Décadence

Auteur: Zowl
Genre: Drama/Angst... La première fois que j'écris un truc comme ça... Je m'auto-choque...
Disclaimer: Aucun personnage n'est à moi, mais à Lionhead, car sinon le héros et le méchant finiraient ensemble !
Rating: T pour des raisons évidentes...
Résumé: Dans l'Arène, le Héros est hypnotisé par son regard. Il y succombe comme à la plus puissante des drogues...
Note: Les chapitres deviennent de plus en plus court au fur et à mesure que j'avance, j'arrive vraiment pas à faire plus long, c'est a-bu-sé ! Bon, j'me tais...


Chapitre 2: Le sang

«Je t'attendrai, Héros…»

Ces paroles me trottaient dans la tête depuis des jours, c'était terrible. M'attendre… Où ? Quand ? Quelle torture ! Je voulais me convaincre que rien ne s'était produit, qu'il m'avait juste remis mon prix, qu'il m'avait vaguement parlé de ma mère, et que rien d'autre. Mais impossible. Cette scène me hantait depuis ce jour où j'avais vaincu l'Arène, le but ultime de chaque guerrier. Mais pas le miens. Mon but n'était pas là. N'y était plus. Il était ailleurs, loin, dans un autre monde que le sable et le sang, dans un univers plus magique et plus compliqué. Plus inaccessible. Et je n'en avais ni le nom, ni la clef. Je vous l'avais dit, quelle torture.

Je m'aventurai dans Darkwood. Lugubre, oui, mais moins que mon esprit. Une brume étrange s'éleva autour de moi, comme à chaque fois que je venais ici, les racines qui écartelaient la terre se dressaient vers ma silhouette telles des griffes, les grognements et autres rires de la forêt résonnaient dans le brouillard. Une atmosphère mystérieuse, oppressant tout voyageur inexpérimenté jusqu'à le repousser dans les plus profonds recoins de la peur, des odeurs de vase et de fange, de viande faisandée ou carrément moisie. Oui, Darkwood dans toute sa splendeur.

Je me fis attaquer par quelques baleverines. Je les tuai, sans émotion, et m'attardai une secondes sur leurs cadavres. J'étais déçu. Déçu de ne plus ressentir cette impression de froid intense qui engourdissait tout mon corps, qui me détachait de la réalité comme un rêve trop beau. Un véritable manque physique et psychologique, un manque qui rend fou, qui nous colle à la réalité quand on veut juste la fuir.

Je donnai un coup de pied rageur dans un cadavre, le faisant voler, et vis mon reflet dans la flaque de sang. Mes yeux maintenant ternes, cernés de traces sombres, mon corps trop maigre, mes traits de jeune homme tirés par le mal-être encadrés de cheveux emmêlés. Je grimaçai, ce n'était plus moi. Depuis que je l'avais tuée, ce besoin constant m'assassinait à mon tour. Il me fallait quelque chose. Pas beaucoup…

Je sentis mon corps chuter, s'écrouler dans la boue, je ne voulais plus chercher ce besoin, cette maintenant dépendance. Et je ne voulais plus ressentir la réalité. Je regardais donc le ciel, gris, fendu par les arbres morts, et j'essayais de m'y perdre. Et j'enviais les baleverines, les trolls, les bêtes sauvages, qui ne sont guidées que par leur instinct, pas par la recherche d'une chose inatteignable. Mes yeux s'inondèrent alors que, les bras en croix, je gisais dans la vase, véritable loque, héros maudit par la soif de sang.

Des voix m'éveillèrent soudain, venant de pas très loin. Elles semblaient être là depuis des lustres, mais je n'y avais pas prêté attention. Je me levai, sans m'intéresser à la saleté sur mes vêtements, et me dirigeai vers elles. Le camp. Le camp de Darkwood. Avec quelques marchands relayés et approvisionnés régulièrement. Mon épée à la main, je m'en approchai lentement, pas à pas, perdant peu à peu le contrôle sur moi-même. J'entendais ces voix, humaines, dénuées de toute méchanceté, plaisantant joyeusement autour d'une chope, pariant au Black Jack ou à je ne sais quel jeu de taverne, inconscientes de l'horreur qui planait dans ces bois. J'arrivai là-bas, le bras tremblant d'excitation, sentant déjà le goût glacé qui m'envahirait les sangs, puis les muscles, puis les os, puis l'âme.

Ils me remarquèrent, sourirent, me saluèrent comme le grand héros que j'étais pour eux. Et moi je ne voyais en eux qu'une drogue plus puissante que n'importe quelle autre. Cette drogue qui coule en nous sans qu'on le sache. Cette drogue inguérissable qui maculait bientôt ma peau et mes habits, qui tachait le sol marécageux, qui glissait sur mon visage, qui, en s'écrasant sur mon arme, sonnait le glas de ces vendeurs malchanceux.

Cette drogue qu'on appelle le sang.

À suivre...