Chapitre 1 : Mission Gold
Henry n'était pas allé à la bibliothèque. Il ne mentait jamais en temps normal mais la situation - pour ne pas dire sa mission en solitaire - exigeait quelques entorses à sa morale habituelle.
Dès qu'il eut quitté le commissariat, il courut jusqu'à la boutique de Gold. Comme à son habitude, ce dernier était debout, derrière son comptoir.
— Tiens, fit-il. Henry, quelle surprise. Que puis-je faire pour toi ?
— Vous devriez le savoir, s'enquit Henry, ses mains fermées sur les lanières de son sac d'école.
— J'ai certes beaucoup de talents, mon garçon, mais je ne suis pas devin aux dernières nouvelles.
Henry se promena dans l'allée où il reconnut de nombreux objets vus dans son livre, ayant appartenu à plusieurs personnages des contes dont sa mère et ses grands-parents étaient les héros. Il regarda son grand-père, lui aussi perturbé à l'idée que le Ténébreux fasse partie de sa famille.
— J'aimerai que mes mamans arrêtent de se faire la guerre, dit-il. Vous pourriez faire ça ?
Gold plissa les yeux et sourit :
— Non.
Cette réponse brève n'encourageait pas Henry.
— Je sais que vous pouvez, vous pouvez tout faire, s'enquit-il. Vous êtes le ténébreux.
— C'est vrai, je le suis et je peux à peu près tout faire. Mais d'une part, je ne traite pas avec les enfants. d'autre part, mes capacités sont fortement limitées pour le genre de miracle que tu demandes.
Henry n'en croyait pas un mot. Malgré son jeune âge, le petit garçon était perspicace.
— Je suis votre petit-fils, rappela Henry.
Là était bien le point faible de Gold, la famille, le rappel que ce petit homme était l'enfant de son fils Baelfire. Son sang coulait dans ses veines. Pour preuve, Henry était tenace. Gold appréciait cette qualité rare, sans aucun doute un gêne hérité de ses deux mères et peut-être un peu de lui. Il admettait en percevoir une certaine fierté. En effet Henry était aussi son petit fils. Quoi qu'en dise le Shérif et le Maire, si ce dernier venait le trouvait, il était sans aucun doute de son devoir de grand-père de l'aider à sa manière s'il le pouvait. Il capitula :
— Si on admet l'éventualité que je puisse t'aider, il se peut qu'il existe un sort, ou plutôt, un élixir qui pourrait répondre à tes attentes.
— Donnez-le moi ! s'exclama Henry.
— Avant cela, j'ai une question à te poser mon garçon.
— Laquelle ?
— Es-tu vraiment prêt à tout pour que tes mères cessent de se disputer ?
— Oui, répondit Henry sans hésitation.
— C'est ce que je pensais, se réjouit Gold d'un sourire vainqueur.
Il se tourna vers une étagère remplie d'objets, de bibelots, d'artefacts en tout genre, y comprit de petites fioles ressemblant à des tubes à essais. Il en saisit un, hésita, puis le reposa avant d'en saisir un autre. Le sortilège qu'il prévoyait pour cette chère Regina et la Sauveuse devait faire ses effets ! Le contenu de la fiole consistait en un liquide rouge pourpre, non pas comparable à du sang car le liquide brillait d'une lueur vive, chaude, lumineuse et transparente. Il tendit le tube à Henry mais le recula soudainement :
— Avant de t'en servir, expliqua Gold, tu dois t'assurer que tes intentions sont pures, qu'elles ne sont pas égoïstes.
— Je veux qu'elles arrêtent de se disputer, répéta-t-il. J'aimerai juste qu'on devienne une vraie famille, est-ce égoïste ?
Gold eut un regard d'hésitation. Bien sûr, le petit homme y trouverait son intérêt mais ses intentions demeuraient pures malgré tout. Il sourit en songeant à sa propre quête à l'égard de Baelfire. Lui aussi aurait souhaité formé une vraie famille avec Belle et son fils. Il se reprit et tendit le tube à Henry qui s'en saisit, le regard fasciné tourné vers la couleur lumineuse de la potion.
— Comment je dois l'utiliser ? demanda Henry.
— Il te suffit d'en faire boire à tes mères.
— Et c'est tout ? se surprit-il.
— Ce sera bien suffisant, dit Gold en souriant. La potion est cependant un peu amère. La verser dans du café passera inaperçu.
Henry n'oublia pas un détail :
— Comment je dois vous payer ? interrogea-t-il.
Parce que la magie exigeait toujours un prix, Gold faisait payer à tous ses "clients" le prix fort. Henry serait l'une des rares exceptions à ses règles machiavéliques.
— Tu n'as rien à payer, fit Gold. Considère ceci comme un présent pour ton anniversaire.
Un léger sourire de soulagement vint illuminer le visage d'Henry après cette réponse. Les recommandations de Gold faisaient déjà naître un plan dans son esprit fertile.
Il rangea avec précaution la fiole dans son sac à dos et contourna vivement le comptoir pour venir étreindre son arrière-grand-père.
— Merci ! C'est super de m'aider.
Gold fut perturbé par cette approche qu'il n'avait pas attendu, peu habitué à recevoir des "câlins". Depuis le retour de Baelfire dans sa vie, ce dernier si distant avec lui, il n'avait pu retrouver ce genre de sensations consistant en des preuves affectives si spontanées. Il glissa doucement sa main dans les cheveux bruns d'Henry.
— De rien... file maintenant, avant que tes mères ne te voient ici.
Car Regina Mills ou Emma Swan n'apprécieraient guère de savoir leur fils venu le trouver pour faire un peu de magie. Les deux jeunes femmes avaient beau se détester cordialement, l'une autant que l'autre le détestait encore plus et étaient prêtes à tout pour protéger leur garçon. Gold ne sous-estimerait jamais l'instinct protecteur des deux mères.
Henry quitta la boutique, vérifia sa montre et s'empressa de rejoindre la bibliothèque. S'il revenait sans un livre, Emma comprendrait qu'il lui avait menti - elle qui d'habitude savait toujours quand quelqu'un lui mentait, Henry pensait faire exception !
5
