu es parti et je t'ai rattrapé, voilà tout!

Harry fronça les sourcils et ses yeux verts brillèrent d'inquiétude.

-Tu mens. Tes pupilles se sont dilatées!

-C'est un tout petit truc, rien de bien impressionnant… ne t'en fais pas.

-Si! Si, je m'en fais, justement! Aucun homme sain d'esprit ferait ce genre de chose et m'offrirait jusqu'à 2000 dollars pour discuter avec moi toute la nuit, surtout en m'assurant qu'il n'a pas l'intention de me demander quoi que ce soit!

Un violent frisson lui parcoura l'échine.

-Tu dois mourir de froid… lui dit-il doucement. Calme-toi…

Draco détacha sa cape d'un coup de poignet et la déposa sans hésiter sur ses épaules.

-Tu en auras besoin pour entrer à l'hôtel, de toute façon. Attend…

Le blond attacha l'étoffe autour de son cou, remontant le col le plus haut possible. Il aplatit un peu son épaisse chevelure d'une main, puis le regarda de haut en bas :

-Tu es parfait. C'est à s'y méprendre…

Harry leva un regard interrogateur sur lui.

-Pourquoi? À s'y méprendre avec quoi?

-Tu pourrais facilement te faire passer pour l'un des nôtres, dit-il simplement. Nous sommes un peu étranges, mais tu ne dois pas avoir peur. Je t'expliquerai plus tard.

-Je t'ai clairement fait savoir que je ne voulais pas t'accompagner, pourtant!

-Et bien je déteste les beaux-parleurs qui hurlent sur tout les toits leurs convictions, et qui n'ont même pas le courage d'essayer de convaincre quelqu'un qui pense le contraire. Et comme à te voir agir, je suis convaincu que tu n'en es pas un, je sais que tu me suivras ce soir…

Harry se mordit la lèvre un moment, puis releva la tête vers lui.

-Je… Tu as peut-être raison…

Il tendit la main.

-Tu me dois 400 dollars, tout d'abord. Après, je vais m'occuper de changer ta vie, dit-il en souriant.

Le blond lui tendit les billets et murmura :

-J'en doute. Mais ta compagnie me changera très certainement les idées, ce soir, et c'est ce qui m'importe.

Harry inclina la tête.

-Je suis à votre service, Milord.

Draco le regarda un moment.

-Je préfère que nous considérions que tu es mon «invité », si ça ne te gêne pas…

Harry haussa les épaules.

-Ça m'est égal. Bon, alors tu me dis dans quelle secte tu es, maintenant, pour que je comprenne mieux à qui j'ai affaire?

Le blond écarta les yeux, puis éclata d'un rire franc.

-Un Malfoy dans une secte? C'est pas demain la veille! Tu as cru…

L'homme grimaça.

-…bien sûr que tu as cru ça… enfin, ne t'inquiète pas, je suis tout à fait sain d'esprit et je ne partage aucune croyance de ce type.

-Mais alors… je ne comprends pas… de quel genre de groupe fais-tu partie?

-Écoute, je t'expliquerai plus tard, Harry… Mais peu importe ce que tu verras, je veux que tu gardes ton calme et que tu restes de marbre. Je n'ai pas le droit d'emmener quelqu'un comme toi dans cet établissement. Alors quoi qu'il arrive, tu gardes les yeux au sol et tu ne dis rien. Et tu ne poses pas de question, tant que nous ne sommes pas arrivé chez moi. D'accord?

Harry se raidit et recula d'un pas.

-Je ne suis pas certain d'avoir tellement envie de savoir ce que tu caches de si spécial, finalement… on ne pourrait pas aller dans un autre endroit? Je sais pas, moi, un motel miteux, un café… N'importe où!

Le blond posa une main rassurante sur son épaule.

-Tu ne dois pas avoir peur… les gens qui s'y trouvent ont seulement une «aptitude particulière ». Rien de quoi être effrayé, ne t'inquiète surtout pas. Peut-être que tu ne verras rien de bien étrange, d'ailleurs à cette heure. Mais je préfère te mettre en garde pour ne pas que tu ne sois surpris, dans le cas contraire. Écoute, c'est sérieux, pour moi. J'enfreins une règle fondamentale de notre monde et si jamais je me fais surprendre, je perdrai mon emploi et tout ça me causera beaucoup de tord. Et j'ai envie que tu m'accompagnes… Tu es amusant, drôle, convaincu, et tu me fais du bien, ce soir…

-Et tu me jures que tu n'es pas un membre du club de tueur en série de Londres qui regroupe tous les adorateurs de Jack l'Éventreur?

Draco plongea son regard dans celui inquiet de Harry et lui dit d'une voix douce :

-C'est promis…

Le brun hocha timidement la tête, puis fit un tour sur lui-même pour faire voler les pans de la cape que Draco avait posée sur ses épaules tout à l'heure.

-Et j'ai l'air de quoi?

Le blond le détailla un moment.

-Un vrai gentleman; tu portes ce vêtement à ravir. Tu es superbe.

Harry hocha faiblement la tête.

-Tu es prêt? demanda Draco.

-Non… je crois que je suis surtout beaucoup trop curieux. Il y a quelque chose en moi qui me dit de me sauver à toute jambe, mais je devrais alors vous redonner vos 400$. Mais j'ai ce vieux pervers sur les bras à rembourser d'ici demain matin et je ne trouverai pas l'argent autrement, à cette heure… Alors je vais essayer de croire à ton air angélique et je vais te faire confiance, même si je suis mort de trouille.

Draco haussa les épaules de dépit.

-Tu n'as pas raison de t'inquiéter.

Le jeune homme pointa un vieil entrepôt désaffecté de l'autre côté de la rue et se remit en marche.

-C'est là que nous allons, dit-il simplement.

Harry ouvrit la bouche, mais ne trouva rien à dire : Mais il n'y avait rien, là! Une vieille porte rouillée avec un vieux panneau-réclame qui menaçait de s'effondrer à tout moment… voilà tout!

Draco arriva devant l'entrée, puis la porte s'ouvrit toute seule, laissant apparaître un décor des plus inhabituel pour un entrepôt… L'homme se retourna et fit un petit signe de tête à Harry.

Le jeune homme le rejoint au pas de course. Son cœur voulait exploser dans sa poitrine; il voulait partir, se sauver, mais ses jambes l'avaient entraîné sans lui demander son avis…

Le blond lui fit un sourire rassurant, puis se pencha à son oreille :

-N'oublie pas : tu ne dis rien et tu gardes ton calme…

Le jeune homme hocha la tête frénétiquement en s'accrochant à son bras.

Dans quelle galère viens-tu encore de t'embarquer, Potter?

Mais Harry n'était pas ce ceux qui reculent. Alors il baissa la tête, comme Draco le lui avait dit et se laissa guider par lui.

Ils traversèrent une pièce aux proportions impressionnantes. Quelques fauteuils étaient dispersés çà et là. D'immenses bouquets de fleurs répandaient une douce odeur dans l'air. Tout était blanc; les meubles, les murs, le sol, tout, sauf ces fleurs magnifiques… Il se dégageait de cette pièce une atmosphère quasi surnaturelle. Harry ouvrit la bouche d'étonnement.

-Ça alors! dit-il…

Draco se retourna vivement vers lui, quant un homme efflanqué accourut à sa rencontre.

-Monsieur Malfoy! Comme je suis heureux de vous voir, cria-t-il du fond de la pièce!

Le blond s'empressa de murmurer à l'oreille de Harry :

-Dépêche-toi… rend-toi jusqu'à cette porte là-bas, dit-il en lui pointant un coin à l'autre extrémité de la pièce et attend-moi. Je me débarrasse de lui très vite et je te rejoins… VITE!

Harry hocha la tête, puis obéit sans discuter.

-Monsieur le directeur, mais que faites-vous donc debout à cette heure tardive! Ne devriez-vous pas prendre un peu de repos bien mérité! dit Draco en lui sortant son sourire des grands jours.

-Oh, mon cher Draco… les affaires sont les affaires! Un congrès des représentants gobelins de Gringotts Intenational est sur le point de se terminer. Je veille personnellement à cette affaire, vous le comprendrez bien! C'est toujours très utiles d'avoir quelques contacts dans le domaine bancaire…

-Mais bien sûr…

-Au moins autant que d'avoir de bons contacts au Ministère, n'est-ce pas, dit-il en lui faisant un clin d'œil complice.

-N'auriez-vous rien à me demander, cher Auguste, s'enquit Draco en rigolant?

-Si… voilà pourquoi je me permets de vous arrêter à cette heure : dites-moi… avez-vous eu des nouvelles du traitement de ma demande?

Draco inclina la tête.

-Non, le dossier devrait être analysé d'ici la semaine prochaine… mercredi, si ma mémoire est bonne. Je vais vérifier, dit-il en sortant un minuscule carnet de sa poche.

Le blond sortit également sa baguette et la pointa sur le livre qui devint aussi gros qu'un dictionnaire et s'ouvrit à une page précise.

-Oui…voilà, mercredi prochain, vous recevrez la réponse officielle du département du développement des Infrastructures magiques. J'en glisserai un mot personnellement à mon bon ami Zabini qui est en charge du dossier. Cet hôtel est mon lieu de résidence, c'est de notoriété publique, et je doute très fortement que quiconque au Ministère ne se risque à vous refuser ce permis d'agrandissement. Cessez donc de vous inquiéter et allez vous occuper de vos gobelins ! dit Draco en riant.

-Merci, cher ami, dit l'homme en souriant. Je vous revaudrez ça! Est-ce que je peux vous offrir quelque chose, pour l'instant? Je vous fait monter un goûter, une bouteille de vin, d'hydromel?

Draco réfléchit une seconde.

-Oui, faites monter des breuvages chauds, thé, café, cacao, avec des pâtisseries et des fruits… Et une bouteille de cette fameuse vodka polonaise que vous m'aviez offerte à Noël dernier, s'il vous en reste.

L'homme lui fit un grand sourire.

-Je m'en occupe personnellement…

Draco lui serra la main et s'éloigna d'un pas rapide pour retrouver Harry.

Auguste Welch le suivit un moment des yeux, puis remarqua que son client préféré était accompagné, pour la première fois depuis qu'il habitait dans son établissement. L'homme cligna plusieurs fois des yeux, pour être certain que la fatigue n'avait pas eu raison de lui, mais l'image de ce jeune éphèbe aux cheveux d'ébène ne s'effaça pas. Un large sourire éclaira le visage de l'homme et il s'avança d'un pas rapide vers eux.

-Allons donc, cher Draco! Depuis quand oubliez-vous vos manières?

L'homme tendit l'une de ses longues mains osseuses à Harry.

-Auguste Welch. Je suis vraiment enchanté de vous accueillir dans mon établissement. Vous êtes?

Harry leva un regard paniqué vers Draco qui était aussi livide que les murs de la pièce. Le vieux directeur regarda alternativement les deux hommes, puis éclata de rire.

-Ça va de soit que cette information ne sortira pas d'ici, messieurs. Ne vous en faites pas!

Le brun lui tendit une main hésitante.

-Harry Potter. Ravi…

-Potter… Potter… Vous êtes parents avec Georgina et Adolpho Potter, du West Yorkshire? J'ai étudié avec eux à Poudlard, il y a de ça plusieurs années, déjà…

-Je crains que non, désolé.

Draco passa une main nerveuse dans ses cheveux blond, puis ajouta :

-Il est américain… Il vient… de… Californie.

-Et quelle profession exercez-vous?

-Heu… en fait… je… suis voyant? demanda Harry, tout hésitant.

-Ah bon! Et est-ce que vous travaillez pour le…

-Alors vous allez vraiment devoir nous excuser maintenant, Auguste, nous allons monter.

-Bien entendu, bien entendu… pardonnez ma curiosité, Draco. Dormez-bien, messieurs, dit-il en faisant un clin d'œil à son client qui lui renvoya un regard noir.

Le blond ouvrit la porte qui menait aux escaliers, puis y entra mais Auguste attrapa Harry par le bras, pour le retenir.

-Vous êtes privilégié d'avoir accès à ses appartements, vous savez, murmura-t-il. Des tas d'hommes et de femmes voudraient avoir votre chance; 4 ans en tête du classement du célibataire le plus sexy selon Hebdo Sorcière, et personne dans son lit tout ce temps! Draco est un ami… et il a vraiment besoin de quelqu'un. Ne gâchez pas votre chance!

Harry ouvrit la bouche pour poser une question mais un grand bruit se fit entendre alors qu'une centaine de petits personnages aux dents acérés sortaient d'une salle située à l'extrémité gauche de la pièce. Ils mesuraient moins d'un mètre vingt-cinq et marchaient en se dandinant, tenant des piles de documents dans leurs mains aux ongles affilés. Harry n'avait jamais rien vu d'aussi surnaturel et d'aussi repoussant.

-Oh… les Gobelins ont terminé, vous allez m'excuser, dit-il en se hâtant.

Mais il n'y avait aucune équipe de cinéma, aucun matériel… et ces choses n'étaient pas une hallucination!

Les yeux de Harry s'écarquillèrent d'horreur, puis il s'effondra sur le sol, se cognant la tête contre le marbre froid.

Draco sursauta en remarquant que Harry ne l'avait pas suivit, puis il le vit tomber. L'homme se précipita sur lui, mais le brun, après plusieurs secondes, ne réagissait toujours pas. Le Directeur ne devait absolument pas s'apercevoir de sa chute !

Le blond passa ses bras sous ses jambes et son dos et le souleva, calant sa tête contre son torse pour ne pas le blesser. Draco ferma les yeux et transplana.

Il déverrouilla la porte de sa suite du septième étage d'un sort, puis entra. Il parcoura la pièce des yeux, puis se dirigea avec son précieux fardeau vers le canapé, mais se ravisa au dernier instant. L'homme continua son chemin en soupirant et entra dans sa chambre, venant déposer le corps toujours inerte de Harry sur son propre lit.

Draco sortit de la pièce d'un pas rapide, puis attrapa plusieurs objets personnels qui traînaient. Il les rangea d'un coup de baguette, puis se dirigea vers la chambre de bain adjacente à la chambre où il trouva quelques sels minéraux. Il rempli un bol d'eau, puis le fit se changer en glaçons. Le blond attrapa une serviette et revint auprès de lui.

Il ouvrit le flacon de sels et lui fit respirer l'arôme puissant qui s'en dégageait. Harry remua et toussota, puis se leva d'un bond.

-Où est-ce que je suis! Qu'est-ce que j'ai eu! Aïe… ma tête!

Draco s'assit doucement près de lui.

-Tu es chez moi… tu es tombé. Ne bouge pas…

Harry se souvint soudainement de tout ce qu'il venait de voir, de ces horribles créatures, de cette conversation étrange qu'ils avaient eu avec le Directeur de l'hôtel… bref de toute cette soirée complètement irréelle qu'il venait de vivre.

Le brun étouffa un sanglot.

-Je voudrais rentrer chez moi… j'en ai assez!

Draco grimaça, puis glissa une main rassurante sur son visage pâle.

-Je suis désolé, Harry. Je n'aurais pas du te demander de venir ici, c'est ma faute, pardon…

L'homme leva son regard vert sur lui avec désespoir.

-Ce que j'ai vu était bien réel, n'est-ce pas…

Draco hocha la tête dans un signe affirmatif.

-Des gobelins… Ce sont les protecteurs de l'argent de notre monde.

-Quel monde? C'est quoi cette folie! cria-t-il.

Draco hésita un instant…

-Le monde magique, Harry…

Le blond plongea son regard dans le sien.

-Tu veux-dire que ce monsieur, en bas, et toi, vous êtes des Magiciens? C'est bien ce que tu essaies de me faire croire?

-On dit des Sorciers… mais, oui.

Le brun eut un petit rire hystérique, puis ferma les yeux. Un cauchemar. Il était en plein cauchemar!

-Je te montre, si tu ne me crois pas!

Draco sortit sa baguette, puis murmura des paroles incompréhensibles et les glaçons qui reposaient dans le bol s'élevèrent dans les airs et vinrent se déposer sur une serviette blanche.

Le sang de Harry se figea dans ses veines; le jeune homme gémit et se recoucha sur le lit en fermant les yeux.

-Je me suis cogné trop fort… Et avec ce salaud qui m'a frappé tout à l'heure, mon cerveau a du écoper. C'est sûrement ça…

Draco eut un sourire triste et referma le bout de tissu, puis vint dégager le front de Harry de sa main libre et y déposa la glace…

Dévoiler leur monde à un Moldu. Quelle idée! On ne lui pardonnerait pas cette entorse, au Ministère. Mais Draco s'en foutait; il était bien conscient que même s'il enfreignait cette règle fondamentale, il n'y aurait aucune conséquence pour lui, tant que l'affaire restait privée. Des ordres seraient données et la mémoire de Harry serait effacée. Parce qu'il était un Malfoy. Parce qu'il était un héros de la Grande Guerre. Parce qu'il avait été l'amant de l'Élu, le couple chéri du monde sorcier... Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour excuser les actes manqués résultant de la souffrance d'un homme, n'est-ce pas? Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour éviter d'avoir à traiter avec ces sentiments refoulés, avec ces drames inscrits au fer rouge sur le cœur de ceux qui ont survécus…

Draco expira douloureusement et détacha avec précaution la cape qui enserrait le cou de Harry. La tête du jeune homme retomba mollement au creux de son épaule dénudée. Le blond ne put s'empêcher d'admirer la beauté chaste de son corps ainsi abandonné et il ressentit comme un coup de poignard au creux des reins… Ce moldu aux yeux de jade avait fait renaître en lui un sentiment qu'il croyait à jamais perdu : le désir.

Dégoûté de lui-même, honteux, Draco sortit de la pièce.

Dans le corridor, il s'arrêta un moment devant la photo sorcière d'un couple qui s'embrassait en riant.

«Pardonne-moi…mon amour…», murmura-t-il.