POV'Hinata

La sonnerie de mon réveil est hyper stressante. Un bipbip-bipbip, qui vous vrille les oreilles, l'air de dire : « si tu ne m'éteins pas d'ici dix seconde je passe à BIPBIPBIP, et ça va chier ». Chaque fois, ça me réveille en sursaut et c'est limite si je ne tremble pas de nervosité en me levant... Il faut dire que je suis du genre nerveuse.

Et aujourd'hui c'est pire. Parce que c'est la rentrée. Ma première rentrée, depuis six ans. Je jure que je n'ai jamais été, et espère ne plus jamais l'être encore, aussi stressée, nerveuse, angoissée, terrifiée, tremblante, fébrile, et j'en passe et des meilleures. D'autant que je n'ai pas dormi de la nuit.

Je m'accorde un instant encore dans mes draps. Je ferme les paupières, tentant d'oublier ce qui m'attend. En vain. Je me lève donc, puisqu'il le faut. Je tâtonne dans le noir, allume une lampe, me redresse, saisi mes béquilles pour me lever. Je claudique difficilement jusqu'à ma penderie, puis reviens vers mon lit pour enfiler l'uniforme qui m'attend depuis un mois. Je ne l'ai jamais essayé. En croisant mon reflet dans un miroir, je me dis que j'ai une tête affreuse. Mon estomac se retourne, j'ai faim mais je ne pourrais rien avaler.

C'est trop dur. Je ne survivrais pas à cette journée...

-Hinata ?

C'est Neji, mon cousin, qui passe sa tête par l'entrebâillement de ma porte. Il a l'air à la fois inquiet et interrogateur.

-Ça va ?

-Oui, oui, ça va, je répond, trop vite. Je suis... presque prête.

Il me dévisage. Mon malaise doit être écrit sur mon front.

-Tu as besoin d'aide ?

-Non... ça ira, ne t'inquiète pas.

-Ok, dit-il après un temps.

Je vénère Neji. Il est mon ami, mon frère, ma famille. Sans lui, je ne serais rien. Enfin, peut-être pas « rien ». Mais une petite chose recroquevillée dans un fauteuil roulant. En tout cas, sans lui, je ne serais pas en train de me préparer pour la rentrée. Et, même si je doute d'être assez forte pour tenir le coup de cette journée, j'essaierais, pour lui. Allez, Hina, tu es forte, tu es forte.

Je vais y arriver.

Je me redresse sur mes béquilles... et m'étale de tout mon long sur le parquet de ma chambre. Ça fait un bruit d'enfer. Neji entre alors et m'aide à me relever (à croire qu'il attendait derrière la porte que je me casse la gueule exprès pour venir m'aider. Enfin bref). Je l'épouserais si je pouvais. Dommage que 1) Ce soit mon cousin, 2) Il soit casé, 3) Je ne sois pas amoureuse de lui.

Enfin, passons. Je créerais le fan-club de Neji plus tard, pour l'instant j'ai une rentrée à affronter. Et je peux le faire (auto persuasion, mode ON).

Même si (bon avouons-le) j'ai très peur de revoir tous les gens avec qui j'étais en primaire, avant l'accident. J'aurais préféré entrer dans un autre lycée, loin d'ici, un lycée ou mon passé n'aurait pas pu me faire coucou de la main, mais ça n'a pas été possible. Je vais devoir les revoir, tous, Sasuke, Sakura, Ino... je ne les ais pas oublié, aucun d'entre eux. Pas même Naruto, qui lui pourtant m'a bel et bien oublié.

Six ans passés à me battre et à souffrir, six ans de ma vie perdu ce jour-là, et mon meilleur ami n'était pas avec moi. Je ne l'ai presque pas vu ces six années, à peine au début, puis plus du tout. Comment lui pardonner? Il était le seul sur qui je pouvais compter, et il m'a abandonnée. Il ne m'a pas soutenue, quand j'étais au plus mal. Pire, il est devenu ami avec notre ennemi, la personne qui s'est toujours plu à m'écraser comme un rien et contre qui il me défendait, Sasuke Uchiwa. Dure de se relever après ça, surtout quand vos jambes vous trahissent.

Heureusement que j'avais Neji. Et Tenten. Ça me fait deux amis. Pourvu qu'on soit dans la même classe...

Mission : atteindre le panneau d'affichage des classes sans (trop) me faire bousculer.

Zen, Hina, tous va bien. Je fonce, tentant d'apercevoir mon nom, quand... Bam ! Je percute quelqu'un de plein fouet, trébuche et tombe sur le garçon. Que je reconnais tout de suite. Sasuke Uchiwa.

-Oh, p-pardon, je suis désolée...

Je tente de me dégager et me débat pour me saisir de mes béquilles. La rentrée commence bien...

Pendant ce temps, l'Uchiwa m'observe avec perplexité, l'idée de m'aider ne semble pas l'effleurer (cela dit ça m'aurait fait bizarre qu'il le fasse). Il n'a pas beaucoup changé depuis six ans, il est juste plus grand (beaucoup plus que moi), et semble plus renfrogné. Soudain, ses yeux s'écarquillent de surprise. Il vient de me reconnaître.

-Hyuga ?

Je me mordille la lèvre quand je parviens enfin à me relever, et me dépêche de chercher mon nom sur la liste. C'est là que le sonnerie retentit. Ma salle étant au troisième étage, et n'ayant pas encore les clefs de l'ascenseur, je comprend que je vais être en retard.

Ce qui ne loupe pas. Dix minutes plus tard, essoufflée, je toque à la porte de la salle 325.

-Entrez ! Dit une voix féminine, légèrement agacée.

Quant à moi, j'ai la gorge nouée. Enfin bref, j'entre.

La prof me regarde, me reconnais et me sourit gentiment. Je déteste ça, j'ai l'impression de lui faire pitié. Cela dit, avec mes cheveux en bataille, mes joues rouges, mon bégaiement et mes béquilles, je peux difficilement lui en vouloir même si c'était le cas.

-Tu dois être Hinata c'est ça ? Entre, ne t'inquiète pas.

-M-merci.

Je lève les yeux pour jeter un coup d'œil à ma classe. À ma grande déception, je ne capte ni le regard rassurant de Neji, ni le sourire de son exubérante petite amie. Mais je vois le visage sombre de Sasuke, et...

Oh non. Non, non, non.

Naruto est là. Dans ma classe. Il me voit. Il me regarde.

Soudain son regard s'illumine : il m'a reconnu, moi, son ancienne meilleure amie.