Chapitre 1

Le sorcier suivit son ami jusque la salle du trône où Uther attendait le rapport de son fils. Le Roi n'était visiblement pas de bonne humeur ; la colère se lisait sur son visage. À bien y regarder, il paraissait fatigué, son teint cireux faisait ressortir les cernes sous ses yeux :
« À quoi avons-nous affaire cette fois ? »
Arthur se crispa :
« Je ne sais pas, Père, les villageois semblent tous avoir vu quelque chose de différent. »
Le ton du souverain était défaitiste :
« De la magie encore… »
« Probablement Père mais nous allons régler le problème. »
La haine fit place à la défaite :
« Tu as intérêt oui et le plus vite possible ! »
Le prince hocha la tête et quitta la pièce. Merlin prit quelques secondes pour observer le roi. Après ce qui s'était passé avec Morgana, il avait passé plusieurs mois au fond de son lit, quasiment mourant.
Et puis il s'était réveillé un matin, s'était levé et avait repris sa place sur le trône. Sa haine pour la magie avait décuplé, il avait rejeté ses fautes sur la sorcellerie. Il n'était plus que l'ombre de lui-même.
Merlin quitta la pièce et fila vers l'officine de Gaïus, persuadé que c'était là que le prince se rendrait. Quand il entra, Arthur avait fini d'expliquer la situation au médecin :
« Vous avez une idée de ce que ça peut être ? »
« Aucune Sir mais je vais chercher. Comment… Comment le Roi a-t-il pris la nouvelle ? »
« Comme vous l'imaginez ! »
Le vieil homme hocha la tête :
« Je vais avoir besoin de Merlin pour m'aider dans mes recherches. »
« Bien. Gardez-le, il ne me sera pas d'une grande utilité pour le moment. »
Arthur sortit vivement de la pièce et le sorcier se laissa tomber sur une chaise :
« Vous n'avez vraiment aucune idée pour notre chose multi-forme ? »
Vexé, Gaïus répondit :
« Non vraiment, je n'ai pas réponse à tout ! Et toi ne reste pas assis là, va prélever des échantillons d'eau à la pompe du village. Il y a peut-être quelque chose dans l'eau. Arthur dit qu'il n'y avait aucune trace sur la place. Il n'y avait peut-être rien. »
« Des hallucinations, c'est ce que je dis depuis le début. »
« Dépêches-toi Merlin. »
« Quoi maintenant ? Je n'ai rien avalé ce matin et… »
Le médecin lui tendit deux récipients :
« Oui maintenant ! »

Merlin était penché sur la pompe à eau quand quelque chose éveilla ses sens. Il sentait la magie tout autour de lui. C'était doux, chaud et rassurant. Il observa les alentours mais les paysans ne semblaient pas se rendre compte du phénomène.
C'est un trait de couleur qui capta son regard, sous ses yeux une fleur venait d'éclore, une jolie fleur violette. Avant même qu'il n'ait pu s'en étonner, une autre poussa à ses côtés et une autre et encore une autre. Attirant le regardant des passants, en quelque seconde une centaine de fleurs étaient apparues. Là où il n'y avait pas d'herbe, là où il n'y avait que de la terre sèche se trouvait maintenant un beau parterre.
Le sorcier mit les fioles dans son sac et fila jusqu'au château.

Il déboula dans l'officine, essoufflé :
« Au village… »
« Hé bien quoi ? Tu as vu notre chose inconnue ? »
« Non… »
Il inspira profondément :
« Je recueillais l'eau quand des fleurs ce sont mises à pousser partout. »
« Des fleurs ? »
« Oui. »
« Des fleurs, une créature étrange… »
« Vous avez une idée ? »
« Arrête de poser la question ! Quand j'en aurais une, je t'en informerai. En attendant, allons voir ces fleurs. Peut-être que notre chose mystérieuse est à l'origine de ceci. »

¤¤¤¤¤¤¤

Arthur rejoignit ses hommes dans la forêt à la recherche de la créature. Gwaine s'approcha au pas de course :
« Nous n'avons trouvé aucune trace de… de quoi que ce soit. »
Léon les rejoignit :
« Ça ne doit pas s'être caché dans la forêt. »
Le prince secoua la tête :
« Ou alors ÇA a la capacité d'effacer ses traces. »
Gwaine croisa les bras sur sa poitrine :
« Je sais que je ne suis pas un chevalier depuis longtemps, mais comment on trouve une chose quand on ne sait pas à quoi elle ressemble et quelle ne laisse pas de trace ? »
Arthur et Sir Léon échangèrent un regard.

Ils continuèrent à fouiller la forêt mais rien ne semblait troubler les lieux. La nuit commençait à tomber quand le prince ordonna la fin des recherches. Espérant que Gaïus ait eu plus de chance qu'eux, il se dirigea directement vers le cabinet du médecin.
Pour la première fois depuis longtemps, Merlin n'avait pas été à ses côtés de la journée. C'était étrange de voir à quel point sa présence envahissante lui avait manqué. Pendant les quelques mois où il avait assuré l'intérim, son serviteur, son ami, avait été d'une grande aide. Et puis des idées étranges s'étaient mises à peupler ses rêves. Le jeune homme tenait une grande place dans chacun d'eux…
Refusant de penser à cela maintenant, Arthur pressa le pas.

Merlin referma le livre posé sur ses genoux en soupirant :
« Rien non plus. »
« Prend celui-ci. »
« Je ne l'ai pas déjà feuilleté celui-là ? »
« Hé bien recommence ! »
« Vous croyez qu'il y aura quelque chose de plus que tout à l'heure ? »
Le médecin allait répondre mais le prince entra :
« Alors ? »
« Rien pour le moment. »
Arthur se frotta les yeux :
« Nous n'avons rien trouvé dans la forêt non plus. »
« J'ai analysé l'eau : elle est claire. Ce n'était pas des hallucinations. »
Les deux hommes jetèrent un regard à Merlin :
« Ça aurait pu. Rappelez-moi au fait pourquoi on cherche ce truc ? Il était là, n'a fait de mal à personne et est reparti. Il ne reviendra peut-être pas. »
« Je crains que pour une fois Merlin n'ait raison, nous ne pouvons rien faire de plus ce soir. Vous devriez prendre du repos, Altesse, vous avez l'air épuisé. »
« C'est le mieux que nous puissions faire pour ce soir. »
Le jeune sorcier poussa un soupir de soulagement. Arthur quitta la pièce en lançant :
« Si c'est encore moi qui doit venir te chercher demain matin, Merlin, tu finiras la journée au pilori. Et fait moi le plaisir de ranger ta chambre. Le serviteur d'un prince ne peut pas se permettre de vivre dans un tel capharnaüm ».
La migraine qui n'avait pas quitté le jeune homme de la journée revint au galop. Il murmura :
« Je range déjà la vôtre de chambre… »
Derrière la porte close, la voix du prince retentit :
« Je t'ai entendu ! »

Merlin…
Elle était revenue cette voix étrange, pourquoi l'appelait-elle ?
Merlin tu dois m'écouter.
Tout autour de lui était noir et froid, pourtant la voix était chaude et rassurante même si ses paroles et son ton étaient graves.
La fin approche, bientôt tout sera fini.
Un brouillard épais lui emplit la tête.
C'est important, tu dois aller la chercher.
Chercher quoi ?
Merlin, tu m'entends ?
Pouvait-il répondre à une voix parlant dans ses rêves ? Il n'eut pas le temps de le décider. Une voix bien réelle cette fois le tira du sommeil :
« Merlin debout ! Arthur va t'attendre ! »
Il émergea doucement et jeta un coup d'œil autour de lui en se félicitant de ne rien avoir rangé hier puisque tout avait de nouveau valsé dans la pièce :
« Merlin ! »
« J'arrive… »

Gaïus lui tendit une bouillie blanchâtre et une tranche de pain pour le déjeuner :
« Je ne veux même pas savoir ce que c'est. »
« Je vais aller apporter leurs remèdes à mes malades. Une fois qu'Arthur aura déjeuné, rejoins-moi ici, nous continuerons les recherches. »
Merlin hocha la tête, sans vraiment écouter ce que disait son ami. Cette voix dans ses rêves, c'était une voix de femme. Que lui voulait-elle ? Qui était-elle ?
Peut-être que c'était la créature qui cherchait à lui parler :
« Merlin, tu as entendu ? »
« Hein ? »
« Tu devrais te dépêcher. »
« Oui j'y vais, je n'ai pas faim de toute façon. »
« Toi tu n'as pas faim ? »
Il secoua la tête et repoussa son bol :
« Tu te sens bien ? »
« Oui ça va. Je vais m'occuper d'Arthur. »
Merlin faillit rougir en se rendant compte des mots qu'il venait de prononcer. Il fila bien vite, espérant que le médecin n'ait rien remarqué.
Il passa prendre le plateau en cuisine et entra sans frapper dans la chambre de son maître. Le prince dormait profondément.
Le sorcier observa la pièce. Arthur ne pouvait vraiment pas lui jeter la pierre : ses vêtements de la veille était éparpillés un peu partout, ses bottes traînaient sur le sol et…
« Merlin. »
Il releva la tête, s'attendant à voir le prince éveillé, mais celui ci dormait encore. C'était pourtant bien son nom que l'homme avait laissé échapper.
La voix dans ses propres rêves était-ce Arthur qui l'appelait ? Non non ça ne pouvait pas être ça, c'était une voix de femme, ça il en était sûr.
« Que fais-tu là à bâiller aux corneilles ? »
Cette fois, le jeune sorcier sursauta :
« Bonjour à vous aussi. Je vous ai apporté le petit-déjeuner. »
« Tu es payé pour ça non ! »
« Si peu… »
« Est-ce que tu te plains ? »
« Non bien sûr que non Sir, c'est un plaisir, un honneur de vous servir. De cirer vos bottes, de faire votre lessive, de ranger vos affaires qui traînent partout etc etc. »
« Oh ça tombe bien que ça te plaise tant parce qu'aujourd'hui, en plus d'aider Gaïus dans ses recherches, en plus de venir en ville avec moi et en plus de tes corvées habituelles, tu vas nettoyer mon armure et mon épée, changer les draps et dépoussiérer toute la pièce. »
Merlin retient un grognement :
« Bien sûr… »
Arthur se leva et vint à la table pour prendre son déjeuner.

Les hommes d'Arthur se rassemblèrent sur la place du village. La journée s'achevait sur une autre défaite, aucune trace de la chose
Les fleurs, elles, étaient toujours là ; leur doux parfum emplissait tous les alentours.
Les gens semblaient avoir oublié leur peur, tout le monde avait le sourire. Une bonne humeur ambiante flottait dans l'air.
Même les chevaliers étaient heureux. Pourtant leur journée avait été harassante. Ils avaient fouillé la forêt de fond en comble. Mais n'avait rien trouvé. Pas de magie, pas de sortilège, pas de sorcier…
Seul le prince paraissait encore soucieux. Il ferma les yeux un instant. Il allait devoir affronter son père et rentrer bredouille n'était pas la meilleure façon d'améliorer l'humeur du roi. Son cœur s'était fermé à tout ce qui pouvait être positif. Pourtant la joie qui régnait dans le village avait contaminé tout le château.
Arthur entra dans la salle du trône :
« Père. »
« Quelle nouvelle m'apportes-tu ? »
« Nous n'avons rien trouvé. Je commence même à douter du bien-fondé de cette histoire. »
« Ce serait un canular ? »
« Je ne pense pas, mais j'ai doublé les gardes aux alentours du château et si la chose réapparaît nous serons prêts. »
« Tu dois… Tu dois faire attention à toi Arthur. TU es l'héritier de Camelot. »
« Père cette chose n'est pas réapparue, il n'y a aucune raison de s'en faire pour le moment. »
Le regard du roi se perdit dans le vague, il frotta un instant son bras gauche en grimaçant :
« Les chevaliers que tu as adoubés font-il du bon travail ? »
« Très bon oui. »
« Bien, bien tu dois commencer à apprendre. Tu n'es pas prêt ! »
Arthur se retint de préciser à son père qu'il avait pris sa place pendant presque un an. Serrant les dents, il quitta la pièce avec l'irrésistible envie de voir Merlin. Celui qui l'avait soutenu pendant cette année. Sans vraiment sans rendre compte, il lui avait confié ses peurs et ses doutes.

Il entra dans l'officine et trouva son ami endormi sur l'un des livres de Gaïus :
« Hé bien, je vois que tu travailles dur Merlin. »
Le jeune homme sursauta et essuya le filet de bave qui lui coulait sur le menton :
« Je réfléchissais. »
« Les yeux fermés et en bavant sur un livre. Tu devrais réfléchir un peu plus souvent, Merlin, c'est impressionnant. »
Le prince tira une chaise et s'installa à la table :
« Des nouvelles ? »
« Non rien, la description est trop vague. »
« Où est Gaïus ? »
« Une de ses patientes est en train d'accoucher. »
Arthur se frotta le visage :
« Je ne sais pas ce qui se passe mais il y a définitivement un truc qui cloche. »
Merlin se mit à sourire :
« Vous ne devez pas vous inquiéter. Si c'est dangereux, vous finirez par le trouver. »
Le prince plongea son regard dans celui de son serviteur :
« Merlin tu… »
« Quoi ? »
« D'où te viens cette confiance que tu as en moi ? »
Comme à chaque fois, le jeune sorcier préféra répondre à côté :
« Oh ce n'est pas en vous que j'ai confiance. Vous vous mettez toujours dans des situations impossibles. Ensuite MOI je dois venir vous sauver. En fait, j'ai une très grande confiance en moi ! »
« Quoi toi ? Tu ne sais même pas tenir une épée malgré tout les efforts que j'ai fais pour t'apprendre l'art du combat. »
« Oui mais vous n'êtes pas un très bon professeur. Vous criez sans arrêt et je passe plus de temps sur le sol que debout. »
« Tu as deux pieds gauches. »
Leurs regards se croisèrent et ils rirent pendant de longues minutes. Et puis Arthur se leva :
« Tu ferais mieux d'aller te coucher, ça t'évitera de dire des bêtises. Et peut-être que tu seras à l'heure demain matin. »
« J'étais à l'heure ce matin. »
« Oui c'est tellement rare que ça mérite d'être souligné ! »
« Bonne nuit Arthur ! »
« Bonne nuit Merlin. »

Est-ce que tu m'entends ?
De nouveau, tout était noir, et aucun bruit ne lui parvenait à part cette voix :
Je t'en prie, il faut que tu m'entendes.
Le sorcier tenta de répondre :
« Je t'entends, qui que tu sois. »
C'est bientôt la fin
« La fin de quoi ? »
Du monde…
Merlin se réveilla en sursaut, le front moite de sueur, et le cœur battant à 100 à l'heure.

¤¤¤¤¤¤

Arthur entra dans la salle du trône, son père l'ayant fait demander :
« Père ? »
« Te voilà ! Je ne suis pas satisfait Arthur. »
De nouveau le roi agissait bizarrement, il changeait d'humeur d'un jour à l'autre :
« À quel propos ? »
« Tu as laissé cette chose s'échapper ! »
Le prince inspira :
« Nous ne pouvons rien faire de plus Père. »
« Tu ne fais pas assez. »
« Les sentinelles guettent les alentours et… »
« Retournes dans la forêt, cherches et tu trouveras. »
Arthur capitula :
« Très bien, nous y retournerons après l'entraînement. »
Il quitta la pièce avant que son père n'ait pu donner son avis. Il fallait absolument qu'il parle à Gaïus.

Le médecin se trouvait dans son cabinet, étudiant de nouveaux livres :
« Gaïus. »
L'homme se leva :
« Altesse ? »
« Je… Mon père se comporte étrangement depuis quelques jours. Il change d'humeur, s'inquiète pour ma sécurité, et le jour d'après trouve que je ne fais pas assez d'effort. Il est peut-être malade ou peut-être est-il envoûté. »
Le physicien laissa échapper un soupir :
« Je ne crois pas qu'il soit envoûté, je pense que votre père ne sais plus où il en est. Morgana était la prunelle de ses yeux et elle l'a trahi. »
« Je sais, je sais. »
« Je pense qu'il ne sait pas quelle attitude adopter face à vous. Et les insomnies dont il souffre ne doivent pas l'aider. »
« Donc quoi ? Je le laisse faire ? Diriger de cette façon brouillonne et… »
Arthur inspira :
« Je vous remercie de votre aide Gaïus et merci de veiller sur mon père. »
« C'est un honneur, Sir. »
La porte s'ouvrit à la volée faisant sursauter les deux hommes :
« Arthur, les chevaliers vous attendent. »
« Je sais Merlin. »
« Ah ? Ah bon je leur dis quoi alors. »
Un petit sourire diabolique apparut sur les lèvres du prince :
« Que c'est toi qui vas servir de cible aujourd'hui. »
Il attrapa la manche de son serviteur et le tira sans ménagement :
« Comment est-ce que tu savais que j'étais là ? »
« Euh je sais toujours où vous êtes. »
Le blond s'arrêta un instant pour fixer le jeune homme, qui ajouta aussitôt :
« C'est mon boulot après tout. »
« Merlin… »
Arthur grogna et continua son chemin jusqu'à la cour.
Léon, Gwaine, Lancelot, Elyan et Percival saluèrent le prince et l'entraînement commença.

A suivre...

la suite samedi prochain ^^ j'espère que sa vous a plus biz lune