SPOILER REINCHENBACH FALL, FIN DE SAISON 2


La Boite de Shrödinger

Au début, Sherlock Holmes s'était dit que ce John Watson ne serait qu'une autre de ces ennuyeuses, stupides et ordinaires créatures humaines qui prétendaient dominer l'espèce animale. (les abeilles sont au dessus de tout, évidemment.)

En réalité, John pouvait vraiment être aussi stupide que les autres sauf en quelques rares et merveilleux instants. Mais il était loin, très loin, d'être ordinaire ou ennuyeux.

John était doué d'une incroyable capacité à croire en lui. Si bien, si fort, qu'il décelait ses mensonges sans les reconnaître, qu'il s'obstinait, s'acharnait, qu'il faisait montre de plus de détermination que Sherlock lui-même.

Même pendant le numéro (grandiose il est vrai) d'acteur sans le sous de Moriarty, malgré les jolies preuves, malgré la confiance aveugle et troublante de cette rousse godiche, il n'y avait pas cru une seconde. A peine a-t-il prit le temps d'être étourdit par cette nouvelle identité, par ce nouveau paramètre dans l'équation et déjà, John rugissait, prêt à défendre Sherlock contre vents et marées.

Jusqu'à la mort et même après.

Même sur le parapet de l'immeuble ou Sherlock était perché. Même après ces confessions déchirantes, habile mélange de fausses vérités de vrais sentiments, même si les adieux de Sherlock lui brisait le cœur, même s'il savait que ce n'était pas une blague et qu'il allait vraiment sauter… John, pas une seconde n'a vraiment cru les crimes dont le détective s'accusait lui-même. Sa confiance, sa foi en lui, si puissante, si ravageuse qu'il refusait de le croire. Sherlock avait presque entendu son cerveau rechercher désespérément la faille, il avait presque vu ses yeux scruter l'arme qui pourrait le menacer et l'obliger à sauter. John ne disait rien, ne le contredisait pas, mais viscéralement, il n'y croyait pas.

Oh son désespoir quand il avait sauté ! Sherlock avait peu de souvenirs du saut. Mais le cri, ce cri…

Sherlock aurait presque pu faiblir.

Sauter, déjà, avait été une des choses les plus difficiles. Son cerveau avait calculé les risques, les chances de survie, la douleur, les séquelles, lui balançant un amas de chiffres terrifiants que pour une fois il aurait aimé ne pas connaitre. Est-ce que la vie de Lestrade valait ça ? Et celle de Mrs Hudson ? Et John ?

Oui. Définitivement oui. Et il réalisait, bien qu'au fond il le savait déjà, qu'il n'était pas aussi seul qu'il le croyait et que ça ne lui déplaisait pas autant qu'il voulait bien le dire.

Il avait inspiré lentement, par le nez en essayant de ralentir les battements de son cœur pour que la peur circule moins vite dans ses veines. Il fallait qu'il se détende. C'était la clef, toujours. Ne pas anticiper l'impacte, ne pas raidir les muscles, ce qui ne ferait qu'aggraver le résultat. Il réfléchit, le plus lentement possible à l'exacte position qu'il devrait avoir au moment de l'impacte pour réduire le choc. Que fallait-il préserver ? La tête, la colonne vertébrale. De préférence les genoux. Il pouvait se briser les os du pied, cela se remettait et se remplaçait relativement facilement. En théorie. Les coudes, les coudes étaient solides, ils pourraient encaisser le choc. Donc amortir avec les coudes, les pieds. Peut être s'il tombait sur le flanc ? Oui. Pas du côté du cœur évidement. Mais ses hanches absorberaient l'onde assez bien et ses bras pourraient protéger les côtes. Oui ça c'était plutôt bien.

Il avait serré les poings et, tenaillé par la peur d'entendre une détonation, il avait repoussé celle de la douleur au loin. Et il se souvenait clairement que la dernière chose à laquelle il avait pensé avant de faire un pas dans le vide c'est que, seigneur, il avait besoin de la foi de John. De juste un petit peut de foi…

Et ça avait marché. Incroyablement. Magnifiquement. Entre les vagues épouvantables de souffrance, il savait que le type à vélo que Molly avait payé pour lui avait bien bousculé John, le temps que l'ambulance de Molly arrive. Il n'eut pas besoin de faire semblant d'être mort. Son corps se chargeait bien de mourir à sa place. Encore un peu de foi pour que Molly, délicieux et timide médecin légiste ait les couilles de le ramener à la vie. Bien que John fût comme prévu trop bouleversé pour se rendre compte que son pouls battait toujours, la fêlure dans sa voix l'avait presque fait flancher. Une seconde de plus, et il n'aurait pas pu empêcher ses yeux de le regarder, juste un instant. Mais il avait tenu. Et les amis urgentistes de Molly l'avaient emmené dans l'ambulance.

A peine les soins d'urgence prodigués, Sherlock était déjà emmené au loin, dissimulé, fait passé pour mort. Il s'en était sortit miraculeusement bien.

Miraculeux.

Détendu, John derrière les paupières, enveloppé dans un élan de volonté qui avait mobilisé toute son énergie, il avait heurté le sol avec finalement peu, très peu de dégâts. Les deux poignets cassés, Une cheville fracturée, les coudes déplacés, deux côtes brisées et une belle commotion cérébrale qui altéra violemment son élocution, l'hyper sensibilisa à la lumière et lui laissa des maux de tête affreux.

C'est après, que John s'était révéler ô combien fantastique. Seul, sans savoir même si tout cela était utile, sans avoir de preuve que Sherlock était vivant, John lui avait fabriqué une nouvelle vie.

ooo

En homme ordonné qu'il était, il l'avait suivit sur toutes ses affaires et avait soigneusement tout noté. Des recherches aux hypothèses, des expériences aux résultats, des rencontres aux courses-poursuites. Même les coordonnées des victimes et des agresseurs, des flics et des malfrats. Sous couvert de préparer un enterrement, John avait utilisé ce réseau d'amis discrets désireux de lui rendre service et d'ennemis qu'il faisait joliment chanter.

L'histoire officielle étant que James Moriarty était un acteur engagé puis assassiné par Sherlock Holmes, John avait déclaré vouloir s'occuper de son enterrement. Mettant à mal toutes ses économies, il avait tenu paroles. Ou presque.

Il avait contacté l'une de ces gentilles fripouilles qu'il est toujours utile d'avoir dans son carnet d'adresse pour qu'elle fabrique de faux papiers. Une autre avait « convaincu » le croque-mort d'incinérer secrètement le corps de Moriarty et d'enterrer un cercueil vide à son nom dans un modeste caveau. Une troisième s'était arrangée pour installer en toute discrétion une connexion internet à l'intérieur du caveau. Sherlock en avait beaucoup rit.

Après que le testament de Sherlock fut ouvert et exécuté, et que toutes sa fortune (honnête, mais peut mirifique) lui fut léguée, John en avait fait placer une bonne partie en liquide, aussi qu'un sac remplit de diverses choses utiles, les fameux faux papiers et une liste de noms et de numéros de téléphone à l'intérieur du cercueil vide.

Quelques jours plus tard, avaient été ajoutés un ordinateur portable à bas prix et un téléphone portable. Ainsi qu'une petite webcam. Au cas où.

Après tout ça, John était sur la paille. Alors il avait attendu. De l'extérieur, on aurait dit qu'il avait passé tout son temps à organiser sommairement l'enterrement et à pleurer son meilleur ami. Seul un œil très observateur aurait su déceler l'immense machine qu'il avait mit en marche et Sherlock en fut plutôt impressionné.

Le plus troublant peut être était que John avait agit… sans avoir une seule preuve qu'il était vivant. La foi, s'émerveilla Sherlock. Cette foi extraordinaire qu'il avait en lui, si puissante qu'alors que le soldat avait vu le corps de son meilleur ami s'écraser au sol, alors qu'il avait organisé cet enterrement, malgré tout, il continuait à croire qu'il allait réapparaître.

A moins qu'il n'y croit plus. Et que le désespoir l'air rendu un peu fou.

ooo

Sherlock avait mit du temps à guérir, des mois. Mais il était entêté, pugnace et il avait un but. Et tout à la fin de ce but, il y avait sa résurrection, sa place dans le canapé, ses mains sur le violon, ses yeux sur son crâne et John tout près de lui.

Un soir, quand il pu enfin marcher seul, il avait prit le risque de s'introduire dans le caveau. Après un rapide examen, il avait constaté que John n'avait fait placer aucune alarme, ni électronique, ni informatique pour le prévenir que quelqu'un était entré et utilisait le téléphone et l'ordinateur.

La foi… John avait recréé une boite de Schrödinger. Tant que les trésors qu'il avait cachés dans le caveau étaient dedans, alors il y avait une chance pour que Sherlock soit en vie et vienne les chercher. Tant qu'il ne savait pas si ces trésors y étaient toujours alors il avait une chance qu'un jour, il reçoive un mail ou un coup de fil ou un indice quelconque qui lui dirait que le cadet des Holmes était vivant. La foi de John, pouvait ramener un mort à la vie.

Sherlock utilisa l'ordinateur et le téléphone. Dans le sac, il utilisa les vêtements, la teinture et les lentilles de contacts pour changer d'apparence. La liste de numéros de téléphone permettait de contacter des gens qui le feraient sortir de pays. Le dernier numéro était celui d'Irène. Comment avait-il su qu'elle était vivante ? L'avait-il deviné ? L'avait-elle contacté ? Peu importe. Elle vint le chercher et prit la relève pour lui fabriquer une nouvelle vie. Dès qu'il le pu, il jeta ordinateur, vêtements, téléphone. John, malgré sa foi, pourrait essayer d'entrer dans le caveau et, découvrant le pillage, pourrait essayer de le retrouver.

Déjà, sa sortie du pays ne pouvait pas s'être fait sans alerter Mycroft. Avait-il ou n'avait-il pas comprit que son frère était toujours vivant ? Là aussi, peu importe. Les mouvements l'avaient forcément alerté. Il avait forcément des doutes.

Sherlock Holmes disparut, remplacé par un nombre infini d'hommes anodins, inintéressants qui pistèrent assidûment les collègues, complices et larbins de Moriarty. Irène lui prêta main forte, curieusement fidèle. Agaçante, envahissante, mais fidèle.

Sherlock veilla de très loin sur John qui tentait vaguement, désespérément de se faire une vie sans lui. Sa souffrance était palpable et Sherlock redoublait d'effort pour aller plus vite et réapparaître avant que John ne fasse une bêtise… ou avant qu'il l'oubli.

Et il faudrait juste avoir encore un peu foi en celle de John.


Et la suite encore, arrive tout de suite (oui, je suis prolifique ce soir.)