3.
Avec appréhension, sachant ne pouvoir pas entièrement compter sur son physique éreinté par les explosions, Aldéran avait cependant choisi de faire confiance à son ancien jumeau qui l'avait conduit dans les rues de RadCity.
Contrairement à ses délires romanesques, Kwendel ne l'avait pas fait rejoindre les pires bas-fonds de la galactopole mais l'avait mené au zoning hôtelier, jusqu'à un établissement à taille humaine, familial, lumineux et bien entretenu.
La mère de famille et patronne, avait accueilli les deux frères et avait indiqué à Aldéran la chambre occupée par celui qu'il venait visiter.
Aldéran prit une bonne inspiration et frappa au battant de la porte, Tersic Olker venant presqu'aussitôt lui ouvrit.
- J'ai vu votre tout-terrain se garer. Kwendel m'a dit que vous viendriez, qu'il vous donnerait mon adresse. Et il a fait une apparition fugace, il y a une poignée de seconde pour me dire que vous arriviez.
- On dirait, que tout le monde connaît mes faits et gestes, alors que moi-même je les ignorais, quelques heures auparavant… Kwendel, dégage !
Son jumeau mort disparu, Aldéran se retourna vers Tersic Olker.
- Qu'est-ce que vous foutez ici, vous ? ! Vous ne devriez pas être avec l'expédition de Mayu Oyama Tuldish, aux fers de préférence ?
- J'ai été renvoyé, bien évidemment, après avoir commis ces agressions envers votre père et vous. Je traînais, d'un bureau d'embauche à l'autre, et puis, lui, il est apparu… comme maintenant.
Sans se retourner, Aldéran soupira.
- Kwendel, tu me les brises !
Kwendel s'assit dans un fauteuil, auprès des deux hommes qui en réalité, autant l'un que l'autre, ne savaient trop comment se comporter !
- Aldie, ferme-la, et écoute M. Olker, s'il te plaît.
Aldéran alla s'asseoir dans le fauteuil du salon le plus éloigné de Tersic… et de Kwendel. Il affichait une mine butée mais semblait prêt à entendre ce que l'ancien responsable de la sécurité du Benkel avait à lui dire.
- Comme ni votre père ni vous n'avez porté plainte pour la double agression commise sur vos personnes, j'ai été mis à pied et donc remplacé dans mes fonctions. Je suis rentré chez moi et, comme je vous l'ai dit, j'ai traîné à gauche et à droite.
Dans son fauteuil, Aldéran s'agita, indiquant clairement que ces informations ne l'intéressaient pas un instant.
- Kwendel est venu me débusquer, il a affirmé avoir besoin de moi… Et il m'a fait venir ici le temps d'un battement de cils. J'avoue que je ne comprends toujours pas comment, ni qui il est, et le pourquoi de cette troublante ressemblance avec vous, Colonel. Car j'ai vérifié à nouveau mon dossier sur vous : il n'est nulle part fait mention d'un troisième frère !
Aldéran ricana.
- Kwendel est mon jumeau.
- Ce qui expliquerait la ressemblance. Mais je ne peux que noter une différence d'âge !
- Nous sommes pourtant bien nés de la même mère, à quelques minutes d'intervalle, assura Aldéran que les incompréhensions de Tersic divertissaient à présent ! Nous n'avons cependant pas été élevés ensemble. Ensuite, c'est devenu un peu plus compliqué – mais ça n'entre absolument pas en ligne de compte dans mes récents déboires.
Il regarda Tersic avec plus d'insistance, cette fois.
- Alors, ce que mon père vous a raconté du passé, sa version, la mort en combattant à ses côtés de celui qui avait toujours veillé sur vous, vous a donc bel et bien convaincu d'en finir avec les reproches que vous lui faisiez ?
- Entièrement. L'enfant que j'étais avait idolâtré le patron, et je ne me trompais pas sur ce point. Mais cette guerre, je ne pouvais la comprendre. Je n'avais voulu garder que le souvenir de ce corps mutilé qui avait été ramené par un pirate à la mise étrange… Je sais désormais que dans ses propres erreurs, et dans ses convictions, oncle Vilak a toujours été entier, qu'il a choisi de se sacrifier pour une noble cause, et pour les enfants justement. Mes ressentiments envers son bref compagnon d'armes n'avait plus lieu d'être. J'avais cependant encore à me racheter pour l'avoir blessé, et vous avoir aussi neutralisé.
- Deux fois, grinça Aldéran. Ah, c'est pour ça que vous avez aidé Kwendel à me sortir de là ?
Aldéran se tourna vers son ancien jumeau, le regard fulminant.
- Si tu étais venu pour nous prévenir des bombes, pourquoi est-ce que tu as tant tardé, ce qui fait qu'au final Soreyn et moi avons été blessés ? !
- C'est Grunda, fit sombrement Kwendel. Il a tenté de me stopper et il a bien failli m'avoir !
Aldéran sursauta.
- Ah, parce qu'en plus des terroristes, il y a une entité ennemie qui rôde ?
Kwendel inclina la tête de façon positive.
- Il ressemble à quoi ?
- Pour l'instant, à une masse d'énergie. C'est donc un polymorphe. Il adopte l'apparence la plus appropriée pour affronter un adversaire.
- Formi, manquait plus que ça, soupira Aldéran.
Il reprit espoir.
- C'est surtout pour cela que tu es là, Kwendel, pour l'occuper ? Parce que j'ai bien assez de chats à fouetter ainsi !
- Grunda m'a jaugé, je ne crois pas qu'il voudra à nouveau m'affronter, sachant qu'il ne peut me défaire. Donc, il se tournera inévitablement vers toi qui es le seul ici, à pouvoir le contrer !
- RadCity, voire la planète, serait son Sanctuaire ? insista Aldéran.
- Ca y ressemble furieusement.
Aldéran réfléchit un instant.
- Je crois que c'est Sylvarande, ou peut-être était-ce Lourik, je ne me souviens plus bien, qui m'avait dit que le sous-sol de Ragel abritait des créatures ennemis. C'est d'ailleurs ainsi que j'ai vu ce mille-pattes gigantesque sortir de terre et sans Myla la chauve-souris, j'aurais eu du mal à en venir à bout ! Ca promet si une créature non identifiable et belliqueuse m'en veut d'être simplement ce que je suis…
- Pourquoi est-ce que cet ennemi ne peut vous battre, Kwendel ? intervint Tersic qui n'avait strictement rien compris aux derniers propos échangés.
- Mais c'est parce qu'il est mort, évidemment, ça coule de source ! rétorqua Aldéran avec un brin d'agacement. Et vous, Olker, n'espérez pas que je vous engage. Occupez-vous de vos fesses, ça vaudra mieux pour tout le monde. Maintenant, entre un défunt et un chômeur, je n'ai plus de temps à perdre, j'ai un monceau d'emmerdes à gérer ! ajouta-t-il en quittant la chambre.
