Jeux forcés
Auteur : Angelscythe
Genre : Noir, violence, drame
Couple : Je vous laisse deviner
Disclaimers : Tous les personnages appartiennent à Kaori Yuki, je ne devrais pas avoir le droit d'y toucher…
Chapitre 2
L'étreinte chaude et forte se défit lentement, le renvoyant dans un nuage de tissu et soierie. Cain ouvrit des yeux paniqués, étendit la main pour rattraper Riff. Il ne fit que frôler sa peau. Toutes ses forces continuaient de le fuir.
Que se passait-il ? Cet acte impardonnable lui rongeait-il plus que le cœur ? De quoi pouvait bien être faite la semence d'un homme pour rendre impotent un autre ?!
- Riff…
Un grognement répondit à ce doux appel.
Cain prit conscience de l'odeur âcre et entêtante du sang alors que son valet s'éloignait d'un pas.
Le second plongea le jeune Comte dans un froid morbide que ni les couvertures ni ses atours ne pouvaient calmer.
L'éloignement de cet homme si important le rappelait à l'horreur.
Un autre pas et c'était comme si le pilonnage recommençait, livrant des promesses ironiquement empoisonnées.
- Riff…
Nouveau grognement alors qu'un quatrième pas mettait les poumons de Cain en feu.
Non !
Il ne laisserait pas faire !
Il tendit encore la main mais ce n'était guère suffisant pour rattraper la Bonté et la Douceur. Il appuya son autre main sur le matelas.
Cette fois, son corps suivit le mouvement, aussi avide de l'apaisement à venir.
Dans un nuage d'étoffes et de cheveux, Cain se jeta en avant. Son corps fut foudroyé par les vestiges du supplice passé. Des supplices. Tout son corps devenait un volcan. Mais ses doigts se refermèrent sur la veste.
Ils semblèrent alors se calmer, retrouver un cocon de délicatesse et de soulagement. Il ne put alors résister à enfuir son visage entre les omoplates, à presser ses membres contre l'autre.
Le geste fut salvateur. Ses craintes s'annihilèrent…
- Ne t'en vas pas, Riff…
Le dos se secoua mais ses doigts s'agrippèrent désespérément.
- Ne m'abandonne pas.
Le Noble disparaissait, lançant place à un enfant paniqué…
Le corps se déroba encore à lui, malgré l'effort. Une main se glissa sur la chute de ses reins, l'autre sous sa gorge qui fut impitoyablement relevée.
L'étendue gelée était frappée d'un ciel noir, s'étendant jusqu'à ses traits devenus cruels.
- Tu t'entêtes avec ce nom ! Riffel, c'est mon nom !
Cain referma sa main sur la chemise. S'il avait pu se rapproche. Si seulement… L'enfant revenu ne voulait que cette étreinte libératrice. Celle qui chasserait tout à jamais.
- Ne m'abandonne pas. Supplia-t-il encore.
Dans un sursaut d'orgueil, il ajouta un :
- Je te suivrais où que tu ailles si tu m'abandonnes ! Je ne te laisserais pas te défaire de moi !
Riffel ricana en resserrant sa main sur son menton.
- Prononce mon nom. Souffle-le et je t'emmènerais.
Les doigts de Cain se resserrèrent sur la chemise de son majordome. Il effleura la peau qu'il sentit divinement chaude. Un besoin primaire lui permit de dégager son visage de cette main pour venir l'enfuir tout contre le torse de Riff qui dégageait un parfum si rassurant.
L'homme ne put contenir des frissons en sentant ce souffle chaud et délicat sur sa peau. Plus désirable que les talents de n'importe laquelle de ses amantes. L'érotisme en un souffle. Un geste. La chevelure du Comte frôlait sa peau désireuse mais les décharges de passion ne l'étreignait que si c'était bien ses cheveux et non ces vulgaires ajouts !
- Prononce mon nom ! Intima-t-il avec force.
- Riff… el. Riffel…
L'homme le resserra contre lui avec possession. Il l'attrapa par la gorge mais ses doigts se firent immédiatement cajoleurs. Leurs yeux se rencontrèrent à nouveau. Malgré son air déplorable, Cain conservait cette sublime insolence.
- Je souhaite embrasser ces lèvres… Soupira une voix interne.
- Si tu ne le fais pas… Répondit-il froidement.
Il se pencha et l'embrassa rudement.
Cain se tendit à ce contact jusqu'alors espéré mais aujourd'hui redouter. Mais ses doigts restaient accrochés à la chemise tant il avait besoin de Riff.
À peine les lèvres furent-elles éloignées que le jeune Comte se sentit basculer. Effrayé de retomber dans ce lit, ce piège de luxure, le Noble battit des bras.
Mais il ne rencontra pas le matelas.
Levant le regard, il vit que son valet le dévisageait d'un rictus moqueur. Et si son cœur se tordait, il était dans ses bras…
Il enroula les siens autour de son cou.
- Je ne t'abandonnerais pas, tant que tu prononceras mon nom et le mien seulement.
Cain pressa son visage contre son épaule, jugulant l'envie de souffler un « Riffel » pour s'assurer de demeurer avec lui.
Le majordome lança un regard au cadavre vidé de son sang puis emmena son Maître avec lui, à peine perturbé par les soieries qui ralentissaient ses mouvements.
µµµ
- Où m'emmènes-tu ? Demanda Cain après un instant.
- Dans une vieille planque de Delilah. Elle est à moitié détruite mais devrait suffire.
Il remarqua l'air interloqué dans le regard empoisonné.
- Tu n'espérais pas atteindre ton père avec des tours de passe-passe aussi ridicule ? S'esclaffa-t-il.
Cain resserra ses doigts sur le dos de Riff.
- Je ne veux pas que tu m'abandonnes. Tu n'as pas le droit…
- Les droits, je les prends. Je devrais te laisser dans le caniveau pour ces paroles.
Le valet sourit cruellement et s'approcha du bord de la route.
- Riffel !
Il ne put que sourire. Malgré son orgueil et ses mots froids, le jeune Comte n'était plus le maître. Sans doute le ressentait-il.
- Embrasse-le…
- Hm.
Riff se pencha sur les lèvres chaudes et les effleura, tentateur. Et prudent.
Même dans ce dédale de ruelles obscures, on pouvait les surprendre. Et deux hommes…
Il se souvint que c'était un travesti qu'il portait. Un travestissement presque parfait. Captivé par la peau de pêche et ses lacs empoisonnés, il oubliait les étoffes qui entravaient son corps. La fausse chevelure qui s'enroulait tels des tentacules autour de ses bras.
Il pressa à nouveau ses lèvres contre celles désirées.
Cain s'empourpra. Encore ? Était-ce un plan ? Était-ce du désir ? Devait-il craindre que Riffel lui fasse subir les mêmes horreurs que Gloria ?!
Le baiser était doux, tendre. Les lèvres demandaient, avec leur langage à elle, un échange chaste. Cette bouche le respectait et le désirait. Et il sentait que la sienne se laissait entraîner dans le vice. Répondre à ce baiser, tester cette douce chaleur, briser un tabou rêvé mais jamais enfreint.
Cain se sentit stupide et niais, mais aussi ravi et comblé.
Riffel fut frappé par sa faiblesse mais une sensation douce le plongeant dans… le bonheur.
- Que fais-tu ?
Laisser face à sa question, le valet se remit en marche. Même si c'était d'agréables incartades, le corps du Comte commençait à devenir lourd.
Il était temps qu'il le pose.
En lieu sûr.
