2 – Lavande
25/05/2011
La deuxième année, il fallut affronter ses peurs.
Chaque fois que les élèves relâchaient leur garde, un évènement inquiétant se produisait, leur rappelant que le danger était susceptible de surgir à tout moment. L'Héritier de Serpentard faisait des siennes. S'agissait-il réellement de Potter ? Parvati ne pouvait y croire. Il y avait quelque chose dans le sourire du garçon qui récusait une telle accusation. C'était une certaine douceur, une naïveté touchante qui prouvait son innocence mieux que n'importe quel discours. C'était l'expression un peu perdue que son visage arborait en permanence. C'était cette force rassurante qui émanait de lui.
Là où les autres voyaient des étrangetés, Parvati percevait une aura de mystère plus attirante que rebutante, depuis sa cicatrice si particulière jusqu'à sa capacité à converser avec les serpents. Elle ne pouvait pas croire que le désarroi qu'elle lisait actuellement sur le visage d'Harry, qui se trouvait au chevet de son amie pétrifiée, était feint. Elle ne voulait pas le croire.
La journée avait été rude, l'ambiance au château était survoltée. Les enseignants eux-mêmes semblaient sur les nerfs, sursautant à chaque fois qu'un élève parlait un peu trop fort. Après les cours, Parvati et Lavande étaient remontées dans leur dortoir et avaient discuté un long moment, à voix basse. Depuis qu'Hermione avait été pétrifiée, le silence était de mise dans la pièce. Au bout d'un moment, n'y tenant plus, elles étaient descendues à l'infirmerie en bravant l'interdiction de se promener dans les couloirs. Après un long marchandage avec une madame Pomfresh excédée, elles avaient obtenues l'autorisation de rendre visite à leur camarade.
Celle-ci n'avait pas bougé d'un cil depuis leur dernière visite. Harry et Ron faisaient leurs devoirs à son chevet, accablés. Lorsqu'elles étaient entrées, ils les avaient à peine remarquées. Parvati avait passé une main affligée dans la tignasse d'Hermione après avoir échangé un long regard désolé avec Lavande. Les deux sorcières n'avaient jamais été proches de leur camarade mais un lien d'affection s'était noué entre elles, conséquence de leur côtoiement quotidien et de leur appartenance à une même maison, Gryffondor. En ces sombres heures, il convenait de faire preuve d'unité et de solidarité.
Bientôt chassés par l'infirmière, les quatre sorciers étaient remontés à la salle commune en un silence tendu. Ce soir là, Parvati s'endormit pelotonnée dans un fauteuil près de la cheminée. Elle avait du mal à s'endormir dans son lit, dans ce dortoir où l'absence d'Hermione se faisait ressentir un peu plus chaque jour qui passe, leur rappelant que personne n'était à l'abri. Du moins, aucun…sang-de-bourbe.
Sang-de-bourbe. L'expression était horrible et trahissait une idéologie terrifiante. Parvati en avait bien trop conscience. Padma et elles avaient inventé tout un arbre généalogique pour justifier leurs origines magiques, allant même jusqu'à prévoir les réponses à donner si on les questionnait. D'après leur petit mensonge, leur père était l'héritier d'une longue lignée de sorciers indiens et avait rencontré leur mère dans le cadre de leur travail. Il n'aurait déménagé en Angleterre que par amour pour celle-ci, ce qui expliquait son absence des registres de Poudlard. En réalité, leur père était fils de moldu. Sang-mêlé, c'est ce qu'elles étaient. C'était leur petit secret, et Parvati redoutait par-dessus tout qu'il n'éclate au grand jour.
Elle avait supplié Pansy de ne rien en dire. Son amie avait déjà rencontré son grand-père moldu, après tout. Mais elle s'était contenté de lui rire au nez en rajustant son écharpe verte et argent.
-Comme si cela intéressait quelqu'un, avait-elle dit avec un dédain tel que Parvati en était restée abasourdie pendant une journée entière.
Peut-être qu'elle en faisait trop, peut-être… mais quelque chose hantait ces couloirs sombres, quelque chose de suffisamment puissant pour causer du tort à un fantôme. La jeune fille avait vu l'état de Sir Nicolas. Elle espérait de tout son cœur ne jamais croiser la route de la créature capable de causer un tel dommage à un être déjà mort.
Le lendemain, Parvati fut sortie de ses cauchemars par une Lavande très excitée.
-Joyeux anniversaire ! s'exclama son amie en souriant de toutes ses dents.
Désorientée, Parvati se redressa dans son fauteuil en balayant la pièce d'un regard ensommeillé. Quelques élèves étaient déjà debout malgré l'heure matinale, amusés de trouver une demoiselle endormie dans la salle commune. C'était la première fois que la jeune fille ne se réveillait pas dans son lit à Poudlard. Elle s'étira comme un chat pour faire disparaitre la désagréable sensation d'engourdissement et tourna un visage grincheux vers son amie, qui pouffa.
-Tu as vraiment une sale tête, dit Lavande avec son tact habituel. Viens, il faut te faire belle pour ton anniversaire.
Rassérénée à l'idée de se pomponner en compagnie de Lavande, Parvati la suivit dans leur dortoir en baillant de façon fort peu élégante. Les deux jeunes demoiselles s'enfermèrent dans la salle de bain et Lavande s'amusa à arranger la chevelure brune de son amie en une étrange coiffure : elle avait désormais deux longues tresses enroulées sur les oreilles. Lavande agita sa baguette et transforma des dragées surprises de Bertie Crochue en petites fleurs blanches qui se piquèrent dans les mèches brillantes. Le résultat était détonnant, mais Parvati s'en moquait : elles avaient bien ri et les gens étaient habitués à leurs extravagances. Une discrète touche de maquillage plus loin – elles n'avaient que douze ans, après tout – et les deux sorcières étaient prête à affronter tous les dangers.
Ce matin là, Parvati fut accueillie par des cris d'enthousiasme de la part de ses camarades de Gryffondor. Dean et Seamus décidèrent d'organiser une fête clandestine en petit comité, trop heureux d'avoir quelque chose à fêter. Parvati protesta que jamais les professeurs ne les laisseraient faire en ces temps troubles, mais Seamus lui rit au nez.
-Ils n'ont pas besoin de savoir. On ira se balader dans les endroits les moins fréquentés où personne ne nous y trouvera. En tout cas moi je n'en peux plus de cette ambiance tendue. Une escapade nocturne me ferra le plus grand bien.
Excités comme des niffleurs en goguette à Gringotts, Dean et Seamus discutèrent un long moment avec Fred et George, les experts en la matière. Lavande et Parvati furent impressionnés par la rapidité avec laquelle les jumeaux parvinrent à rassembler clandestinement plusieurs bièrobeurres et un gros tas de friandises multicolores. Le soir venu, les quatre amis attendirent que la salle commune se vide pour se glisser hors de la pièce, ignorant les protestations de la Grosse Dame.
Ils marchèrent silencieusement un long moment en s'enfonçant dans les couloirs les plus sombres et reculés de l'école. Peu rassurées, Parvati et Lavande suivaient Seamus qui menait la marche, sa baguette allumée tandis que Dean était devant en éclaireur.
-Pas de concierge aigri en vue, dit-il finalement en revenant vers eux, ni de monstre assoiffé de sang !
Les deux filles échangèrent un regard inquiet, provoquant le rire de Seamus.
-Ne vous inquiétez pas, si l'héritier ou sa bête approchent, je vous protègerai au péril de ma vie !
Dean tomba alors à genoux, mimant un monstre qui grognait et Seamus leva haut sa baguette, la faisant tournoyer en de grands gestes chevaleresques.
-Approche, créature démoniaque ! Moi, Seamus le Brave, vais te renvoyer dans les enfers auxquels tu appartiens ! Puissé-je avoir la puissance de Merlin et le courage de Gryffondor !
Il lâcha sa baguette et empoigna une épée imaginaire qui vint transpercer Dean. Le prétendu monstre s'effondra au sol en se tordant de douleur, à l'agonie, tandis que le guerrier Seamus faisait mine de trancher sa tête pour la garder en trophée. Lavande applaudit à tout rompre et Parvati se dirigea vers Seamus en riant.
-Oh, preux chevalier !, s'exclama-t-elle, entrant dans leur jeu, vous m'avez sauvé des griffes de cette créature, comment vous remercier ?
-M'épouserez-vous ?, s'enquit Seamus, une lueur d'espoir brillant dans ses yeux rieurs.
Parvati fit semblant d'hésiter puis acquiesça d'un signe de tête majestueux et s'approcha tout près de son sauveur. Elle prit le visage du jeune garçon entre ses mains et déposa un petit baiser sur ses lèvres, avant de se reculer en riant aux éclats. Seamus bomba le torse avec fierté mais son expression trahissait son embarras – il était rouge comme une tomate.
-Quelle chance mon vieux, s'exclama Dean d'un ton envieux, la prochaine fois c'est moi qui joue le chevalier servant.
Tout en lui tendant une bièrobeurre, Lavande lança une œillade amusée à son amie qui l'ignora résolument. C'est en riant et plaisantant que les quatre amis s'installèrent au beau milieu d'un couloir sombre. Ils restèrent là deux heures, se racontant des histoires d'horreur, des blagues et des énigmes et même jouant à des jeux. Peu à peu, la conversation prit un tour plus sérieux alors qu'ils évoquaient les étranges évènements qui troublaient la paix du château. Qui était l'héritier ? Ils passèrent en revue toutes les personnes susceptibles de libérer un terrible monstre pour libérer l'école des élèves au sang « impur ».
-Peut-être que c'est encore un coup de Vous-Savez-Qui…suggéra finalement Dean. Après tout, l'an dernier, il a bien essayé de voler la pierre philosophale alors que tout le monde le croyait mort.
Lavande et Parvati échangèrent un regard intéressé. Peut-être qu'elles allaient en apprendre plus sur cet étrange évènement.
-On ne sait rien de plus que les rumeurs en disent, répondit Lavande. Hermione a refusé de nous en dire plus. Harry vous a raconté ce qui s'est passé ?
-Non, il est assez discret sur le sujet, mais Ron l'a fait. Ils ont affronté tout un tas d'épreuves. Tout le monde a entendu parler de l'échiquier géant de McGonagall, bien sûr, mais il y avait aussi un chien à trois têtes, un filet du diable, un troll, une clef à attraper avec des balais et une salle remplie de potions. C'est Hermione qui a trouvé la bonne potion.
La voix de Seamus baissa en volume sur la fin de sa phrase. Un silence inconfortable s'instaura, durant lequel chacun eut une pensée pour leur camarade pétrifiée.
-Et ensuite ?, finit par demander Parvati.
-Ensuite Harry est arrivé dans une salle où se tenait le célèbre Miroir du Risèd, qui reflète ce que chacun désire le plus au monde. Il a réussi à prendre la pierre parce qu'il voulait la trouver mais pas s'en servir – une idée tordue de Dumbledore – alors que Quirrel, lui, n'a pas pu s'en emparer. Quirrel cachait le visage de Vous-Savez-Qui de l'autre côté de son crâne, dissimulé sous son affreux turban.
-C'était donc vrai ! s'exclama Lavande. C'est…c'est horrible ! Il l'avait derrière la tête toute l'année, pendant qu'il nous faisait cours ! Je n'aurais jamais imaginé une telle chose.
Parvati frissonna de dégoût tandis que lui revenait des bribes de souvenirs. La première fois où Quirrel leur avait fait cours, il leur avait fait une bien piètre impression, lui qui semblait avoir peur de son ombre… Une fois, elle avait passé une longue heure seule avec lui, en retenue. Comment était-ce seulement possible ? On racontait qu'il se nourrissait de sang de licorne. Si c'était vrai, c'était révoltant ! Une créature si douce et si pure, qui incarnait l'innocence et la grâce…
-Personne n'aurait pu l'imaginer, approuva Dean. Au départ, Harry, Ron et Hermione soupçonnaient Malefoy… Puis Rogue !
-C'est ridicule, répliqua Parvati d'un ton sec. Rogue, c'est crédible. En revanche Malefoy est loin d'être un sorcier brillant, ce n'est qu'un morveux qui se prend pour un prince mais qui n'est que… le bouffon du roi !
-Quelle véhémence, s'étonna Seamus. Malefoy ne t'a pas causé d'ennuis, au moins ?
Parvati lui sourit, touchée par sa sollicitude, et lui assura que non. Son expression ne se détendit pas, cependant. Lavande s'en aperçut et entoura les épaules de la jeune fille d'un bras. Changeant de sujet de conversation, elle sortit un petit paquet entourée de papier brillant qu'elle tendit à Parvati.
-Joyeux anniversaire, de notre part à tous les trois.
C'était une fine chaîne argentée à laquelle était suspendu un délicat pendentif en forme de lune. Elle retourna l'objet entre ses doigts, fascinée par ses éclats bleutés, puis l'accrocha autour de son cou.
-Il est ensorcelé bien sûr, expliqua Lavande, il y a un sort de protection ainsi qu'un maléfice censé te relier à ceux qui l'ont offert. Si tu es en danger, nous serons capables de le sentir et nous viendrons à ton secours !
Emue, Parvati serra fort son amie contre elle puis remercia les deux garçons.
Parvati avait fini par trouver sa place à Poudlard. Elle avait des amis avec qui elle passaient de très bons moments, qui tenaient à elle et qui rendaient son quotidien beaucoup plus agréable. Lavande était devenue sa confidente. Il était rare de voir l'une sans l'autre.
Pourtant, Parvati ne pouvait s'empêcher de se sentir triste lorsqu'elle pensait à Padma. Aujourd'hui, jour de leur anniversaire, elle avait à peine eu le temps de la voir. Quant à Pansy… son cœur se resserra à cette pensée. Parvati sentait une jalousie diffuse s'insinuer en elle chaque fois qu'elle voyait Pansy au milieu des autres filles de Serpentard ou lorsqu'elle trottinait derrière Malefoy et ses deux gorilles. Durant leur première année, elles avaient continué à passer du temps ensemble. Cependant cette année Pansy lui avait clairement fait comprendre qu'elle ne tenait plus à s'afficher avec une Gryffondor. Parvati lui faisait honte. Elle avait pleuré longtemps après cet épisode et avait fini par tout raconter à Lavande. Cela les avait rapprochés.
Lavande était une fille géniale.
La nuit était très avancée lorsqu'un bruit inquiétant se fit entendre non loin d'eux. Quelqu'un – ou quelque chose – approchait. Ils se figèrent instantanément et retinrent leur respiration, la peur s'insinuant en eux alors qu'ils entendaient le son de pas et d'étranges feulements. Une lumière apparut au bout du couloir.
-L'Héritier !, chuchota alors Lavande en écarquillant ses beaux yeux clairs.
Il n'en fallut pas plus pour qu'ils sortent de leur immobilisme. Bondissant sur ses pieds, Parvati sortit sa baguette et commença à courir en sens inverse avec ses camarades, abandonnant derrière eux les cadavres de leur goûter. Malheureusement, il faisait sombre et ils s'étaient enfoncés loin dans les couloirs sombres. Une angoisse sourde l'envahit lorsqu'elle comprit que les deux garçons ne savaient plus où ils allaient. Bientôt, ils se retrouvèrent acculés dans une impasse. Impossible de faire demi-tour : la chose les avaient suivis, ils entendaient les pas se rapprocher à toute allure.
Ils tendirent leur baguette, prêts à défendre chèrement leur peau. Le monstre ne les aurait pas si facilement ! Parvati attrapa la main de Lavande qu'elle serra brièvement tandis que la lumière apparaissait au bout du couloir, et…
-PETRIFICUS TOTALUS !
Quatre filets de lumières sortirent de leurs baguettes pour venir frapper de plein fouet la silhouette sombre d'un homme, qui s'effondra au sol. La lanterne qu'il portait tomba avec lui, éclairant son visage pétrifié. La bête qui l'accompagnait poussa un feulement pathétique en voyant son maître vaincu.
Un sentiment d'horreur envahit Parvati lorsqu'elle reconnut le concierge Rusard et sa chatte, Miss Teigne. Pendant une longue seconde, ils se regardèrent avec un air catastrophé puis Dean traduisit la pensée générale :
-S'il nous attrape, cette fois, il va vraiment nous pendre par les pieds dans les cachots.
Sans se concerter d'avantage, ils partirent en courant à perdre haleine en abandonnant le pauvre concierge à son triste sort. Ils ne s'arrêtèrent que lorsqu'ils atteignirent le portrait de la Grosse Dame, qui protesta violemment avant de consentir à leur ouvrir le passage.
Les quatre amis s'effondrèrent en riant devant la cheminée.
-On a été stupides, non ? remarqua Seamus. On aurait dû se douter qu'il s'agissait de Rusard.
Parvati haussa les épaules, encore un peu secouée.
-Toute cette histoire de Chambre des Secrets nous tape sur les nerfs, c'est normal. Il faut dire que les professeurs eux-mêmes sont inquiets… Mes parents ont même parlé de nous rapatrier à la maison, avec Padma. Mais je pense qu'on a bien fait de faire cette sortie. C'était un peu inconscient mais je me suis bien amusée et je n'aurais plus peur des couloirs sombres.
Les deux garçons approuvèrent. Ils partirent se coucher peu de temps plus tard, tombant de sommeil. Lavande et Parvati restèrent un long moment à papoter, commentant la soirée en riant. Cette nuit là, elles ne remontèrent pas dans le dortoir où manquait Hermione. Cette nuit là encore, Parvati s'endormit dans la salle commune, pelotonnée contre Lavande.
