Note de début : Rien à ajouter, sauf... la suite, c'est tout de suite XD

Enjoy (encore et encore lol)!


Assis à une table, dans une taverne de la putride et corrompue île de la Tortue, j'attends la venue de celle qui a su redonner un semblant de couleur à ma vie. Giorgia. Cela fait une semaine que je ne l'aie pas vue. Non, pour être honnête, cela fait une semaine que je n'ai pas osé venir la voir. Tout est encore un peu douloureux et nouveau pour moi et il me fallait un peu de temps pour m'ajuster à cet… endroit. Pas que j'ai l'intention d'y demeurer pour toujours, mais… si cela doit durer, autant essayer de vivre avec, n'est-ce pas?

Une serveuse passe et je l'arrête par le bras.

"Excusez-moi. Savez-vous si… Gigi est là ce soir ?"

Elle détourne les yeux rapidement et je sens en elle comme une furieuse envie de partir en courant. Je fronce les sourcils et me demande ce qui se passe, quand elle se décide enfin à me répondre, en évitant de croiser mon regard.

"Euh… non. Non… Gigi n'est pas là ce soir…"

La déception fait aussitôt son entrée sur scène. Le moins que l'on puisse dire c'est que j'ai choisi le bon soir pour revenir la voir, enfin, après une semaine d'une infinie longueur.

"Oh… et, savez-vous si elle sera là demain… ?"

Elle secoue la tête lentement et avale sa salive, visiblement mal à l'aise, elle ne me regarde toujours pas. Que se passe-t-il ici ? Ma respiration s'accélère et l'inquiétude succède à la déception.

"Où est Gigi… ?"

Elle ne répond pas et tente de dégager son bras de mon étreinte. Mais je la tiens fermement et insiste pour qu'elle me réponde, la colère et la peur menaçant de me faire perdre mon sang froid.

"Où est Giorgia !?"

Elle commence à se débattre en poussant de petits sanglots… pitoyables au mieux.

"Lâchez-moi ! Vous me faites mal !"

"Je veux savoir où est Giorgia !! Répondez !!"

"Elle est morte !!"

Un coup de feu. Mon sang ne fait qu'un tour et je ne suis plus très sûr d'être conscient tout à coup. Où suis-je ? Que m'arrive-t-il ? Je suis assis… et c'est une bonne nouvelle. Ai-je bien entendu ? Je libère le bras de la serveuse et fixe le vide devant moi, haletant, le cœur comprimé dans la poitrine.

"Giorgia… ?"

"Une bagarre a éclaté… il y a trois jours. Un type a tiré… Ca arrive souvent. On m'a déjà tiré dessus, à plusieurs reprises… Gigi n'a pas survécu…"

Non, c'est impossible… Cela ne se peut. Ma vue s'embue et ma gorge se noue. Mais qu'importe, je veux savoir…

"Qui ?!"

"On ne sait pas… Tout ce rhum, personne ne sait… personne ne s'en rappelle vraiment. C'est juste arrivé. Je suis désolée…"

Sur ces mots, elle prend le parti de s'éloigner et de me laisser seul.

Je n'en crois toujours pas mes oreilles. La terre vient-elle de s'arrêter de tourner tout à coup? C'est impossible! Elle était... j'étais... nous étions... Oh, pourquoi ? Pourquoi nous ? La seule source de bonheur qui ait jamais été mise sur mon chemin… vient de m'être retirée, avec une cruauté sans pareille ! Moi qui pensais que les choses allaient s'améliorer, que le vent allait tourner... tout est pire maintenant ! Elle ne méritait pas ça ! Il y a trois jours… Si seulement, j'étais revenu plus tôt… Tout est ma faute une fois encore ! A bout de nerfs, je ferme les yeux et m'autorise des larmes trop longtemps contenues.

"Giorgia…"

Une bouteille de rhum atterrit sur ma table et sans poser de question, je l'attrape et la vide de son contenu, d'un trait ! Je suis effondré et au bord de l'évanouissement… mais il y a une chose que j'aimerais rectifier avant. Je repose la bouteille devant moi et me lève d'un bond vainement solennel, renversant la chaise sur laquelle j'étais assis… chaise qui part s'écraser au sol dans un grand fracas.

"BONSOIR les amis !!! Vous me reconnaissez ? C'est encore moi !!"

Tous les regards se sont à nouveau tournés vers ma personne et je ne sais pourquoi, je vois tout à coup en chacun d'eux, l'assassin de mon bonheur unique… et j'ai envie de tous les tuer. Au cas où. Il se peut que je fasse mouche.

A la vue de leur regard de merlans frits, ma rage et mon désir de vengeance montent d'un cran.

"Alors, comme ça, on a décidé de me pourrir la vie… hein ?"

Jetant un œil vers ma bouteille, je m'aperçois qu'elle n'est pas encore tout à fait vide et je décide d'y remédier. Sans un mot, je saisis la bouteille, bascule la tête en arrière et ingurgite les dernières gouttes de précieux rhum.

Une fois que c'est fait, je la repose à nouveau, lentement… et en silence. Tous ont gardé les yeux braqués sur moi et cela m'arrange, car je n'avais pas terminé.

"Cette fois… je n'ai vraiment plus rien à perdre. C'est fini. Vous vouliez m'envoyer au diable vauvert hein, bande de rats puants et gluants? Eh bien soit…"

Je bouillonne de rage et de désespoir. Ils n'avaient pas le droit… ils n'avaient pas le droit !

"… je n'irai pas seul ! Oui, vous m'avez bien entendu ! Accrochez tout ce que vous avez à accrocher parce que je vais faire de votre vie un Enfer !!"

Soudain, je me mets à hurler. Incapable de contenir ma souffrance, ma tristesse, ma fureur... plus longtemps. C'est une question de vie ou de mort.

"Vous m'entendez !!???! JE VAIS FAIRE DE VOTRE VIE UN ENFER !!!!! TOUS !!! SOYEZ MAUDITS !!!!"

La tête commence à me tourner, et j'ai envie de vomir. Mais il faut que je me retienne… je n'ai pas terminé.

"La première chance qui se présente à moi, vous le regretterez… croyez-moi, vous le regretterez…"

La petite taverne s'obscurcit soudainement et je perds l'équilibre. La seconde d'après c'est le noir total. Giorgia…

"Raconte-moi ton histoire."

Joshamee Gibbs. Ce vieux marin… devenu hors-la-loi. Je me tiens difficilement debout devant la table derrière laquelle il est assis et il me sourit en attendant une réponse. Visiblement, il ne me reconnait pas. Qui pourrait l'en blâmer ? Je ne me reconnais plus moi-même. Depuis combien de temps suis-je ici...? Je crois bien avoir perdu le compte des jours... des semaines... des mois...?

"Mon histoire… est exactement la même que la votre au chapitre précédent…"

Lui déclaré-je sur un ton rauque et monotone. Son sourire disparait bien vite et je vois une multitude de questions traverser son regard. Il se demande qui je suis… ou bien le sait-il, mais refuse-t-il de l'admettre ?

"J'ai pourchassé un homme sur les sept mers. Ca m'a couté mon équipage, mes prérogatives… toute ma vie !"

De la main gauche, j'attrape la bouteille de rhum posée là, par un heureux hasard, et en avale le contenu d'un trait, à mesure que ce vieux Gibbs continue de me fixer d'un air incrédule.

"Commodore ??"

Un flot de colère parcourt mes veines à la mention de cet ancien titre, que je n'ai pas entendu prononcer depuis des mois... environ. Ma vue commence à se colorer de rouge.

"Non, je ne le suis plus ! N'avez-vous rien écouté !?!"

Un mouvement de recul le prend, accompagné d'une expression couarde. Aurait-il peur de moi ? Je jubile intérieurement, le Fléau des pirates fait encore son petit effet à ce que je vois ! C'est parfait !

Du coin de l'œil, j'ai remarqué Sparrow, assis non loin de là. Il m'a lui aussi reconnu, et tente de se dissimuler derrière une plante verte. Tu ne perds rien pour attendre.

Je me penche alors vers Joshamee Gibbs et enchaine sur un ton menaçant.

"Je croyais vous tenir tous devant Tripoli. Je vous aurais eus, si nous n'avions pas essuyé l'ouragan !"

Oh oui, je les aurais eus ! Je les aurais tous eus, et je n'en serais pas là ! Je me demande comment ils ont fait… Mais qu'importe, ce n'était que partie remise. Je les tiens maintenant ! La première chance qui se présente à moi… vous allez bientôt le regretter.

"Mon dieu… vous n'avez pas essayé de le traverser ?"

Les vapeurs de rhum aidant, la colère monte encore d'un cran. Je préfère ignorer sa question et tout en me penchant vers lui un peu plus, je lui demande à mon tour :

"Est-ce que je fais partie de votre équipage, oui ou non ?!?"

Il hésite, ne sait pas quoi répondre, alors il détourne le regard et fait semblant de réfléchir. Je laisse échapper un petit rictus mauvais et entreprends de lui sourire d'un air sarcastique.

"Vous ne m'avez pas dit où nous devions aller… UN ENDROIT DE REVE !!!!????"

Dans un accès de rage, je renverse la table, ce qu'il y a dessus et l'homme qui se trouve derrière. La musique s'arrête, et tout le monde se fige. J'ai à nouveau un auditoire, profitons-en ! Tel un comédien sur scène, j'écarte les bras et m'adresse au public.

"Est-ce que vous me trouvez digne de servir sous les ordres du capitaine Jack Sparrow !!!???!!!"

… qui tente de prendre la poudre d'escampette derrière cette plante verte ! Je dégaine mon pistolet d'un geste vif et le pointe dans sa direction en l'armant.

"Ou faut-il que je vous tue sur-le-champ ?"

Tel l'emmerdeur qu'il est, il joue avec mes nerfs pendant quelques secondes… avant de se décider enfin, en souriant d'un air hypocrite et couard.

"Je vous engage !"

Je lui rends alors son sourire, de la même manière et siffle :

"Désolé… les vieilles habitudes tout ça…"

Mon doigt glisse presque inconsciemment vers la gâchette, et une furieuse envie de l'envoyer en Enfer s'empare de moi. L'occasion est trop belle…

Mais je suis tout à coup interrompu dans ma tentative de vengeance, par un groupe de pochtrons puants, qui m'attrapent le bras et dirigent le canon de mon pistolet vers le plafond.

"Doucement… !"

"C'est notre capitaine que vous menacez !"

Furieux, je me débats et tire ! C'est impossible !! Il ne peut pas avoir autant de chance !!! C'est inhumain ! Mais qui est donc Jack Sparrow ?!?

Suite à mon coup de feu, une nouvelle bagarre vient d'éclater dans la petite taverne de la Mariée Fidèle ! Les saltimbanques ont repris leur gigue, sur un rythme plus rapide, et même les catins ont rejoint la piste de danse. Je me débarrasse aussitôt de mes assaillants et dégaine mon épée avant de me jeter dans la mêlée.

Je crois que j'ai trop bu. Est-ce Elizabeth Swann que je viens d'apercevoir dans cet accoutrement de pirate ?

Une bouteille de rhum anonyme passe. Je l'attrape et en avale rapidement le contenu. Ce n'est pas le moment ! Elizabeth est morte !! … où était-ce… Giorgia ?

Dans un cri désespéré, je me relance dans la bataille, l'épée dans une main et la bouteille dans l'autre. Tout est confus dans mon esprit… je ne sais plus quoi croire, quoi voir, quoi penser… que m'est-il arrivé ? Quand tout s'est-il mis à aller de travers ?

Un des chiens galeux explose soudain ma bouteille. Je lui assène un coup de mon épée en travers du torse en retour ! Hors de ma vue… maudit forban !!

Je m'adosse à un poteau pour reprendre mon souffle, et à mes côtés, un type se fait soudain assommer par… Elizabeth Swann… ? Oh, au diable !! Avant de s'effondrer, il me tend une autre bouteille… que j'accepte volontiers. Je bois et me remets à trancher dans le vif, je commence à y prendre goût je crois ! Je les aurais !

Le morceau touche à sa fin, les bagarreurs se figent, et je me tiens là, l'épée en avant, face à tout le monde, un large sourire aux lèvres et la bouteille de rhum toujours en main. La salle tourne autour de moi mais qu'importe, je n'ai pas terminé !

"Approchez !!! Y a des amateurs !!!??! Restez tous comme ça bien en rang, je vous aurais tous l'un après l'autre !!!!!"

Ils n'osent pas approcher. Hmm ! Evidemment, ce n'est qu'une bande de péteux, pleutres, bons à rien !

"ALORS !!! A qui le tour ??!!"

Tout à coup, et par un procédé miraculeux que je ne m'explique pas, la bouteille qui était dans ma main gauche vient s'écraser sur ma tête, dans un craquement d'os strident et un bruit de verre brisé assourdissant. Je m'effondre aussi sec et perds connaissance.

Cependant, j'entends une voix dans le lointain…

"Je voulais avoir le plaisir de faire ça moi-même !!"

Elizabeth ? Puis plus rien…

J'ouvre les yeux et me retrouve le nez dans le vomi, mon vomi, et la boue de cochon. Que s'est-il passé ? Comment suis-je arrivé ici ? Hélas, seul le ronflement d'un porc me parvient. Un vrai porc bien entendu.

Je reste là, allongé, face contre terre, telle une loque… Je n'ai pas la force de me relever, je n'en ai pas l'envie non plus d'ailleurs. Pourquoi aurais-je envie de me relever ? Pour qui ? A cette pensée, deux femmes apparaissent dans mon esprit : Elizabeth Swann… et Giorgia, ma Giorgia… Je laisse échapper un sanglot las et pathétique, et une idée absurde me traverse aussitôt l'esprit : si seulement ce cochon pouvait m'avaler tout cru… Mais non. Je ne dois pas être assez bien pour lui non plus, hein, saleté de bestiole !

Soudain, deux mains fines m'attrapent par les bras et me retournent. Le temps que ma vue s'ajuste à la lumière, je crois que j'hallucine à nouveau, c'est impossible… Elizabeth… en tenue de pirate. Encore. Je suis hanté…

Elle soupire et me lance un regard mi-compatissant, mi-dégouté.

"James Norrington… Qu'est-ce que le monde a fait de vous ?"

Le monde ? Le monde me déteste ! Mais qu'il se rassure, c'est réciproque !

Je lève les yeux vers elle, et avant que la honte ait eu le temps de m'envahir complètement, je vois Giorgia… en lieu et place d'Elizabeth… L'espoir n'a lui non plus pas le temps de se faire une place dans mon cœur, je sais que cela ne se peut, que ça ne peut pas être Giorgia… car elle n'a jamais su que mon nom complet était James Norrington.

Je te vengerai… je nous vengerai… Giorgia…

"On ne s'en sortira pas!!"

"Pas avec le coffre!"

Un coffre... vide. Mais qui le sait, hormi Sparrow lui-même... qui pense que le coeur de Davy Jones est encore dans son précieux bocal? Je jubile intérieurement. Mon plan est parfait. Ma vengeance à portée de main. Ils vont vite le regretter. James Norrington... l'altruiste, celui qui mettrait sa vie en péril pour son prochain, celui qui ne pense jamais à lui mais toujours aux autres, quoi qu'il arrive, est mort je crois. La faute à qui? On récolte ce que l'on sème. James Norrington le bon, l'idiot... c'est fini. Ils vont tous en payer les conséquences maintenant.

Feignant le dévouement et la probité, je m'empare du coffre et retiens un sourire satisfait devant l'expression horrifiée d'Elizabeth. Elizabeth... je suis désolé. Mais vous avez choisi votre camp, le mauvais camp. Qu'il en soit ainsi...

"Embarquez!"

"Vous êtes malade?!?"

Peut-être bien oui... C'est presque une certitude même. Mais plus rien n'a d'importance désormais, j'ai tout perdu, même la tête. Alors à quoi bon...?

"Ne m'attendez pas!"

Adieu... Elizabeth. Puissiez-vous vous en sortir malgré tout. C'est bien le seul espoir qu'il me reste encore... le tout dernier. Ne me décevez pas.

Ne perdant pas une seule seconde et sans même dire aurevoir, je m'enfuis, sabre au poing, en me frayant un chemin au travers des hommes-poissons de l'équipage de Jones, le coffre sous le bras, et le coeur du capitaine battant dans la poche intérieure de ma veste, tout contre mon propre coeur. Une drôle de sensation...

Je cours et cours encore en tentant d'éviter les projectiles que me lancent les mollusques, quand soudain je trébuche, le nez dans l'herbe, envoyant valser le coffre un peu plus loin. Ouch, ça ne faisait pas tout à fait partie de mon plan, mais... soit. Je tends le bras pour récupérer mon épée quand un des membres de l'équipage du Hollandais Volant fait son apparition devant moi, un pied... une patte... sur mon arme. La tête posée dans la main droite du corps décapité pousse un rictus diabolique.

"Ta bravoure ne servira à rien."

Abandonnant mon épée je me relève en récupérant le coffre et reste planté là. "Comme un..." Giorgia... C'est la première fois que ce souvenir me fait sourire intérieurement. Mais hélas ça ne suffit pas...

Je suis tout à coup interrompu dans ma pensée par le "crustacé" qui reprend :

"Parce que j'ai l'intention d'enlever ce coffre... à ton cadavre!"

Voyons, quel intérêt, il est vide de toute façon.

"Euh... cadeau!!"

Feignant la couardise, je lui lance le coffre et entreprends de m'enfuir à toutes jambes. Je les entends rire derrière moi. Ils se moquent, et pensent que je ne suis qu'un pleutre. Qu'ils rient... rira bien qui rira le dernier. S'ils savaient... Leur capitaine ne va pas être content. J'en connais un autre qui ne sera pas content, et je m'en réjouis d'avance. J'aurais tout donné pour assister à cela. J'aurais tout donné pour être là et voir la chance l'abandonner enfin! Hmm! A moins qu'il ne nous mette au point un plan d'évasion de dernière minute complètement surréaliste... cela dit j'en doute. Cette fois, il va le payer cher, et il ne sera pas le seul.

Pour toi, Giorgia... pour nous qui aurions pu être...

...

Pourquoi... pourquoi rien n'est jamais comme je le veux? J'ai livré le coeur de Davy Jones à Beckett, les pirates ont payé, et continuent de payer. En un sens, mon but est atteint. Je devrais m'en réjouir mais... qu'advient-il de moi désormais? Que fais-je encore là? A quoi sers-je encore? D'ex-commodore j'ai été promu au rang d'Amiral. J'étais une loque, je suis devenu un pion. Ce puit de l'Enfer n'a-t-il donc aucun fond? Pendant combien de temps encore vais-je continuer de sombrer?

J'aimerais que tout s'arrête... j'en ai assez... Giorgia... je veux revoir Giorgia... la seule qui ait jamais su m'aimer, et m'apprécier à ma juste valeur. Il a fallu qu'elle me soit enlevée!

Je soupire et parmi les coups de feu et les tirs de canon, je quitte le Hollandais Volant, qui se trouve actuellement sous mon commandement, et traverse la passerelle menant à l'Empress, la jonque du capitaine Sao Feng, seigneur des pirates de Singapour. Je ne sais même pas pourquoi je suis là mais... qu'importe!

Soudain, je crois que je suis hanté à nouveau. Est-ce...

"Elizabeth...?"

... que je vois là haut, un coutelas pointé sur la gorge?

Elle tourne le regard dans ma direction et je n'ai plus aucun doute.

"James!!!"

Elle est vivante! Mon dieu, elle a survécu! Sans réfléchir je me précipite vers elle, le coeur battant à tout rompre, à mesure qu'elle se précipite vers moi de la même manière. C'est la première bonne nouvelle depuis... des semaines, des mois, des années? Un sentiment de soulagement et de bonheur s'empare de moi tout à coup et je ne peux m'empêcher de la serrer dans mes bras.

"Dieu soit loué, vous êtes saine et sauve! Votre père sera ravi de vous savoir en bonne santé."

Je souris comme un idiot, mais ça n'a aucune importance, j'ai l'impression de renaitre! C'est comme si mon sang qui avait cessé de circuler à la mort de Giorgia, s'était soudain remis à couler dans mes veines... Hélas, à la vue de son regard méprisant et déçu, j'ai l'impression désagréable de m'être laissé trop vite emporter par l'allégresse.

"Père est mort."

Quoi? Je fronce les sourcils et m'empresse de rectifier.

"Non, vous devez faire erreur, il est retourné en Angleterre."

Des larmes... je vois des larmes aux coins de ses yeux. Non... c'est impossible, Lord Beckett m'a...

"C'est Lord Beckett qui vous l'a dit?"

Comment a-t-elle deviné? Ma respiration s'arrête brusquement et j'ai à nouveau envie de pleurer. Weatherby Swann... le seul véritable ami qui me restait. Comment cela a-t-il pu arriver? Est-ce ma faute? Oh mon dieu!

"Qui est le capitaine parmi vous?!"

La voix de Davy Jones retentit à nos côtés, suivi d'une floppée de "elle!" et d'index pointés dans la direction d'Elizabeth. Capitaine? Eh bien soit...

"Mettez-les aux fers! ... le capitaine a droit à mes quartiers."

"Non merci. Je préfère rester avec mon équipage."

Elle m'en veut et tente de se venger elle aussi. Elle fait alors mine de s'éloigner mais je la retiens par le bras.

"Attendez! Je vous assure que je ne savais pas."

"Quoi donc?!"

De la colère. Elle me hait, je le vois dans le regard qu'elle me lance. Elle a raison, je ME hais! Comment ai-je pu...? J'ai causé la mort d'un ami. Même si je ne savais pas, il n'en demeure pas moins que c'est ma faute.

Faisant fi de mon regard de détresse, Elizabeth enchaine, sur un ton empli de mépris, mille fois mérité.

"Quel camp vous avez choisi?"

Sur ces mots, elle recule et part se placer aux côtés de ceux qui sont désormais membres de SON équipage. Le capitaine Swann... seigneur des pirates de Singapour...

"Maintenant vous le savez."

Je n'y comprends rien. Quand tout a-t-il changé du tout au tout? Comment en sommes-nous arrivés là? ... Ce monde n'est plus fait pour moi. Je ne m'y retrouve pas. Je ne m'y trouverai jamais. Je n'y ai plus ma place, c'est une certitude.

Je regarde mes hommes emmener Elizabeth et son équipage de pirates et je sais. Je sais maintenant ce que j'ai à faire. Ce qu'il me reste à faire. Avant de tirer ma révérence. Nous nous reverrons bientôt Giorgia... c'est promis.

...

"Partez! Je vous suivrai..."

"Vous mentez."

Je me tourne vers elle, lentement. Oui. Je mens. Pour la seconde fois de ma vie. Pour la toute dernière fois... Non, je ne vous suivrai pas Elizabeth, tout est fini pour moi. Ici s'arrête le voyage de James Lawrence Norrington. Commodore, ex-commodore et amiral.

"Nos destins sont étroitement mêlés Elizabeth..."

Oh combien de fois mêlés...

"... mais jamais ne se rejoignent."

Dans un sursaut impulsif, je me penche vers elle et capture ses lèvres des miennes. Cette fois c'est un adieu définitif. Je vous voulais pour femme, pour amante, pour âme soeur, mais vous n'étiez pas faite pour moi... je n'étais pas fait pour vous... nous n'étions pas faits l'un pour l'autre. Soyez heureuse malgré tout. Vous le méritez. Vous avez choisi le bon camp en fin de compte. Je me suis trompé sur toute la ligne, la colère et mon désir de vengeance m'ont aveuglé, j'ai manqué de dicernement. Mais je vous ai toujours aimée... et quelque part je vous aimerai toujours.

Mettant fin au baiser, je la pousse à partir, dans un sanglot désespéré :

"Partez maintenant!!"

... avant qu'il soit trop tard. Je ne pourrais me le pardonner. Elle s'exécute, et je l'entends grimper sur le rebord du bastingage puis se hisser sur la corde, à mesure que je continue de pointer le vide menaçant de mon épée. Tout à coup, le matelot qui a hurlé depuis le cabine du capitaine apparait d'un côté du balconnet.

"Retourne à ton poste, camarade."

J'ignore si cela va avoir un quelconque effet sur lui mais... je me dois de tenter quand même. Pour rester digne, jusqu'au bout.

Sur un ton monocorde, le matelot "presque mollusque" me répond :

"Personne ne quitte le navire."

"Retourne à ton poste. C'est un ordre!"

A ces mots, il se met à marmonner tout seul, comme s'il était possédé. J'ai l'impression qu'il y a quelque chose qui cloche chez les membres de cet équipage d'hommes-poissons.

"C'est un ordre? ... Partie de l'équipage, partie du navire, partie de l'équipage, partie du navire..."

Je fronce les sourcils et l'observe en silence à mesure qu'il hausse le ton et se met à hurler.

"... partie de l'équipage, partie du navire, partie de l'équipage, partie du navire! ALERTE!! Les prisonniers s'échappent!!!"

Oh mon dieu, non! Elizabeth!! Elle n'est pas encore en sécurité! Je dégaine aussitôt mon pistolet et le pointe sur lui en l'armant, et me mets à crier à mon tour.

"FAUSSE ALERTE!!!"

"James!!!!"

Elizabeth! Je me retourne et l'aperçois à mi-chemin sur la corde, suspendue dans le vide. Elle s'apprête à faire demi-tour. Il ne faut pas! Paniqué, je ferme les yeux et vise la corde de mon pistolet. PAN! Le coup part et la corde se brise, laissant tomber les pirates et Elizabeth à l'eau, dans un cri d'effroi.

Soudain, c'est la fin! En me retournant, le matelot que je tentais d'arrêter est juste là face à moi et vient de m'enfoncer un bout de bois dans l'abdomen. Je serre les dents et retiens ma respiration. La douleur est atroce, comme d'un millier de poignards plantés dans le ventre, mais elle est méritée. Je ne hurle pas, ne pousse aucun cri, et me contente de me laisser tomber au sol dans un bruit sourd. Mon pouls s'est accéléré une dernière fois et commence maintenant à ralentir... ma vue se brouille... je crois voir des hommes... des poissons... autour de moi... Je les entends déclamer :

"L'Amiral est mort!"

"A la cabine du capitaine!!!!!"

Je suis secoué de spasmes et ravale le sang qui me monte dans la bouche... Je sens mes organes s'éteindre un à un... lentement... Giorgia...

Une ombre se profile au dessus de moi... je ne tarde pas à savoir qui c'est.

"James Norrington! As-tu peur de la mort?"

Je souris... ou plutôt tente de sourire... Non, je n'ai pas peur de la mort... Giorgia est venue me chercher. En effet, à quelques pas de moi, se tient une jeune femme d'une grande beauté... la peau pâle... les cheveux bruns... les yeux gris... les lèvres rouges... et cette cicatrice... Elle me sourit, et me tend la main. Mais avant de l'attraper...

Mon coeur rendant son dernier battement, je profite de l'impulsion pour enfoncer mon épée dans l'épaule de Davy Jones. Retourne en Enfer si ça te chante... mais laisse-moi aller au Paradis.

Dernier souffle... je quitte mon corps, quitte ce navire, cette vie, ce monde... Mais je ne suis plus seul désormais : ma Giorgia... pour toujours.


Note de fin : :s je sais je sais... j'ai eu beaucoup de mal à écrire cette fin. Les fins sont toujours très difficiles à trouver, c'est la conclusion, et moi et les conclusions beeuh... Enfin j'espère que ça vous a plu, et surtout, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, en toute franchise, je suis dans une phase d'auto-correction profitez-en :p Sans rire, j'aimerais beaucoup avoir vos avis, histoire de me faire une idée de ce que ça vaut ^^ Merci d'avance !

Jusqu'à la prochaine fois... *fais une courbette*