Bonjour à tous, merci pour vos messages sur mon premier chapitre. J'avais vraiment peur que ça ne plaise pas, mais vous m'avez rassurée. Pour vous remercier je vous offre dès aujourd'hui la suite. En espérant ne pas trop vous décevoir.

Bonne lecture et merci à Gaelle et Bloody Kyo. Pensez à vous inscrire^^


Lorsque les premiers rayons du soleil touchèrent le visage de Yuya elle se mit sur son séant bouleversée d'apercevoir pour la première fois depuis longtemps la lumière du jour. Elle sauta hors du lit pour se précipiter sur la fenêtre afin d'en ouvrir très grand les rideaux. Elle avait fui la veille sous un ciel gris et maussade, et ce matin, elle avait devant elle le plus beau spectacle de sa vie. La ville était baignée dans l'éclat d'un matin d'été et elle sentit des larmes de soulagement s'échapper de ses yeux. Elle était libre.

Il était encore très tôt mais Yuya savait qu'elle ne parviendrait pas à se rendormir. En dépit de seulement quatre heures de sommeil elle se sentait beaucoup mieux et prête à affronter la journée qui l'attendait. Du moins, l'espérait-elle.

Elle examina ses bras, ses jambes, son ventre, son dos…Elle ne pouvait nier que tous ces bleus n'étaient pas très jolis à voir, mais avec le temps ils finiraient par se résorber et disparaître complètement. Ce qui ne serait pas le cas de sa douleur morale.

Kyoto. Comment avait-elle pu atterrir si loin de sa ville natale ? Son agresseur n'avait jamais mentionné l'endroit où ils étaient lui répétant inlassablement qu'elle n'avait pas à le savoir puisqu'elle vivrait désormais pour toujours dans cette foutue cabane en bois.

Les yeux rivés sur l'extérieur elle repensa à la raison qui avait poussé cet homme à l'enlever à son monde. C'était vraiment du délire. Elle avait, paraît-il, repoussé de manière insolente et sauvage ses avances lors d'une soirée en boîte de nuit. De colère et de rage il avait alors voulu lui faire payer cette infamie en préparant un plan diabolique, et quelques jours après il avait kidnappé la jeune fille qui partait pour son travail. Yuya n'avait aucun souvenir de ce soir là. Elle et sa meilleure amie, Mahiro, se faisaient si souvent draguer qu'elle ne pouvait se rappeler de tous ceux qu'elle avait repoussé et envoyé promener. Mais celui-là, c'était le pompon. Si seulement elle pouvait lui faire payer toutes les horreurs qu'il lui avait infligées. Elle serra si fort les poings que ses ongles s'enfoncèrent dans la paume de ses mains la faisant presque saigner.

Plongée dans la contemplation de la ville elle n'entendit pas la porte de l'appartement claquer. C'est seulement quand elle distingua des pas dans le couloir qu'elle émergea de ses pensées et tourna la tête vers la porte de la chambre.

-Sakuya et Kyoshiro doivent être levés. Je vais aller les rejoindre et les remercier pour cette nuit.

Même si elle avait parfaitement conscience qu'elle ne risquait rien et que le couple ne lui voulait que du bien, elle ne put empêcher son cœur de battre de manière déraisonnée. Ca faisait si longtemps qu'elle n'avait pas été en compagnie de quelqu'un autre que cet homme qui lui avait fait tant de mal. Elle prit une grande inspiration, tourna le verrou de la porte et passa timidement la tête dans le couloir. Personne. Mais elle entendait nettement l'eau de la doucher couler.

Elle se dirigea d'un pas léger vers le salon et tira la porte fenêtre donnant sur un balcon. Elle s'autorisa à respirer l'air frais du matin en s'appuyant contre le rebord du mur qui lui offrait une vue superbe sur Kyoto. Plusieurs minutes s'écoulèrent sans qu'elle ne pense plus à rien profitant des premiers rayons qui léchaient doucement son visage. Elle ferma les yeux pour en apprécier que davantage ce délice mais une voix résonna derrière elle. Une voix qui n'avait rien d'amicale et qui lui glaça les veines.

-Hé la fille, qu'est-ce que tu fous là ? T'es qui ?

Yuya se retourna vivement tous les sens en alerte pour se retrouver nez à nez avec un grand brun aux longs cheveux noirs et aux yeux rouges flamboyants qui la détaillaient des pieds à la tête. Il était adossé de manière nonchalante dans l'encadrement de la fenêtre, les bras croisés sur un torse recouvert de nombreuses cicatrices et n'était vêtu que d'une simple serviette cachant son intimité.

Terrorisée, Yuya ne pipa mot et recula le plus loin possible de cet homme qui ressemblait en tout point à un démon.

-Je t'ai posé une question. Insista ce dernier en promenant son regard sur le corps blessé de la demoiselle.

-Je…je…

Yuya ne pouvait émettre le moindre son tant elle était pétrifié de peur. Elle venait d'échapper à un homme cruel et sadique pour tomber sur un individu qui paraissait sortir tout droit des enfers. Pourquoi la regardait-il avec des yeux si froids et impénétrables ? Et quel était cet étrange couleur ? Des yeux d'un rouge écarlate qui rappelait la couleur du sang.

Kyo la regarda longuement avant de se détourner en émettant un sifflement agacé. Yuya aperçut le démon s'éloigner et elle se laissa glisser au sol ses mains serrées sur sa poitrine le cœur battant à vive allure. Mais qui était cet homme ? Et pourquoi se promenait-il presque nu dans cet appartement qui n'était pas le sien ? Elle savait qu'un dénommé Kyo habitait ici mais il ne devait arriver que ce soir. Elle devait aller prévenir au plus vite ses hôtes qu'un inconnu se baladait chez eux sans permission. Rassemblant tout son courage elle réussit à se lever et se faufila jusqu'à la chambre de Kyoshiro et Sakuya. L'individu n'était pas en vue et elle frappa fort à la porte pour se faire entendre. Elle pensait qu'il leur faudrait un certain temps pour lui répondre mais le jeune homme ouvrit presqu'immédiatement la porte les yeux encore embués de sommeil.

-Yu…Yuya ? Que se passe-t-il ? Ca ne va pas ? S'inquiéta Kyoshiro devant l'air paniqué de la jeune fille.

-Je…

-C'est qui cette gamine ? Interrogea Kyo qui sortait de sa chambre revêtu cette fois d'un jean et d'un tee-shirt foncé.

-Kyo ! S'exclama Kyoshiro. Qu'est-ce que tu fais là ? Je croyais que tu ne devais rentrer que ce soir.

-Ouais…

Kyo ? Yuya n'en croyait pas ses oreilles. Elle ne pouvait imaginer que cet homme à l'allure rebelle et indisciplinée soit le meilleur ami de Kyoshiro. Elle avait imaginé une personne ayant le même caractère que ce dernier mais il semblait au contraire que ce soit le jour et la nuit.

La voix de son hôte ramena Yuya à la réalité.

-Kyo, je te présente Yuya. Elle a passé la nuit ici. J'aimerai que tu…

Mais Kyo ne l'écoutait déjà plus et disparut dans la cuisine sans un regard pour eux. Yuya l'avait suivi des yeux, consternée par un tel comportement.

-Ne t'en fais pas Yuya. La rassura Kyoshiro. Kyo est toujours comme ça. Mais tu n'as rien à craindre de lui.

La jeune fille en était moins certaine. Tout en cet homme respirait la violence et l'insensibilité. Il lui rappelait son tortionnaire à un détail prêt. Il n'avait pas une horrible cicatrice autour de son œil gauche.

Kyoshiro referma la porte de la chambre pour laisser sa petite amie dormir plus longtemps et proposa un petit déjeuner à Yuya qui accepta pour ne pas paraître impolie.

La cuisine était ouverte sur le salon et Yuya n'osa s'aventurer plus loin en présence de Kyo qui pourtant semblait se ficher éperdument d'elle. Ce dernier était assis sur un tabouret près de la grande fenêtre, une bouteille à la main dont le contenu diminuait rapidement. Yuya se demandait quelle étrange mixture il pouvait avaler à une heure aussi matinale. Cet inconnu serait-il de nature alcoolique ?

-Va t'asseoir sur le canapé Yuya. Proposa Kyoshiro. Je t'apporte tout de suite quelque chose à manger.

-Merci.

Quelques instants plus tard il installa sur la table basse plein de bonnes choses à déguster mais Yuya n'avait envie de rien. Elle n'avait que très peu d'appétit ces derniers temps ce qui la réduisait depuis un bon moment à un état d'anorexie.

-Quel jour sommes-nous ? Demanda-t-elle.

Après six mois de séquestration, Yuya avait totalement perdu la notion du temps.

Kyo se désintéressa un instant de sa bouteille pour poser un regard interrogateur sur la silhouette assise sur le canapé. Il avait naturellement remarqué les hématomes et les bandages qui recouvraient une grande partie de son corps, et même s'il n'avait que faire de cette fille il se demandait quel genre de brute avait bien pu lui faire une chose pareille. Lui qui passait son temps à se battre pour le travail ou le plaisir, qui se fichait de tout et de tout le monde, qui prenait les filles pour coucher avec et les jeter le lendemain, il ne pouvait concevoir qu'un homme puisse battre une femme. Il ressentait un immense mépris pour ce genre d'individu et se régalait quand il s'agissait de leur faire la peau.

-On est le dimanche 21 août. Lui répondit Kyoshiro en lui servant un verre de jus d'orange. Tiens, bois ! C'est plein de vitamines, ça va te faire du bien.

Yuya prit le verre entre ses mains et le porta à ses lèvres. Elle en but une gorgée et le reposa aussitôt sur la petite table.

-Je crois que je vais y aller. Dit-elle doucement sans oser le regarder dans les yeux.

-Mais tu n'as encore rien avalé.

-Je n'ai jamais très faim le matin. Tenta de se justifier Yuya.

Un raclement sur le sol attira leur attention. Yuya croisa bien malgré elle le regard de Kyo. Immobile, celui-ci la fixait sans rien dire. Finalement il détourna les yeux, semblant l'avoir déjà oubliée et se retira.

-Que vas-tu faire de ta journée Kyo ? S'enquit son ami en le voyant prendre le chemin de sa chambre.

-Ca ne te regarde pas.

-Oh ! Bonjour Kyo ! Entonna une voix féminine. Tu es déjà rentré.

Mais le silence lui répondit et Sakuya apparut dans le salon adressant un sourire à Yuya.

-Bonjour Yuya, comment vas-tu ce matin ?

-Bien, merci. Répondit la jeune femme en se levant. Je disais à Kyoshiro qu'il était temps pour moi de partir.

-Comment cela ?

-Je n'ai que trop abusé de votre hospitalité.

-Où iras-tu ? Demanda le jeune homme.

La question déstabilisa Yuya. Elle n'avait aucune idée de l'endroit où elle irait mais elle ne pouvait se permettre de rester ici plus longtemps et de perturber le quotidien de ces deux adorables personnes.

Sans trouver de réponse adéquate elle se dirigea d'un pas mal assuré vers la porte.

-Nous savons ce qui t'est arrivé, Yuya.

La voix étrangement calme et posée de Kyoshiro la stoppa net, et elle se retourna pour lui faire face rivant ses yeux aux siens. L'expression du garçon avait totalement changé et il affichait un visage à la fois sérieux et doux, plein de compassion.

-Tu es cette jeune fille qui a été enlevée il y a six mois à Tokyo et dont personne n'avait plus aucune nouvelle.

-Co…comment…

-Comment nous le savons ? La presse et la télévision en ont parlé pendant des jours. Expliqua Kyoshiro.

Voyant qu'elle n'allait pas tarder à s'écrouler sur place Sakuya l'aida à s'installer de nouveau sur le canapé.

-Je vous en prie, ne prévenez pas la police. Supplia Yuya les larmes aux yeux. Je ne veux pas avoir à leur expliqué tout ce qu'il s'est passé. Ils m'obligeraient à leur raconter tout ce que j'ai vécu et je n'aurai pas le courage d'étaler ma vie et les horreurs que j'ai connues à des inconnus.

-Tu n'as aucune inquiétude à avoir et tu peux rester ici autant que tu le voudras. Sakuya et moi serions vraiment très heureux de pouvoir être tes amis et de t'aider.

A ces mots, Yuya ne put contenir plus longtemps un torrent de larmes qui se déversa sur son joli visage, et Sakuya s'approcha d'elle pour la prendre dans ses bras mais elle la repoussa gentiment. Elle ne supportait pas qu'on puisse la toucher. Même s'il s'agissait d'une femme cela était beaucoup trop tôt pour accepter une étreinte aussi anodine soit-elle.

Caché dans l'ombre du couloir Kyo avait tout entendu. A l'inverse de ses amis il n'avait jamais entendu parler de cette histoire. Et pour cause, il ne regardait presque jamais la télévision et n'écoutait guère les informations. Pas étonnant qu'il ne soit pas au courant de tout cela. Mais après tout, ce genre d'incident arrivait à beaucoup de monde et à de nombreuses filles, c'était presque chose courante alors il n'allait certainement pas s'intéresser à cette fille et partager sa douleur parce que son imbécile de colocataire lui avait proposé d'habiter quelques temps ici. Au contraire, il considérait cette proposition comme ennuyeuse et absurde. Une intrusion dans sa vie. Cette idée ne lui plaisait guère. Blasé et contrarié par cette nouvelle colocataire qui allait envahir son espace vital il pénétra dans le salon sans un regard et sans un mot, attrapa sa veste qui trônait sur le dos d'une chaise et franchit la porte d'entrée en claquant la porte avec l'idée en tête de trouver un coin tranquille pour dormir.