Beta-reader : Imliel
2 Surprise.
SIX ANS PLUS TARD.
Harry finissait de mettre la dernière couche de verni pour protéger la peinture de cette magnifique toile qu'il venait de restaurer, quand il entendit des cris de joie et des galopades effrénées retentirent dans le couloir de la tour Gryffondor. Les grandes vacances commençaient dès aujourd'hui et c'était la folie furieuse.
Le jeune homme résidait ici, à Poudlard, dans un appartement préparé exprès pour lui. C'est là que l'avait installé Albus Dumbledore depuis six mois, afin qu'il remette à neuf tous les tableaux du château qui en avaient grandement besoin. De plus, ce n'était pas pour lui déplaire d'être revenu dans cet endroit, son chez lui, Poudlard, où il avait été un tant soit peu heureux.
Le survivant avait fini ses études dans l'université des beaux-arts, seulement il n'y était pas allé pour créer. Non ce qu'il voulait lui c'était restaurer, nettoyer, gratter, défaire pour refaire, rendre vie et éclat à des toiles ternies et écaillées, encrassées, maltraitées parfois. Il n'avait pas voulu être auror ou médicomage et certainement pas joueur dans une équipe de Quidditch comme on le prédestinait, cette voie de la rénovation, il l'avait choisie lui-même.
Les tableaux sorciers l'avaient toujours fasciné, attiré. Il aimait les voir bouger et parler, partir de leur cadre et faire leur curieux dans d'autres pièces. Il ne se lassait pas de leur impertinence, de leur moquerie, de leur blabla incessant, et puis certains étaient si beaux, si délicats. Comment ne pas se prendre d'intérêt pour eux ?
Le jeune sorcier, âgé de vingt-cinq ans, aux cheveux mi-longs et noirs et au surprenant regard vert, rinça son pinceau et le posa dans un gobelet en poussant un soupir de lassitude.
Lui aussi allait devoir quitter le château pour les vacances car dans une semaine, l'école allait fermer ses portes. Son travail titanesque reprendrait dès la rentrée prochaine. Seulement voilà, Harry n'avait pas envie de quitter ce coin enchanteur pour retourner chez lui et se retrouver seul, désespérément seul comme d'habitude. Alors pendant encore une semaine, il retarda le moment fatidique en faisant croire qu'il devait attendre de voir la réaction d'une de ses couleurs qu'il venait de mettre au point.
Dumbledore n'était pas dupe et lui avait laissé ce délai, mais là vraiment, il devait fermer Poudlard. Le mage à la barbe blanche était venu le voir un soir très tard et inquiet lui avait demandé ce qu'il avait l'intention de faire. Partir ou attendre encore un jour ou deux ?
-J'y vais, avait ronchonné le jeune sorcier en se penchant pour regarder si sa malle était bien fermée, tout en soufflant bruyamment de découragement. Mais Albus….
-Je sais, mon garçon, Severus ne t'a pas adressé la parole une seule fois en six mois et tu aurais voulu changer ça. J'en suis désolé, avait marmonné le vieil homme qui venait d'avoir une idée subite. Mais peut-être pouvons-nous remédier à ça, ajouta-t-il en lui tapotant l'épaule avec gentillesse.
Le vieil homme quitta la pièce en silence en souriant avec malice. Il savait ce qu'il fallait à Harry pour qu'il se sente revivre, un beau petit défi, et celui qui pourrait remplir ce rôle était bien seul lui aussi chez lui dans son grand manoir isolé. Impossible que ces deux-là parviennent à s'ennuyer, pouffa-t-il dans sa barbe.
Le jeune homme aux cheveux hirsutes ne sut pas comment ni pourquoi, mais il se sentit transporté avec ses malles sans qu'il ne puisse rien faire pour empêcher ça. En relevant la tête, une fois qu'il eut atteint sa destination inconnue, il se cogna maladroitement la tête sur le coin d'une cheminée et énervé et furieux il poussa des jurons peu dignes d'un ancien Gryffondor.
-Toujours aussi explicite, Potter, cracha une voix derrière lui.
Le jeune sorcier horrifié ne bougea plus, il avait rêvé là, hein ? Il ne venait pas d'entendre la voix de Snape résonner derrière son dos, Merlin non !
-Vous avez deux secondes pour me dire ce que vous foutez-là ! Et croyez-moi, vous avez intérêt à avoir une bonne raison avant que je ne vous lance un sort douloureux, monsieur le sans-gêne-Potter !
Harry sentit son sang se glacer dans ses veines. Pas la peur des menaces, ça non, il avait l'habitude : venant de Snape, il n'était plus étonné mais simplement résigné. Mais ce qui le contraria fortement, c'était sa présence à lui dans ces lieux : est-ce que ce vieux débris d'Albus ne l'aurait pas envoyé chez Snape ? Il était sûr que c'était lui, mais pourquoi ? Il n'avait jamais demandé une telle chose, il n'y avait même jamais pensé ! Nom d'un chaudron ! Dans quoi l'avait fourgué cet imbécile heureux de Dumbledore ?
Quelle idée tordue et démoniaque avait encore traversé la tête du vieux sénile ? Non parce que là, il allait le tuer et de la plus atroce des façons encore, il allait se mijoter une vengeance pas piquée des hannetons. Merlin et tous les autres ! Pourquoi ça n'arrivait qu'à lui ? Gémit le survivant en fermant ses yeux quelques secondes, l'autre allait le tuer !
Bon pour l'instant, il devait se reprendre illico, se retourner et répondre à l'autre andouille qui devait attendre une réponse cohérente. Seulement comme il ne savait pas lui-même ce qu'il faisait là, ça n'allait pas être de la tarte de se faire comprendre par le directeur des Serpentards.
Harry se retourna lentement et croisa le regard noir et accusateur du sorcier assis dans son canapé qui était, selon toute vraisemblance, en train de lire la gazette avant qu'il ne déboule dans son salon sans y avoir été invité.
-Je n'en ai aucune idée, avoua le survivant. Je ne sais pas ce que je fais ici chez vous, alors que c'est le dernier endroit où je voudrais me trouver, ajouta-t-il mécontent et vengeur de voir l'homme lui en vouloir encore après toutes ces années pour le coup qu'il lui avait asséné et qu'il avait aussitôt regretté.
Le maître des potions posa le journal sur le côté et son regard s'assombrit un peu plus.
-Vous me prenez pour un idiot ? Personne ne peut entrer chez moi comme ça, Potter. Je parie que vous vous êtes dit que ce serait amusant de venir m'emmerder ! Comme si vous avoir sous les yeux à Poudlard depuis six mois n'était pas suffisant !
-Je n'ai pas demandé à venir chez vous, articula Harry pour bien faire comprendre à Snape qu'il était ici contre sa volonté. Et puis d'abord, je ne savais même pas où vous habitiez !
-Alors qu'est-ce que vous attendez pour dégager de chez moi ? Espèce d'avorton !
-Restez poli, Snape, et si vous vous regardiez un peu plus souvent dans un miroir, vous verriez que l'avorton n'est pas celui qu'on croit.
-Foutu impertinent, hors d'ici ! Rugit le maître des potions.
Harry haussa les épaules et, sans plus se préoccuper de l'homme, il récita le sortilège qui lui permettrait de s'évader de ce manoir, et surtout de la chauve-souris qui arborait un air pas très engageant à son encontre. Le survivant répéta l'opération plusieurs fois et dut s'avouer vaincu quand il vit que tous ses efforts étaient réduits à néant. Rien à faire, pas moyen de partir, même la poudre de cheminette qu'il avait essayé n'avait pas marché.
-Vous le faites exprès, le nargua le maître des potions. Même pas capable de lancer un petit sortilège !
-Je vous emmerde, Snape.
L'homme se leva, le regard glacial, et fit apparaître à sa main sa baguette tout en s'avançant vers le jeune sorcier. Après plusieurs essais, tous sans aucun succès évidement, Snape tempêta et vociféra contre le directeur de l'école de Poudlard qui l'avait enfermé avec l'avorton Potter.
Harry posa ses fesses sur sa malle, l'homme était parti dans une envolée de robe et lui avait désigné ses malles d'un doigt péremptoire puis l'avait laissé là. Donc s'il comprenait bien, il n'avait plus qu'à passer la nuit sur ses bagages. Mais… peut-être que s'il tentait le canapé qui lui tendait les bras… à moins qu'il ne le morde ! Avec Snape, il ne fallait s'étonner de rien, ricana le survivant nerveusement, il pourrait passer une meilleure nuit.
En plus, cet enfoiré avait éteint la lumière en sortant, quel goujat ! grogna Harry. Tout pour plaire celui-là, décidément il ne changera jamais !
Lentement, de peur que le maître des potions ne surgisse, Harry s'allongea sur le foutu canapé et sans plus se préoccuper de Snape de Dumbledore et de sa situation désastreuse, il s'endormit.
À l'étage, Severus Snape fulminait. Le vieux fou avait osé l'enfermer chez lui et avec le morveux en plus ! Il n'allait quand même pas passer plus d'un mois avec ce…ce m'as-tu vu ? Ce Potter insupportable ? Mais il avait pensé à quoi l'idiot du village en le cloîtrant avec son protégé ? Qu'ils allaient faire ami-ami comme ça ? Simplement pour lui faire plaisir ?
Oh non, cher directeur ! Définitivement non, nous ne serons jamais des amis lui et moi, et je vais lui rendre la vie si difficile que l'idée même de me côtoyer le rendra malade d'anxiété. Il en attrapera de l'urticaire, le Potter, je vais devenir le pire de ses cauchemars et vous, Albus, vous allez vous en mordre les doigts. Et puis pour commencer, dormir inconfortablement sur ses malles lui fera voir que je ne suis pas prêt de l'accepter. Non mais qu'est-ce qu'il croit ? Que je vais l'accueillir à bras ouverts !
Snape claqua la porte de sa salle de bain après avoir pris une douche rapide, encore une chose que le gamin n'aurait pas, et enfila un bas de pyjama. Les fenêtres de sa chambre laissèrent passer une douce brise, heureusement que Dumbledore avait autorisé les fenêtres à s'ouvrir, sans évidement qu'il ne puisse mettre le nez dehors, il avait essayé on ne sait jamais. Il serait devenu fou sinon avec cette chaleur !
L'odeur des grands cyprès qui pénétrait dans la pièce par intermittence était agréable, l'homme s'allongea, fatigué et énervé. Il ne comprenait pas pourquoi Albus l'avait enfermé dans son propre manoir. Avait-il fait quelque chose d'horrible ? Avait-il déplu au vieil homme de quelque façon que ce soit ? Pourquoi avoir agi ainsi ? Pourquoi Potter, nom d'un scrout à pétard !
Il exécrait ce garçon, il le haïssait de s'être foutu de lui, il le trouvait insupportable, insignifiant, imbu de sa personne. Un hétéro qui voyait toutes les filles à ses pieds et qui se vautrait dans la luxure sans pudeur. Un sale morveux qu'Albus s'amusait à foutre entre ses pattes pour lui pourrir ses vacances, vieil hypocrite !
Le maître des potions se tourna et se retourna plusieurs fois, tapant son oreiller violemment tandis qu'en bas, sur un canapé confortable un survivant dormait sans se poser la moindre question.
La nuit passa et Snape finit par s'endormir, vaincu par la fatigue. La journée qui arrivait n'allait pas être de tout repos pour les deux hommes.
Harry cligna des yeux, hébété. Le soleil entrait à flot par les fenêtres et il se demanda subitement pourquoi il dégoulinait d'eau. Il ne pleuvait quand même pas dans le manoir ! Ben non, aucune fuite, ni même un petit nuage magique l'inondant, alors quoi ?
-Arrêtez de vous vautrer sur mon canapé, Potter ! Cria une voix agacée depuis l'autre pièce. Trouvez un moyen de m'épargner votre vue et faites changer d'avis Albus. Peut-être qu'il sera plus enclin à vous écouter ce matin.
-Snape ! Rugit Harry en se levant. Vous aviez vraiment besoin de me noyer pour me dire ça ? Espèce de sénile atrophié de la cervelle !
-Je n'ai pas pu résister, ricana le Serpentard. De plus, je ne vous avais pas donné l'autorisation de squatter mon canapé, vos malles suffisaient amplement, rétorqua le vil maître des potions satisfait de lui.
-Vous avez déjà essayé de dormir sur des malles, vous ? Espèce de crétin !
-Le crétin vous emmerde, Potter !
-Moi aussi, s'irrita Harry en se séchant d'un claquement de doigts. Et deux fois plus si vous voulez savoir !
L'homme ne répondit pas, il prenait tranquillement son café sur la terrasse couverte qui lui interdisait l'accès au dehors, et lisait la gazette qu'il avait trouvée sur la table de sa cuisine. Il ignora complètement le jeune homme qui passa le seuil de la porte et qui attendait qu'il l'invite à prendre place.
-Dégagez de ma vue, Potter. Vous allez gâcher le meilleur moment de ma journée à rester là !
-D'accord, souffla le jeune sorcier déçu de ne pas avoir un bon thé. Toujours aimable à ce que je vois ! Grognon le matin, grognon l'après-midi, grognon le soir, hein, Snape ?
-Disparaissez de ma vue, vous enlaidissez le paysage, rétorqua vicieusement le Serpentard. Vos parents ne vous ont pas gâté en vous donnant un physique pareil. Je vous plaindrais presque, Potter.
Le professeur savait que c'était faux mais il fut satisfait de lui quand il vit le gamin blêmir et repartir vers ses malles sans prononcer un mot.
Ouais, c'était Snape, pensa Harry. Il ne devrait pas être étonné et pourtant les mots l'avaient blessé au plus profond de lui. Bon c'est vrai qu'il n'était pas très grand, c'est vrai aussi qu'il n'était pas super musclé, mais il avait quand même un corps potable. Il n'avait même plus ses horribles lunettes, ses cheveux un peu plus longs étaient moins broussailleux, un peu quand même mais bon c'était mieux qu'avant, et en plus maintenant il s'habillait à la mode. Alors !
Oh et puis pourquoi il se prenait la tête avec ça d'abord ? C'était pas comme si l'opinion du bâtard était importante après tout ! Alors pourquoi il souffrait si cruellement ? Pourquoi des larmes traîtresses avaient envie de déborder de ses yeux et de couler le long de ses joues ?
Comment avait-il pu tomber amoureux de cet homme aigri et acerbe ? Pourquoi son cœur était si douloureux quand l'autre était dans les parages ? S'il pouvait tout oublier, s'il ne l'avait jamais connu alors peut-être qu'il serait en paix. Mais même ça, cela ne lui était pas accordé. Merlin devait vraiment lui en vouloir dans une vie antérieure, non !
L'homme dans l'autre pièce ricana méchamment : la mauvaise nuit qu'il venait de passer allait avoir des répercussions sur le morveux. Après tout, c'était à cause de lui s'il n'avait pas pu dormir. Et si le gamin voulait déjeuner, eh bien il n'avait qu'à le demander à son complice, Albus Dumbledore-je-me-mêle-de-tout.
Bon sang il revenait chez lui pour les vacances oublier tous ses tracas et ceux-ci le suivaient inexorablement pour lui rendre la vie encore plus infernale qu'avant. Il ne pouvait pas se laisser marcher dessus tranquillement, il allait se défendre et tant pis pour le morveux.
L'homme but son thé, savourant sa tranquillité du matin, tranquillité qui n'allait pas durer longtemps pour son plus grand déplaisir.
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Impossible de te répondre sevy-chana, je ne sais pas pourquoi, en tout cas merci. Merci aussi à haty74, c'est avec des reviews comme la tienne que les auteurs continuent d'écrire. Merci encore les filles. Sorcière noire.
