Sheik frappa le buisson d'un geste revanchard. Celui-ci ne lui avait rien fait de particulier, mais elle avait besoin de libérer sa frustration sur quelque chose.
Qu'était-ce que cet univers de toute façon ? Rien ne fonctionnait comme il fallait !
Les buissons étaient vivants et ripostaient ici. Les charognards volatiles n'attendaient même pas que l'on soit mort pour essayer de vous becqueter, ici.
Et-et il y avait cette ville qui lui hérissait les cheveux sur la nuque.
Tout à Bourg-clocher n'était que couleurs et chanson.
Cette ville ressemblait à un carnaval de masques...et comme par un trait d'ironie des déesses, il se trouvait qu'ils en préparaient justement un.
Cependant...chaque recoin, chaque visage, chaque chanson était habitée d'une aura terrible, angoissante, discordante...une aura qui ressemblait à une grande terreur. Et personne n'avait voulu lui dire pourquoi une boule de pierre géante était comme suspendue pile — exactement pile au dessus de la ville.
En d'autres circonstances, si tout à Termina ne ressemblait pas à une très mauvaise farce à cheval entre délire fantasmagorique et cauchemar, elle aurait pu accepter de croire qu'il s'agissait d'un astéroïde, ou d'une — elle soupira, repoussant la consternation que ces simples mots inspirait à son esprit pragmatique. D'une lune.
La fille de l'aubergiste, Anju lui avait raconté que...la lune avait failli s'écraser sur Termina il y avait plusieurs années. Et comment leurs divinités, quatre géants l'avait repoussé de leur propres bras pour la renvoyer en orbite.
...
Il y avait bien une atmosphère dans cet univers, n'est-ce pas ?
Même si les différences avec Hyrule étaient si nombreuses et tout était tellement plus intense, que son esprit se sentait encore submergé, et tout lui semblait déformé, bizarre, insupportablement…impossible.
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Cela faisait quatre jours qu'elle essayait de se souvenir que c'était peut-être juste une impression subjective.
Après tout, les lois de la physique ne semblaient pas être distordues au point d'imaginer qu'elle se trouvait dans une version d'Hyrule déformée par un ruban de Moebius... Après tout elle avait traversé sans devenir folle et elle était toujours droitière... Elle n'avait pas suffisamment étudié la théorie des dimensions pour déduire quoi que ce soit d'utile. Les livres d'arcane magique d'Hyrule étaient vagues et imprécis de toute façon.
Elle dona un dernier coup de dague au buisson. (Un qui ne ripostait pas. Et qui ne sentait pas non plus la douleur, elle espérait.)
Elle soupira et rangea sa lame pour s'accroupir. Elle allait finir par devoir demander du travail à Bourg Clocher si elle ne pouvait pas chasser et trouver un abri avant que la générosité de l'aubergiste ne s'amenuise. De toute façon, elle ne pourrait continuer à dormir dans le grenier humide et poussiéreux sans que son dos et ses poumons ne finissent par le lui faire payer. Elle était presque sure qu'un Sheikah n'était pas censé dormir dans un grenier. (Pas que quiconque ici n'ait jamais entendu parler du peuple d'Impa de toutes façons.)
Elle avança la main dans le buisson pour chercher si un noeud de Farore y aurait cristallisé un rubis, mais le buisson se mit à remuer et elle fit un bond, le crochet de métal qui finissait sa longue natte lui éraflant généreusement le bras gauche.
Elle vit...elle vit le buisson se secouer et se trémousser furieusement pour aller se cacher derrière des lierres épais.
Occupée par sa surprise, elle oublia son embarras — qui s'inquiétait de juger ses performances de combattante, ici ? Impa n'était plus là, et de toute façon c'était de la faute de son mentor si elle était en train de voir l'équilibre de son esprit la trahir lentement dans cet univers dément. ...Secrètement une partie de son cerveau — de plus en plus populaire auprès de ses cellules grises — espérait que tout ceci n'était qu'un rêve tordu, le produit de quelque spore qu'elle avait pu inhaler dans les bois Perdus.
Par curiosité, elle réalisa qu'elle avait suivit le buisson. L'entraînement d'Impa assurant le silence de ses mouvements, son centre de gravité le plus bas possible. Elle entendit son coeur battre la chamade tandis qu'elle s'attendait à voir surgir un nouvel évènement...naturel...incompréhensible.
Derrière les enchevêtrements de lierre, il n'y avait plus de buisson. Alors quelque chose renonça dans l'esprit de Sheik et elle n'en ressentit presque aucune surprise.
C'est seulement en relevant les yeux qu'elle vit la grotte.
Termina avait quasiment tué sa soif d'aventure avec une majuscule, mais cela ne signifiait pas qu'elle avait tué sa curiosité. En fait, elle lui semblait même exacerbée (probablement un mécanisme d'autodéfense).
Bon. De toute façon, elle n'avait jamais eu besoin de beaucoup d'encouragement pour donner libre cours à sa curiosité. Prenant garde de ne faire aucun bruit, elle se faufila à l'entrée. Et elle entra.
Ƹ̵̡Ӝ̵̨Ʒ
Elle trembla. Ses yeux la brûlèrent devant le spectacle familier à l'intérieur de la grotte. Une fée ! Il y avait une fée ! Une fée vivante, normale...
Elle déglutit et s'avança vers la mince étendue d'eau que la fée habitait et s'agenouilla.
Rien ne lui sembla plus doux que le cliquetis de poussière secouée par des ailes engourdis. La fée s'éveilla et s'approcha d'elle en hésitant. La fée était dans une forme dématérialisée, et sn aura magique semblait très faible comparée à celles des grandes fées d'Hyrule.
"Être enchanteur, être enchanteur," commença-t-elle avec affection, et ce fut la flatterie la moins désagréable qu'elle eut faite de sa vie. Elle savait que les fées, avaient généralement une préférence pour les Hyliens, mais qu'elles étaient peu coopératives avec les femmes.
De toute son enfance, même quand elle était encore appelée Zelda, Sheik avait toujours aimé trouver les grottes des fées pour ressourcer ses pouvoirs magiques. Elle avait beaucoup appris sur les arcanes de la nature auprès de ses excentriques entités.
"Avatar des déesses, prêterais-tu tes pouvoirs à une admiratrice ?" Elle espérait voir sa magie augmentée, ou apprendre un sort lui permettant de chasser dans les plaines. Elle ne s'attendit pas à recevoir la large forme d'une boule lumière se jeter dans ses bras à la fin de sa phrase. Soudain elle espéra n'avoir pas dit quelque chose d'incorrect.
"Est-ce que ça va ?" hésita-t-elle en soutenant le corps astral dont la clarté vacillante dansait faiblement contre les parois de la grotte sombre.
"Ca fait si longtemps, shmoup ! Si longtemps ! Je croyais que plus personne ne shmouperait jamais ! Jamais jamais ! Tu shmoup en moi, n'est-ce pas ? Tu shmoup en moi ! J'ai entendu, j'ai entendu ! Tu es une Hylienne ? Il y a des Hyliens qui shmoupent encore en moi ?" La fée jaillit de ses bras et virevolta vigoureusement, zigzagant dans la grotte avant de rebondir contre le plafond et de revenir en flottant vers Sheik un peu surprise.
Sheik hésita un peu. Cela portait malheur de briser les espoirs d'une fée.
…Et de toutes façons, la créature semblait si fragile, si pathétique qu'elle n'eut put réellement le considérer.
"Peut-être," offrit-elle avec un sourire sous son écharpe blanche. (Inutile de lui dire qu'elle ne venait pas de Termina.) "Peux-tu m'apprendre un sort ?"
"Tout ce que tu veux ! Même si je n'ai pas assez de croyants pour retrouver ma forme physique, je peux t'apprendre des tas de choses ! Si tu crois beaucoup en moi, je... ton énergie magique est l'une des plus puissantes que tout ce que j'ai jamais ressenti ! Comment c'est possible..." la fée s'oublie un peu en murmurant toute seule avant de se secouer, saupoudrant de la poussière scintillante au sol et de revenir à Sheik.
"Mais tu crois en moi, je le sens ! Je me sens beaucoup mieux, merci !" A présent un peu calmée, la fée virevolta gracieusement sur elle même. "Que veux-tu savoir faire ? Oh ! Attends, je sais ! Tiens le Vent de Farore ! Et l'Amour de Nayru ! Et…et...je ne peux pas te donner le Feu de Din dans cet état...mais je peux te soigner," avant que Sheik eu peut répondre, la fée se secoua et lui souffla sa poudre scintillante au visage d'un seul coup. Sheik sentit les picotis familier de la magie des fées l'entourer et se fondre contre sa peau, laissant derrière eux la sensation de bien-être que tous les Hyliens en éprouvaient. Elle leva son bras et passa une phalange au dessus de son coude. La coupure qu'elle s'était infligée par accident avait complètement disparu.
Elle ne voulait pas douter des pouvoirs de la fée, mais elle savait déjà utiliser les trois pouvoirs magiques attribués aux déesses. Les fées étaient normalement capables de ressentir ces choses là. De plus, le fait qu'elle ne pût pas prendre forme physique n'était pas commun...
"Merci, bienveillante fée. Mais ce que je souhaiterais, c'est d'obtenir un outil pour chasser du gibier n'importe où dans la région de Termina." Sheik eut envie de demander aussi d'autres savoirs, mais si la fée avait déjà augmenté sa magie,
"Oh…oh! Oui je sais ! Il te faut un arc !"
La fée fit se matérialiser un solide arc rustique devant Sheik au milieux de poudre scintillante.
Sheik ne put s'empêcher de sourire. Elle .
"Oh généreuse demoiselle, " répondit-elle doucement, en s'efforça de faire passer une pointe de condescendance pour de la reconnaissance, "je te remercie de ton cadeau. Cependant, le gibier et la technique qui font défaut plus que tout autre chose."
Ƹ̵̡Ӝ̵̨Ʒ
Apprendre à chasser le gibier de Termina fut une expérience presque dérangeante. Mais reconnaître de la peur ou de l'horreur, eut, à ce stade, revenu à devenir folle.
Même avec l'instruction magique de la grande fée, il fallut à Sheik plus d'une tentative et quelques points de suture avant de se procurer quelques grammes de viande à saler et le reste à vendre contre des légumes, des épices et un briquet — oui un briquet, parce que ce n'était pas comme si elle pouvait utiliser le feu de Din juste en claquant des doigts, la magie coûtait cher et de bien des manières.
Quand elle put enfin choisir comme s'équiper, elle préféra une tente à un sac de couchage ; elle ne se sentait définitivement pas le courage de dormir à la belle étoile dans cet endroit. Mais elle savait désormais qu'elle survivrait à Termina.
Il lui était encore difficile d'accepter tout ce qui lui était arrivé...d'abord à cause de son exil tacite, et puis à présent cette impression d'être prisonnière dans un lieu sans repères... Une partie d'elle voulait oublier tout ce qui était derrière elle ; s'il fallait se réadapter à un nouvel environnement, autant se décharger du passé. Mais bien sur il y avait l'autre part, celle qui avait toujours été raisonnable. Et comme toujours, celle-ci réveillait en elle des mots comme responsabilité, honneur et abnégation. Autant de mots entendus et répétés depuis deux vies déjà, quand du satin l'habillait et qu'à son front siégeait un l'emblème royal.
Frustrée, rancunière et exaspérée par les souvenirs, Sheik soupira.
Elle but une gorgée d'eau puisée dans un ruisseau proche. La fraîcheur de l'eau fit un peu de lumière dans ses sombres idées stériles. Avec ce recul et un peu de méditation, elle finit par trouver un compromis. Elle cesserait de penser à tout ce qui risquerait de la gêner dans son dessein ; le temps d'accomplir ce pourquoi elle avait décidé de survire et de dépasser ses limites: retrouver le Héros du Temps. Maintenant, elle avait une idée un peu plus claire de la façon dont elle allait pouvoir subvenir à ses besoins. Elle avait fermement l'intention d'apprendre tout ce qu'elle pouvait sur ce monde. Pour cela, il allait falloir poser des questions autour d'elle. Et pour avoir des réponses il fallait gagner la confiance des gens.
Elle prit le sac qu'elle avait acheté la veille sur son épaule et se tourna vers Bourg Clocher.
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NOTE: Pour comprendre l'être qu'est devenu son ami d'enfance, Sheik à encore un peu de chemin à faire seule en Termina. La motivation des lecteurs m'a donné l'inspiration pour terminer ce chapitre. Maintenant voyez-vous, elle a encore besoin de vos encouragements pour le prochain. Alors ma note à la fin du premier chapitre tient toujours. S'il vous plait, laissez votre commentaire.
