Deuxième partie

"Félicitations, Lunard!" s'exclama Sirius lorsque Remus descendit à la cuisine au sous-sol du 12, Square Grimmaurd, où plusieurs membres de l'Ordre s'étaient rassemblés pour la réunion de la soirée.

"Que me vaut l'honneur?"

Sirius agita un exemplaire de la Gazette du Sorcier alors qu'il s'asseyait de travers sur sa chaise. "Ton nom est publié dans le journal. Je suis heureux de ne pas être le seul à faire les nouvelles. Comment se sent-on, lorsqu'on est cité comme un exemple de l'excentricité de Dumbledore?" Il s'appuya les coudes sur le dossier de la chaise et haussa les sourcils. "Bien sûr, on savait, James et moi, qu'il devait être fêlé pour te nommer préfet."

Alors que Sirius parlait, Remus capta le bruit de pas maladroits dans l'escalier. Sans même se retourner, il savait qu'il s'agissait de Tonks. Alors qu'elle passait en coup de vent près des deux sorciers, elle jeta par-dessus son épaule un regard chargé de reproche à l'attention de Remus.

"C'est une bonne chose que tu ne sois pas fâché au sujet de la Gazette," dit-elle à Sirius. "Remus pourrait penser que tu es immature."

"Remus a toujours pensé ça de moi," dit Sirius.

Mais Tonks avait déjà trouvé une place à l'extrémité de la longue table de la cuisine.

Sirius regarda Remus avec un petit sourire en coin teinté d'incompréhension. "Les amants se sont-ils disputés?"

Tournant le dos à son ami, Remus enfonça profondément ses mains dans les poches de son pantalon. Entre ses dents serrées, il murmura :

"Cela nécessiterait que nous soyons amants, n'est-ce pas?"

"Vous n'avez pas -?"

D'un coup d'œil, Remus réduisit Sirius au silence alors que celui-ci écarquillait les yeux.

"Bien, tu l'as embrassée," dit Sirius avec désinvolture, alors qu'il se levait de sa chaise et qu'il lui assénait une tape dans le dos. " Peut-être que les disputes d'amoureux chastes sont faciles à guérir."

Ils restèrent debout en silence, alors que la pièce se remplissait, mais après un moment, Sirius ajouta :

"Tu lui as dit qu'elle était immature? Merde, vieux – tu n'en sais pas plus sur les femmes que lorsque tu étais à Poudlard, n'est-ce pas?"

"Je ne lui ai pas dit qu'elle était immature. Elle -"

Fol Œil passa près d'eux, son œil magique roulant dans son orbite, vrillant Remus du regard. De façon évidente, l'ex-Auror avait entendu une partie de la conversation.

"Il n'est certainement pas le moment d'en discuter." Remus s'éloigna abruptement. Un moment inapproprié n'avait jamais arrêté Sirius de discuter d'un sujet juteux.

Tonks s'était assise sur la chaise la plus éloignée de Remus qu'elle avait pu trouver et elle le regardait fixement. Il se dirigea vers la chaise vide à côté d'elle. Il devait à tout le moins essayer d'atténuer la tension avant la réunion, au cas où une mission commune leur serait assignée. Toutefois, Bill Weasley s'approcha à grands pas avant qu'il ne puisse la rejoindre.

"Hé Tonks! J'ai une proposition à te faire."

Bill n'eut pas la chance de faire sa proposition. Alors qu'il prenait la place vide aux côtés de Tonks que Remus aurait souhaité occuper, Dumbledore entra et annonça le début de la réunion. Remus se laissa tomber sur une chaise à proximité. Il fit de son mieux pour ne pas laisser ses yeux dériver vers Tonks, qui était assise à côté d'un sorcier qui, malgré le fait qu'il soit plus âgé qu'elle, ne l'était pas significativement, et dont les longs cheveux et la boucle d'oreille allaient très bien sa chevelure bleue et hérissée.

Toutefois, tout à son effort de ne pas regarder Tonks, Remus croisa le regard de Molly. Il souhaita soudainement ne pas l'avoir fait. Ses lèvres étaient plissées et elle avait l'air de savoir clairement que tout n'était pas au beau fixe entre eux. Il se tortilla sous son regard inquisiteur. Il y avait eu un temps où Molly avait souhaité que Tonks plaise à son fils. Croyait-elle toujours qu'ils feraient un beau couple?

La réunion fut brève et Remus, pour une fois, fut soulagée de ne pas avoir été jumelé à Tonks pour une tâche. Tout de même, il savait qu'il ne pouvait laisser la colère s'éterniser entre eux. Peu importe le fait qu'ils soient engagés dans une relation amoureuse ou non, ils se devaient de maintenir un niveau de respect mutuel, pour le bien de l'Ordre. Il se préparait à s'adresser à elle alors qu'elle se levait et contournait la table, mais Bill avait déjà son attention.

"Remus et toi seriez-vous intéressés par une sortie à quatre?"

Tonks parut aussi surprise par la question que Remus, qui s'assit, stupéfié, et il regarda sa réaction. Au moment où Bill avait dit le nom de Remus, le feu qui brûlait dans les yeux de Tonks s'éteignit. En expirant, elle sembla rapetisser, comme si la colère qui la nourrissait venait de quitter son corps.

"Nous, euh…" Elle se mordit la lèvre.

Bill regarda ailleurs, son visage rougissant. "Oh, vous n'êtes pas…?"

"C'est un moment difficile," murmura Tonks. Elle décocha un bref regard à Remus, qui prétendit s'intéresser à un exemplaire de la Gazette que quelqu'un avait laissé traîner sur la table. "Je ne sais pas…"

"Ce n'était pas vraiment à propos d'une sortie entre couples," ajouta Bill rapidement. "C'est que Fleur n'a pas beaucoup d'amis, tu vois, et j'ai pensé que…Tu t'entends bien avec tout le monde."

"Merci Bill." Tonks eut un petit sourire. "Je suis très occupée ces jours-ci, mais on peut peut-être planifier quelque chose."

"Je t'enverrai un hibou."

Alors que Tonks passait devant le siège de Remus, son regard se posa de nouveau sur lui.

Il se leva aussitôt. "Nous devons parler."

Les membres de l'Ordre étaient toujours en train de discuter dans la cuisine. Sans un mot, Remus et Tonks gravirent les escaliers et se glissèrent dans le salon.

Aussitôt que la porte se referma, Tonks demanda:

"As-tu changé d'avis?"

L'espoir dans sa voix était déchirant, mais Remus était déterminé à ne pas laisser sa résolution vaciller.

"Je crois que je dois dire les choses autrement. Tu n'as pas compris -"

"Je comprends parfaitement," dit Tonks sèchement. Son ton de voix s'adoucit alors qu'elle poursuivit :

"Tu t'es mis dans la tête que je n'utilise pas mon cerveau et que je pense avec mes émotions. Tu as peur que je fasse une décision impulsive qui changera ma vie, et que si je vis la moindre expérience difficile en lien avec toi, j'en viendrai un jour à t'en vouloir."

Il se sentait vaguement agacé de constater à quel point elle venait précisément de mettre le doigt sur la blessure. "Est-ce que je suis complètement à côté de la plaque de penser de cette façon?"

"Tu es très noble, Remus," dit-elle avec un sourire contrit. "Mais je ne t'ai jamais demandé d'être un martyr. Je t'ai demandé d'être un petit ami."

"Et quel genre de petit ami serais-je si je ne prenais pas à cœur tes intérêts?"

Pour un moment, ils se tinrent l'un et l'autre du regard et Tonks secoua la tête. "Je suis de garde ce soir." Elle se détourna et avança vers la porte. "À la prochaine."

Même si Remus s'attardait dans le salon, il entendit la démarche inégale de Fol Œil dans le couloir. "Veux-tu que je le transfigure en furet?"

Tonks répliqua: "La transfiguration est justement le prob-" Un bruit métallique, un juron et un bruit de chute se produisant simultanément indiquèrent à Remus que Tonks avait de nouveau trébuché sur le porte-parapluies en forme de pied de troll.

Mrs. Black se réveilla. "ABERRATION BÂTARDE AUX MULTIPLES FORMES, QUITTE IMMÉDIATEMENT LA NOBLE -"

La porte se ferma si fort que les volets claquèrent et Mrs. Black en fut réduite au silence. Remus attendit un moment avant de quitter le salon. Il souhaitait que tout le monde avait quitté, mais Bill et Arthur flânaient dans le vestibule.

"Maman veut te parler," dit Bill. "Elle est au sous-sol."

Remus fit un signe de tête raide. "Ma vie est un rouleau de parchemin ouvert, si je comprends bien."

Bill lui décocha un regard empreint de pitié. "Je pense que je m'en tiendrai à fréquenter quelqu'un à l'extérieur de l'Ordre."

"Ne t'en fais pas, Remus," dit gaiement Arthur. "Molly est formidable pour donner des conseils sur les relations amoureuses."

"Quand elle est de ton côté," ajouta Bill.

La dernière chose que Remus désirait était d'être du mauvais côté de Molly, spécialement lorsqu'il s'agissait d'affaires aussi personnelles que celles-ci. Il n'avait pas d'autre choix, toutefois, que de descendre les escaliers et de faire face à la mère du clan Weasley.