Chapitre 01: Rêve (o2 septembre)


Chute.

Je dégringolais en chute libre.

Stiles !

Il m'appelait. Le seul son de sa voix provoquait les battements de mon cœur.

À l'aide !

Il tombait aussi. Je tendais les bras pour essayer de le retenir, mais je ne saisissais que du vide. Il n'y avait pas de terre ferme sous mes pieds, je me débattais dans la boue. Nos doigts s'effleuraient, je distinguais des éclats de lumière verte dans l'obscurité. Puis il m'échappait, et je n'éprouvais plus qu'un intolérable sentiment de perte. Citrons et romarin. Son odeur continuait de flotter dans l'air, cependant. Mais il m'étais impossible de le rattraper. Or, il m'étais impossible de vivre sans lui.

Je me suis redressé d'un bond dans mon lit, le souffle court.

- Debout, Stiles Stilinski ! Je ne tolérerai pas que tu sois en retard le jour de la rentrée !

La voix d'Amma, qui s'égosillait au pied de l'escalier. Mes yeux se sont posés sur une tâche de lumière blême qui transperçait le noir. J'ai perçu le martèlement lointain de la pluie sur nos vieux volets en bois à claire-voie. Il devait pleuvoir, donc. Ce devait être le matin. Je devais être dans ma chambre. Cette dernière était étouffante et humide. Pourquoi ma fenêtre était-elle ouverte ?

J'avais mal à la tête. Je me suis laissé retomber sur l'oreiller, et le rêve s'est estompé, comme toujours. J'étais en sécurité dans notre maison ancestrale. Dans un lit d'acajou grinçant qui avait sans doute accueilli le sommeil de six générations de Stilinski avant moi. Le lit où personne ne basculait dans des trous noirs de boue. Le lit où il ne se passait jamais rien.

J'ai fixé le plafond, peint de la couleur du ciel afin d'empêcher les xylocopes d'y nicher. Qu'est-ce qui débloquait, chez moi ? Ce rêve me hantait depuis des mois, maintenant. Je ne me souvenais pas de tout, toujours du même passage. Le gars tombait, je tombais, il fallait que je m'accroche à lui, je n'y parvenais pas. Si je lâchais prise, quelque chose de terrible allait lui arriver. C'était ça le truc : je ne pouvais pas le lâcher, il était inconcevable que je le perde. Comme si j'étais amoureux de lui, alors que je ne le connaissais pas. Un amour avant coup de foudre en quelque sorte.

Ce qui paraissait fou, car il n'était qu'une vision onirique. Je ne savais même pas à quoi il ressemblait. Le rêve avait beau revenir depuis des semaines et des semaines, je n'avais jamais vu le visage de ce garçon. Ou bien, je l'avais oublié. Mon unique certitude, c'este que chaque fois qu'il disparaissait, je ressentais un profond mal-être. Il échappait à mes doigts, et mon ventre semblait se détacher de mon corps, une sensation pareille à celle que l'on éprouve sur les montagnes russes, quand là voiturettes plonge trop brutalement.

Des papillons dans l'estomac, dit-on. Quelle métaphore idiote ! Plutôt des abeilles tueuses, oui.

J'étais peut-être en train de devenir fou. À moins que j'ai juste d'une bonne douche. Mes écouteurs étaient encore autour de mon cou. Quand j'ai jeté un coup d'œil à mon iPod, j'y ai vu un titre inconnu. Seize Lunes. Qu'est-ce que c'était ? J'ai allumé l'appareil, et la mélodie s'est déroulée, captivante. Si je n'ai pas identifié la voix, j'ai eu l'impression de l'avoir déjà entendue.

Seize lunes, seize années,

Seize de tes pires peurs,

Seize songes de mes pleurs,

Tombent, tombent les années...

La chanson était lugubre, angoissante, presque hypnotique.

-Stiles Lawson Stilinski !

Les cris d'Amma me sont parvenus par-dessus la musique. Éteignant l'engin, je me suis assis et j'ai rejeté la couverture. Mes draps donnaient l'impression d'être pleins de sable. Ce n'était pas une apparence, cependant. De la poussière. Quant à mes ongles, ils étaient en deuils, noir de la boue qui s'y était incrustée, comme dans le rêve.

Après avoir roulé les draps en boule, je les ai fourrés au fond du panier à linge sale, avec mon maillot de Lacrosse qui empestait encore la transpiration de mon entraînement de la veille. Sous la douche, je me suis efforcé d'oublier ma nuit tout en me récurant à fond. L'eau a entraîné avec elle les ultimes pans obscurs du rêve dans le tuyau d'évacuation. Il suffisait que je n'y pense plus pour décider qu'il ne c'était rien passé. Telle était mon approche de la plupart des choses, ces derniers temps.

Sauf quand il s'agissait de lui. Là, c'était plus fort que moi, je songeais constamment à lui. Je ne cessais de revenir au rêve, même si je ne le comprenais pas. Il n'y avait rien à ajouter, c'était mon secret. J'avais seize ans, j'étais en train de m'éprendre d'un homme qui n'existait pas et je perdais peu un peu l'esprit.

J'avais beau frotter, mon cœur continuer de battre la chamade ; malgré le parfum du savon et du shampooing, je sentais encore son odeur. Rien qu'un effluve, bien réel pourtant.

Citrons et Romarin.

J'ai gagné le quotidien immuable et rassurant du rez-de-chaussée. À main a déposé devant moi la sempiternelle assiette à motifs bleus et blancs – la porcelaine chinoise de ma mère – contenant œufs sur le plat, bacon, pain grillé beurré et bouillie d'avoine. Amma était notre gouvernante. Je la considérais plus comme ma grand-mère, bien qu'elle fut plus intelligente et rouspéteuse que ma véritable aïeule. Elle m'avait pratiquement élevé et elle jugeait de son devoir de m'aider à grandir de quelques centimètres supplémentaires, alors que je mesurais déjà un mètre quatre-vingt-douze. Ce matin, je mourais étrangement de faim, À croire que je n'avais rien de l'appeler depuis huit jours. Je me suis dépêché d'engloutir un œuf et deux tranches de bacon, ce qui m'a tout de suite ragaillardi. La bouche pleine, j'ai souri à Amma.

- Parle-moi ! Lui ai-je lancé. C'est mon premier jour de bahut.

D'un geste brusque, elle a placé sur la table un immense verre de jus d'orange et encore un plus grand de lait entier, le seul qu'on buvait dans la région.

- Il n'y a plus de lait chocolaté ?

J'en consommait comme d'autres carbure au coca ou au café. Même le matin j'étais accro à ma dose de sucre.

- A.D.A.P.T.A.T.I.O.N.

Amma vous servait la solution d'une grille de mots croisés à peu près toutes les situations. Plus le terme était long, plus elle était contente. Sa manière de l'épeler vous donnait l'impression qu'elle vous enfonçait les lettres dans le crâne à grands coups de spatule en bois.

- Autrement dit, fais avec, a-t-elle développée et n'espère pas mettre un pied dehors temps que tu n'auras pas vider ton verre.

- Oui, madame.

- Tu t'es vêtu comme milord, à ce que je vois.

Ce n'était pas le cas. Je portais un jean et un tee-shirt usé, ma tenue quotidienne. Tous mes tee-shirts arboraient des imprimés différents ; celui d'aujourd'hui c'était Harley-Davidson. Aux pieds, j'avais mes baskets noires achetées trois ans auparavant.

- Je croyais que tu devais couper cette tignasse, a ajouté Amma.

Sur le ton de la réprimande, que j'ai cependant identifier pour ce qu'il était, celui d'une infection profonde.

- J'ai dit ça, moi ?

- Ignores-tu que les yeux sont une fenêtre sur l'âme ?

- Je n'ai peut-être pas envie qu'on regarde dans la mienne.

Ma punition a été une deuxième fournée de bacon. Amma mesurait à peine un mètre cinquante et était, sûrement, encore plus âgée que la porcelaine chinoise de ma mère, bien qu'elle prétendît avoir cinquante-trois ans à chacun de ses anniversaires. Elle était tout sauf une vieille dame charmante, cependant. Elle nièce en partage sur notre maisonnée.

- En tout cas, ne t'imagine pas que je vais te laisser sortir sous ce temps avec les cheveux mouillés. Cet orage ne me plaît guère. On dirait qu'un esprit maléfique a été réveillé par le vent et qu'il va faire des siennes toute la sainte journée. Cette présence N'obéit qu'à elle-même.

J'ai grimacé. Amma avait un mode de pensée très personnel. Quand elle était en proie à l'une de ses humeurs, ma mère avait eu l'habitude de déclarer noir - mélange de religion et de superstition, comme seul le sud profond on a le secret. Lorsque Amma virait au noir, mieux valait s'écarter. De même, il était préférable de ne pas déplacer l'établissement qui est posé sur les rebords des fenêtres, ni les poupées qu'elle fabriquait et planquait dans les tiroirs.

Après une dernière bouchée d'œufs, j'ai liquidé le petit déjeuner des champions, mon invention, œufs, confiture et bacon, le tout écraser entre deux tranches de pain de grillé. Tout en m'empiffrerant, j'ai jeté un coup d'œil dans le couloir. Réflexe ordinaire. La porte du bureau de mon père était déjà fermée. Il écrivait la nuit et dormait le jour sur le canapé antique de son père. Il en avait été ainsi depuis la mort de ma mère, au mois d'avril. Il aurait pu tout aussi bien être un vampire, ainsi que l'avait déclaré ma tante Caroline lors de son séjour chez nous, au printemps. Bref, je vais sans doute raté l'occasion de le voir jusqu'au lendemain : une fois cette porte close, il était exclu de la rouvrir.

Dans la rue, un avertisseur à retenti. Attrapât mon sac à dos noir user, je me suis précipité sous la pluie. Le ciel était si sombre qu'il aurait pu être sept heures comme dix-neuf heures. Cela faisait quelques jours que la météo était capricieuse. La voiture de Scott, la Poubelle, attendait le long du trottoir, moteur crachotant, musique à fond. Scott et moi allions à l'école ensemble depuis le jardin d'enfants, depuis le jour où nous étions devenus les meilleurs amis du monde après qu'il m'avait offert la moitié de son gâteau fourré à la vanille - parce qu'elle était tombé par terre, ce que je n'avais appris que plus tard. Bien que nous ayons tous deux décrocher notre permis cet été, Scott était le seul à avoir un véhicule, pour peu que la Poubelle mérite cette dénomination. Au moins, elle nous protégerait de l'orage.

Debout sur le porche, les bras croisés, Amma incarnait la réprobation.

- Je t'interdis de mettre ta musique aussi fort ici, Scott Matthew McCall. Si tu crois que je ne suis pas capable d'appeler ta maman pour lui raconter ce que tu as mijoté dans le sous-sol durant tout l'été de tes neuf ans, tu te trompes.

Scott s'est renfrogné. Peu de gens le gratifiaient de son nom complet excepté sa mère et Amma.

- Entendu, madame.

La moustiquaire a claqué. Scott a éclaté de rire et à démarrer en dérapant sur l'asphalte humide, comme si nous prenions la fuite, son habitude en matière de conduite. Si ce n'est que nous ne nous enfuyions nulle part.

- Qu'est-ce tu fais dans mon sous-sol à neuf ans ? me suis-je enquis

- Demande-moi plutôt ce que je n'y ai pas fait, a-t-il rétorqué en baissant l'autoradio

Une excellente idée, parce que la musique était atroce, et qu'il allait me demander si elle me plaisait, notre routine coup quotidienne. Le drame de son groupe, "qui a tué Lincoln ?", c'est qu'aucun de ses membres ne savait ni jouer d'un instrument ni chanter. Cela n'empêchait pas Scott de jacasser sans arrêt à propos de batterie, de son projet de filer à New York après son bac et de contrats mirifiques avec des maisons de disques qui ne verrait probablement jamais le jour. Par probablement, entendez qu'il y avait plus de chance de marquer un panier à trois points depuis le parking du gymnase, les yeux bandés et ivre.

Scott avait beau ne pas envisager d'études longues, il avait une longueur d'avance sur moi : il savait ce qu'il voulait faire, même si ce n'était pas gagné. Moi, tout ce que j'avais, c'était une boîte à chaussures pleines de dépliants envoyés par des universités que je ne pouvais pas montrer à mon père. Je me fichais de la qualité des facs en question, du moment qu'elle se trouver à au moins mille cinq cents kilomètres de Beacon Hills.

Je ne tenais pas à finir comme mon paternel, à vivre dans la même maison, la même petite ville que celle où j'avais grandi, avec les mêmes personnes qui n'avait pas su rêver assez pour partir d'ici.

De chaque côté de la chaussée se dressaient de vieilles demeures victoriennes dégoulinantes de pluie, quasi identique au jour où elles avaient été construite, plus d'un siècle auparavant. Ma rue avait été baptisée Cotton Bend, parce que, autre fois, ces maisons avaient été adossées à des kilomètres carrés de plantations de coton. Aujourd'hui elles n'étaient plus adossées qu'à la Nationale 9. À peu près la seule chose à avoir changé dans le coin. J'ai pioché un beignet rassis dans une boîte qui traînait sur le plancher de la voiture.

- C'est toi qui as téléchargé une chanson bizarre sur mon iPod hier ?

- Quelle chanson ? Et que penses-tu de celle-ci ?

Scott a monté le volume de sa dernière maquettes.

- Je pense qu'il faut encore travailler dessus. Comme sur toutes les autres.

Ma rengaine, jour après jour, ou presque.

- Ouais, bah ta tronche aura elle aussi besoin d'être retravaillé quand je t'aurais flanquer la raclée que tu mérites, a-t-il répondu.

Sa rengaine, jour après jour, ou presque. J'ai fait défiler les titres sur l'écran de mon iPod.

- Je crois qu'elle s'appelait Seize Lunes, un truc comme ça.

- Connais pas.

Le morceau n'était pas répertorié. Il avait disparu, alors que je l'avais écouté ce matin même. Or, j'étais sur de ne pas l'avoir imaginé, car la mélodie continuait de me trotter dans la tête.

- Tu veux une chanson ? Je vais t'en donner une, moi. Une nouvelle.

Scott s'est penché pour tripoter l'autoradio.

- Hé ! Regarde où tu vas !

Il ne m'a pas écouté. Du coin de l'œil j'ai vu une drôle de voiture déboucher devant nous. L'espace d'une seconde, les bruits de la route, de la pluie et de Scott se sont dissous dans le silence, et la scène paru ralentir. J'étais hypnotisé par cette voiture, incapable de m'en détacher. Juste une impression, rien que j'aurais pu décrire. Puis la bagnole est passée à côté de nous avant de bifurquer. Je ne l'ai pas reconnue. Je ne l'avais encore jamais vue. Ce qui était totalement incongru, car aucun véhicule ne m'était étranger, en ville. À cette époque de l'année, il n'y avait pas de touristes - ils n'étaient pas assez fous pour visiter la région en plein saison des ouragans. La voiture était longue et noire, pareille à un corbillard. D'ailleurs, j'étais presque sûr que c'en était un.

Un mauvais présage, si ça se trouve. Cette année allait se révéler pire que ce que j'avais craint.

- Et voilà ! a triomphé Scott. Bandana noir. Ce morceau va faire de moi une star.

Quand il a relevé la tête, la voiture avait disparu.


Hello :)

Je sais que je devais mettre en ligne ce chapitre seulement jeudi mais suite à vos réactions, j'ai décidé de le mettre plus tôt ! :D

Donc le voici, le premier d'une très longue liste, j'espère que cette fan fiction vous plaira et si ce n'est pas le cas je m'en excuse d'avance ^^

Prochain Chapitre - Lorsqu'il sera boucle, le 03/02 au plus tard :)

Bonne soirée à tous ! :3