Bonjour à tous! Me voilà de retour avec le chapitre deux,

Bonne lecture!


Chapitre 2

Elle ne resterait pas accrochée là longtemps. La police allait la chercher et la trouver. Bientôt. Il fallait faire vite, tout mettre en place, suivre les consignes. Les consignes, c'est l'Homme qui les lui avait dictées. Cet homme qui l'avait aidé. Il ne demandait rien en échange. Il y avait juste les consignes, la mise en scène. Il disait en avoir besoin. Il disait que quelqu'un devait danser.


-Sherlock

John aurait préféré que sa voix ne lui donne pas l'air si enjoué, mais s'imaginer la réaction du détective était bien trop comique pour ça. Sherlock n'avait pas bougé d'un pouce. Au regard un peu perdu qu'il lui lança, John comprit qu'il venait de le tirer de son palais mental.

-Tu es revenu, s'étonna le détective.

-Oui et pas tout seul !

En entrant dans le salon, John put voir le visage de Sherlock s'illuminer.

-Un client ?

-Pas vraiment.

Il se rembrunit, analysant John de ses yeux bleus, s'attardant sur les mains du médecin qui tenaient quelque chose d'enveloppé dans sa veste, veste qu'il n'avait pas prise en partant.

-Qu'est-ce que c'est ?

John sourit largement, il ne pouvait pas s'en empêcher. Il s'installa dans son fauteuil, Sherlock s'était redressé face à lui et le médecin fut ravi de voir la curiosité qu'il lui manifestait.

-C'est un nouveau colocataire ! annonça-t-il avec un sourire en coin.

Sherlock le dévisagea incrédule tandis que John écartait doucement les pans de sa veste. Une petite tête recouverte de fourrure noir ébouriffée et surplombée de deux oreilles pointues en sortit. Sherlock ouvrit la bouche et la referma aussitôt. Il n'avait pas l'air de comprendre ce qui se passait pour une fois et John se délectait de la situation.

-Un chat ?

-Bien observé, Sherlock.

-Pourquoi as-tu un chat ? s'étonna le détective sans relever l'ironie dans la voix de son colocataire.

-Parce que tu t'ennuies et que ça t'occupera. Je l'ai trouvé dans un buisson.

-Tu n'aurais pas pu trouver une enquête dans un buisson plutôt que cette chose ?

La chose en question commençait à s'agiter sur les genoux de John, ses grands yeux jaunes balayaient la pièce avec curiosité. Sans que le médecin puisse l'arrêter, il bondit agilement sur le sol. John s'attendait presque à le voir déguerpir à toute allure de cet endroit inconnu. Cependant, le chat se contenta de contourner le fauteuil, il se faufila entre ses jambes et vint se poster devant Sherlock, le scrutant avec intérêt. La mine hostile de détective ne repoussait apparemment pas les chats. L'animal cligna lentement des yeux et poussa un miaulement strident.

-Cette chose est bruyante, grinça Sherlock.

-Toi aussi tu es bruyant quand tu tires dans le mur quand tu joues du violon à trois heures du matin en pleine semaine ou encore quand tu expérimentes des trucs pas nets! Est-ce que je m'en plains ?

-Oui, tous les jours.

-Alors on sera quitte !

Pour la deuxième fois de la journée, ils se défièrent du regard.

Pas faiblir, pensa John, tu es plus fort que lui, pas faiblir, tu étais soldat.

Mais finalement, ils craquèrent tous les deux, secoués par un fou rire. Peu de gens avaient la chance de pouvoir admirer le grand Sherlock Holmes en train de rire. De rire vraiment, et non pas de simuler des gloussements ridicules au cours d'une enquête pour faire lâcher des informations à une midinette pétrifiée de désir face au célèbre détective qu'il était. John n'aimait pas le faut rire de Sherlock. Peut-être était-ce parce que lui était un des rares chanceux à connaître le vrai, celui qui venait du cœur et qui à cet instant précis faisait pétiller ses yeux. Les yeux de Sherlock étaient toujours glacials quand il utilisait son faux rire.

Il fallut plusieurs minutes aux deux hommes pour retrouver leur sérieux. C'était souvent ça entre eux : une dispute stupide et puis une chose inattendue arrivait et il se mettait à s'esclaffer comme deux larrons en foire.

-Vraiment John ? Un chat ?

-Au moins ça t'occupera un peu, sourit le médecin.

-Je trouve déjà de quoi m'occuper tout seul, tu sais ?

Oui, en prenant le risque de faire exploser le quartier deux fois par jour. Je préfère le chat.

-Il faudra que tu lui trouves un nom.

-Ah quoi bon ?

-C'est ton chat.

-Qui a décrété ça ?

-Moi !

Sherlock soupira ennuyé en comprenant que toute discussion serait inutile. John était bien décidé à garder ce chat.

-Je ne pouvais pas le laisser dehors, se justifia le médecin en suivant le cheminement des pensées de son ami.

Ce n'était pas tout à fait vrai, John n'avait jamais été un grand défenseur de la cause animal. Sherlock ne l'ignorait pas.

-Il n'a pas vraiment l'air de se porter mal.

En effet, le chat explorait déjà avec curiosité ce qui semblait être devenu son nouvel appartement en reniflant tout ce qui lui passait sous le museau.

Sherlock soupira en s'affalant un peu plus dans son fauteuil.

-Je trouverai bien quelque chose à en faire.

John sourit satisfait, avant qu'une sonnette d'alarme ne retentisse dans sa tête. Il n'avait que trop d'imagination pour ne pas imaginer ce que Sherlock était capable de faire avec un animal.

-Pas d'expériences avec ce chat, sur ce chat, dans ce chat ou encore autour de ce chat ! s'empressa-t-il de préciser.

Le visage de Sherlock s'assombrit.

-Tu es ennuyeux.

-Et je ne veux pas le trouver dans le congélateur, encore moins dans le micro-onde, ni dans n'importe quel endroit où un être vivant n'est pas censé se trouver…d'ailleurs j'aimerais qu'il reste vivant si ce n'est pas trop de demander.

Moue boudeuse de la part du détective, apparemment il n'était pas sûr de pouvoir respecter cette clause du contrat.

-Ah, et il faudra que tu le nourrisses évidemment.

Sherlock grimaça. Il n'avait rien demandé pour se retrouver avec un sac de contraintes dans son salon. D'ailleurs rien ne l'obligeait à accepter. Sauf que John avait ce regard. Le regard qui lui disait ça me ferait plaisir.

-Avec quoi nourrit-on ces choses ?

-Des croquettes, des boîtes de pâté, toutes sortes de chose que tu trouveras dans n'importe quel Tesco. Tu ferais mieux d'y aller avant qu'il y ait trop de monde.

John savait qu'il était sur une corde raide. Sherlock avait toutes les raisons de refuser ce chat chez lui et encore plus de s'en occuper alors qu'il n'avait pas le moindre intérêt à le faire. John réalisa soudain qu'à la place du détective il aurait trouvé la situation de très mauvais goût et aurait refusé aussi sec. C'est pour ça qu'il fut plus que surpris quand Sherlock se leva sans grande motivation en grommelant qu'il allait chercher son manteau.

-Prends du lait, lâcha John sans vraiment pouvoir s'en empêcher, il n'en reste plus qu'une bouteille.

-Je te conseille de ne pas y toucher, prévint Sherlock en nouant son écharpe autour de son cou.

John fronça les sourcils, c'était le genre de phrase qu'il n'aimait pas entendre, surtout venant d'un homme qui jouait sans cesse à l'apprenti chimiste.

-Qu'as-tu mis dedans ?

Pour toute réponse, Sherlock le gratifia d'un sourire inquiétant avant de disparaître dans l'obscurité du couloir.


Le bruit. Les gens. Idiots. Tous, sans exception. Deux minutes qu'il était entré dans ce supermarché et Sherlock pouvait déjà sentir toute cette stupidité lui envahir le cerveau. De la caissière qui empoisonnait les clients en leur exhibant sans pudeur les détails insignifiants de sa vie, au vieil alcoolique vacillant qui hésitait entre satisfaire son envie de boisson ou payer l'intégralité de son loyer ce mois-ci. L'envie allait l'emporter, pas compliquer à déduire. Ennuyeux en plus d'être futile. Tous.

Sherlock se fraya un chemin parmi tous ces éléments perturbateurs. Pourquoi avait-il accepté de venir ? Ça, c'était une réelle question dont il n'était pas sûr d'avoir la réponse. Il n'avait aucun devoir envers cette bestiole que John avait ramenée. Il aurait très bien pu protester, refuser, balancer la chose par la fenêtre. Les chats ont neuf vies, dit-on ? Ils retombent toujours sur leurs pattes ? Les scientifiques l'ont vraiment prouvé ? L'expérience aurait pu se révéler intéressante. Mais John avait dit « pas d'expériences ! ». Sherlock soupira en manquant de peu de se faire bousculer par une femme au visage peu aguicheur et apparemment très pressée qui traînait par le bras un mioche braillard et récalcitrant.

Est complexée et vient de découvrir que son mari l'a trompé, probablement que lui a découvert qu'il n'était pas le père du gosse. Elémentaire.

Ennuyeux surtout.

Cela ne réglait pas son problème. Le chat. John. Les courses. John.

Oui, c'était ça ! John.

La voilà sa réponse, il n'avait pas refusé parce que son ami avait l'air heureux.

Oui mais de là à s'enchaîner à un être vivant qui perd ses poils sur votre manteau, se fait les griffes sur les fauteuils et renifle tout ce qu'il trouve. ..Carnivores ces créatures en plus de ça, il allait devoir ranger un peu mieux les bouts de corps.

Note pour plus tard : penser à planquer les reins qui sont sous l'évier. Il les avait mis dans une glacière mais sait-on jamais…

Sherlock soupira presque de soulagement en arrivant dans le rayon destiné aux animaux. Il était quasiment désert, se trouvait seulement là une petite vieille toute flétrie qui lorgnait avec envie sur un paquet de croquette presque aussi grand qu'elle et surtout beaucoup trop haut pour qu'elle puisse l'atteindre. Le sixième sens du détective lui disait de fuir cet endroit et de ne plus jamais y mettre les pieds. Mais John…

Avec répulsion, il s'approcha de la vielle, prêt à attraper le premier paquet de nourriture pour chats disponible et à s'enfuir dans la seconde. Bon sang comme il aurait dû écouter son sixième sens !

La vieille femme posa immédiatement les yeux sur lui, ils semblaient immenses derrière les verres épais de ses lunettes. De son doigt crochu, elle vint lui tapoter l'avant-bras. Il la fusilla du regard en grognant de mépris, ça ne la dérangea pas pour autant. Elle se mit à pointer frénétiquement l'énorme sac de croquette sur l'étagère la plus haute. Exaspéré, il l'attrapa et le laissa tomber à ses pieds. Le fossile n'allait sans doute pas pouvoir le soulever.

Tant pis. Pas son problème.

-Vous pouvez continuer à gaver votre chat tant que vous voudrez, il ne vous aimera pas plus. Mais il mourra d'obésité sans doute avant vous, débita le détective plus par réflexe que par réel intérêt.

Les yeux de la vieille s'exorbitèrent, sa mâchoire chuta avec un craquement sinistre. Il lui manquait des dents, quatre à première vue, des incisives. Sherlock prit en vitesse tout ce dont il avait besoin, empilant les articles de manière assez précaire entre ses bras dans l'espoir de quitter cet endroit de malheur au plus vite pour ne jamais y revenir.

Passer en caisse. Quitter ce lieu. Pour toujours! C'étaient les seules choses à faire.

Sherlock désespéra. Il y avait beaucoup trop de monde aux caisses automatiques, à croire que la population de Londres s'était donné rendez-vous ici. Il jeta un rapide coup d'œil autour de lui, seul le moulin à paroles décoloré qu'il avait aperçu en entrant dans le magasin ne semblait pas submergé par les clients. On se demande bien pourquoi. Il se glissa tout de même derrière les deux personnes déjà présentes. Mieux vaut en finir au plus vite. Même si pour cela il devait endurer l'exaspérante fausse blonde.

Son ex. Son appart. Sa mère. Encore son ex. Les prix des bus Londoniens.

En moins de cinq minutes le détective avait tout entendu de sa vie.

-Bonsoir monsieur !

C'est à lui qu'elle s'adressait. Voir le bon côté des choses, la sortie était proche.

-Oh, vous avez un chat ! J'adore les chats !

Bon sang comment pouvait-on avoir une voix si stridente !

-Ma sœur en a deux, je dois avouer qu'ils sont d'une laideur a-tro-ceuh !

Atroce. Oui, le mot convenait à merveille

-Comment s'appelle le vôtre ?

Il ne répondit pas.

-Vous n'avez pas l'air bien monsieur.

Sherlock lui fit un geste dédaigneux de la main elle ne se découragea pas pour autant.

-Je comprends, ça doit être ce temps…

Pourquoi encaissait-elle les articles si lentement ?

-Vous savez mon père…

Prendre un sac. Y fourrer ses achats. Vite. Ne pas l'écouter. Stupide. Stupide. Stupide !

-Son médecin disait que le froid lui faisait cet effet-là, mais entre nous…

Sortir sa carte. Payer. Plus vite. Se terrer dans son palais mental. Ne plus en sortir. Jamais.

La caissière le gratifia d'un « bonne journée » suraiguë. Avant de s'en aller, il se pencha doucement vers elle et s'agaça encore plus de voir ses joues pâles rosir de plaisir.

-Quand vous irez refaire vos seins, pensez à changer de chirurgien. Le précédent a fait un travail déplorable sur votre nez.

Son teint devint livide, elle ouvrit grand la bouche pour protester mais aucun son n'en sortit. Sherlock lui adressa un rictus moqueur et s'éloigna comme si de rien n'était. Il lui avait cloué le bec, ça eut au moins le don d'égayer un peu son humeur.

Ce n'est qu'une fois dehors qu'il réalisa que sa vie était totalement injuste.

Il avait oublié le lait.


Un bruit étrange résonna derrière la porte. Sherlock grogna, se retourna dans son lit ouvrit lentement un œil. Les chiffres lumineux de son réveil indiquaient cinq heures. Il enfouit sa tête dans son oreiller près à se rendormir.

Le son suspect retenti encore. Sherlock ne comprenait pas ce que c'était et encore moins d'où cela venait. Peut-être le vent et la pluie qui battaient contre la fenêtre lui jouaient-ils des tours ? Non, le son ne venait pas de la fenêtre.

Il retentit encore.

-SHERLOCK ! VA NOURRIR CE PUTAIN DE CHAT !

Ah, John l'avait donc entendu également.

Le chat. Tout lui revint en mémoire.

-C'ÉTAIT TON IDÉE CE PUTAIN DE CHAT ! hurla-t-il en retour.

Il n'eut pas de réponse du médecin mais entendit très clairement un crissement de griffes contre sa porte. Peut-être que s'il patientait suffisamment le chat finirait par se lasser ? C'était une erreur de penser ça.

Sherlock balança rageusement ses couvertures par terre, il le regretta presque immédiatement en sentant le froid le pénétrer ses membres. D'un pas vacillant et pas entièrement réveillé. Il sortit de sa chambre et faillit marcher sur la petite chose noire qui se fondait parfaitement dans l'obscurité.

Miaou !

La bestiole se frotta à ses jambes, laissant traîner une petite quantité de poils sur son pyjama.

-Saleté, grommela-t-il.

Sherlock se dirigea vers la cuisine, manquant plusieurs fois de trébucher à cause de chat qui se glissait entre ses chevilles sans cesser de miauler. Vraiment étrange cet animal, pensa Sherlock. Pour un chat apparemment sauvage, il ne lui avait pas fallu plus de quelques heures pour s'habituer à son nouvel environnement.

Miaou !

A l'avenir, le nourrir avant d'aller me coucher, se dit amèrement le détective.

Ce n'est pas beaucoup plus réveillé qu'il regagna son lit. Cinq minutes plus tard alors qu'il était sur le point de replonger dans le sommeil, un miaulement strident l'en tira brutalement. Il l'ignora. Cependant, le chat ne semblait pas craindre l'extinction de voix.

-BORDEL DE MERDE FAIT TAIRE CE TRUC !

John non plus d'ailleurs.

Sans doute que le médecin n'avait pas prévu que ramener un chat était susceptible de le réveiller en plein milieu de la nuit. Tant pis, il l'avait bien cherché, il aurait dû le laisser prendre la flotte dans son buisson.

Nouveau miaulement strident, à croire que le tas de poils se faisait égorger. S'il continuait même madame Hudson allait l'entendre et Dieu seul sait à quel point il était difficile de la tirer de son sommeil. Sherlock devina plus qu'il n'entendit à travers les étages le grondement exaspéré de John. Sans qu'il ne s'en rende compte un sourire fleurit sur ses lèvres; le médecin allait peut-être lui autoriser les expériences finalement.


John ouvrit lentement les yeux, une lumière grise et froide filtrait par les interstices de ses volets. Encore de la pluie, rumina-t-il en remontant ses couvertures au-dessus de sa tête. Il espérait se rendormir une heure ou deux, mais rien à faire, il était définitivement réveillé. Un coup d'œil à son réveil lui apprit qu'il n'était pas plus de huit heures. John soupira résigné pourquoi n'arrivait-il jamais à rester couché quand il en avait l'occasion ? Après une veine tentative pour replonger dans le sommeil, il se décida finalement à se lever.

L'appartement était silencieux, cela ne le surprit pas vraiment; Sherlock n'était pas du genre à se lever tôt quand il n'avait pas d'enquête. John mit de l'eau à chauffer dans la bouilloire en regardant distraitement autour de lui. Le chat n'était nulle part. Il ne l'avait d'ailleurs plus entendu depuis son réveil brutal trois heures auparavant.

John fronça les sourcils en se demandant ce que Sherlock avait bien pu en faire. Il lui avait demandé de le faire taire, ce n'était pas impossible que le détective l'ait pris un peu trop au pied de la lettre.

-Le chat ? appela doucement John.

Il se sentait tout à fait ridicule. Bien évidemment, aucune réponse ne vint heureusement seigneur ! Un chat qui parle, comme si ma vie n'était pas assez étrange. Il jeta un rapide coup d'œil dans le frigo. Avec Sherlock on n'est jamais sûr de rien. Mais le frigo était bien vide. Enfin presque, il y avait du lait. Beaucoup trop de bouteilles pour seulement deux personnes, ça allait leur tenir le mois. John sourit, soit Sherlock avait prévu une pénurie, soit il espérait ne plus jamais avoir à mettre les pieds dans un supermarché.

Il continua de chercher le chat, mais celui-ci demeurait introuvable. Il n'y avait plus qu'un seul endroit dans l'appartement que John n'avait pas examiné : la chambre à Sherlock.

Une main posée sur la poignée, il hésitait. John ne rentrait que rarement dans sa chambre et en aucun cas quand le détective dormait. Cependant Sherlock lui ne s'était jamais dérangé pour venir le tiré du sommeil à des heures impossibles pour résoudre telle ou telle enquête. John poussa la porte avec beaucoup moins de délicatesse qu'il ne l'avait prévu au départ. Tant pis, s'il réveillait Sherlock ce n'était que justice.

La chambre était plongée dans l'obscurité. Volets fermés, rideaux tirés, la seule source de lumière provenait du couloir. John distingua la silhouette endormie de son ami étendu dans son lit. Dans la pénombre, il croyait également voir quelque chose bouger…et ronronner. Autant qu'il sache, Sherlock ne ronronnait pas. Le médecin s'approcha du lit en silence. Il vit, blottit entre la couverture et la nuque du détective, une boule de poils noire qui bourdonnait d'allégresse. John sourit encore plus. Adorable, il n'y avait pas d'autre mot et Sherlock allait détester ça. Le chat cligna des yeux en direction du médecin, ils brillèrent un instant dans l'obscurité. Il lui caressa le haut de la tête, le chat se roula en boule en se blottissant un peu plus contre Sherlock.

John remercia la force supérieure qui l'avait poussé ce matin-là à mettre son téléphone dans la poche de son pyjama. Il devait absolument immortaliser ce moment, mais la luminosité était vraiment mauvaise…

Si les chats ne réveillaient apparemment pas un Sherlock Holmes endormi, John put vite constater que ce n'était pas le cas des flashs. La lumière aveuglante qui jaillit du portable fit sursauter le détective qui dans son élan envoya valser le chat un peu plus loin. L'animal miaula, feula et déguerpit pour se cacher sous le lit. Sherlock, en équilibre précaire sur un coude, jetait des coups d'œil déboussolés autour de lui pour trouver la source du dérangement. Une expression étrange se peignit sur ses traits quand son regard capta enfin le médecin. John savait qu'à ce moment même, il devait avoir l'air particulièrement fier de lui et pour sûr, il l'était.

-Qu'y's passe ? baragouina Sherlock.

-Elle n'est même pas floue.

-Quoi ?

-La photo, expliqua John en roulant des yeux d'un ton faussement exaspéré comme s'il s'agissait d'une évidence.

-Quelle photo ?

-Celle de toi, endormie, avec un chaton collé au visage.

Sherlock n'eut pas l'air de comprendre tout de suite mais peu à peu sa mine éberluée due à son réveil brutal se transforma en une expression que John aurait pu qualifier comme horrifier s'il n'avait pas si bien connu son ami.

-John, tu es quelqu'un de bien. Efface cette photo.

-Ne compte pas là-dessus, rétorqua le médecin en pianotant sur son téléphone.

-Qu'est-tu en train de faire ?

John sourit de plus bel en voyant Sherlock s'agiter dans son lit. Il se souviendrait de ça toute sa vie.

-J'envoie la photo à Lestrade.

-Tu ne peux pas me faire ça !

-Bien sûr que si.

Le chat choisit cet instant pour sortir de sa cachette, il sauta lestement sur le lit pour atterrir sur les genoux de Sherlock.

-John, si tu le fais, j'étripe cette chose et je la fais infuser dans ton thé !

-Faits donc et j'envoie également la photo à Andersson, Donovan…et à ton frère.

Le visage de Sherlock se décomposa, il regarda John comme s'il venait d'une autre planète.

-C'est du chantage ! Depuis quand fais-tu du chantage ? s'offusqua-t-il.

John fit mine de réfléchir.

-Eh bien, voyons, je dirais depuis que je te connais. Je ne fais qu'utiliser tes méthodes.

John : 1 – Sherlock : 0

Sherlock le fusilla du regard, il essayait sûrement de détruire la photo par la simple force de la pensée. Le chat s'étira sur ses jambes, miaula, s'avança vers le visage du détective et s'allongea sur son torse aussi bien que la posture à demi-relevée de Sherlock lui permettait. John réprima un éclat de rire, effaça le message qu'il était en train d'écrire et sauvegarda précieusement la photo dans un dossier. Le chantage pourrait lui être bien plus utile un autre jour, mieux valait garder ça sous le coude.

-Il t'aime bien on dirait.

Mais Sherlock ne semblait pas d'humeur à être réceptif à l'ironie et il repoussa le chat plus loin sur le lit. L'animal ne se découragea pas et reprit immédiatement sa place d'origine. John s'esclaffa, le chat ronronna et Sherlock ne trouva rien de mieux à faire que bouder. Même cette bestiole se foutait de sa gueule !


John versa l'eau fumante sur son sachet de thé et soupira de bien-être, le week-end allait être particulièrement agréable, sans doute la scène de tout à l'heure y était-elle pour quelque chose. Sherlock n'avait cessé de bouder depuis, affalé sur son fauteuil, les yeux obstinément collés au plafond. Le chat s'était installé à la place de John, en face du détective et le fixait depuis maintenant plusieurs minutes de son intense regard jaune. John versa un peu de lait dans sa tasse avant de la porter à ses lèvres.

-Arsenic.

La tasse se fracassa au sol. Le chat fit un bon dans son fauteuil en grognant.

-Je te demande pardon ! s'étrangla le médecin.

Sherlock lança une œillade courroucée à la tasse bruyante avant de reporter son attention au plafond.

-Arsenic, répéta-t-il.

John sentit quelque chose se retourner dans son estomac.

-Tu as mis de l'arsenic dans le lait ?

-Hein ? Oh, non. Je parlais du chat.

-Tu as empoisonné le chat !

Comment était-ce possible, John l'avait surveillé depuis son réveil, il s'en serait forcément rendu compte. Il vit Sherlock roulé des yeux.

-Ne sois pas stupide John. C'est le nom que j'ai donné au chat.

Oh. Vu sous cet angle. John relâcha sa respiration, soulagé, il observa les morceaux de céramiques éclatés au sol qui barbotait gaiement dans leur flaque de thé. Au moins le plancher n'était pas imbibé de poison, c'était un début.


La semaine se passa sans embûche, Sherlock continuait à s'ennuyer malgré le chat mais cela se ressentait moins sur son humeur et par conséquent sur celle de John. Arsenic avait l'avantage de tenir le détective occupé une heure voire deux par jour ce qui pour John était une nette amélioration.

Il rentrait chez lui après une nouvelle journée exténuante pas que son travail à la clinique soit particulièrement fatigant mais il commençait à se lasser. Reprendre les consultations lui avait paru une bonne idée au départ, il fallait bien qu'il gagne sa vie et devoir dépendre de Sherlock ne lui plaisait pas. Cependant être médecin l'obligeait à rentrer dans une routine quotidienne dont il ne parvenait plus à s'accommoder. Avoir été soldat et qui plus est l'ami de Sherlock Holmes pouvait orchestrer une intolérance à la monotonie.

Il sut immédiatement après être rentré dans l'appartement que la monotonie serait le dernier de ses problèmes ce soir-là.

Mycroft était chez lui, assis dans son fauteuil, en face de son frère dans un silence d'église. L'homme d'Etat avait la main vissée sur son parapluie. Sur la table, le thé était servi, sûrement l'acte de Mrs Hudson conclue John. Il devina également que Mycroft était là depuis un bon moment car aucune fumée ne s'échappait des tasses, le thé avait eu le temps de refroidir. A moins que Mrs Hudson n'ait pas suffisamment fait chauffer l'eau. Non ce n'était pas possible, elle excellait dans l'art de faire du thé…

-Bonjour Docteur Watson.

Il fut interrompu dans ses importantes déductions par Mycroft, quand il détourna le regard du plateau à thé, John aperçut un léger sourire qui barrait les lèvres de Sherlock. La seconde d'après les deux frères Holmes s'étaient désintéressés de lui et se fixaient à nouveau avec une lueur de défi. John se laissa tomber dans le canapé avec un grondement exaspéré en guise de salut.

-Je refuse, dit Sherlock à son frère de but en blanc.

-Voyons Sherlock cesse de faire l'enfant, veux-tu ?

-Ennuyeux, ça vaut cinq, et encore.

-Je ne te laisse pas le choix de toute manière.

-Dis-moi, cher frère, comment espères-tu me convaincre de résoudre une enquête ?

-Je pense que le docteur Watson s'en chargera pour moi.

John n'avait pas réalisé qu'il avait bondi sur ses pieds. Sherlock avait besoin de résoudre une enquête. Peu importe son intérêt, même un deux aurait fait l'affaire.

-Accepte !

-Non.

Mycroft soupira et se pinça l'arête du nez.

-Depuis quand es-tu sous la coupe de Lestrade ?

Le gouvernement britannique releva la tête en fronçant les sourcils, John fit de même.

-Lestrade m'a appelé il y a quarante minutes pour me demander de l'aide, j'ai refusé, et dix-huit minutes plus tard tu débarques ici en bavant ton baratin pour essayer de me convaincre. Donc oui, je me demande depuis quand Graham peut bien solliciter ton aide.

-Greg, corrigea machinalement John.

-Sache, petit frère, que j'ai, comme tu aurais pu t'en douter mais nous passerons sur ton manque évident de réflexion, des agents infiltrés à Scotland Yard, ainsi que dans toutes les grandes institutions du pays. J'étais au courant de ton refus avant même que l'inspecteur Lestrade ne comprenne l'information.

-Cela n'explique pas ta présence ici. Je ne vois pas en quoi la résolution de cette affaire te concerne !

Mycroft roula des yeux en poussant un soupir profondément agacé. John se réinstalla confortablement dans son canapé. Il ne lui manquait qu'un thé bien chaud et des gâteaux secs pour profiter du spectacle. Il devait en aviser Mrs Hudson qu'elle se tienne prête à la prochaine visite de l'aîné des Holmes…mais elle n'était pas leur gouvernante.

-Ça me concerne parce que tu t'ennuies, Sherlock. Et quand tu t'ennuies, je me retrouve obligé de mettre le pays en état d'alerte. Je suis un homme vraiment très occupé et je ne peux pas me permettre de…

Scruik scruik

Il y eut un grattement au pied de Mycroft. Sherlock masqua son sourire en mimant un bâillement alors que son frère levait un sourcil aristocratiquement surpris.

Arsenic, car c'était bien lui la source du bruit, s'amusait à alternativement donner des coups de patte dans le parapluie du gouvernement britannique et mordiller les lacets de ses chaussures. John ne savait pas d'où il était sorti, mais l'animal était bien décidé à se faire remarquer.

- Sherlock, tu devrais dresser cette chose, grinça Mycroft en se penchant pour attraper sa tasse de thé froide.

Il donna au passage un petit coup en direction du chat et but une longue gorgée.

-Arsenic, dit Sherlock avec indifférence.

Mycroft blêmit et déglutit avec difficulté.

-Plaît-il ?

John dut enfoncer sa tête dans son coude pour cacher son rire. La situation était bien plus drôle de ce point de vue et toute la rancune qu'il pouvait encore ressentir envers Sherlock s'envola d'un coup. Un regard complice vers son colocataire et le sourire chaleureux qu'il lui adressa lui indiqua que celui-ci avait parfaitement compris.

-Cette chose comme tu dis, cher frère, est un chat et il se nomme Arsenic, expliqua le détective après s'être reconstitué une mine sérieuse.

Le soupir de soulagement de Mycroft n'échappa à personne, Arsenic lui-même avait dû s'en rendre compte.

-Et il vient de montrer qu'il est parfaitement dressé, ajouta Sherlock. Quoiqu'il manque encore un peu d'agressivité. Je m'attendais à plus de violence en l'entraînant à s'attaquer aux intrus.

Mycroft jeta un regard à son frère qu'il devait sûrement considérer comme son « regard d'homme d'Etat dangereux et menaçant en toutes circonstances ». John se fit une note mentale pour le ré intitulé « regard de vilain dans les films, absolument inefficace ». Pour preuve, bien loin de freiner Sherlock dans son sarcasme, il semblait plutôt l'encourager.

-Le bon côté des choses Mycroft, c'est qu'il sait déjà reconnaître les intrus.

Voyant que la conversation menait droit à un mur John se releva en se raclant la gorge avant de s'adresser à Mycroft.

-Je vais appeler Lestrade et lui dire qu'on accepte l'affaire.

-Non ! rétorqua Sherlock d'un ton catégorique avant même que son frère n'ait eu le temps de hocher la tête.

-Tu ne peux pas m'empêcher de l'appeler.

-Tu ne peux pas me forcer à y aller !

-Tu veux vraiment parier ? demanda John en scrutant son ami. N'oublie pas que j'ai été soldat, je suis peut-être un peu rouillé, mais je pense encore avoir la force de te traîner sur la scène du crime.

Sherlock le détailla en fronçant les sourcils, il réfléchit un instant puis, dans un ample mouvement de robe de chambre, il se recroquevilla dans son fauteuil pour fixer la cheminée en grommelant à John que non, il n'irait pas et qu'il pouvait bien le menacer de l'amener de force cela ne servirait à rien car n'importe quel taxi doté d'un minimum de bon sens y verrait au mieux ( selon lui) une prise d'otages, au pire un enterrement de vie de garçon qui a mal tourné et les refuserait catégoriquement dans les deux cas. Et qu'il n'allait certainement pas le porter dans ses bras jusqu'à la scène du crime parce que les gens allaient jaser.

Sherlock boucla sa tirade en restant obstinément concentrer sur le manteau de la cheminée. John resta silencieux une demi-seconde avant de clamer sa défaite à l'aîné des Holmes en lui montrant la porte.

-Je vous raccompagne.

John était un homme poli et plutôt civilisé, il n'aimait donc pas congédier ses invités aussi brutalement mais Mycroft s'était invité tout seul et son air supérieur parvenait à dissoudre toute trace de culpabilité chez l'ancien soldat. L'homme le plus influent du Commonwealth et probablement plus encore se leva sans protester en s'appuyant sur son parapluie.

-Il n'y a donc rien que je puisse faire pour te convaincre mon frère ? demanda-t-il résigné.

-Je pourrais faire un effort face à une demande de la Reine, marmonna le détective sans un regard.

Mycroft roula des yeux et suivit John dans le couloir.


-J'aurais été parfaitement capable de trouver la porte tout seul, Docteur Watson, lui dit Mycroft une fois arrivé devant l'entrée.

-En faite, je voulais vous poser une question et vous ne m'auriez jamais donné une réponse honnête en la présence de Sherlock.

Loin de paraître surpris, Mycroft se contenta d'afficher son impatience à grand renfort de mimiques pincées.

-Sincèrement Mycroft, qu'êtes-vous venu faire ici ? Ce n'est pas la première fois et malheureusement certainement pas la dernière que Sherlock s'ennuie. Vous n'êtes jamais venu le pousser sur une simple affaire du Yard pour autant.

Mycroft eut un sourire, un sourire qui était particulièrement faux un peu comme le genre de sourire qu'on adresserait à une personne stupide qui vient de constater une vérité générale. Vraiment, John n'aimait pas parler à cet homme.

-Disons qu'il s'agissait d'une simple visite de courtoisie.

-Mycroft…

-Et puis, je dois avouer que j'étais curieux.

-Curieux ?

A cet instant, Arsenic dévala l'escalier à la poursuite d'un bout de ficelle que John reconnu comme étant un morceau du tapis. L'animal arriva devant eux, freina, et repartit aussi sec dans la direction opposée.

-Eh bien, je me suis dit que voir Sherlock avec un animal de compagnie pouvait se révéler…intéressant. Surveillez-le, John.

Mycroft sortit en refermant la porte sans un bruit. John ne sut si ses dernières paroles concernaient le chat ou son frère.

Quand il entra à nouveau dans le salon, Sherlock était pendu au téléphone. Il s'était levé et son teint était légèrement plus pâle que quelques minutes auparavant. Mais ce qui surprit surtout John, c'est le ton distant et étrangement poli que son ami employait. Le médecin ne savait pas qui était la personne à l'autre bout du fil, mais Sherlock lui manifestait un respect rare et John entendait par là que les réponses du détective se constituaient de « très bien », « oui », « hum » et autres monosyllabes sans pour autant être agrémentés de soupirs agacés et d'yeux qui se retournent presque intégralement dans leurs orbites.

-Oui… si vous le dites…Au revoir.

Le détective raccrocha et fixa son téléphone perdu dans ses pensées.

-Qui était-ce ? demanda John.

Sherlock l'observa quelque peu hébété comme s'il avait oublié sa présence, puis, comme s'il parlait de la pluie et du très mauvais temps londonien, il dit :

-Prends ton manteau, c'était La Reine d'Angleterre.


J'espère que le chapitre vous a plu.

Je tenais à faire une petite précision: Arsenic ne sort pas très exactement de mon imagination mais d'un livre que j'adorais étant enfant qui parlait de souris, il y avait un chat noir appelé Arsenic à qui il arrivait que des saloperies. J'étais frustrée, je prends ma revanche! xD

Sur cette remarque ô combien intéressante pour vous, je vous dis à Mardi!

Bye!