Voici la seconde partie de ce recueil et cette fois-ci sur le point de vue de notre chère Elsa et de son enfance.

Un grand merci à ma Radoudou, muslipepito, Guest et Guest pour leur review. Ainsi que mirandapowa pour son ajout en favori et en alert de cette histoire.

Guest : Merci beaucoup pour ta review et tes compliments qui m'ont fait chaud au cœur :). J'espère que cette partie sur Elsa te plaira aussi.

Guest : Et voilà la suite se concentrant bien entendu sur le point d'Elsa j'espère qu'elle te plaira aussi et merci pour ta review ^^

Pour cet OS je vous conseille de vous écouter Of course I wanna build a snowman – tumblr by reindeersarebetter que vous pourrez trouver sur youtube.

Sur-ce je vous souhaite une bonne lecture.

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Sœurs

Elsa


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Comme elle aurait souhaité remonter le temps. Comme elle aurait souhaité retrouver cette insouciance qui ne cessait d'entourer Anna tel un délicat parfum. Comme elle aurait voulu pouvoir retrouver leur complicité et leurs jeux d'antan. Comme elle aurait voulu ouvrir la porte pour faire un bonhomme de neige.

Mais elle avait peur. Si peur.

—Elsa ?

Elle ne pouvait s'empêcher de frissonner en entendant cette petite voix pépier sur le pas de sa porte pour l'inviter à jouer. Non elle ne pouvait pas. Elle voulait sortir. Courir dans les couloirs, glisser sur les rampes d'escaliers, danser, rire, chanter, jouer dans la poudreuse et même dans la boue. Elle voulait vivre et être libre. Mais elle n'avait pas ce droit.

Enchaînée et prisonnière à ce don qui était désormais un fardeau. De magie synonyme de joie il s'était métamorphosé en une malédiction l'enfermant dans une tour de solitude.

—Elsa ? Je voudrais un bonhomme de neige !

Oh comme elle aurait aimé revoir cette lueur d'admiration et de bonheur dans les iris bleus de sa petite sœur. Voir les joues rondes s'étirer sous l'éclat d'un grand sourire. Entendre le rire de la petite rousse en voyant la neige tomber dans la salle de bal.

« Bonjour je m'appelle Olaf. Et j'aime les gros câlins. »

« Ahahahaha. Je t'aime Olaf ! »

Elle voulait rire. Elle voulait jouer. Elle voulait vivre. Mais elle n'en avait pas le droit. Et ce temps où elles jouaient toutes les deux était révolu. Parce qu'il y avait eu ce jour fatal. Ce jour où elle avait blessé sa sœur. Ce jour où elle avait découvert le danger que représentait son pouvoir. Ce jour où la peur et la culpabilité s'étaient insinuées dans son cœur pour ronger son insouciance et dévorer son enfance.

A huit ans son enfance s'était arrêtée. A huit ans les rouages de son existence s'étaient détraqués.

Il n'y aurait plus de bonhomme de neige. Les souvenirs d'Anna avaient été effacé, l'éclat de blancheur dans sa chevelure rousse était une gifle à chaque fois que ses yeux se posaient dessus, son pouvoir ne cessait de devenir plus fort et incontrôlable.

Elle était un monstre.

—Va-t'en Anna !

Son cœur se serrait en entendant la tristesse d'Anna devant son rejet, son mutisme, sa fuite. Sa respiration se coupait en entendant les rires de sa sœur, en voyant les jouets éparpillés et cette petite boule d'énergie qui tentait de reconstruire les morceaux de leur complicité en la suivant jusqu'à ce que le claquement sec de la porte la fasse partir. Ses yeux s'embuaient de larmes en admirant l'insouciance des enfants dans les ruelles passant sous les fenêtres du palais, l'immensité du ciel, les vastes paysages entourant le fjord. Cette liberté qu'elle pouvait seulement contempler sans pouvoir y goûter.

Le givre se dessinant sur les objets qu'elle touchait, apparaissait comme une insolence envers sa peur. La glace sur les murs semblait se moquer de ses vaines tentatives pour contrôler son don. La neige recouvrant les tapis résonnait comme une provocation cruelle se délectant de ses cris effrayés et de ses larmes.

Cache tes pouvoirs. Cache tes pouvoirs. Cache tes pouvoirs. Cache tes pouvoirs.

Contrôle-toi. Contrôle-toi. Contrôle-toi. Contrôle-toi. Contrôle-toi.

Pas d'émotions. Pas d'émotion. Pas d'émotion. Pas d'émotion.

Non. Non. Non.

MAMAN ! PAPA !

Elle se détestait. Oh oui ce qu'elle haïssait cette monstruosité de son existence. Ce maudit don qui l'obligeait à porter des gants, à ne plus étreindre ses parents pour la rassurer sous peine de les transformer en statues de glace, à fuir sa sœur, à être toujours sur la défensive, à vivre dans la peur jour et nuit.

Les ritournelles qu'elle se murmurait les dents serrées n'arrivaient pas toujours à empêcher une arabesque de givre ou un flocon de neige d'apparaître sur un meuble ou un mur.

Les années s'égrenaient lentement et Elsa ne cessait de devenir plus froide et distante. Image d'une princesse parfaite tentant de contrôler ses mouvements à défaut de pouvoir maîtriser son pouvoir.

Elle étouffait. Elle suffoquait.

Et toujours ce toc à la porte qui l'invitait à jouer et à se confier.

—Je voudrais un bonhomme de neige.

Non. Non. Non. Anna. Pas de bonhomme de neige. Pas de jeux. Pas de sorties. Pas de liberté. Pas de rire. Pas d'évasion. Pas de soutien. Elle ne pouvait pas et n'en avait pas le droit.

Elle voulait exaucer les vœux de sa sœur, ouvrir la porte pour confesser les peurs et la culpabilité qui compressaient sa poitrine, jouer et rire avec Anna….mais c'était impossible.

Elle préférait la fuite, la froideur, la séparation plutôt que de blesser sa sœur. Elle savait qu'elle la blessait et la faisait souffrir par son comportement. Mais il était tellement plus facile de se faire haïr, de dresser un rempart entre elles, de vivre dans la solitude, de voir sa sœur renoncer à toquer à la porte…Oh oui c'était un prix douloureux à payer mais tellement plus supportable que d'imaginer la frayeur, la souffrance et le chagrin animant les traits d'Anna si son pouvoir l'attaquait.

Les tocs à la porte devenaient plus fugaces mais quand les doigts d'Anna venait heurter le bois pour faire retentir le code secret, Elsa ne pouvait s'empêcher de laisser un imperceptible sourire étirer ses lèvres, sentir son cœur se réchauffer. Anna était là.

—Ne la fuis pas ainsi ma chérie. Elle a besoin de toi et toi aussi, chuchotait Iris à sa fille quand elle venait la rassurer sur ses pouvoirs.

Elsa détaillait alors le visage ovale semblable à celui d'Anna, les yeux d'un tendre bleu gris, cette chevelure brune sentant bon la rose et dans laquelle elle aimait nicher son nez pour se sentir rassurée. Si elle n'avait pas eu son pouvoir elle aurait très certainement eu les cheveux de la même couleur que maman. Comme elle aurait aimé être normale. Comme Anna.

—Je ne peux pas maman. Je ne veux pas la blesser.

Anna était là mais elle n'ouvrait pas la porte.

—Anna s'inquiète. Tu devrais aller la voir, lui disait parfois Ruben entre un cours sur ses futures obligations de reine ou une tentative pour l'aider à contrôler cette malédiction.

—Non. C'est trop dangereux, murmurait-elle en fuyant.

Fuir était tellement plus facile et rassurant.

Ils souffraient tous de cette situation mais c'était un équilibre qui suffisait à Elsa pour ne pas totalement basculer dans la folie. Elle fuyait père, mère et sœur…mais ils étaient là. Jusqu'à ce jour où le majordome avait toqué à sa porte, dans un cognement sec et funèbre – tellement différent du toc joyeux et musical d'Anna –, pour lui annoncer la mort de ses parents.

Ce jour où elle s'était retrouvée face au deuil. Ce jour où elle avait eu peur comme jamais. Ce jour où ses émotions étaient devenues entièrement incontrôlables. Ce jour où elle avait même pleurer des larmes de gel alors que le givre s'incrustait dans la serrure, l'emprisonnant totalement.

Plus de papa. Plus de maman. Juste elle et son pouvoir. Juste elle et sa monstruosité. Juste elle et le poids de responsabilités royales qui la terrifiaient.

Toc…Toc…Toc…

Et Anna derrière la porte, tentant dans une ultime tentative de la faire sortir, de la consoler, de reconstituer les morceaux de cette relation qui se désagrégeait un peu plus à chaque seconde.

Sa voix suppliante, ses larmes, sa demande…tout cela brisait son cœur mais la porte resta sourde aux suppliques d'Anna.

—Je voudrais un bonhomme de neige…

Les larmes roulèrent sur ses joues, ses yeux contemplèrent l'univers de glace qu'était devenue sa chambre, ses épaules furent secouées de sanglots silencieux.

Elsa aussi voulait un bonhomme de neige. De tout son cœur. De toute son âme.

Tout était gelé en elle. Prisonnière dans sa tour de glace, séparée d'Anna par ce mur de neige qu'elle avait érigé entre elles au fil des années. Seule. Elle devait continuer seule. Et laisser sa sœur vivre sa vie. Obtenir cette liberté qu'elle avait toujours désirée.

Il n'y eut plus de toc à la porte.


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Tuduuum. Alors qu'en avez-vous pensé ? N'hésitez pas à me laisser une petite review pour me le dire.

A la prochaine pour le deuxième point de vue d'Elsa et merci de m'avoir lu.