Titre : Tout est dans le mot « survit »

Disclaimer : J.K Rolling, sauf pour l'histoire

Résumé : Harry en a assez que l'on dirige sa vie, alors il décide de ne plus écouter les recommandations de l'ordre « pour sa sécurité ». Il décide de prendre sa vie en main...

Chapitre I

« C'est bien, Oronte ! Tu vois, quand tu veux ! »

Harry ne répondit pas. Enfin, il avait réussi. Enfin, il avait pu changer quelque chose d'inanimé (en l'occurrence, une armoire), en quelque chose de vivant (ici, un hibou grand duc). Le mois de juillet touchait à sa fin, et les deux contractants du pacte « Secret », comme ils l'avaient nommé, s'étaient habitués progressivement l'un à l'autre, et pouvaient maintenant discuter tranquillement sans s'interrompre toutes les trente secondes de peur de dévoiler quelques informations confidentielles. A présent, l'un comme l'autre étaient passés maîtres dans l'art de changer subtilement de conversation. Et Ariel avait eu raison : ses conseils étaient vraiment très utiles à Harry. Il avait plus progressé en métamorphose en moins de deux semaines qu'en quatre ans avec McGo. Il laissa un petit sourire fatigué s'épanouir derrière son masque. Il était épuisé.

« Je suis mort.

-Hahaha ! C'est parce que tu n'es pas habitué, tu verras, ta magie, c'est comme ton corps. Plus tu l'entraîne, moins tu as de problèmes pour l'utiliser. Là, tu risques d'avoir quelques courbatures, mais tu peux en éviter une grande partie en ''étirant'' ton pouvoir. En faisant des sorts simples, par exemples, ou en méditant, comme je te l'ai appris.

-Je vais méditer.

-Bien, je vais te laisser, alors. Tu restes manger, ce soir ?

-Ouais, pourquoi pas ?

-Tagliatelles au saumon, ça te va ?

-C'est parfait. »

Au fur et à mesure qu'ils avaient fait connaissance, Harry rentrait de moins en moins souvent au 4, Privet Drive, préférant, et de loin, la compagnie d'Ariel à celle des Dursleys, c'était pourquoi il dînait très régulièrement chez son ''professeur particulier''. Bien sûr, il y avait eu de petites anicroches entre eux, parfois, de fausses notes de la part de l'un ou de l'autre, mais ils se contentaient en général de bouder un petit moment chacun dans leur coin. Ariel avait en effet une attitude, parfois enfantine, parfois mature, trop mature, même, si bien qu'Harry aurait été bien en peine de lui donner un âge…

« Oronte ! Oronte ! Réveille-toi !

-Mmhein ?...

-Je crois que tu t'es endormi.

-Aah…

-Tu viens manger ? Ca va refroidir.

-J'arrive. »

Harry accepta avec reconnaissance la main tendue pour se lever et alla s'asseoir sur l'une des chaises de la table, encore un peu dans les vapes. Ariel lui servit une portion de nourriture.

« Tu as pu méditer, au moins ?

-Nan… Je me suis endormi tout de suite.

-Hahaha ! Tu devais vraiment être fatigué, alors ! Finis vite de manger, que tu puisses rentrer te coucher.

-Ouais, ouais. »

Les pâtes étaient excellentes, le saumon fondant, et la sauce savoureuse. Ariel lui avait appris quelques recettes entre deux entraînements, mais il devait avouer qu'il ne les réussissait pas aussi bien que lui. Le repas se termina dans un silence paisible, puis Ariel ramena la vaisselle utilisée dans l'évier de la cuisine. Il revint ensuite, passant à côté d'Harry et lui ébouriffant les cheveux, alla dans la salle-de-bain sur un au-revoir. Harry étouffa un bâillement et se leva en s'étirant. Il prit une poignée de poudre de cheminette dans le pot sur le manteau de la cheminée et s'engagea dans les flammes vertes, murmurant sa destination. Il atterrît dans un bordel innommable.

Une invasion de gens aux cheveux roux proliférait dans son salon couvert de suie, tous plus inquiets et hystériques les uns que les autres. Quand ils l'aperçurent, ils se précipitèrent sur lui, mais il les tînt en respect avec sa baguette. Il enleva son masque et les toisa sévèrement.

« Que faîtes-vous ici ?

-Mais enfin, Harry, geignit Ron, tu n'as pas reçu notre lettre ?

-Non. Que faîtes-vous ici ?

-Voyons, mon chéri, nous sommes venus te chercher, renchérît Molly, baisse donc cette baguette et raconte-nous où tu étais et avec qui. Ces moldus nous ont dit que tu ne faisais que t'absenter depuis le début de l'été. C'est dangereux, tu sais ?

-Oh ! C'est sûr que me laisser moisir tout l'été sans aucune information, sans autorisation, ni de sortie, ni de magie, ne serait-ce que pour me défendre, c'est beaucoup moins dangereux.

-Mais Harry ! C'est pour ta sécurité !

-Ne pas répondre à mes lettres, non plus, c'était pour ma sécurité ? Alors pourquoi m'en envoyer une ?

-Bon, Harry, ça suffit, viens avec nous ! Nous sommes venus te chercher et nous allons te ramener !

-Pardon ? Et si je ne veux pas partir ? Il se trouve que j'ai un ami, voyez-vous, et qu'il n'est pas au courant que vous voulez m'emmener. Je ne voudrais pas qu'il pense que j'ai été enlevé.

-Qui est cet ami ? Nous le connaissons, au moins ?

-Je ne pense pas.

-Qui est-ce ? Quelles sont ses opinions politiques ? Est-il pour ou contre le retour de Tu-Sais-Qui ?

-Vous ne pensez tout de même pas que je vais vous raconter sa vie ?

-Harry ! Tu viens avec nous, et nous règlerons cette affaire au Terrier !

-Et comment fais-je pour y aller ?

-Par poudre de cheminette. Nous avons pris tes affaires. Vas-y, nous te surveillons. »

Le regard de Mr Weasley était on ne peut plus sévère, mais Harry y répondit d'un air plein de morgue. Il prit sèchement la poudre de la main d'Arthur, et la jeta dans le feu. Cependant, au lieu de prononcer Le Terrier, il articula très rapidement :

« Impasse de Merlin, Hôtel LeSieurEndormi, chambre 17A BCJ. A Smith. »

Il disparut dans les flammes sans qu'aucun des Weasleys n'ait pu l'attraper.

Il tomba à la renverse dans le salon d'Ariel, maculant de cendres le parquet miel. Il se retrouva aussitôt un couteau sous la gorge.

« A-Ariel, tenta-t-il d'une voix étranglée.

-Oronte ? Mais que fais-tu là ?

-Bloque la cheminée, je t'expliquerai plus tard. Je suis désolé, mais ils risquent de venir ici, je… j'ai voulu m'échapper, et…

-Stop. Calme. J'ai compris que c'était une situation d'urgence. Va réduire les livres de la bibliothèque, je ne voudrais pas les perdre. »

Harry obéit du plus vite qu'il put, courant jusqu'à la bibliothèque, faisant fi du drap-limite, cette fois-ci. La bibliothèque d'Ariel n'était pas très garnie, cent cinquante ouvrages, tout au plus, ceux de l'école inclus. Cela réduisait l'effectif à une cinquantaine de livres personnels. Il diminua le contenu des étagères jusqu'à ce que la totalité des écrits tiennent en une petite pile. Il lui jeta un sortilège d'allègement et la prit avant de retourner dans le salon. Le feu était éteint et la table et le canapé avaient été placés devant. Les portes menant à la cuisine et à la salle de bain était ouverte. Il s'engouffra dans la première et se recula brusquement quand il se reçut un sac en bandoulière.

« Met les livres dedans. » Ordonna Ariel.

Ce devait être un objet magique, car même si les livres paraissaient trop grands, ils logèrent sans aucun problème. Ariel le prit par la main en le fixant et lui dit, extrêmement sérieux :

« Oronte, tu vas devoir nous camoufler.

-Mais…

-Pas de mais. Ils doivent avoir localisé la cheminée. Il faut partir. Et ni l'un ni l'autre ne sommes en sécurité dehors sans déguisement. Je vais te guider mais je ne peux pas le faire à ta place.

-… D'accord.

-Bien. Tu vas penser à deux muggles que tu connais bien de vue, qui ne sont pas ta famille, et dont l'un d'eux est un enfant. »

Harry se concentra. Il pensa à l'épicier et son fils de huit ans. Ils étaient châtains, les yeux noisettes, et avaient des fossettes. Il sentit sa magie le picoter et le tirer, protestant quelque peu, mais quand il ouvrit les yeux, il se rendit compte qu'il était plus petit et qu'Ariel avait l'apparence de Mr Wild. Ariel leur enfila à tous deux une cape noire, puis prit le sac en bandoulière, mit Harry sur son dos et sortit. Il descendit les escaliers en courant, puis, arrivé devant sa boîte aux lettres, composa son code. Une porte apparut, s'ouvrant sur un bureau dans lequel un sorcier chenu travaillait. Ariel sortit du sac une bourse et déposa trente gallions sur le bureau.

« Je pars. Je paie. Détruisez toute trace de mon passage, comme stipulé dans le contrat. »

Le vieil homme vérifia le compte et agita sa baguette devant un contrat. Celui-ci flamba et il hocha sèchement la tête en direction d'Ariel qui lui rendit la pareille avant de sortir. Il se remit à courir une fois à l'extérieur. Bien que balloté, Harry sombra, épuisé.

Le soleil entrant à flot dans la pièce le réveilla et il ouvrit péniblement les yeux. Harry se redressa et se rendit compte qu'il avait repris son apparence originelle. Il contempla la chambre dans laquelle il se trouvait. Elle était de taille modeste, avec un lit double aux baldaquins léger de voiles blancs, assortis aux voilages des fenêtres. Le bois du lit était le même que celui de la bibliothèque remplie des livres qu'ils avaient amenés, de couleur beige. Le montant de la porte et de la fenêtre étaient d'un blond clair, un peu plus pâle que celui du parquet. Les murs blancs s'ouvraient sur un plafond bleu clair encadré de moulures dorées. La fenêtre était entrouverte, et laissait passer une légère brise. Harry se dégagea des draps immaculés et posa les pieds au sol. Il remarqua qu'on l'avait changé et rougit un peu. Les vêtements étaient trop amples mais de bonne manufacture. Il se rendit vite compte qu'il était courbaturé de partout, mais faisant fi des protestations de ses muscles, il ouvrit la porte, arrivant dans un petit couloir où les portes jaunes semblaient sorties de nulle part parmi les murs et le plafond pervenche, et la moquette d'un vert tendre. L'une des portes était entrouverte et Harry l'ouvrit complètement. A l'intérieur, sur le parquet lustré, des étagères noisettes, vides pour la plupart, formaient une haie d'honneur jusqu'à un petit bureau en acajou, sous l'une des fenêtres aux rideaux bleu marine qui s'accordaient parfaitement avec la frise de losanges de même couleur qui courait le long du papier peint beige. De dos, une silhouette était avachie sur le bureau. Harry s'approche et découvrit un homme blond paille, aux cheveux secs et raides, lui arrivant sur les épaules, la peau laiteuse, des tâches de rousseur presque effacées, les traits émaciés. L'homme pouvait avoir n'importe quel âge, les rides aux coins des yeux et de la bouche contrastaient avec la minceur de la silhouette et son apparente fragilité. Harry hésita un instant sur la conduite à tenir avant de se lancer :

« Ariel ? Ariel ? »

Le garçon blond eut un froncement de sourcil, un tressaillement avant d'ouvrir doucement les yeux. Quand il vit Harry penché au-dessus de lui, il eut un léger mouvement de recul.

« Ariel ?

-…Oronte ? Que fais-tu là ? Tu devrais dormir.

-Je viens de me réveiller. »

Ariel hocha pensivement la tête, mais quand son regard glissa un instant sur la célèbre cicatrice, visible sans maquillage, son visage parut un instant torturé. Harry sut que l'autre savait qui il était et une bouffée de tristesse et de mélancolie l'envahit soudain. Elle se dissipa un peu lorsqu'Ariel se leva, faisant craquer une bonne partie de ses articulations et dit :

« Tu dois avoir faim. Suis-moi. »

Ils sortirent de la pièce et pénétrèrent dans celle juste à droite, au bout du couloir. C'était une pièce assez vaste, comparée à la chambre et au bureau. Le sol en pierre grises était réchauffé par une cheminée. Aux murs, de la pierre aussi, de même qu'au plafond. Un canapé brun faisait face à la cheminée, encadré par un guéridon en verre et une plante émeraude. Le divan était adossé à une table rectangulaire, en verre elle aussi, qu'entouraient quatre chaises. En son centre, un petit vase rouge dans lequel reposait un unique myosotis. Le côté gauche de la pièce était un peu isolé par un pan de mur, dans lequel était tout de même creusée une l'autre côté, une cuisine fonctionnelle mais agréable mêlait des touches de rouge et de bleu à l'ensemble un peu monochrome. Enfin, presque en face de la porte, deux portes vitrées contiguës laissaient entrer la lumière du jour.

Ariel se dirigea vers le coin cuisine et sortit du four un plat. C'était du poulet et des pommes de terre sautées. Le blond sortit aussi d'un tiroir un verre, des couverts et une assiette. Il installa le tout sur la table, tira sa chaise à Harry et s'installa en face. Le petit brun hésita un instant avant de se poser devant l'assiette qui lui était vraisemblablement destinée. Avant qu'il ne puisse savourer sa première bouchée, Ariel le prévînt :

« C'est froid, tu devrais le réchauffer.

-Euh… mais je n'ai pas ma baguette.

-Dans ta poche.

-Ahhh… Merci. »

Harry se sentit un peu stupide. Il réchauffa rapidement son plat et commença à manger, observant son… pouvait-il encore dire complice ? fixer obstinément la cheminée. Il finit de manger en examinant les grandes cernes autour des yeux d'Ariel.

« Euh… Ariel ? » L'appela-t-il timidement une fois son assiette terminée.

L'autre ne répondit pas tout de suite. Quand il le fit, il poignarda Harry de ses yeux noirs.

« Je sais qui tu es, Oronte.

-Je… je m'en doute.

-C'est dangereux pour toi de rester avec moi.

-Pourquoi ? Tu es un mangemort ? »

Ariel ne répondit pas, se contentant de le fixer sans ciller.

« J'ai été à Azcaban.

-…Et alors ?

-Je suis mauvais. La lumière met ses ennemis à Azcaban. Et tu es le symbole de la lumière.

-Tu es en train de dire que je vais te vendre ?

-Non. Mais que, selon les critères de ton camp, je ne suis pas quelqu'un de fréquentable. Tu n'es plus en sécurité avec moi, maintenant. Je pourrais t'utiliser et te faire du mal, peut-être même te tuer pour me venger de ceux qui m'ont fait souffrir.

-Si tu voulais me tuer, tu n'aurais pas attendu que je sois éveillé. Et si tu voulais m'utiliser, tu ne m'aurais pas laissé ma baguette.

-Retourne chez toi.

-C'est ici chez moi ! Ecoute, je ne sais pas qui tu es, mais je m'en fiche ! Pour moi, tu es Ariel Smith, le seul homme qui m'ait fait confiance sans limite, sans me connaître, même en sachant que je lui cachais une grosse part de vérité. Bordel ! Tu dois être le seul mec qui m'ait trouvé de l'intérêt pour autre chose que ma cicatrice ! Alors désolé, mais je compte pas partir… tant que ça te dérange pas… Qui que tu sois, tu restes pour moi Ariel Smith. Et j'aimerais vraiment ne reter que Oronte Dursley pour toi. »

Un ange passa, et ce fut Ariel qui lui fit un croche-pied.

« Tu es en train de me dire que tu me ferais confiance comme ça, même en sachant que je pourrais te vendre à l'un ou l'autre des deux camps de la guerre ? »

Harry acquiesça et Ariel eut un bref éclat de rire dément. Harry sourit. Dans leur deux cœurs : l'espoir.